‹ Traité de phrénologie humaine et comparéeChapitre 58 sur 87 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

liuse.

Cette faculté est une de celles qui contribuent le plus à la conservation des espèces : sans elle une multitude d’animaux deviendraient facilement la proie de leurs ennemis; souvent elle est l’arme du faible contre le fort, qu’elle parvient à fuir ou à dompter. Quelques espèces la présentent dans un haut degré de développement: rusé comme un renard , fin comme la marte, sont des expressions passées en proverbe.. 11 n’est pas rare de rencontrer dans l’espèce humaine , des hommes doués de cette faculté dans un degré tel , qu’il constitue le trait le plus saillant de leur caractère : leurs actes, leur langage, leurs habitudes sont toujours empreints d’une manière d’être caractéristique. Personne ne sait mieux qu’eux s’accommoder aux temps, aux lieux et aux circonstances; personne n’entend mieux comment il faut cacher leurs vues , leurs projets , leurs intentions , en s’enveloppant de la plus profonde dissimulation. Leur conduite paraît souvent inexplicable pour qui ne tient pas le fil de leurs actions que l’on ne découvre souvent que lorsque leur but est atteint.

Cette faculté peut présenter mille nuances, selon l’état do développement des autres organes. Dans un degré modéré , et avec un très-faible développement d’une faculté dont je parlerai plus loin (la circonspection) , elle constitue un des caractères les plus singuliers que l’ou puisse rencontrer ; ce sont de ces hommes dont la finesse est, si je puis m’exprimer ainsi, percée à jour : après avoir tenu une conduite annonçant une certaine finesse, leur manque de circonspection vous fait tout de suite découvrir leurs vues et leurs projets. Dans un degré moyen de développement , réuni à la circonspection et à une faculté précieuse , l’esprit d’induction , la ruse contribue à donner du tact et

constitue ce qu’on appelle un caractère prudent.

Toutes les fois que cette faculté ne se trouve pas réunie à des facultés intellectuelles et à des sentimens élevés , il en résulte ces êtres ignobles, à vues aussi basses que la faculté qui les domine. Les maisons de réclusion, les ba gnes sont peuplés de celte sorte de gens : si on pouvait les suivre dans leurs actions, lire dans leur esprit, on n’y verrait que bassesse , fourberie et intrigue. Je reviendrai encore sur ce sujet qui ne peut être bien compris qu’après que j’aurai traité de la combinaison des facultés.

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Il est impossible pour les personnes versées dans l’histoire des actes de l’esprit humain , de confondre la faculté que je désigne sous le nom de ruse, avec celles qui me restent à traiter. Les personnes étrangères à la vraie connaissance psychologique des actes cérébraux , confondent cette faculté avec l’intelligence ou la pénétration , bien qu’elle en diffère complètement ; mais quel est le caractère distinctif de celte faculté? Les expressions ruse , finesse , savoir-faire , employées par Gall pour la désigner , n’en sont-elles au contraire que des modifications?

Selon Spurzheim , son caractère distinctif serait le penchant à cacher. Si j’examine, dit-il, les manières des animaux rusés et considère l’essence de leur ruse, et plus spécialement si je considère les actes des hommes et des animaux quand ils exercent cette fonction, il me paraît que la faculté spéciale est le penchant à être clandestin en général , être secret en pensée , mots , choses ou projets. Le renard prend soin de ne pas être observé. Un chat guettant une souris, no remue aucun membre. Les animaux rusés lorsqu’ils sont poursuivis, se cachent adroitement ; un chien cache son os, et les personnes rusées cachent leurs intentions , et quelquefois professent des opinions opposées à celles qu’elles ont réellement.

Je crois avec Spurzheim , que la ruse , la finesse , le savoir-faire indiquent plutôt des modifications de la même faculté ; mais le penchant à cacher est-il bien le vrai caractère de la faculté en question? ne serait-il pas aussi une modification de cette faculté ? Le renard qui est en garde , le chat qui guette une souris sans remuer un membre, ne mettent pas seulement en jeu la ruse, mais encore la circonspection. En disant que le chien cache son os , Spurzheim abuse évidemment ici du mot cacher. Je ne crois pas non plus que la faculté d’être secret appartienne à la ruse.

