‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 59 sur 87 · VIL · texte numérisé non relu

VIL

Organe forçant une facu'té â continuer son action.

Après avoir, comparé un assez grand nombre de crânes de personnes ayant un caractère orgueilleux bien prononcé, j’ai pu me convaincre que Gall et Spurzheim ont placé l’organe de cette faculté trop en arrière, ou du moins qu’une grande portion de la circonvolution qui le constitue, c’est-à-dire envi" ron les deux tiers postérieurs» appartiendrait à un autre organe. Il résulte de mes remarques , que l’intervalle placé entre l’orgueil et l’attachement pour la progéniture, présente plus d’espace que Gall ne lui en attribuait, et qu’il existe là deux organes distincts, l’un supérieur, n° 6, et l’autre inférieur, n° 7,pl. LXXXIX , fig. 2. La première région occupe, comme on le voit, l’angle postérieur et supérieur des pariétaux, et l’autre l’angle supérieur de l’os occipital. Quand ce dernier est très-développé , il soulève un peu la partie la plus réculée de l’angle postérieur et supérieur des pariétaux. La remarque anatomique que je viens de faire connaître, et dont personne avant moi n’avait parlé , pourra jeter, ce me semble, quelque jour sur une espèce de polémique qui s’est élevée entre le docteur Spurzheim et M. Georges Combe, et dans laquelle ce dernier a fait preuve de beaucoup de talent. 11 s’agirait d’une nouvelle faculté , qui, selon M. Combe, aurait pour usage de concentrer notre esprit sur tel ou tel sujet : cependant il croit que sa sphère d’action pourrait s’étendre plus loin , et que le choix des lieux ou de l’habitation de Spurzheim appartiendrait à la même faculté. Après avoir lu les observations de M. Combe et les objections qui lui ont été adressées par Spurzheim , il m’a été démontré que les raisonnemens de Spurzheim ne détruisaient en rien les observations de M. Combe. Seulement je ne pense pas, avec ce dernier, que la fa-

cultè de choisir les lieux , et celle de concentrer son esprit sur tel ou tel sujet, dépendent du même organe ; mais que toutes deux ont des organes distincts, le premier répondant au n° 6 , et le second beaucoup plus bas , n° 7. Celui-ci serait , selon moi , l’organe auquel M. Combe donne le nom de concentrativitô.

Il assure avoir trouvé cet organe très-prononcé chez toutes les personnes capables d’arrêter longtemps leur esprit sur un sujet. Je copie ici textuellement ce qu’il dit à ce sujet (1). « Quelques personnes possèdent naturellement la conscience de chaque chose qui se passe dans leur esprit, tandis que d’autres paraissent manquer de cette faculté. Les premières peuvent fixer leurs senlimens , et examiner facilement leur caractère et leur liaison. Les autres ne le peuvent faire. Leur esprit est comme la surface d’uu miroir sur lequel chaque sensation, chaque pensée parait comme l’ombre d’un objet en mouvement, produisant une légère impression et disparaissant ensuite. Elles éprouvent une grand difficulté à fixer leurs émotions et leurs idées , de manière à pouvoir les examiner et les comparer , et sont peu capables en conséquence d’avoir une vue systématique d’un sujet , et de concentrer leurs pouvoirs vers un point. J’ai observé cet organe , large chez les premières , et petit chez les dernières (2) .

Je suis d’autant plus disposé à admettre les idées de M. Combe sur la faculté en question , mais en la renfermant dans une autre limite que celle qu’il lui accorde, que mes recherches en anatomie comparée viennent lui donner une nouvelle évidence. Bien longtemps avant M. Combe, j’avais fixé, comme on va le voir, mon attention sur celte faculté ; seulement je croyais qu’elle ne se rencontrait que chez les animaux , tandis que je suis maintenant disposé à croire qu’elle se trouve aussi chez l’homme.

Un jour que je m’entretenais avec un chasseur sur les facultés les plus saillantes des chiens employés à la chasse, il me demanda à quelle faculté il fallait rapporter celle qui distingue le chien d’arrêt, et par là, il entendait, ainsi que moi , la faculté que possède cet animal de s’arrêter court lorsqu’il a'découvert le gibier. Ma réponse fut que cette conduite du chien tenait à l’éducation qu’il avait reçue. Cependant, sur la remarque que beaucoup de . chiens se mettaient naturellement en arrêt sans aucune éducation préalable , et qu’il existait certaines espèces qui ne pouvaient être dressées à ce genre d’exercice , je pensai que cette disposition tenait à une organisation particulière que l’éducation pouvait développer. En étudiant la conduite de plusieurs animaux , je trouvai que cette faculté était en quelque sorte commune à toutes les espèces, bien que plusieurs la possédassent dans un degré plus remarquable. Ainsi , j’avais vu des chats, des renards, présenter, en allant à la re” cherche de leur proie , tous les caractères du chien d’arrêt. J’aperçus un jour

(1) Je ne rapporte pas ici les observations de M. Combe et les objections de Spurzheim. On peut consulter à cet égard l’ouvrage de M. Combe, 3e édition.

(2) Lib. cit. , pag. 183.

dans un jardin placé au-dessous de ma fenêtre , un chat qui guettait un moineau : son corps était alongé , la tête portée en haut et en avant , et sans les mouvemens de sa queue , je l’aurais pris pour un chat empaillé.

L’examen du crâne de deux chiens d’arrêt que je possédais dans ma collection , celui des crânes de la marte, du chat et du renard , chez qui j’avais cru rencontrer des dispositions semblables , ne me furent, pour le moment, d’aucune utilité : ce fut par les habitudes de quelques oiseaux et l’examen de leurs crânes , que je parvins à découvrir cette faculté et à préciser son siège.

J’ai toujours eu l’habitude d’ouvrir l’estomac de tous les oiseaux que je recevais : en agisant ainsi, j’avais surtout en vue de connaître quelles étaient les substances qui composaient leur nourriture. Un jour je trouvai dans le pharynx et l’estomac du grèbe cornu ( colymbus cristatus) (1) , plusieurs petits poissons , connus en Normandie sous le nom de dards. (Voir son crâne représenté pl. LU, fig. 1.) Comment se fait-il , me disais-je , que cet oiseau puisse saisir un poisson dans un milieu tel que l’eau , où le plus léger mouvement suffit pour le soustraire à son avidité? Il faut pour arriver là une ruse et une circonspection incroyables. Comme c’était le premier crâne de grèbe que je voyais , sa conformation singulière me frappa : car, bien qu’il présentât, sous beaucoup de rapports , quelque analogie avec ceux des autres espèces que je possédais alors (1819) , il en différait assez sous d’autres. Ce qui fixait particulièrement mon attention , c’était non-seulement le développement remarquable de la partie antérieure du frontal , mais encore celui des régions situées sur les parties latérales du cervelet. En 1821 , je me procurai un petit cormoran : en ouvrant son estomac , j’y trouvai, comme dans le grèbe, une multitude de poissons ; mais une disposition particulière du crâne me frappa : c’était le rapport de conformation entre le crâne de ces deux oiseaux. Ici , comme on le voit pl. LY, fig. 1, les parties situées sur les côtés du cervelet se trouvaient aussi très-renflées ; ses parties latérales l’étaient surtout d’une manière remarquable. Comme je possédais alors plus de sept cents crânes d’oiseaux, je réunis et comparai ensemble tous ceux qui me présentaient un caractère semblable à celui que j’avais d’abord observé chez le grèbe. Je vis avec satisfaction que tous ceux qui appartenaient aux oiseaux qui ont l’habitude de fixer leur proie longtemps ou avec infiniment d’attention, étaient précisément ceux qui me présentaient ce mode de conformation , quelle que fut la classe à laquelle ils appartinssent : voici les noms et les dessins des crânes des oiseaux chez qui je rencontrai cette organisation : 1° le grèbe , pl. LII , fig , 1 ; 2.° le grand et le petit cormoran , pl. LY , fig. 1 et 8 ; 8° le héron bleu, le héron étoilé, et l’aigrette, id. pl. , fig. 2, 8 et -4. Je retrouvai la même conformation chez le guillemot, pl. LIX, fig. 7 ; chez les hirondelles do mer , pl. LIY , fig. 2 , h et 8 ; chez le martin pêcheur, id. pl. , fig. 1 . Si j’exa-

(l) Le grèbe est un très-bel oiseau aquatique : on emploie les plumes de son ventre , qui ont î’Oclat de l’argenf, pour faire des palatines et des manchons.

