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II. MATÉRIALISME

Il y a deux grandes questions qui se rattachent au matérialisme, très-différentes en elles-mêmes et que l’on confond souvent. L’une est celle-ci : De quoi texislencc de l’esprit dépend-elle? L'autre est : De quoi dépend le pouvoir qu’il a de

(1) N“ XCIV, p. 78. L’article cité dans le texte est sur le système nerveux, et les noms de Gall et de Spurzheim n’y sont mentionnés ni au commencement ni è la fin. L’auteur cependant, dans les remarques ci-dessus , leur offre de justes consolations, quoiqu’il donne lui -même l’exemple de l’injusUce qu il condamne si éloquemment.

se manifester dans cette vie? Les phrénologues se reconnaissent incapables de rien décider sur la première question. Mais ils maintiennent que les faits démontrent que la seconde dépend de la condition de l’organisation. Quand donc an phrénologue dit que < les qualités et tes capacités mentales dépendent de la constitution corporelle , > on doit achever cette phrase en ajou • tant : * non pour son existence, mais pour le pouvoir qu’il a c Vagir dans ce monde matériel. » Cette explication a souvent été donnée dans les livres phrénologiques, et comme la répétition en serait fastidieuse, il est bon qu’on se la rappelle.

L’objection que la phrénologie conduit an matérialisme a été si souvent répétée, que nous devons nous y arrêter un moment. Quelques observations suffiront; car l’examen le plus superficiel fait voir combien peu elle est logique. La phrénologie, considérée comme indiquant certains faits physiques ne peut, si elle n’est vraie, conduire à aucun résultat, si ce n’est à confondre ses partisans. D’après une pareille supposition, elle ne peut renverser la religion ni aucune autre vérité, parce que la constitution de l’intelligence humaine veut que toute erreur tende à se réduire au néant et à tomber dans l'oubli, tandis que la vérité, ayant une existence réelle, demeure permanente et inattaquable. Sous ce point de vue donc l’objection que la phrénologie conduit au matérialisme est absurde. Si d’un autre côté on reconnaît que celte science est la véritable interprétation de la nature, et si néanmoins on continue d’avancer qu’elle conduit droit et logiquement au matérialisme, le ridicule de cette objection saute également aux yeux ; car elle se résout à cette proposition que le matérialisme est la constitution de la nature, et que la phrénologie est dangereuse parce qu’elle fait connaître cette constitution.

L'accusation a quelque chose de plus maladroit encore, sous une autre forme dont on l’affuble souvent. L’objection admet que

l'esprit se sert du corps comme d'un instrument de communication avec la nature externe, et maintient que ce fait ne conduit pas nécessairement au matérialisme. Je reconnais cela. Mais je ne puis comprendre qu'on soit plus près du matérialisme en soutenant que chaque faculté se manifeste par un organe particulier, qu’en croyant que tout l’esprit a agi sur les objets externes par le moyen de tout le corps ou de tout le cerveau. Bref, sous quelque point de vue qu'on envisage ce système, qu'il soit vrai ou faux, l’objection du matérialisme est futile et inconséquente; et il est à regretter qu’on l'ait formulée au nom de la religion, parce que toute attaque stupide et sans fondement contre la philosophie , en ce nom sacré, tendà diminuer le respect dont elle devrait toujours être entourée.

En abordant ce sujet, il convient de jeter un coup d'œil sur la nature et sur l'étendue du point en discussion, et de l'effet réel de notre décision. La question est donc de savoir si la substance dont se compose le principe pensant est matière ou esprit : et l'effet de notre décision , qu’on ne le perde pas de vue, n'est pas de changer la nature de celte substance quelle quelle soit, mais d'adopter simplement une opinion concordant avec un fait auquel nous ne pouvons rien, ou opposé à ce mémo fait. L’esprit, avec toutes ses facultés et ses fonctions, existe depuis la création et existera jusqu’à l’extinction de la race humaine; aucune opinion de l'homme, quant à la cause de ces phénomènes , ne peut avoir la moindre influence sur la cause même. La nature a donné à l'esprit toutes ses propriétés et son essence, et il les possédera, les manifestera et les soutiendra , quoi que les hommes pensent , disent ou écrivent sur sa substance. Si l'auteur de la nature a doté l’esprit de la qualité d’une existence éternelle, certainement il fleurira dans une jeunesse immortelle, malgré l'apparence d'un déclin prématuré. D’un autre côté, s’il en a limité l’existence à cette vie