Plus j’étudie les actes des animaux et des hommes rusés, et plus cette faculté me paraît avoir une sphère d’action étendue et difficile à rendre par une expression ; c’est une manière d’agir tout à fait à part , et qui n’a point d’analogue dans les autres facultés. Dans les animaux des classes inférieures, celte faculté aide puissamment celles qui sont indispensables à la conservation des espèces, telles que la destruction, le penchant à faire des provisions, etc.

Les actions de l’homme rusé ne se bornent pas à cacher ses projets , comme le dit Spurzheim; c’est cette faculté qui porte à deviner ceux des autres : je crois qu’elle contribue beaucoup à rendre très-dèfians les hommes qui la possèdent dans un haut degré.

La partie du cerveau qui est le siège de l’organe de la ruse, occupe la région moyenne du bord inférieur de l’os pariétal chez l’homme, pl. LXXXVII. Le siège de cet organe est généralement mal indiqué sur toutes les figures qui accompagnent les livres publiés jusqu’à ce jour sur la phrénologie. Quand l’organe est très développé , toute la région du crâne répondant à la région du pariétal , dont la surface interne est taillée en biseau pour s’articuler avec le temporal, est très-saillante, et la surface placée un peu au-dessus?

très-bombée. On peut avoir uue idée d’un grand développement de cet organe sur le crâne représenté fig. 2 , pl. CXI.

Chez les quadrumanes , le siège de l’organe de la ruse est absolument le même que chez l’homme.

Chez les carnassiers, tels que le chien, pl. XXIII, fig. 1 et 2,1e loup, pl. XXXVI , fig. 1 , le renard , pl. XXXV, fig. 1 , la marte , pl. XXXI, fig. 4, le putois , id. pl . , fig. 2 , l’organe de la ruse est placé exactement au-dessus de la ligne que décrit l’articulation écailleuse de l’os temporal : il occupe la partie moyenne du bord inférieur pariétal , qu’il renfle d’une manière variable suivant les espèces. Cette saillie est bien exprimée sur le crâne du renard , représenté pl. XXXV. Comme le crâne de cet animal offre peu d’épaisseur, il en résulte que la circonvolution cérébrale, siège de l’organe de la ruse , se dessine à merveille à l’extérieur. Une ligne perpendiculaire tirée du milieu du conduit auditif externe des carnassiers , après avoir traversé la région du penchant à détruire, tombe exactement sur celle que l’organe de la ruse occupe , pl. XCII, fig. 1 ,et pl. XCIII , fig. 1.

Gall , en parlant du siège de l’organe de la ruse chez les oiseaux , s’exprime ainsi : « En général , et sans excepter les frugivores et les oiseaux qui se distinguent par leurcaractère rusé, la région ci-dessusindiquée est très-saillante (1). » Comme on le voit , c’est une manière très-aisée et très-simple d’indiquer le siège d’un organe. Cependant la différence d’organisation du crâne chez les oiseaux, ne permet en aucune manière de se prononcer ainsi; et si on voulait, comme Gall, assimiler les crânes des oiseaux à ceux des quadrupèdes, on commettrait de graves erreurs. Je suppose , par exemple, comme le dit Gall, que l’on cherchât le siège de l’organe de la ruse chez les oiseaux dans la même région que chez les quadrupèdes, c’est-à-dire sur l’os pariétal, et que l’on choisit pour exemple un crâne de coq pour faire l’application, on tombera juste sur une partie du crâne où l’on ne voit aucune trace de cerveau , c’est-à-dire sur le cervelet.

Chez les oiseaux du genre corvus , la partie cérébrale affectée à la ruse est celle qui se trouve située dans la région 4, fig. 4 , pl. XCIII , à quelques lignes au-dessus de la petite apophyse osseuse placée à la partie la plus reculée du conduit auditif externe, et elle se prolonge en avant dans l’étendue de plusieurs lignes, chez le corbeau. Chez les granivores l’organe est placé derrière et audessus de l’apophyse orbitaire externe.