DU PHRENOLOGIE.

minais lous ces crânes après les avoir placés sur une table, et de manière à être vus en arrière, j’étais surpris de leur ressemblance dans un point (1) , bien qu’ils différassent assez sur tous les autres. Je fus donc conduit à considérer comme fondamentale la faculté particulière de pouvoir arrêter longtemps leur attention sur un objet, que possédaient certains animaux, tels que le chien d’arrêt , le renard , le chat chez les quadrupèdes ; le grèbe , les cormorans, le martin pêcheur chez les oiseaux. La circonvolution marquée sur le cerveau de la marte , pl. LXXV , fig 7 , et toute la portion de circonvolution placée après le n° 12, sur le cerveau du chat, ici. pl., fig. 2 , est celle que je considère comme affectée à la faculté en question. J’ai trouvé cette région bien saillante à l’extérieur du crâne du renard ; elle l’est beaucoup moins sur le blaireau ; elle est très-prononcée sur le crâne d’un chien de chasse qui m*a été donné par le docteur Gaubert , et sur quatre crânes d’exceliens chiens d’arrêt qui font partie de ma collection.

S’il existe, comme je suis très-disposé à le croire, un organe semblable chez l'homme, il doit, selon moi , occuper la portion de l’angle supérieur de l’occipital n° 7, pl. LXXXIX, fig. 2 ; et la région placée au-dessus (6) serait l’organe qui préside au choix des places.

C’est maintenant à des expériences répétées un grand nombre de fois sur des personnes dont les habitudes seront bien connues à venir confirmer , dans l’espèce humaine, la démonstration delà coïncidence constante du développement de la partie cérébrale avec les qualités que M. Georges Combe lui attribue, Quant aux animaux, je la considère comme à peu près démontrée (2).

s VII!.

Organe de l’attachement à vie , ou mariage.

L’attachement pour la vie ou le mariage tient-il à une faculté spéciale? N’est-il que le résultat de l’action de plusieurs , ou la modification d’une seule faculté , celle de l’attachement par exemple , dont je parlerai plus loin ? Une étude approfondie de l’organisation du système nerveux cérébral des animaux et de leurs moeurs , peut seule jeter du jour sur cette question.

Si nous suivons de près la conduite des animaux sauvages , nous verrons que chez quelques espèces , les mâles , après avoir satisfait le penchant à la propagation, se séparent de leurs femelles, soit pour aller en féconder d’autres, vivre dans l’état de solitude, ou se réunira plusieurs individus semblables et de même sexe. C’est ce que nous voyons chez les sangliers, les loups

(1) Voir la fig. 3 de la pl. XCIU , n° 7.

(2) J’engage mes lecteurs à lire ce que M. Combe a dit sur cette faculté chez 1 homme. Ses remarques m’ont paru dignes de fixer l’attention des plirénologistes. Je les aurais consignées entièrement dans ce volume , si je ne m’étais pas vu forcé de me renfermer dans certaines limites.

TRAITÉ

et les cerfs. D’autres espèces, au contraire, vivent constamment dans l’état de mariage, tels sont le renard, les maries , les chevreuils , chez les quadrupèdes; les corbeaux, les geais, les pies , les hirondelles , les moineaux , chez les oiseaux.

Gall, tout en paraissant disposé à croire que rattachement à vie dépendait d’une organisation particulière, n’a pas éclairci ce sujet par des exemples puisés dans l’anatomie comparée. Il n’a rien dit non plus de cette faculté chez l’homme.

Spurzheim pense que le mariage n’est qu’une modification de la faculté de l’attachement; que l’instinct de vivre en société et celui de vivre en famille ne sont que des modifications propres et particulières dans leur nature : de la même manière que le goût pour les végétaux ou la viande est une modification de l’odorat et du goût dans les animaux herbivores et carnivores.

Ces observations de Spurzheim ne sont que spécieuses , et se trouvent détruites par l’étude des mœurs de certaines espèces. Je ne pense pas que le mariage à vie ne soit qu’une modification de l’attachement : il me parait avoir tous les caractères d’une faculté fondamentale. Il m’est bien démontré qu’un animal peut avoir infiniment d’attachement, et cependant ne pas vivre dans l’état de mariage. Le chien est un exemple frappant à l’appui de mon assertion. Les loups vivent souvent en troupes et ne vivent pas dans l’état de mariage. Les cerfs sont dans le même cas. Le renard, bien qu’élevé très-jeune, ne s’attache à personne; cependant il s’unit à sa femelle pour la vie. Il n’est donc pas vrai que là où le mariage existe , on rencontre de l’attachement; ce qui devrait cependant avoir lieu , s’il n’était, comme le soutient Spurzheim , qu’une modification de celte faculté.

Gall n’a pas, selon moi , donné une solution plus satisfaisante sur la question qui nous occupe, en disant : « Si je pouvais avoir pleine confiance dans mes connaissances en histoire naturelle , j’émettrais , de mon côté , une opinion. Il me paraît que dans toutes les espèces où le mâle et la femelle concourent l’un et l’autre à soigner les petits, il y a mariage pour la vie; que dans les espèces , au contraire , où le mâle se contente de procréer les petits , sans concourir à leur éducation , la première femelle venue lui sert à satisfaire ses désirs, et que le but essentiel de la nature se trouve rempli sans le lien du mariage » (1).

Cette observation de Gall ne résout en aucune mauière la question. D’abord il n’est pas vrai , comme il le dit , que dans les espèces où la femelle donne des soins aux petits conjointement avec le mâle , il y ait constamment mariage. Le chevreuil qui est attaché à sa femellê pour la vie , ne s’occupe en aucune manière du soin des petits. Gall dit que cet animal défend sa famille contre ses ennemis : je ne nie pas le fait ; mais je ne pense pas qu’il faille attribuer sa conduite, dans ce cas, à la faculté de l’attachement pour les petits. En

(1) Lib. cit. ; 4 vol. ia-80 , page 185.

DE PHRÊNOLOlilE.

supposant meme, ce qui cependant n’est pas démontré, que dans certaines espèces où le mariage existe, le mâle et la femelle donnent alternativement des soins à leurs petits , cela ne prouve en aucune manière que ces deux facultés ne sont pas distinctes : l’une me paraît tout à fait différente de l’autre, puisque son action a lieu longtemps après que les petits sont séparés de leurs parens. L’explication de Gall n’en est donc pas une. Spurzheim croit que c’est l’attachement et l’amitié que le mâle et la femelle ont l’un pour l’autre, qui les déterminent à ne point se quitter après que l’instinct de la propagation est satisfait, et à rester unis , môme hors du temps des amours (1). N’est-ce pas dire d’une autre manière , qu’il existe chez certaines espèces une sorte d’attachement qui les porte à rester unis pour la vie? et d’après les observations que j’ai fait connaître précédemment, n’est on pas forcé de convenir que ce n’est pas à l’attachement proprement dit qu’il faut attribuer une pareille conduite?