éphémère, et décrété qu’il doit périr pour toujours, quaud le principe de vie s’échappe de notre corps, dans ce cas, toutes nos conjectures, nos arguments, nos discussions et nos assertions sur son immortalité, n'ajouteront pas un jour à son existence. Les opinions de l'homme sur la substance de l’esprit , ne peuvent donc avoir aucune influence pour changer ou modifier cette substance ellc-mémc ; et s’il en est ainsi , ces opinions peuvent aussi peu miner la constitution de l’esprit ou ses rapports avec le temps et l’éternité, base naturelle et immuable de la morale et de la religion. Selon la phrénologie, la morale et la religion naturelle ont leur origine dans la constitution primitive des facultés mentales ellesmêmes, en même temps qu’elles en émanent. D'innombrables observations ont prouvé l’existence des facultés et des organes de bienveillance, d’espérance, de vénération, de justice et de réflexion. Eh bien , en croyant que l’esprit mourra avec le corps, nous ne déracinons pas de l'âme ces sentiments et ces facultés, pas plus qu’en croyant que l'esprit est immortel, nous n’en implantons' dans notre constitution. Us conserveraient tous leurs fonctions et leur constitution, et rendraient la vertu aimable et le vice odieux, quand bien même nous croirions que l’esprit est fait de poussière , tout aussi bien qu’en croyant que l’esprit est une émanation immédiate de Dieu môme.

Celte question de matérialisme est donc oiseuse et banale et la moins intéressante qui ait jamais occupé l'intellect humain. Rien ne peut être moins logique et plus réellement nuisible aux intérêts de la moralité et de la religion, que ces vaines clameurs que pousse périodiquement la presse sur les dangers de cette science. Une forte intelligence, au lieu de se courber devant ce préjugé , travaillerait à le dissiper, en démontrant que cette question elle-même est vaine et que, quelque opinion que nous adoptions sur la subtance de l’esprit, elle doit conserver intacts tous ses attributs.

Mais pour ne pas nous arrêter dans nos recherches jusqu'à ce que nous parlions des condamnés, nous demanderons s'il est possible de découvrir la substance dont se compose l'esprit, et si elle est matérielle ou immatérielle. Nous devrions auparavant essayer de déterminer quels sont nos moyens pour arriver à la connaissance de l'essence de l'esprit. Toute notre science doit dériver de notre conscienctosilé ou de nos observations. Eh bien ! en réflehissunt sur la conscienciosilé ou sur ce que nous sentons, nous ne découvrons rien louchant la nature ou les sens de l’étre pensant. Nous ne sentons pas une substance spirituelle travailler au dedans de nous , et élaborer le sentiment et la pensée. Nous ne sentons pas non plus une substance matérielle produire ces effets. Nous ne sentons que les sentiments et les émotions d’amitié, d'attachement, de haute conception, ou de pensées élevées. Prennent-ils leur origine dans la matière ou dans l’esprit? Le premier embryon de la réflexion était-il de la poussière ou une essence pure élbérée? Gisait-il dans la poussière ou était-ce une essence pure élhérée, planant dans les régions de l'immensité, avant qu’il ne fût une partie constituée de nous-mêmes? A-t-il plu à Dieu, en créant l'homme, d'investir ses organes matériels de la propriété de la pensée, ou de répandre en lui une partie de son feu immatériel. Sur tous ces points, notre conscienciosité nous laisse sans réponse. On a entretenu sur ce point beaucoup d’illusions populaires, en négligeant de faire remarquer ce fait que nous n'avons pas la conscience des opérations du cerveau. En général, les hommes, par cela même qu’ils n'ont la conscience que de la pensée et du sentiment, et qu’ils n’ont point celle des mouvements d’un organe matériel, accomplissant les actes de l’esprit, imaginent que c’est nécessairement une substance immatérielle qui pense et sent en eux. Mais ils n'ont pas plus la conscience do la contraction et du relâchement des muscles; et ils pourraient tout aussi bien