Chez les quadrupèdes herbivores et les rongeurs , il est placé plus en devant et plus haut que chez les carnassiers. C’est lui qui forme cette masse bombée que l’on voit chez le chevreuil , pl. XXVI, l’isard, pl. XXXVIII ; c’est lui qui contribue à élargir la voûte du crâne du lièvre , pl. III bis , fig. 4 , du lapin , de l’écureuil, pl. XXXIII et XXXVII.

J’ai trouvé cette partie du crâne très-apparente chez des lièvres de quelques jours. J’engage les personnes qui auront occasion de s’en procurer , à les ob-

0) Uv. cit. , page 191 , in-8°.

TRAITÉ

server avec attention , et elles y trouveront quatre organes très-apparens : 1° un situé à la partie interne de l’arcade orbitaire, qui donne à ces animaux la possibilité de reconnaître les lieux ; 2° un autre très-apparent occupant la région pariétale moyenne , circonspection ; un troisième renflant d’une manière sensible le bord inférieur de l’os pariétal ; enfin, comme je l’ai vu surle cerveau, l’organe de la conservation et celui qui préside au choix des alimens. En réfléchissant sur la prédominance de ces facultés à cet âge , on ne

peut s’empêcher d’admirer leur coïncidence avec les premiers besoins de l’animal.

Organe du courage.

Jene crois pas que personne puisse contester que le courage soit une qualité distinctive de l’homme et des animaux. Chez lui, comme chez eux, cette faculté se manifeste à divers degrés. Certains hommes sont remarquables par leur poltronnerie, comme d’autres le sont par un courage poussé jusqu’à l’audace, et quelquefois même jusqu’à la témérité. Le courage avait été attribué jusqu’ici à l’action d’autres viscères que le cerveau. Je ne répéterai pas ce que des physiologistes ont avancé sur l’influence que le développement du système musculaire, ou celui du principal organe de la circulation (le cœur) peuvent avoir comme produisant le courage. De pareilles assertions ne méritent pas même d’être réfutées. Les observations de Gall dans l’espèce humaine , celles plus nombreuses encore que j’ai faites chez les animaux, ne laissent aucun doute non-seulement sur la question si c’est dans le cerveau que réside la faculté désignée sous le nom de courage , mais encore sur la partie cérébrale qui en estle siège. Comme ces expériences peuvent être répétées tous les jours, je n’insisterai pas sur les preuves théoriques qui pourraient soutenir mon opinion. Je vais donc faire connaître le siège de l’organe du courage chez l’homme et les animaux.

Chez l’homme , l’organe du courage occupe la partie moyenne de l’angle postérieur inférieur de l’os pariétal, pi. LXXXVII , fig. 2, nü 5. Tous les individus qui se font remarquer par leur bravoure , ont celte région dans un degré de développement remarquable; une disposition contraire se rencontre chez les hommes très-pusillanimes et poltrons. La fig. 1 de la pl. XCIX peut donner une idée du grand développement de l’organe du courage. On trouvera le même mode d’organisation sur le crâne du général Wurmser, qui se trouve dans la collection de Gall. On voit combien le développement considérable de cet organe contribue à augmenter le diamètre transversal du crâne dans cette région.

Chez les quadrumanes, le siège du courage est absolument le même que chez l’homme.

Chezle9 quadrupèdes, la circonvolution, ou la portion cérébrale affectée au courage, est indiquée sur le cerveau de la marte , par le nombre 13, pl. LXXV , fig. 7. Cette partie étant très-développée chez les espèces renommées pour leur courage , la région du crâne qui y répond est aussi généralement très-bombée chez elles. Le n° 3 de la fig. 2 de la pl. XCIII , indique le siège du courage chez les carnassiers. Que l’on examine maintenant le crâne du renard, pl. XXXV, fig. 1 , du blaireau, pl XXVIII, fig. 1 , de la marte , pl. XXXVI, fig. -4, du putois, id. pl. , fig. 2 , et l’on verra que chez tous ces animaux la région indiquée est très-renflée. Le crâne représenté pl. XL , fig. 1 , est celui d’un chien que son maître fit tuer à cause des dôsagrèmens qui ldi causaient ses combats acharnés avec les animaux de son espèce. Le crâne placé au-dessous appartenait au contraire à un chien très-lâche. Jamais animal ne fit preuve d’une poltronnerie égale à la sienne : le cri seul d’un petit roquet suffisait pour le faire fuir.