Gall ne paraît pas disposé à considérer comme une faculté propre à l’homme, celle de l’union pour la vie ; ou du moins il paraît la considérer comme une modification de l’organe de l’attachement, et non comme une faculté fondamentale particulière. Il existe , dit-il, des hommes et des femmes qui, sans cause extérieure accidentelle , ont de l’aversion pour le mariage. Si l’on pouvait lire au fond de leur cœur, on y trouverait peut-être le mot de l’énigme. De telles personnes sont-elles incapables d’attachement ou d’amitié? craignentelles les charges qu’impose une famille? (2)

On voit que ce langage de Gall est très-vague , et qu’il est seulement présenté sous forme de doute.

Plus j’ai étudié la conduite des hommes et celle de plusieurs espèces d’animaux, et plus je suis demeuré convaincu que le penchant qui porte à s’attacher à une compagne pour la vie , était le résultat d’une faculté fondamentale. Quelques observations que j’ai faites dans l’espèce humaine , et celles plus nombreuses que j’ai recueillies chez les animaux, m’ont mis dans le cas de préciser le siège de cet organe chez l’homme et les animaux. Avant d’indiquer sur le cerveau et sur le crâne l’endroit où il se trouve , je dois entrer dans quelques détails anatomiques.

La région de l’attachement pour les petits , telle qu’elle est circonscrite dans les ouvrages ou sur les bustes que les phrénologistesont entre les mains, occupe un espace trop étendu , et contient deux parties cérébrales distinctes , l’une placée à la partie moyenne , n° 1 1 , pl. LXXXVIII , fig. 2 , l’autre , n° 8, située plus latéralement et en dehors. La première me paraît être le siège de l’organe de l’attachement pour les petits, l’autre celle de l’attachement à vie ou du mariage. J’ai déjà trouvé cette dernière région assez développée chez deux personnes qui avaient manifesté de très-bonne heure le désir de s’unir

(1) Lib. cit. , 3e édition.

(2) Vol. 4e édit. , in-8° , page 487.

TRAITÉ

à une autre, et sans y être entraînées par d’autres motifs que ceux qui occasionnent les quatre cinquièmes des mariages. J’ai trouvé au contraire la même région peu saillante chez des personnes qui avaient naturellement de la répugnance pour le mariage. Comme quelques observations ne suffisent pas pour établir une certitude, j’engage les phréuologistes qui sont à même défaire de nombreuses observations , à voir si de nouveaux faits bien observés viendraient confirmer mes remarques.

Les quadrumanes exceptés, ce n’est pas dans la région de l’os occipital qu’il faut chercher le siège de l’organe qui porte les animaux à s’unir pour la vie. On doit se rappeler que j’ai insisté sur ce point d’anatomie, à l’occasion de la description de l’occipital des quadrupèdes et des oiseaux : chez les premiers il est entièrement rempli par le cervelet , chez les seconds il loge le cervelet et une grande partie de l’appareil acoustique.

C’est donc dans la région pariétale postérieure que nous devons chercher, dans ces deux classes , l’organe en question et son siège. J’ai comparé avec soin le crâne et le cerveau des espèces d’oiseaux bien connues pour vivre dans l’état de mariage , et ceux des espèces qui vivent séparées de leur femelle après la fécondation. Voici la différence remarquable que j’ai cru observer entre eux. La partie du crâne répondant à la partie moyenne du bord postérieur de l’hémisphère cérébral n° 8 , pl. XCIII , fig. 8 , est très-saillante chez tous les oiseaux qui vivent dans l’état de mariage. Voici quels sont les crânes et les cerveaux qui m’ont présenté ce mode d’organisation bien apparent : la buse, pl. LXIX , fig. 2 ; le grand corbeau, pl. LIX , fig. 1 ; la grande chouette, pl. LXI, fig. 2; la corneille mantelée, pl. XLIV, fig. 8; la pie, id. pl. , fig. 4; la corneille des clochers, id. pl . , fig. 8 . Les cerveaux de la corneille mantelée, de la grande chouette et de la buse, se trouvent représentés, pl. LXXÏII , fig. 1, id. pl. , fig. 8 , etpl. LXX , fig. 4. On doit remarquer que chez ces trois espèces, qui vivent dans l’état de mariage , l’hémisphère cérébral est non-seulement très-renflé et très-arrondi vers son bord postérieur, mais qu’il se prolonge encore sur le tubercule bijumeau d’une manière sensible. Un autre fait que je dois signaler , c’est que si l’on remarque l’étendue du bord postérieur de l’hèmisphère cérébral , à partir du point où il touche l’autre jusqu’au bord externe , ce bord est bien plus développé ici que chez les espèces qui ne sont pas mariées pour la vie. On peut comparer à cet égard le cerveau de l’oie domestique, pl. LXX, fig. !2, avec celui de la buse, id. pl. , fig. 4 ; on peut encore comparer la région (8) , chez le corbeau , pl. XCIII, fig. 8, avec la même région chez la dinde, pl. LVII , fig. 4 , et chez la poule, id. pl., fig. 1. Avec un peu d’attention on trouvera que la différence est bien saillante. J’engage les personnes qui possèdent une collection de crânes d’animaux, à placer l’un près de l’autre le crâne d’une dinde et celui d’une corneille mantelée ; elles seront aussitôt frappées de la différence que je viens d’indiquer : chez la dinde, toute cette partie est déprimée ; chez la corneille mantelée, au contraire, elle est pleine et arrondie.

’'B PHRÉNOLOGIE

La parlio cérébrale affectée à rattachement à vio chez les quadrupèdes , est celle qui se trouvesituée derrière et en dehors du n° 11, fig. 7, pl. LXXV. Que l’on compare deux cerveaux ayant à peu près le même volume et de la même classe, celui que je viens d’indiquer, par exemple, et qui est celui d’un animal qui vit dans l’état de mariage , la marte , avec celui du chat, qui vit dans un état opposé , id. pl. , fig. 2 , et l’on verra que chez le premier la circonvolution 10 ne se prolonge pas autant en arrière et couvre bien moins le cervelet. La circonvolution 10, chez le chat , est celle qui est affectée à l’attachement pour les petits. Chez tous les animaux qui vivent dans l’état de mariage , cette circonvolution s’étend davantage en arrière. J’ai trouvé cette disposition bien exprimée sur le cerveau du blaireau , du renard, du putois, de la marte et de la belette , tous animaux qui vivent dans l’état de mariago. On peut comparer sous ce rapport le cerveau du blaireau avec celui du chien, pl. LXXX. La même partie m’a paru peu développée chez les lapins, les lièvres, les cabiais. On peut encore comparer pour la différence de développement de l’organe en question , le cerveau de la belette qui vit dans l’état de mariage , avec celui du cabiais qui n’a aucun attachement durable pour sa femelle , pi. LXXIV, fig. S et fig. 1.

Avant de terminer l’histoire de la faculté qui porte l’homme et les animaux à s’unir pour la vie, je ne puis passer sous silence quelques remarques qui sembleraient en apparence combattre l’opinion que je viens d’émettre. On assure , et Gall lui-même raconte le fait , que des chats sauvages et des loups avaient vécu ensemble dans l’état de mariage. En supposant que cette observation soit vraie, je ne crois pas qu’elle puisse détruire l’opinion que l’attachement à vie soit seulement le caractère de quelques espèces , et conséquemment une faculté fondamentale. De ce que l’on aura vu un loup ou un chat, qui ne vivent point habituellement dans l’état de mariage, être toujours ensemble, il ne faut pas, ce me semble, en conclure que ce soit-là l’état ordinaire de ces animaux. 11 n’est pas surprenant que vivant isolés, deux animaux de même espèce s’attachent au point de rester ensemble : mais pour que celte observation eut été concluante, il eût fallu que le loup et le chat sauvage eussent vécu dans l’étal de mariage, bien qu’entourés de plusieurs animaux de la même espèce.