s'imaginer que leurs bras et leurs jambes sont mus, non par des organes matériels, mais par l’impulsion directe de l’esprit, que conserver leur opinion. Enfin, la vraie conclusion logique est que la conscienciosité ne nous rend pas capables de découvrir de quelle substance se compose le principe pensant.

Les observations jettent-elles donc une lumière plus Forte et plus constante sur celle question agitée depuis si longtemps? Les organes intellectuels , dans l'état de santé et dans l’état normal , dans lequel leurs fonctions s’accomplissent le mieux , échappent à tout examen. Aucun œil ne peut pénétrer les téguments de la tête, les compartiments du crâne, la duremère, la pie-mère, pour contempler les opérations qui se font dans le cerveau, quand les pensées s’élèvent et quand les sentiments se gonflent d’émotion; d’un autre côté, lorsque des lésions externes ou des maladies font soulever ces enveloppes, l'esprit n'agit pas avec toute la vigueur de la santé. Même alors que tous ces obstacles extérieurs sont levés, on ne perçoit que la surface des circonvolutions , et l’âme peut sc cacher dans les longues fibres qui s’étendent de la surface à la moelle allongée. C'est là peut-être que la pensée s’élabore. Mais comme l’œil ne peut voir la pensée, et que la main ne peut la sentir, elle échappe à l'investigation. Peut-on dire que la mort résoudra la question, et dévoilera tous les secrets de l’âme? Mais hélas! quand le pouls a cessé de battre, que les poumons ne respirent plus, le cerveau ne présente plus à nos regards qu’une masse inerte d’un tissu mou et fibreux, dans laquelle on ne peut plus distinguer aucune pensée, percevoir aucun sentiment, et où il ne reste plus aucun vestige d'une substance spirituelle ou immatérielle ; de sorte que par l’iuspection l’imagination même ne trouve aucun aliment à des conjectures , quant à la présence ou à l'absence d’un hôte immatériel , quand la vie et la santé l'animaient encore.

Ainsi les observations révèlent aussi peu, quant à la substance de l'esprit, que la réflexion sur la conscienciosilé ; et comme aucun autre moyen pour arriver à une reconnaissance exacte n’est à la portée de l'homme, la solution parait être hors de son pouvoir. Enfin , pour me servir d'une observation de Spurzheim, la nature a donné à l'homme des facultés adaptées à l'observation des phénomènes tels qu’ils existent , et des relations subsistant entre eux ; mais elle lui a refusé les facultés pour découvrir comme objet de perception directe, le commencement, la fin ou l’essence de toute chose sous le soleil ; nous pouvons entremêler nos objections de conjectures, mais nous n'arriverons jamais à la vérité en nous égarant dans ccsjégions inconnues (i).

Lord Brougham soutient que l’esprit, pendant celte vie, diffère complètement de la matière, et en est indépendant. ( Discours sur la théologie naturelle, page 107); mais nous avons répondu à cette objection pages 20 et 21 du 1er volume.