Gall dit avoir observé que les chevaux qui ont les oreilles rapprochées sont toujours ombrageux et craintifs; tandis que ceux, au contraire, qui ont les oreilles distantes à leur origine sont sûrs et courageux. Il est possible que ce fait soit vrai; mais je ne puis m’expliquer le rapport qui peut exister entre ce signe extérieur et le courage , dont Gall indique le siège , chez cet animal, dans un point où ne se rencontre pas de cerveau , (voir la pl. LXIV de son Atlas). Spurzheim a reproduit la même erreur en copiant le dessin de Gall. Ce médecin avait si peu étudié l’anatomie du crâne des animaux , qu’il place l’organe du courage chez le chien , sur le point d’insertion des muscles postérieurs du cou. (Voir la pl. VII de sa Phrénologie , 3e édition. Londres.)

Chez les rougeurs et les herbivores, l’organe du courage est placé immédiatement au-dessus du conduit auditif ; il répond à la partie la plus externe de la portion écailleuse de l’os temporal, et à l’angle postérieur et inférieur de l’os pariétal. Cet organe est très-prononcé chez le chevreuil , pl. XXVII,' le cochon cabiais, pl. XXXVII, fig. 3.

Pour bien apprécier le siège de l’organe du courage chez les oiseaux , il faut avoir fait une étude particulière du crâne de ces animaux appartenant à différentes classes. Je vais indiquer succinctement le résultat de mes observations, renvoyant à l’étude de la nature les personnes qui voudraient faire des recherches sur un très-grand nombre d’oiseaux.

Chez tous les oiseaux du genre corvus, et les oiseaux de proie proprement dits, l’os pariétal présente un grand développement : sa partie qui représente l’angle postérieur et inférieur du pariétal de l’homme , recouvre la portion cérébrale affectée au courage ; une portion de l’os temporal, celle qui se trouve appartenir à la partie la plus externe de la portion écailleuse, y répond aussi. Le n° fi de la fig. 4 de la pl. XCIII , indique le siège de cet organe , qui est le même dans les deux classes d’oiseaux que je viens de citer. Sa position est encore la même chez la mésange tricolore, pl. XVI. fig. 1, l’élourneau id. pl. , fig. h , le roitelet, pl. LXVII, fig. h , trois espèces d’oiseaux remar-

quables par leur courage. Dans la cresserelle, pl. LIV, fig. 5, oiseau de proie Irès-hardi et courageux , cette région est très-déyeloppèe.

Il existe certaines espèces de granivores qui sont doués d’un courage assez remarquable pour que les hommes en aient fait un objet de spectacle : les combats de coqs, si communs de nos jours, ont été connus dès la plus haute antiquité ; les Rhodiens les célébraient avec pompe : il en était de même chez les Athéniens. Buffon assure que ceux-ci employaient les cailles au même usage.

Gall dit qu’à la première entrevue qu’il eut , pendant ses voyages , avec un amateur passionné de combats de coqs, celui-ci crut lui confier un secret en lui disant qu’il savait distinguer, à la seule vue, les braves champions d’avec les mauvais combaltans, et il lui désigna comme caractère, la largeur de la tête un peu en avant des oreilles. Gall donne ensuite la figure du crâne du coq de combat et celle du coq ordinaire. (Voir la pl. LXIV, de son atlas.)

Je n’ai aucune confiance dans ce que l’amateur de combats de coqs a p.u dire à Gall , car les plumes qui recouvrent la tête du coq peuvent être un obstacle à saisir le vrai développement du crâne. Les deux dessins donnés par Gall ne servent en rien à faire reconnaître le développement de l’organe du courage , car ils ne sont qu’au trait. D’ailleurs il existe entre le crâne des oiseaux de la famille des gallinacés une différence d’organisation que Gall n’a pas indiquée, et qu’il faut cependant connaître , si on veut apprécier le développement de l’organe du courage chez diverses espèces. J’ajouterai que dans cette classe d’animaux, et passé un certain âge, le crâne peut augmenter d’épaisseur au point d’empêcher de saisir le développement de la partie cérébrale affectée au courage : on ne peut alors en avoir une juste idée qu’en examinant le cerveau.