■ S SX.

Attachement.

Je ne m’appesantirai pas beaucoup sur cette faculté, dont i’exislence est trop bien prouvée pour avoir besoin de démonstration. Ses caractères me paraissent aussi trop tranchés pour qu’elle soit confondue avec une autre. ...

TUAITJÈ

Des milliers d’oiseaux vivent par troupes avant ou après l’accouplement. Presque tous les oiseaux de passage voyagent en bandes plus ou moins nombreuses. Chez les quadrupèdes, nous voyons beaucoup d’espèces vivre en compagnie, tels sont les singes, les chevaux sauvages, les cerfs, les chevreuils; d’autres, au contraire, ne vivent que par couple : les renards, les blaireaux, les martes sont dans ce cas.

L’homme est un animal éminemment organisé pour vivre en société. Indépendamment du penchant naturel qui le porte à s’attacher à ses semblables, il possède d’autres facultés qui ne peuvent se développer que dans leur commerce. Combien de facultés eussent été peu connues ou peu énergiques, si les hommes qui les possédaient n’avaient pas trouvé dans la société de ceux qui les entourent de puissans excitans?

En laissant à part ce pêle-mêle d’intérêt qui en impose souvent aux hommes et leur fait prendre le change dans beaucoup de cas, on ne peut s’empêcher d’admettre qu’il existe chez eux des différences frappantes dans leurs relations. Il en est, et j’en connais plusieurs , qui ne s’attachent à personne, ou qui sont d’une tiédeur étonnante en amitié. D’autres, au contraire, se font remarquer par un attachement que la mauvaise fortune ne fait pas toujours disparaître. Ces cas cependant sont assez rares. J’ai la conviction qu’il existerait plus d’attachement entre les hommes , si mille circonstances extérieures, telles que le torrent du monde et des passions , ne venaient les distraire d’un penchant qui leur est si naturel. Rien ne contribue plus à fortifier l’amitié que l’habitude de vivre longtemps ensemble et dans la retraite ; rien ne la diminue plus au contraire que l’éloignement et la dissipation. Souvent deux individus naturellement disposés à s’attacher l’un à l’autre, deviendront ennemis , par cela même qu’ils parcourront la même carrière : avec deux professions différentes ils eussent été inséparables.

On sait qu’il en est de certains peuples comme des individus. II existe chez quelques-uns une disposition assez saillante pour former un des traits du caractère national : les Suisses sont généralement très-attachés à leur pays. Je n’en ai pas rencontré un seul qui ne m’en parlât avec plaisir, souvent même avec attendrissement. On sait qu’il était défendu aux règimens suisses de jouer le rans-des-vaches, sorte d’air qui , en leur rappelant le pays natal, produisait la nostalgie. Je me rappelle avoir vu mourir à l’hôpital de Caen un jeune soldat suisse , dont la maladie ne présenta d’autres caractères qu’un dépérissement journalier , évidemment occasionné par le regret d’avoir quitté sa famille et son pays , dont il s’entretint jusqu’au dernier soupir. Peu de temps après , un Italien mourut avec les mêmes symptômes.

La faculté de l’attachement devait être bien prononcée chez le philosophe Montaigne, car jamais homme n’a peint ce sentiment avec des couleurs plus vives et plus vraies. On voit, en le lisant , que personne n’avait plus que lui goûté les charmes et les douceurs d’une amitié sincère. Je souhaiterais, dit-il, parler à des gens qui eussent essayé ce que je dis: mais sachant combien c’est

chose éloignée du commun usage qu’une telle amitié , et combien elle est rare , je ne m’attends pas d’en trouver aucun bon juge ; car les discours mêmes que l’antiquité nous a laissés sur ce sujet , me semblent lâches au prix du sentiment que j’en ai ; et en ce point les effets surpassent les préceptes mêmes de la philosophie. « Si on me presse , continue-t-il , de direpourquoy ie l’aimais (la Béotie ami de Montaigne) , je sens que cela ne se peut exprimer qu’en respondant : parce que c’estait luy , parce que c’eslait moy. Il y a au delà de de tout mon discours , et de ce que i’en puis dire particulièrement , ie ne sçais quelle force inexplicable et fatale , médiatrice de celte union. Nous nous cherchions avant que de nous eslre veus , et par des rapports que nous oyons l’un de l’aultre , qui faisoient en noslre affection plus d’effort que ne porte la raison des rapports; ie crois par quelque ordonnance du ciel, nous nous embrassions par nos noms : et à notre première rencontre, qui feut par hazard en une grande feste et compagnie de ville , nous nous trouvasmes si prins , si cogneus > si obligés entre nous, que rien, dès lors, ne nous feut si proche que l’un à l’aultre. Au demourant , ce que nous appelons ordinairement amis et amiliez, ce ne sont qu’accointances et familiaritez nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié, de quoy ie parle, elles se meslent et confondent l’une en l’autre d’un meslange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus lacousture qui les a ioinles (1). » Je ne rapporterai pas ici tout ce que Montaigne dit sur l’amitié: son vieux langage, loin d’affaiblir ses pensées , leur donne dans cette occasion plus de charme et plus de force.

Il n’est pas rare de rencontrer dans le monde des personnes entièrement étrangères aux plaisirs de l’amitié. Quant à ce défaut , se trouvent réunis la faculté de conservation , celle qui préside au choix des alimens, et le désir de posséder , dans un haut degré de développement, il en résulte un caractère profondément égoïste.

Le développement considérable de quelques facultés communes à l’homme et aux animaux n’exclut pas celle de l’attachement : c’est là ce qui explique pourquoi des hommes très-dépravés ont cependant fait preuve de beaucoup d’attachement. Gall cite l’histoire d’un voleur de grand chemin qui se pendit afin de ne pas être forcé de trahir ses complices, et il attribue cette conduite à l’attachement. Il n’est pas impossible que l’attachement de cet homme pour ses compagnons ait entré pour quelque chose dans sa conduite; mais je ne pense pas qu’il en ait été la seule et unique cause. Souvent la fermeté est trèsdéveloppée chez les grands scélérats , et cette faculté seule pourrait donner lieu au même résultat. Chez d’autres , la vanité pourrait produire le même effet.

Les observalic .3 que j’ai faites sur le crâne de plusieurs personnes remarquables par leur attachement, m’ont appris que Gall et Spurzheim avaient

(i) Montaigne , livre XXVll,

TRAITÉ

placé le siège de l’organe de celle faculté trop en dedans et trop haut. Sa véritable place me paraît être celle que j’ai indiquée par le n° 9, pl. LXXXVII, fig. 2; cette région est généralement plus développée chez la femme que chez l’homme ; elle l’est aussi dans un degré remarquable chez les Nègres. Le crâne représenté fig. 1, pl. CXIV, la présente dans un haut degré de développement; c’est celui d’un Calmouck faisant partie de la collection de Gall. Cet homme ne cessa durant toute sa vie de donner des preuves d’attachement à ses maîtres.

Chez les singes, la place de l’organe de l’atlachement est absolument la même que chez l’homme. J’ai trouvé cette région très-dèveloppèe sur tous les crânes de singes qui font partie de ma collection.