La solution de cette question est donc non-seulement de

(I) L’argument qui se trouve dans notre leste est prése nié avec latent sous une forme différente par l’aulcur des • Itcniarqucs suggérées par la lecture d'une lettre de M. Taylor au proviseur d’Ëdiuibourg, qui le présentait comme candidat à la chaire de logique, en 18ô(i. < Les philosophes , dit il , commencent h découvrir une lueur de celte vérité que l’esprit et la matière, qu’ils regardent depuis si longtemps comme des existences réelles ne sont que des noms, et rien que des noms de certaines classifications d’idées humaines ; car il n’y a dans le ressort de la science de l'homme rien de semblable h la matière , sauf les divers objets matériels perçus par lui , ou des molécules élémentaires individuelles qui les composent; et il n’y a non plus rien de semblable h l’esprit sauf les divers êtres individuels qui peuvent sentir, penser et vouloir. Comparer abslractivemenl l’esprit et ta matière, comme principes opposés, n’ayant aucune propriété commune, ainsi que l’ont toujours fait les philosophes cl les théologiens , c’est en vérité, à mon sens, malgré tous les égards que l’on doit aux opinions des grands hommes qui y ont dépensé tonte leur énergie , une des œuvres les plus futiles qui aient occupé l’esprit de l’homme; car c’est une comparaison

pou d’importance, mais impossible ; et ceci nous conduit à observer qu'aucune idée ne peut être plus erronée que celle qui fait dépendre de toute nécessité la dignité et la destinée future de l'homme, comme être immortel , de la substance dont il est fait.

Je veux admettre un instant, avec les matérialistes, que le cerveau soit l'esprit, et que la matière médullaire pense. Eh bien! s’il en est ainsi, ce doit être la meilleure substance possible pour penser, précisément parce que le Créateur l’a choisie à ce dessein, et l’a douée de la propriété de penser. Dans cet argument, les hommes religieux oublient constamment que la même main toute-puissante qui fit le cerveau créa l’esprit et l’univers même , et qu’en se renfermant dans leurs attributions, les compartiments du cerveau, qu'on les regarde comme des ressorts pensants ou non, le but de la sagesse divine est tout aussi bien rempli que quand elle imprime le mouvement aux planètes, ou qu'elle infuse la lumière et la chaleur dans le

entre objets qui n'existent pas. Il ne pont y avoir rien «le semblable il l’extension , la solidité et la résistance, la forme, l'étendue , la couleur , le son ou l’odorat des objets matériels qui les montrent; et tout ce qu'on peut raisonnablement en dire c’est qu'ils sont des attributs, des qualités ou des propriétés non de l’essence abstraite ou de la substance appelée matière , mais simplement de ce fonds particulier qu'il soit roc, pierre, terre, métal on gnx, objet immédiat de la pensée > l’ag. 10. « La pensée et le sentiment, de même que l’extension et la solidité sont des qualités d’êtres concrets, et le genre humain ne connaît que des êtres concrets qui possèdent ces facultés. La réflexion sur la conscienciosité , il est vrai, a amené les hommes pensants 1 cette conclusion que la faculté de penser, de sentir et de vouloir est l’attribut non de tout notre être indistinctement, mais du cerveau exclusivement; et jamais leur moyen de recherche ne pourra les faire aller au delà de ce point. C’est l’être concret logé dans leur crâne (l’être concret et non l'abstraction appelée esprit) qui pense, sent etveut; mais quels sont les éléments qui composent cet être concret? et quel est le principe ou ressortde son activité? Ce sont lù des questions quel’homme ne peut résoudre • Page 14.

soleil. Si donc, de facto, Dieu a fait le cerveau pour penser, nous pouvons être assurés qu’il l'aura parfaitement adapté à ce dessein, et que le but qu’il s’est proposé en créant l'homme ne sera pas manqué parce qu’il a choisi une mauvaise substance pour constituer le principe pensant. Mais quel a été son but en créant l’homme? Ceci nous amène au point principal de la question. M. Lawrence, dit-on, ne fait reposer aucune doctrine morale sur ses opinions quant à l’essence de l’esprit; mais d’autres matérialistes, qui font de ces opinions la base de l’athéisme, voudraient nous voir écrire que l’on aura la preuve évidente des intentions de Dieu dès qu'on aura découvert de quelle substance se compose l'esprit, et ils cherchent à insinuer que si l’on découvre que c’est d'une matière noble et subtile, il s’ensuivra qu’elle a été créée pour de nobles desseins, tandis que si l’on découvre que c’est d’une matière grossière et ignoble, on devra conclure qu'il est destiné à ramper toujours sur ce bas monde. Ici encore le bon sens et la logique leur font également faute, car il n’est aucun principe de philosophie plus positif que celui-ci : De la connaissance de la substance seule dont se compose une chose , nous ne pouvons inférer dans quel but elle a été créée. Vous aurez beau mettre devant les yeux d'un homme, quel qu’il soit, toute espèce imaginable d’essences, s’il doit borner la connaissance de leurs propriétés à celles qu’il pourra découvrir en en examinant les parties constituantes, il se trouvera dans l’incapacité complète de décider si elles ont été créées pour durer un jour ou pour l’éternité. Donc, en admettant que la matière médullaire pense, le matérialiste n’a pas le droit de conclure que l’homme n’est pas immortel et responsable de ses actions. Le véritable moyen de découvrir dans quel but l’homme a été créé, c’est de rechercher les qualités dont il est doué, avec la confiance que la substance qui le compose est parfaitement adaptée au but de sa création. Eh bien, quand nous interrogeons ses qualités, nous sommes