Il existe, ai-je dit, entre le crâne des gallinacés et ceux des oiseaux dont j’ai parlé précédemment , une différence d’organisation assez remarquable , et sans la connaissance de laquelle on ne peut préciser parfaitement le siège de l’organe du courage chez les oiseaux de celte classe. Je vais indiquer par deux exemples, pris chez deux oiseaux appartenant à deux classes différentes, comment on peut arriver à reconnaître extérieurement son vrai siège chez les gallinacés. Si l’on jette les yeux sur les deux bases de crâne représentées fig. 8 et fig. 5, de la pl. 1 bis , on verra que dans la première qui appartient à un oiseau de proie , la buse , la cavité générale de la base du crâne présente plus d’étendue d’avant en arrière , que la même cavité de la base du crâne de la fig. S , qui est celle d’un granivore , la poule : à quoi lient cette différence? à ce que chez l’oiseau de proie , le penchant à détruire étant plus considérable que chez le premier , l’organe du courage se trouve placé nécessairement plus en arrière. La lettre f , de la fig. 7 , pl. LVI , indique la partie du crâne où répond l’organe du courage chez les granivores. Il en résulte que, lorsqu’on examine d’arrière en avant deux crânes de celte famille , l’un d’un individu très-brave, et l’autre d’un poltron, chez le premier le diamètre du

crâne d’un f à l’autre est plus considérable. Je ferai remarquer que, malgré l’aplalissement qui se voit en f , chez ces oiseaux , on est surpris de voir que la partie cérébrale qui y répond se trouve souvent très-rcDilée , notamment chez les vieux granivores où l’épaisseur des parois du crâne fait disparaître le parallélisme des deux tables. Sur le crâne d’une dinde dont j’ai étudié les mœurs, et qui se trouve représenté pl. LVII, fig. 2, la région du courage est très-dèveloppèe. Lorsqu’elle conduisait ses petits , ou les poulets dont elle avait couvé les œufs , elle entrait en fureur et se battait contre tous les animaux de la basse-cour qui en approchaient de trop près. On retrouve la même région très-saillante sur le crâne de la pintade, id. pl. , fig. 7 et 8.

Le courage est une des facultés de conservation des espèces la plus fréquemment mise en jeu chez les animaux ; elle est l’auxiliaire puissant d’une multitude de facultés. Les combats des hommes et des animaux pour la conservation de leurs propriétés , de leurs petits , etc., etc.; ceux que se livrent avec tant d’acharnement deux animaux dont l’un doit devenir la proie de l’autre , sont autant de preuves de l’existence et de l’emploi de cette faculté.

Selon Gall, le défaut de développement du courage produirait la poltronnerie ou la peur ; c’est ce qu’il appelle faculté ou qualité négative. Spurzheim croit, au contraire , que la peur est une affection toute positive, résultant de l’extrême développement de la circonspection. Je ne crois pas avec Gall que la peur tienne au défaut de l’organe du courage : je la considère comme une affection de l’organe de la conservation , et non de la circonspection , comme le pense Spurzheim, car j’ai rencontré des gens très-braves et très-circonspects: il en est de même chez les oiseaux. Le corbeau et la cresserelle sont trèscirconspects, et cependant très-courageux (1).

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Organe du choix des lieux.

L’impulsion intérieure qui porte les animaux à choisir, de préférence, telle ou telle place , a été assez bien connue des anciens naturalistes : elle a même servi à Pline comme base de classification , puisqu’il divise les animaux en terrestres, aquatiques et aériens ; mais , loin de rattacher la prédilection des animaux pour certains lieux, aux facultés du système nerveux cérébral, il l’explique seulement par l’expression vague d’instinct.