Chez les oiseaux capables de s’attacher aux personnes, ou qui vivent en société , la région 9 , pl. XCIII , fig. 8 , que je considère comme celle qui répond à l’organe de l’attachement , est ordinairement très-apparente. Que l’on examine maintenant les crânes de la corneille mantelèe , pl. XLIY, fig. 8 , du choucas, id. pl., fig. 8 ; de la pie, id. pl. , fig. 4 ; de l’oie, pl. , LI, fig. 1 et 2; de l’étourneau , pl. XLYI, fig. 4; du geai , pl. LXYIII, fig. 1 , et l’on trouvera que chez tous, cette partie est assez renflée. Elle est surtout très-apparente sur le cerveau de l’oie domestique. Les observations et les recherches que j’ai faites sur cet oiseau m’ont prouvé non-seulement qu’il aime à vivre en troupe mais qu’il est très-capable de s’attacher aux personnes qu’il affectionne. J’ai rapporté dans le Mémoire que je présentai à l’Institut de France, l’histoire d’une oie qui s’était attachée singulièrement à un fermier dont j’étais le médecin ; cet animal le suivait partout : un jour il vint le trouver jusque chez uu de ces amis qui demeurait à plus de deux cents pas de chez lui.

Les perroquets sont ordinairement très-susceptibles d’attachement. Je possède dans ma collection le crâne d’un petit perroquet appartenant à l’espèce connue sous le nom d’inséparable ; il mourut le lendemain de la mort de sa femelle. La région que je viens d’indiquer est très-bombée. J’ai dans ce moment une petite perruche du Sénégal, qui affectionne beaucoup la femme-de-chambre d’une dame qui demeure près de moi : celle-ci fut obligée de s’absenter pendant quelques jours ; sa disparition produisit un effet très-remarquable sur cet oiseau qui devint, au bout de deux jours , d’une maigreur étonnante ; ce ne fut qu’au retour de cette personne qu’elle reprit ses allures ordinaires et tout son appétit.

Qui n’a entendu raconter les traits d’attachement dont certains chiens ont donné des preuves ? Il est digne de remarque que chez celte espèce d’animal la première impression s’efface rarement ; il faut même qu’elle soit bien forte , puisqu’on en a vu quitter des personnes chez qui ils étaient parfaitement soignés, pour retourner avec leurs premiers maîtres chez qui ils étaient loin de trouver les mêmes avantages. Une pareille conduite nous surprendra moins si nous examinons la conformation du cerveau du chien dans la région affectée à rattachement. L’organe de celte faculté est généralement Irès-dèveloppé

DE PHRENOLOGIE.

chez cet animal; cependant la femelle est celle qui le présente communément dans le plus haut degré. La circonvolution marquée 8, pl. LXXV, fig. 6 , est celle qui constitue l’organe de l’attachement ; elle se termine , comme on le voit en consultant le dessin fini, fig. 2, pl. LXXX, par une espèce de crochet , dont la convexité est en dehors. Pour le chat, la portion de circonvolution située entre 10 et 12 , et formant , comme chez le chien, une sorte de crochet; m’a toujours paru saillante chez les chats capables de beaucoup d’attachement. Chez les animaux à cerveau lisse , tels sont le lièvre , le lapin, la taupe , qui vivent par troupes , la même région se trouve renflée d’une manière sen. sible.

Je dois faire remarquer ici, qu’après avoir indiqué le siège de l’organe de l’attachement chez l’homme , Gall se contente de dire que la même région se trouve Irès-développée chez certains animaux. C’est , comme on le voit ? une manière très-commode de faire de la science. Mais quelle est cette région chez les animaux? C’est ce qu’il n’indique en aucune manière. Au reste , nous retrouverons partout dans son ouvrage , le même vague quand il s’agira de préciser le siège des organes chez les vertébrés.

Organe du penchant à la reproduction.

Chez les animaux des classes inférieures , tels que les poissons et les reptiles, les facultés dominantes se bornent à trois principales : se conserver, se nourrir et se reproduire. Si d’autres facultés se manifestent , on peut dire? d’une manière générale, qu’elles neNsont que les rudimens de celles que nous retrouverons à un plus haut degré chez les animaux des classes supérieures. Par reproduction nous n’entendons pas ici la faculté de reproduire un individu semblable à soi ; nous voulons seulement indiquer un penchant qui n’a rien de commun avec les autres , et qui existe chez tous les vertébrés. Son activité, son énergie et sa durée varient beaucoup , suivant les espèces, et ne se manifestent qu’à une certaine époque de la vie : c’est ordinairement celle où les animaux ont atteint leur complet développement.

L’influence du penchant à la reproduction sur l’activité des autres facultés, est on ne pent plus remarquable : c’est ordinairement à l’âge où il entre en action , qu’une nouvelle énergie , une sorte de surabondance vitale se laisse apercevoir chez tous les animaux sans exception. Le coassement des grenouilles, le bourdonnement des insectes, les liennissemens des chevaux , les longues courses qu’entreprennent certains herbivores et carnassiers , annoncent un état de surexcitation , dù en partie à l’activité qu’imprime à tout le système nerveux l’une des plus importantes fonctions de l’espèce. Qui n’a observé l’activité que le penchant à la reproduction donne aux facultés des oiseaux ?vque d’agitations, que de soins, que de raouvemens ! Les oiseaux

TRAITE

chanteurs qui s’étaient tenus silencieux pendant l’automne et l’hiver , font entendre de toutes parts leurs chants harmonieux.

L’homme est de tous les animaux le plus favorisé sous le rapport de la durée et de l’énergie du penchant à la reproduction. Si quelques animaux ont pu le satisfaire un plus grand nombre de fois dans un temps donné, c’est que chez eux la sensation qu’il fait éprouver aura été beaucoup moins vive et accompagnée d’une perte moins grande. Chez la majeure partie des animaux , il existe d’assez longs intervalles entre les périodes où ce penchant entre en action : l’homme au contraire peut le satisfaire à toutes les époques de l’année, et même jusqu’à un âge assez avancé.

L’organe qui préside au penchant à la reproduction , présentant chez tous les vertébrés une multitude de variétés de volume et d’activité , on doit s’attendre à trouver des nuances innombrables d’action et d’énergie de cette faculté. Chez quelques espèces , son influence est peu remarquable et son action de peu de durée , taudis que chez d’autres son énergie est telle, qu’elle subjugue et anéantit toutes les facultés. Si l’animal qui l’éprouve jouit d’une bonne santé ; s’il vit dans l’état de continence sans pouvoir satisfaire le penchant qui le domine , des traces évidentes d’un état maladif ne tardent pas à se manifester. J’ai vu des chattes et des vaches maigrir à l’époque de leur chaleur , de manière à n’êtrc plus reconnaissables. Les loups se livrent alors des combats acharnés pour s’emparer d’une femelle.