forcés de reconnaître que le principe pensant diffère en lui non-seulement quant au degré, mais aussi quant à Yespèce, d'avec celui des animaux. Les animaux n’ont pas la faculté de la justice pour leur indiquer que c'est un tort de ne pas restreindre les manifestations de la destructivité ou de l’acquisivité; ils n’ont point le sentiment de la vénération pour les porter à chercher un Dieu qu'ils puissent adorer ; ils n’ont point la faculté de l'espérance pour leur faire voir dans le lointain l'objet de leur contemplation et de leur inquiétude incessante et les conduire à espérer la vie au delà de la tombe; enfin, la plupart des circonvolutions du cerveau, qui forment chez l’homme les organes des sentiments, paraissent ne pas exister chez les animaux. Les organes aussi qui servent chez l'homme à manifester les facultés de la réflexion sont, à l’évidence, des plus déprimés chez les animaux; et, conformément à ce fait, leur intelligence est si bornée que leur peu de savoir leur suffit et qu’ils sont indifférents au sublime dessein de la création. Puisque l'homme est doué de qualités qui ont été refusées aux autres créatures, nous sommes autorisés par un juste exercice de notre réflexion , ce sujet étant hors de la portée de nos sens extérieurs, nous sommes, dis je, autorisés à tirer cette conclusion, réellement philosophique, qu’il est destiné à quelque chose de plus grand, de plus élevé, que ce qui doit être leur lot, quelle que soit du reste l’essence de son esprit.

Ces principes nous permettent de répondre à une objection qui fut faite il y a longtemps par le Dr Barclay, et que plusieurs adversaires de la phrénologie n'ont pas craint de répéter souvent, tout absurde qu’elle soit en elle-même. L'hypothèse du Dr Barclay est que l'esprit modèle les organes. S’il est impossible de découvrir la substance dont se compose l'esprit, il est également impossible. .de dire si les facultés déterminent l'étendue des organes, ou si les organes limitent le pouvoir des facultés. Voici quelques-unes des difficultés dont le Dr Barclay

hérisse ses idées : — Si l’esprit immatériel modèle les organes, alors c’est Dieu qui fait les esprits idiots, les esprits aliénés, les esprits stupides, et les esprits vicieux, lesquels font les mauvais organes. Et celte doctrine semble offrir plus de prise aux objections que la théorie qui veut que l’esprit en lui-même soit parfait chez tous les individus, et que les manifestations de ses dispositions et de ses pouvoirs en cette vie no soient pas affectées par l’état des organes auxquels il se rattache. D'après la première supposition, tous les efforts de l’homme ne peuvent rien faire pour améliorer la condition de l’esprit ; car le principe immatériel est hors de notre portée, et puisque nous ne pouvons le modifier, aucun changement ne peut avoir lieu dans les organes. Dans la dernière hypothèse, nous sommes encouragés à faire de notre mieux par l’espoir du succès, car elle considère l’esprit comme sain chez tous les individus, et les imperfections comme gisant dans les organes, lesquels sont susceptibles d’étre modifiés par l’étude et l'exercice. Dans cette hypothèse aussi, l'aliénation mentale n’est pas une maladie du principe immatériel, mais une affection des organes que la médecine peut acquérir. Voir le Phrenological Journal, vol. II, page 149.