Si nous éludions avec soin les habitudes de plusieurs animaux, nous Verrons que de très-bonne heure et sans qu’aucune cause ait pu leur donner connaissance de l’avantage qui peut résulter pour eux de leur direction vers tel oulel lieu , une force intérieure les y entraîne. La jeune chèvre aime à gravir sur les endroits monlueux ; le chamois , le bouquetin , l’isard autre espece de

(l) Je ne rapporterai pas ici le passage dans lequel Gall cherche à prouver son opinion, car plusieurs de ses raisonnemens ne m'ont paru que spécieux.

TRAITÉ

chamois, se plaisent sur les sommets escarpés des Alpes et des Pyrénées. A peine éclos, le jeune canard se dirige vers l’eau , nonobstant les cris et les transes de la poule sa mère adoptive. Le corbeau de la grosse espèce ne vit que dans les endroits solitaires ; le choucas habite ordinairement les clochers; le hibou et piesque tous les oiseaux de proie nocturnes se logent préférablement dans les vieilles ruines ou les greniers. Sans la faculté du choix des lieux, beaucoup d’espèces, telles que les palmipèdes, et plusieurs autres appartenant aux oiseaux de rivage , auraient péri.

La faculté du choix des lieux a fixé l’attention de Gall et de Spurzheim, bien que ces deux auteurs ne l’aient pas envisagée de la même manière. Comme je ne pourrais pas être bien entendu de mes lecteurs , quand il sera question de rectifier les erreurs que Gall a commises en cherchant à déterminer chez les animaux le siège de l’organe dont je fais maintenant l’histoire , je vais rapporter ici textuellement comment il dit avoir été conduit à la découverte de celte faculté et au siège de son organe. Mes remarques ne s’adresseront pas à Spurzheim, qui n’a publié sur ce sujet aucunes recherches anatomiques ou physiologiques chez les animaux.

« Après avoir donné mon attention à l’orgueil, comme qualité particulière, et à son organe chez l’homme , je voulus voir si mes obervations se confirmeraient chez les animaux dont on a coutume de dire qu’ils sont fiers ; par exemple, des chevaux de race , du coq , du paon , etc. Je ne trouvai chez aucun d’eux un développement remarquable des parties cérébrales correspondantes à l’organe de l’orgueil chez l’homme; mais je trouvai bien un développement considérable de ces parties chez les animaux chez lesquels je n’aurais jamais songé à les chercher, c’est-à-dire chez ceux qui séjournent sur les hauteurs , ' sur les montagnes, et qui se tiennent volontiers dans le haut des airs, chez le chevreuil, le chamois, le bouquetin, chez certaines espèces d’aigles et de faucons; et ce qui me frappa le plus, la partie cérébrale en question était d’autant plus développée , et la proéminence alongée d’autant plus saillante, que ces animaux ont leur demeure habituelle sur des lieux plus élevés. »

Je pense avec Spurzheim , que Gall a eu tort de confondre l’orgueil dans l’espèce humaine, avec la faculté qui porte les quadrupèdes à gravir sur les ” montagnes , ou les'oiseaux à s’élever à une grande hauteur dans l’air. Si Gall avait étudié avec plus de soin l’anatomie du cerveau des animaux, il n’eut certainement pas confondu des organes aussi distincts.

D’un autre côté, si Spurzheim s’était livré à l’élude de l’anatomie et de la physiologie comparées, il n’eùt pas répété avec Gall que les animaux qui s’élèvent très-haut dans l’air, ou qui habitent les montagnes, ont la région en question plus développée que ceux qui habitent les contrées basses; ce qui n’est pas généralement vrai , comme je vais le démontrer. J’admets bien que la faculté du choix des lieux est fondamentale, et se trouve conséquemment affectée à une partie du système nerveux cérébral; mais je ne crois pas qu’elle ail été donnée aux animaux dans le seul but de faire do ces lieux leur habita-

DK PHRÉNOLOGIE.

lion, ainsi que lo donnerait à penser l’expression (liabilativilé) employée par Spurzheim. Je crois que les animaux l’ont reçue pour satisfaire au besoin de plusieurs facultés > telle que la recherche de leur nourriture, de leur demeure, de l’endroit le plus convenable pour placer leur nid , etc. , etc.