A l’époque du rut, les cerfs parcourent des distances incroyables et deviennent d’une maigreur effrayante. L’homme n’est pas plus que les animaux à l’abri des accidens que produit le penchant à la reproduction non satisfait. Buffon a peint avec une rare vérité d’expression les effets fâcheux que produisit chez l’infortuné curé de la Béolle une continence portée à l’extrême. Quels sont les journaux qui n’ont pas retenti de l’attentat horrible du curé Maingrat? quelle est l’ame honnête qui n’a pas frémi d’horreur au récit des détails qui l’accompagnent ? C’est un homme qui , pour satisfaire sa passion brutale, entraîne une jeune femme dans un lieu retiré de sa maison, et qui après l’avoir vainement sollicitée de céder à ses désirs, ne trouve d’autres moyens de la posséder que de l’étouffer. Ni la présence de sa servante, ni les cris de sa victime ne peuvent l’arrêter un instant. Ce n’est plus une passion,

c’est une rage qu’il faut assouvir 1 Si de pareils actes pouvaient être calculés

de sang froid, il n’existerait pas de châtimens trop sévères pour leurs auteurs. Je conçois l’influence que de pareilles atrocités doivent avoir sur les masses qui ne voient que les actes sans tenir compte des circonstances qui les produisent ; mais pour celui qui connaît l’homme, pour le médecin surtout, leur rareté et les scènes dégoûtantes qui les accompagnent sont précisément ce qui prouve que les individus qui les ont commises étaient dans un état trèsvoisin d’une aliénation mentale. Supposons pour un instant, qu’au lieu d’être célibataire , Maingrat eût été marié. Est-il présumable qu’il se fut porté à de pareils actes? N’est-il pas à croire au contraire que l’état de continence dans

DE PHRENOLOGIE.

lequel sa profession l’obligeait de vivre , aura été la principale cause du trouble de ses facultés, et les aura perverties au point de le changer pour un instant en une véritable bête féroce? Je ne crains pas de dire que si j’avais été appelé à prononcer sur le sort de Maingrat , je ne lui aurais pas infligé la peine capitale, mais la réclusion perpétuelle, l’assimilant à ces êtres que le développement excessif de quelques facultés affectives place à côté des monomaniaques.

Mais quelle est la partie du système nerveux cérébral affectée au penchant de la propagation? Des expériences multipliées paraissent démontrer que la partie nerveuse que nous avons décrite dans la première partie sous le nom de cervelet, serait le siège du penchant à la reproduction. Voici quels sont les principaux faits sur lesquels la phrénologie s’appuie pour prouver celte assertion.

l°Le cervelet n’acquiert un développement remarquable qu’à l’époque où les désirs vénériens se manifestent.

2° L’énergie du penchant à la propagation est en raison du développement de cet organe. Les faits recueillis à cet égard sont excessivement nombreux.

3° Des apoplexies cérébelleuses ont été accompagnées de phénomènes érotiques portés au plus haut degré.

4° La castration complète produit une diminution remarquable du cervelet, et donne lieu, après un laps de temps assez considérable, à une diminution du volume de la nuque ; de là , la différence qui existe entre la nuque du taureau et celle du bœuf.

5° La castration uni-latérale occasionne une diminution du lobe cérébelleux opposé à celui où l’opération a eu lieu (1).

Aux faits déjà cités je joindrai les suivans qui me sont personnels.

Chez tous lesanimaux qui pullulentbeaucoup, et qui entrent plusieurs fois en amour dans l’année , le cervelet est généralement très-dé veloppé. C’est ce dont on peut se convaincre en examinant le cervelet du chat, pl. LXXV, fig. 4 ; du lièvre, id. pl., fig. 8; de l’écureuil , pl. XXIX, fig. 4; du cochon d’Inde, id. pl., fig. 1 ; de la taupe , id. pl. , fig. 12. On peut dire que le cervelet des rongeurs , qui se trouvent être la classe d’animaux qui pullulent le plus , est aussi celle où l’on rencontre un cervelet très-développé , eu égard au volume de l’encéphale. On objectera peut-être que les oiseaux qui n’ont que le lobe médian du cervelet , présentent une grande activité du penchant à la reproduction. Considérés d’une manière générale , il s’en faut de beaucoup que celle *v assertion soit vraie. Un nombre très-considérable d’espèces chez les oiseaux ne se livre aux plaisirs de l’amour qu’une ou deux fois dans l’année. Il n’existe

(l) Dans le mémoire que je présentai à l’institut en 1827 , j’avais dit n avoir observé aucune diminution dans un des lobes cérébelleux de quatre lapins que j'avais châtrés unilatéralement, et conservés pendant huit mois. Chez quatre autres lapins que j’ai fait nourrir pendant dix-huit mois j’ai trouvé après la mort une diminution apparente du lobe cérébelleux opposé.

TRAITÉ

dans nos climats qu’un très-petit nombre d’oiseaux qui font exception à cette règle, encore appartiennent-ils aux espèces domestiques, mieux nourries et à l’abri de l’inclémence de l’atmosphère. Il est bien certain qu’un seul coq suffit dans une basse-cour pour cocher plusieurs femelles : phénomène qui paraîtrait en apparence en opposition avec cette loi générale de la nature , qui démontre que l’énergie d’un organe coïncide avec son volume , me paraît très-facile à expliquer ; et comme on va le voir, si , ainsi que je l’ai déjà observé dans le cours de cet ouvrage, la comparaison de volume des organes cérébraux se fait ehcz les individus de la même espèce , la nature vient déposer en faveur de celte régie générale.

Personne ne peut révoquer en doute que les fonctions animales ne s’opè rent avec plus d’activité chez les oiseaux que chez les quadrupèdes. Il n’esl donc pas surprenant que le coq répare beaucoup plus vite, d’une part, par la nature même de sa propre organisation , de l’autre, par une nourriture plus abondante et plus nutritive que celle qu’il eût trouvée dans l’état sauvage. D’un autre côté , je ne crois pas que l’on puisse comparer dans tous ces points l'acte de la reproduction chez l’homme et chez le coq. Les f>er,tes que l’un éprouve et qui doivent être une grande cause d’épuisement, ne ressemblent en rien à celles de l’autre : ce qui explique très-bien la plus fréquente répétition de l’acte vénérien chez celui-ci.

J’ai examiné comparativement quatre encéphales, dont deux avaient appartenu à des coqs excessivement ardens en amour, et deux à deux autres qui l’étaient très-peu. Chez les deux premiers le cervelet était très-dèveloppè : la fig. 1 de la pl. LXXI , représente un de ces encéphales. Chez les deux autres il y avait un cervelet qui présentait, avec celui que l’on vient de voir, une différence de plus d’un tiers en volume. Le cervelet du quatrième était presque aussi volumineux que chez un des coqs ardents , mais d’une molesse singulière ; le reste de l’encéphale, les tubercules bijumeaux exceptés , était très-mou.

Les carnassiers qui présentent un grand développement du cervelet, tels que les chiens et les chats, sont très-ardens en amour (1). Sur plus de deux cenls crânes de chats qui font partie da ma collection, il y en a plus de trente dont j’ai examiné l’encéphale. J’ai constamment trouvé chez toutes les femelles très-ardentes un cervelet très-volumineux.

Quelle est la personne qui n’a pas été réveillée par les cris que ces animaux poussent dans le temps de leurs amours? J’ai fréquemment observé la femelle de cet animal venir rôder dans un jardin sur lequel ma fenêtre avait vue , y jeter des cris auxquels ne manquaient pas d’accourir, plusieurs matous que je voyais sur les murs. Un instant après, commençait le plus infernal des

(l) Chez le chien le cervelet est couvert ea partie par les hémisphères cérébraux ; chez le chat, au contraire, il est entièrement à nu, (Voir les planches où leurs cerveaux sont représentés, )

DE PIIRKN0L0G1E.

sabbats; on eût dit une demi-douzaine d’enfans à qui on administrait le fouet.

On connaît les expériences qui ont été pratiquées par plusieurs médecins sur le cervelet de quelques animaux. Le professeur Rolando de Turin est le premier qui ait fait ces expériences en assez grand nombre : ses observations à ce sujet ont été consignées dans im'ouvrage publié à Sassary en 1809 , intitulé Saggio sulla vera structura del cervello delVtiomo e degli animali, c sopra le funzioni del sistema nervose. Voici quels sont les principaux résultats obtenus par les expériences de cet habile anatomiste. Elles ont été pratiquées sur le cervelet des mammifères , des oiseaux , des repliles et dèspoissons.