III. Des effets des lésions au cerveau sur les manifestations DF, I,’ESrRlT.

( Par le Dr A. Combe.)

De tous les arguments que l'on a fait valoir contre la phrénologie, aucun n’a été répété plus souvent, ni plus hardiment, que celui qui repose sur ce fait que le cerveau a plus d’une fois été lésé ou même détruit en tout ou en partie, sans que ses opérations se soient trouvées entravées en rien. Cependant,

Diq

quand on l’examine avec soin, on reconnaît que cette objection est en contradiction avec les principesde ceux qui la soutiennent, et qu'elle démontre complètement leur ignorance des principes de la science contre laquelle elle est dirigée. * Le système de Gall et de Spurzlieim, dit-on, tout spirituel et amusant qu’il soit en théorie, se trouve annihilé aussitôt qu’on en appelle aux faits. L’expérience nous a démontré qu’un homme peut avoir la jouissance entière de toutes ses facultés intellectuelles, môme alors que la maladie a détruit une partie de son cerveau. On a trouvé des parties du cerveau diverses d’étendue et de situation entièrement désorganisées, sans que néanmoins, jusqu'au jour de la mort du malade, la moindre partie de l’esprit fût détériorée. Il serait difficile de trouver une partie du cerveau qui n'ait, d’une manière ou d’une autre, souffert dans son tissu sans cependant léser l’esprit. Certainement il n’est pas une des parties spécifiées par Gall et. Spurzlieim qui n’ait souffert, dont on n’ait reconnu l’absence, sans que cependant la faculté intellectuelle, que selon eux elles doivent produire ou soutenir, ait été le moins du monde imparfaite (i). » Tels sont les ipsissima rerba d’un savant et respectable adversaire, quoique prévenu contre nous; et quoique on puisse en citer d’autres qui vont encore plus loin que lui, je suis prêt à reconnaître que si les propositions ici rapportées étaient aussi clairement établies qu’elles furent faites à la légère, ni le système de philosophie que nous soutenons, ni aucun de ceux qui reconnaissent la nécessité de l'intervention d’un instrument matériel pour les manifestations de l’esprit , ne pourraient vivre un jour.

Au premier abord , l’objection précédente parait très-plausible et très-concluante; et présentée comme à l’ordinaire, directement et indirectement par les membres de la profession médicale, que l’on suppose assez naturellement être les meilleurs

(1) Remut, Sur le Scepticisme, |>. 100.

juges dans une quesiion semblable, plusieurs l’accueillent avec une confiance entière, et c’est ainsi qu’elle agit sur beaucoup avec toute la force de la vérité. Dans le fait, aux yeux de ceux qui ignorent également l'anatomie et la phrénologie, et qui, par conséquent, n’ont aucun moyen d’en apprécier exactement la force, cette objection paraît formidable. Mais aux yenx de ceux qui sont versés dans ces deux sciences, et qui, par conséquent, sont mieux aptes à juger exactement, les faits mêmes sur lesquels sont fondées les objectious, au lieu d’invalider les principes fondamentaux de la nouvelle philosophie, paraissent démontrer clairement et sans équivoque leur vérité. II peut être utile de constater l’abstraction des preuves mêmes afin que le lecteur, qui n’est pas de la profession, détermine jusqu'à quel point elles autorisent les déductions qu’en ont tirées nos adversaires. Dans ce but, je ferai d'abord quelques observations sur le témoignage olTert de l'intégrité alléguée de toutes les facultés mentales, dans le cas de forte lésion au cerveau; et j'examinerai anatomiquement jusqu’à quel point l'étendue , la situation et la nature des lésions éprouvées dans les cas qu’on a cités, nous autorisent à supposer la destruction partielle ou totale d'un organe phrénoiogique individuel, et enfin je présenterai quelques remarques sur la possibilité de découvrir les fonctions du cerveau, en remarquant les efTets de ses lésions, système recommandé il y a peu de temps par de grandes autorités.