Comme tout ce qui se rattache au siège de cet organe chez les animaux a été traité par Gall d’une manière tout à fait inexacte, soit chez l’homme, soit chez les animaux, je ne rapporterai pas ici ce qu’il en a dit , du moins chez les animaux. Je ferai seulement remarquer que la région considérée par Spurzheim comme le siège de l’habitati vite , est celle qui se trouve indiquée par le n° 6 de la lig. 2 de la pi. LXXX1X. Cette partie cérébrale est en blanc dans les planches de Gall : c’est à la partie cérébrale placée au-dessus , n° 35 , organe de l’orgueil , qu’il attribuait chez l’homme la faculté d’habiter préférablement les lieux élevés. Tout ce que Gall a dit pour soutenir son opinion sur ce point , ne m’a paru que spécieux. Je crois donc que Spurzheim a réellement raison d’attribuer les actes qui résultent de l’orgueil et ceux qui portent les hommes à choisir de préférence des lieux élevés , à deux facultés tout à fait distinctes.

Je passe maintenant au siège de l’organe du choix des lieux chez les animaux. Je commencerai par les oiseaux. En jntant les yeux sur la fig. 5 de la pl. LVI, qui représente le crane de la sarcelle vu en arrière, on remarque sur la ligne médiane deux éminences oblongues, ayant à peu près la forme d’un pépin de prune , dont l’extrémité la plus large se trouve dirigée en arrière d, d, k, k ; cette partie du crâne répond , selon moi, à l’organe qui porte les animaux à choisir tel ou tel lieu, soit que ces animaux vivent dans l’air, à la surface du globe , sur les montagnes, ou dans l’eau. La forme extérieure du crâne , dans l’espèce que je viens de citer, est absolument conforme à celle de l’organe; ce qui s’explique très-bien par le peu d’épaisseur des parois du

crâne de cet oiseau. Plus il devient nécessaire pour l’animal d’être poussé par une force intérieure vers telle ou telle place, et plus cet organe se trouve apparent; voilà sans doute pourquoi il est énorme chez les macreuses, oiseaux qui quittent rarement la mer. Voir la pl. LH , fig. 2 et 3 (1). Il en est de même chez tous les palmipèdes, notamment dans les canards , les oies , les cygnes. Voir la pl. LXXII, représentant les cerveaux de plusieurs canards sauvages. On voit par les faits que je viens de citer , combien est peu fondée l’opinion de Gall et de Spurzheim qui prétendaient que plus les oiseaux avaient de tendance à s’élever dans l’air , et plus cet organe était prononcé. S’il en était ainsi, les macreuses, qui vivent toujours dans l’eau , devraient l’avoir moins développé que l’aigle ou le faucon ; et c’est cependant le contraire qui a lieu.

Chez les quadrupèdes, la forme de la portion cérébrale que je viens d’indiquer , n’est pas constante. Il existe cependant une espèce chez qui j’ai trouvé,

( i ) Dans les premières planches publiées , le graveur a oublié une L , de manière qu’elle est seulement marquée II.

TUAITB

quant à la forme, le même aspect que chez les canards; c’est le chevreuil. Comme il existe ici une plus grande épaisseur du crâne que chez les oiseaux, on ne pourra avoir une juste idée de l’organe et de sa vraie forme , qu’après avoir scié horizontalement le crâne de cet animal. Une fois celte opération faite, si l’on examine la voûte à l’intérieur, on trouvera deux dépressions ressemblant assez , pour la forme, aux deux saillies qu’on vient de remarquer à la surface du crâne de la sarcelle : elles vont se terminer en pointe à la partie supérieure de la suture frontale.

Le nombre 12 de la fig. 1 représentant le cerveau du chat , pl. LXXV , est précisément placé sur la portion cérébrale affectée au choix des lieux. Lorsque celte partie est très-développée , elle soulève la partie postérieure et moyenne du bord interne des pariétaux. Quelquefois , ainsi que cela a lieu dans le chevreuil, la portion la plus large et la plus renflée se trouve séparée de l’autre, mais seulement à l’extérieur du crâne, par une légère dépression.

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