« La structure du cervelet, les découvertes importantes fuites par le professeur de Padoue sur le grand nombre de feuillets dont il est composé , firent naître en moi plusieurs soupçons sur le véritable usage de cet organe. Je crus qu’il était destiné à la locomotion ; et pour confirmer cette opinion, voici les expériences que j’entrepris de faire sur le cervelet.

Ayant pratiqué avec le trépan une ouverture sur un des côtés du cervelet chez quelques cochons et chez un mouton, j’emportai à plusieurs reprises tout ce que je pus emporter. Mais la lésion s’étendait à peine au delà du côté trépané , que l’animal était frappé d’hémiplégie, et il périssait au milieu des spasmes convulsifs et de l’hémorrhagie.

fl est très-difficile de pénétrer dans le cervelet des quadrupèdes , sans les priver tout à coup de la vie ; et l’animal qui m’a paru le plus propre à ce genre d’expérience , c’est encore le chevreau. Une ouverture ayant été faite avec le trépan, je coupai en diffôrens sens, avec un stylet tranchant, le cervelet d’un de ces animaux , après quoi il ne put plus se soutenir sur ses jambes, comme s’il eût été paralysé. Il vécut vingt-quatre heures en cet état, et mourut dans les convulsions. L’autopsie me montra une grande quantité de sang coagulé sur le quatrième ventricule* ce qui , je crois , fut la principale cause des spasmes et de la mort. Je manquerais à la brièveté que j’ai dû m’imposer , si je voulais rapporter minutieusement toutes les expériences que j’ai multipliées de différentes manières sur le cervelet d’un grand nombre de quadrupèdes : je me bornerai à dire que la diminution du mouvement était toujours en raison directe de la lésion du cervelet. C’est pourquoi l’animal était tantôt entièrement paralysé, tantôt il ne l’était que d’un seul côté; d’autres fois les extrémités antérieures ou postérieures seules étaient privées du mouvement , suivant que cet organe était détruit en totalité ou en partie.

Sur le cervelet des oiseaux. — J’ai trépané des oiseaux de plusieurs espèces sur le point correspondant , tantôt à la partie latérale , tantôt à la partie supérieure du cervelet , et le mouvement des muscles soumis a la faculté locomotrice cessa toujours en raison de la lésion qui avait été faite.

Avant perforé la partie supérieure du cervelet d’un coq avec un instru-

TRAITÉ

ment approprié , j'enlevai à peu près la moitié du côté droit de cet organe. A l’instant, il fut frappé de paralysie et tomba du même côté sans pouvoir se servir en aucune manière de la jambe droite , ni exécuter avec cette jambe le plus léger mouvement. Pour m’assurer de plus en plus de ce phénomène singulier , je pris avec la main la jambe du côté blessé , et en la soutenant dans une position favorable, le coq pouvait faire quelques pas sur l’autre jambe ; mais peu de temps après il ne pouvait pas même s’en servir, et à la fin la paralysie gagna les deux côtés.

On doit observer que , dans ces lésions du cervelet, l’animal ne tombe jamais dans l’assoupissement et la stupeur : il tient les yeux ouverts, regarde tous les objets, mais c’est en vain qu’il essaie d’exécuter le moindre mouvement au moyen des muscles qui dépendent de la faculté locomotrice. Il faut convenir néanmoins qu’il fait quelquefois de légers mouvemens avec les ailes et les extrémités inférieures; mais ces mouvemens semblent être l’effet de la seule mobilité dont jouit encore la fibre musculaire, ou bien ils ont lieu lorsque quelque morceau considérable du cervelet reste iutact, de manière qu’il peut encore remplir une partie de ses fonctions.

Si je déchirais l’organe tout d’un coup , ou que je l’emportasse en entier, l’animal était constamment frappé d’une paralysie complète ; mais quand la lésion n’était que légère , peu d’heures après il recouvrait la faculté de se mouvoir.

Sur le cervelet des reptiles et des poissons. — Les expériences que j’ai faites sur les animaux à sang froid m’ont donné des résultats semblables.

Une tortue dont je séparai le cervelet de la moelle alongèe resta entièrement paralysée , et vécut pendant dix ou douze jours dans la plus parfaite immobilité. Après une pareille opération , une autre tortue vit encore depuis deux mois, sensible comme à lordinaire aux plus légères offenses et à la plus faible stimulation , mais immobile au point de ne pouvoir s’éloigner eu aucune manière du lieu où elle est inquiétée. Je traitai de la même façon un lézard avec un égal succès. Mais ce qui est surprenant, c’est de voir les mêmes phénomènes avoir lieu chez deux serpens d’une espèce extrêmement agile ( coluber nairix ). N’ayant pas emporté complètement l’organe d’où dépend la locomotion chez le premier, qui était le plus petit, il resta paralytique pendant deux ou trois heures , mais il recouvra ses forces par la suite , et s’enfuit. Le second ayant été mieux opéré, fut entièrement privé de la faculté de se mouvoir; seulement il était par intervalles agité de mouvemens incertains, qui n’étaient point dirigés par l’instinct , mais dépendant de la grande mobilité de la fibre musculaire de ces animaux : il périt au bout de cinq jours.

Pour rendre complète cette expérience sur les poissons, qui meurent avec facilité pour peu qu’on les tienne hors de leur élément , je fixai , avec des attaches contre une petite table, un spams erythrynus , L. , pesant environ deux livres ; et étant ainsi assujetti sous l’eau , je lui emportai tout le cerve-

let ; l’ayant ensuite détaché , il tomba comme mort au fond du baquet, quoiqu’il vécut ensuite.

Je pratiquai la même opération sur un squalus catulus avec bien plus de facilité , parce que le crâne de ce poisson est cartilagineux , et qu’il peut rester plus longtemps hors de l’eau. Il perdit la faculté de se mouvoir , et l’ayant remis dans l’eau , il n’exécutait plus que quelques mouvemens vagues et incertains , et ne pouvait plus se livrer à la natation.

J’ai observé, comme je l’ai dit, que les lésions faites sur le cervelet de plusieurs poulets , guérissaient promptement, et que ces animaux recouvraient leur ancienne aptitude à se mouvoir ; mais j’ai vu la même chose d’une manière plus singulière chez la tortue que j’opérai la première, et dont je n’avais fait que déchirer et diviser l’organe en question : l’animal resta paralysé pendant plusieurs heures, mais bientôt après, il acquit une faculté surprenante à se mouvoir , si bien qu’il marchait avec une vitesse pour ainsi dire quadruple de ce qu’il avait coutume de faire auparavant. Je fus curieux d’examiner le cervelet qui était seulement couvert d’un sang coagulé; il me parut cicatrisé et avoir acquis un volume considérable. Serait-il possible que le cervelet ayant acquis , par le moyen de la cicatrice , un plus grand développement , il pût ainsi contribuer à l’agilité insolite dont cet animal jouissait après l’opération (1). En admettant comme rigoureusement exactes les expériences précitées, bien que nous ayons peine à admettre comme telle la dernière, dans laquelle il est question d’une cicatrice qui se serait formée au bout de plusieurs heures, nonobstant la déchirure du cervelet, je ferai observer que les expériences qui ont été tentées plus tard par MM. Flourens , Magendie et Bouillaud, ont donné des résultats trop variés pour servir de base à des observations bien faites. La nature de mon ouvrage ne me permettant pas de suivre ces auteurs dans toutes leurs expériences , je me contenterai de faire observer qu’après les avoir lues, tout esprit impartial sera frappé des différences obtenues dans les résultats.