Avant de commencer celte enquête, il est bon d’observer que tous les cas dont nous parlons, sans exception aucune, sont rapportés par des hommes de l’art, dans le but de faire valoir leur profession, sans la moindre intention de prouver que la conservation entière des facultés mentales peut coexister avec une forte désorganisation de l’organe de l’esprit; en conséquence, comme on pourra s’en convaincre en lisant l’article du Dr Ferriat dans le IVe volume des Mémoires de Manchester

cl le 48' numéro de la Revue ctÉdimbourg, l’élal de l’esprit n’est mentionné qu’accidentellemcnt et en termes vagues et généraux, parce que en réalité on s’en occupait peu. Par exemple dans un des cas l'on dit que : < Le malade conserva ses sens jusqu’à sa dernière heure; » dans un autre, que : • Il n’y eut pas perte de la sensibilité; > dans un troisième, que : « 11 n’y eut pas aliénation mentale, > et dans un quatrième, que; « Le malade continua d’être tout à fait bien. » En vérité, le défaut de précision et l’ineflicacité complète des preuves données pour établir les conclusions importantes qui en sont déduites, ressortent d'une manière si positive que le collaborateur même de la Revue d'Edimbourg, auquel nous avons déjà renvoyé, tout hostile qu’il est à la phrénologie, exprime le désir « qu’on nous donne des cas plus minutieusement détaillés et observés dans un but spécial à cette recherche physiologique , au lieu de ceux que nous connaissons déjà (î), » pour qu’il ose enfin prononcer un arrêt irrévocable. Ce n'est pas quand il hésite que l’ont peut s’attendre à ce que nous prononcions, sur des preuves rejetées par lui, un verdict contre nous-inôme.

Mais en admettant même que ces cas aient été observés dans un but spécial à celle recherche physiologique , il faudrait encore, pour que ces preuves eussent le moindre poids pour établir le point disputé, que l’on pût supposer à ceux qui les avancent, deux conditions indispensables qu’ils n'avaient assurément pas; savoir: 1° La connaissance parfaite du tiombre et de la nature des facultés primitives de l’esprit humain , et 2° des connaissances préalables sur les degrés relatifs de l'intelligence et de l’énergie pendant la santé, dans les cas individuels dont nous nous occupons.

Quant à la première de ces conditions il est bien connu qu'il est à peine deux métaphysiciens qui font leur élude particu-

(t) Ktvuc d' Edimbourg , n' 48, p. 448.

lière de la philosophie de l’esprit, qui aient été d’accord sur le nombre ou la nature des facultés mentales primitives. A plus forte raison, devons-nous nous attendre à ce que des médecins, tous plus occupés les uns que les autres de la pratique générale , soient mal informés. < On attache certaines idées mal digérées, » dit la Revue (T Édimbourg dans sa notice sur l’article de sir E. llome, qui traite des fonctions du cerveau,

« aux mots facultés intellectuelles; de vagues conjectures se forment quant au siège et à la nature de ces facultés (»). > Comment donc, demanderai-je, quelqu'un peut-il certifier, même après l'attention la plus scrupuleuse, que tous les pouvoirs de l'esprit sont connus, quand il ignore quels sont ces pouvoirs; quand il ignore, par exemple , que les penchants de la destructivité, de l’acquisivité ou de la secrétivité existent, et que les sentiments de la vénération, de l’espérance ou de la conscienciosité sont des émotions primitives. Jamais ils ne disent un mot de l’état des sentiments et des penchants prouvés par la phrénologie, dans leur historique des lésions du cerveau ; et par conséquent, puisque rien ne dit le contraire, il se peut très-bien que , dans tous les cas cités comme preuves de la possession entière des facultés, les facultés, aussi bien que leurs organes respectifs , manquaient entièrement. Nos adversaires ne parlent jamais que des facultés intellectuelles; et en s'attendant à les voir affectées, quand, par exemple, la lésion porte sur le cervelet ou lobes postérieurs du cerveau, ils mettent au jour toute leur ignorance sur la nature et le nombre des facultés primitives, et l’ignorance la plus profonde sur les doctrines qu’ils repoussent. Quand une lésion porte sur cette partie du cerveau qui est en dessous de l’os pariétal ; et que le phrénologuc dit être l’organe de la circonspection, que nous doutons de l’exactitude de la fonction qu’on lui attribue , et que nous

