‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 30 sur 44 · CONCLUSION DE LA SECONDE ÉDITION · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE LA SECONDE ÉDITION

Dans l'introduction de cet ouvrage, il a été dit que : < Quand on étudie la philosophie de l'homme, telle quelle nous est présentée dans les écrits des philosophes, nous voyons 1° qu’elle ne tient aucun compte de l'influence des organes matériels sur les manifestations des pouvoirs intellectuels ; qu'elle n’explique non plus les progrès de l’esprit, de la jeunesse à la vieillesse , et les phénomènes du sommeil, des rêves et de l’aliénation ; 2° que l’existence et les fonctions de quel-

(I) Wepfera, Historiée ai>oplcrlicorum , édit. 1724, p. 487. — Magendie, Journal de Physiologie, avril et août 1822, et Medical rrposilory, volume XVIII, p. 2(J8 — 358. — Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes, vol. Il, p. 150 ; vol. III, p. 262.

qucs-unes des facultés primitives les plus importantes sont encore contestées; et 3° qu’on n'a jeté aucune lumière sur la nature et les effets des combinaisons des pouvoirs primitifs et de leurs différents degrés de proportion relative. M. de Bonald, que cite M. Stewart , a donc bien raison de dire que « la diversité des doctrines a augmenté dans tous les siècles avec le nombre des maîtres et avec les progrès de la science; et l’Europe , dont les bibliothèques sont il présent remplies d’ouvrages philosophiques, qui comptent presque autant de philosophes que d écrivains, pauvre au milieu de tant de richesses et ne sachant lequel choisir entre tous ces guides , l’Europe, centre et foyer de toutes les lumières du monde, en est encore à attendre sa philosophie. »

J’espère que le lecteur ne verra pas dans la phrénologie qu’un moyen de remplir cette lacune, de donner enfin à l’Europe la philosophie qu'elle attend depuis si longtemps.

Jusqu’ici, le public de la Grande-Bretagne n’a connu les écrits de Gall que par l’intermédiaire de Ilevues hostiles 5 sa doctrine ; elles ont déversé sur ces écrits le ridicule et l'injure, comme s'ils devaient être la honte du siècle qui les a produits. Spurzheim , collaborateur de Gall, a eu également à supporter ces injustes attaques. Dans la composition de cet ouvrage, j’ai tiré un grand parti des ouvrages de ces deux fondateurs de la science; j’ai comparé leurs assertions aux faits pris dans la nature; j’ai pesé leurs arguments et leurs conclusions, et je sens qu’il est de mon devoir de déclarer que la génération présente a, selon moi, renouvelé pour eux les scènes qui ont déshonoré le siècle de Galilée et d'Harvey. Les découvertes des révolutions du globe et de la circulation du sang étaient les œuvres brillantes du génie, aussi intéressantes qu’utiles pour le genre humain; mais leurs résultats, comparés aux conséquences inévitablesde la découverte qu'a failcGail des fonctions du cerveau (découverte qui embrasse la véritable théorie de

b constitution physique, morale et intellectuelle de l’homme) , sont relativement tout à fait insignifiants. En portant mes regards vers le temps où l’on aura apprécié tous les effets des découvertes du Dr Gall , je ne peux douter que la postérité manifestera autant d’ardeur pour rendre hommage à sa mémoire, que ses contemporains en ont montré pour le traiter avec mépris. Si cet ouvrage peut éveiller l'attention du public sur l’immense mérite de Gall, et exciter les philosophes de l’Angleterre à lui rendre justice avant sa mort, son but sera rempli. Qu’ils mettent au moins de côté les préjugés qui les ont pendant si longtemps empêchés de juger de ses ouvrages avec leurs propres yeux, et d’en appeler à la nature sur toutes ses découvertes. En examinant , ils reconnaîtront qu’une heureuse pensée lui a ouvert un vaste champ de découvertes, et qu’il a déployé des facultés gigantesques en poursuivant ses travaux jusqu’à ce qu’il soit arrivé à des résultats ; qu’au lieu de prétentions ignorantes à la science, il a fait preuve d’une érudition solide et profonde, que bien loin d’être un théoricien insouciant , il s’attache aux faits avec une opiniâtreté dont on n’a pas d’exemples dans la philosophie; et qu'au lieu d'être caractérisé par une intelligence faible et une imagination désordonnée, il manifeste une intelligence profonde, calme et étendue.

Les ouvrages et les leçons de Spurzheim l'ont fait mieux connaître dans ce pays; et depuis quelques années la force de la vérité a opéré un changement en sa faveur. Aucune Reçue ne voudrait aujourd’hui montrer le peu de retenue dont elle usait à son égard en 4815; mais la Grande-Bretagne, et le monde entier même, ont encore une dette de respect et de reconnaissance à acquitter envers Spurzheim. Il est par son mérite sur la même ligne que Gall. C’est la fortune qui l’a mis au second rang. A Gall appartient sans aucun doute la grande découverte de la phrénologie. Mais on doit à Spurzheim d’en

avoir de bonne heure apprécié l’importance, et d’avoir consacré sa vie à en reculer les bornes, à en répandre les principes, alors que ses partisans, loin d’avoir à espérer des honneurs, des avantages, étaient sûrs de ne trouver que censeurs et détracteurs. En admirant la science telle qu’elle nous apparait actuellement, il est juste de reconnaître que nous devons tout ce qu’elle offre d’intérét à cet homme remarquable. 11 l'a enrichie des plus belles découvertes anatomiques; il a reconnu les fonctions de plusieurs organes très- importants, l’a éclairée par une philosophie profonde et analytique, et a indiqué la manière la plus importante d'en faire l’application. C’est donc avec respect, et avec une profonde gratitude, que je reconnais lui devoir le plus grand don qu’il soit possible à un homme de conférer à un autre, la véritable philosophie de l’homme.

Je dois beaucoup aussi à mes excellents amis le révérend David Welsh, M. Scott, M. Simpson, M. Lyon et le Dr André Combe qui ont travaillé comme moi à la phrénologie. En profitant des lumières qu’ils ont fait jaillir, je me suis toujours fait un devoir d'indiquer la source où j'ai puisé. Mais si, au milieu de l'échange ordinaire des idées qu'ils m’ont communiquées, il m’est arrivé de les confondre avec mes propres pensées, je leur en demande pardon , en les assurant qu’il n'y a eu de ma part que de l’inadvertance.

Edimbourg, octobre 1823.

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