Il est même plusieurs de ces expériences qui se contredisent évidemment : ainsi , par exemple , M. Flourens assure que la spontanéité des mouvemens appartient aux hémisphères; M. Magendie, au contraire, prétend que leur soustraction chez les reptiles et les poissons n’influe en rien sur les mouvemens. Le même auteur dit aussi que les expériences de M. Flourens sur le cervelet ne sont nullement applicables aux quadrupèdes ; il va plus loin même , car il assure qu’elles n’ont lieu que sur certaines espèces d’oiseaux , c’est-à-dire celles sur lesquelles M. Flourens a fait ses expériences (2). Enfin, comment donner comme certain que le cervelet soit le régulateur des mouvemens , si , comme l’assure M. Magendie , les mouvemens ont conservé leur régularité chez des animaux privés de cervelet? J’ai déjà dit dans la première partie,

(1) Premier vol. des Archives de Médecine , pag. 371 etsuiv.

(2) Magendie, Physiologie, 2r édition , page 336.

TRAITÉ

que je ne pensais pas que la voie des mutilations fût un guide bien sûr pour arriver à la connaissance des fonctions du système nerveux cérébral. M. Rolando ne justifie-t-il pas lui-même la vérité de ma remarque , en s’exprimant ainsi? J’ai fait, dit ce professeur distingué , des expériences innombrables pour découvrir les résultats des lésions faites aux tubercules bijumeaux et aux parties voisines des couches optiques ; mais j’ai rarement obtenu des résultats constans : ce qui n’est pas surprenant , si nous considérons l’entrelacement particulier des nombreuses fibres qui se rencontrent dans ces parties; car, comme il est extrêmement difficile de connaître quels sont les faisceaux de fibres qui ont été lésés dans ces opérations , nous ne pouvons tirer de conclusions claires et précises là où il existe une différence dans le résultat (1).

Mes nombreuses observations anatomiques sur le cervelet des animaux Vertébrés me portent à croire que cet organe n’est pas simple. Son volume , sa forme et sa composition , ainsi que je l’ai démontré dans la première partie, varient beaucoup dans les diverses classes d’animaux. On sait qu’il est généralement peu développé chez les reptiles; que chez les oiseaux il se compose de demi-anneaux, dont le plus large occupe la partie moyenne; chez les quadrupèdes , les quadrumanes et l’homme, il se compose de deux masses latérales formées de diverses lames ; au milieu de ces deux masses se voit un renflement, processus vermicularis. J’ai été frappé, en étudiant le cervelet, du volume de cette partie chez quelques espèces : je citerai comme exemple le chat , pl. LXXV, fig. 4; l’écureuil , pl. LXXIV, fig. 4. On voit que , dans le premier , cette portion moyenne se compose de deux masses bien distinctes , pl. LXXIX, fig. 2; l’une supérieure c, l’autre inférieure c 2;ïc?., fig. Je ne crois pas que cette partie moyenne du cervelet remplisse les mêmes fonctions que les deux masses latérales. Un fait bien certain, c’est que je l’ai constamment trouvée très-développée chez les animaux grimpeurs, tels que le chat, l’écureuil, la marte ; et chez ceux qui ont le pas très-sùr, ou qui peuvent marcher facilement sur des terrains en pente et des lieux escarpés. Voici lesnoms des animaux chez qui j’ai trouvé le processus vermicularis très-fortement exprimé : les chamois, les chèvres , les mules , l’âne , le cheval , le mouton. Je ne serais donc pas surpris qu’il existât quelque relation entre le développement de cette partie du système nerveux cérébro-spinal, et l’agililè et la sûreté des pas chez les animaux. Quelques faits d’anatomie pathologique viendront peut-être un jour éclairer cette question , soit chez l’homme, soit chez les animaux.

Siège de l’organe du penchant à la reproduction.

Chez l’homme , le cervelet se trouve logé dans les fosses occipitales inférieures , pl. V bis , fig. 2, F, F. On reconnaît son développement à l’extérieur

(1) Rolando, lib. cit.

par la largeur qui existe entre les deux apophyses mastoïdes , ou , comme je l’ai rencontré bien des fois, par deux reliefs bombés dirigés de haut en bas. Dans le premier cas , la nuque présente toujours de la largeur; dans l’autre , la nuque peut être étroite, ce qui n’empêche cependant pas le cervelet d’être assez développé : il gagne alors en épaisseur ce qu’il perd en largeur. Quand l’intervalle placé entre les deux mastoïdes est très-considérable , et les deux surfaces qui recouvrent le cervelet, 10-10, fig. 2, pl. LXXXYIIÏ, trèsbombées , le cervelet présente un haut degré de développement. La fig. 2 et la fig. 3 de la pl. XCIY, peuvent servir à donner une idée dont cet organe se prononce, à l’extérieur, dans un très-faible et dans un assez haut degré de développement.

Chez les oiseaux, le cervelet occupe la partie moyenne et postérieure du crâne, n° 10, fig. S , pl. XCIII ; il est logé dans la fosse c, fig. 8 , pl. V lis ; celle-ci se trouve formée en grande partie par la portion moyenne postérieure de l’os occipital; cependant deux petites dépressions c, c, fig. 11 et 10, pl. XVII, appartenant aux angles supérieurs et postérieurs des pariétaux , contribuent aussi à sa formation.

Chez les rongeurs , le cervelet répond à toute la surface interne de l’os interpariétal, fig. 11 , pl. XY, et à toute la surface de l’os occipital indiquée par les chiffres 1 , 2, S , fig. 12 , id. pl.

Chez les carnassiers , le cervelet occupe non-seulement la cavité de l’os inter-pariétal, fig. 8 , pl. XIII , toute celle de l’os occipital , id. pl., fig. 6, mais encore une portion assez considérable des pariétaux. Chez quelques espèces, toute la région couverte d’astérisques, et celle marquée par des points d’interrogation, fig. 2, pl. XCIII, répondant au cervelet. La portion supérieure du processus vermicularis correspond ici à la partie moyenne de la lame osseuse qui sépare la voûte du crâne en deux parties chez les carnassiers. (Voir la fig. 3 de la pl. I représentant la voûte d’un jeune chat, vue par sa face interne.)

Le développement de la portion la plus en arrière du lobe moyen du cervelet , peut être apprécié à l’extérieur du crâne , car elle répond à la portion osseuse que nous avons désignée sous le nom d’inter-pariètale , et n’en est séparée que par la cloison osseuse qui se trouve dans cette région , immédiatement appliquée sur elle. Mais plus en devant, la cloison ne louche plus aux pariétaux, de manière que la portion du cervelet qui y répond, n’est plus appréciable à l’extérieur. Sur les côtés et en arrière , nonobstant la présence de la cloison , le volume du cervelet est appréciable à l’extérieur, parce que le cervelet touche l’os pariétal dont il n’est séparé que par la membrane dure-mère.

Dans le chien , le cervelet occupe la même place que chez le chat, seulement il est impossible d’en apprécier une aussi grande surface à l’extérieur. H suffit de jeter les yeux sur la fig. 4 de la pl. LXXV représentant le cervelet

TRAITÉ

du chat, et sur la fig. 2 de la pl. LXXX représentant celui du chien, pour voir de suite à quoi tient cette différence.

Chez le chat , le cervelet est entièrement à découvert , tandis que dans le chien les lobes postérieurs du cerveau en recouvrent une grande partie : il n’y a donc chez celui-ci que la portion inférieure du processus vermicularis , et celle qui répond aux lobes latéraux , qui soient appréciables à l’extérieur. Ces régions sont marquées par des astérisques, pl. XCIII , fig. 1 :*loutela surface marquée de points d’interrogation chez le chat , pl. XCII , fig. 2, répond au cervelet ; tandis que chez le chien elle correspond aux circonvolutions postérieures.

Le siège du cervelet est absolument le même chez les quadrumanes que dans l’homme.

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