(I) Revue d'Edimbourg , n’ 48, p. 449.

désirons voir confirmer ou réfuter nos observations par les phénomènes qui accompagnent une lésion semblable, on supposera naturellement que, tous les organes étant doubles, nous commencerons par vériGer si la partie correspondante du cerveau au côté opposé, a ou non sa part de la désorganisation , et que nous procéderons ensuite à rechercher l’état de celte faculté particulière, et dont les parties lésées constituent les organes, afin de vérifier ainsi si le sentiment de la circonspection est resté intact, quand, par la gravité de la maladie, il aurait dû, d’après les lois naturelles de l'économie animale, se trouver altéré ou manquer complètement.

Cette marche, toute simple qu’elle parait, n’est pas celle que suivent les adversaires de la phrénologie. Un adversaire s’inquiète peu que ce soit un côté ou tous les deux qui soient morbides; il ne le demande même pas; il ne fait non plus aucune question snr les manifestations du sentiment de la circonspection; il constate tout d’abord l'état des facultés intellectuelles avec lesquelles, comme la phrénologie l’enseigne très-positivement , la circonspection n’a aucune connexion directe, et comme il trouve que toutes les facultés qu’il nomme attention, perception, mémoire, ou imagination, ne sont pas du tout attaquées, il conclut, avec une confiance admirable, que la partie lésée en question ne peut être l'organe de la circonspection; et il est si satisfait de son propre raisonnement, qu’il se croit le droit de tourner en ridicule ceux qui n’en comprennent pas la force aussi bien que lui. Sur tout autre sujet, ce mode de raisonnement aurait été regardé comme ne pouvant être suivi que par l’ignorance portée à un degré déplorable et même blâmable ; mais telle a été la prévention du public contre la phrénologie, que ce même raisonnement fut reçu avec des acclamations universelles et comme étant tout à fait philosophique et satisfaisant.

Même en supposant que le nombre des facultés primitives

fut connu , on ne peut ajouter foi à des cas qui n'ont pas été observés dans un but « spécial à cette recherche physiologique, i car tous les jours l'expérience vient nous prouver que tant qu’un malade conserve la faculté de faire une réponse rationnelle à la question la plus simple sur sa santé, le médecin, comme ceux qui le soignent, dont l'attention ne se porte pas sur le point dont nous nous occupons, parlent toujours de lui comme ayant toutes ses facultés, même alors qu'il serait tout aussi incapable de penser ou de raisonner sur un sujet sérieux quelconque avec son énergie et sa facilité accoutumée, qu'un malade goutteux et couvert de rhumatismes le serait de marcher avec sa vigueur ordinaire. Sans doute on peut, jusqu’à un certain point, dire du premier qu'il a toutes ses facultés, tout aussi bien qu'on peut dire du second qu’il conserve le pouvoir du mouvement musculaire , parce qu'il peut se tramer sans aide dans sa chambre; mais aussi le pouvoir d'exercer ses facultés peut être et est en effet aussi affaibli dans le premier cas, que l’usage des muscles dans le second. Prenez même le premier convalescent venu, relevant d’une maladie aiguë, dans laquelle il n'a pas été question d’une affection particulière du cerveau , et entamez avec lui un sujet qui requiert de la suite dans les pensées et une concentration d’esprit dont il est parfaitement capable dans un état normal de santé; bien loin d’avoir conservé toutes ses facultés intactes, une confusion pénible dans la tête et d'autres symptômes désagréables lui rappelleront bientôt son état de faiblesse. Au contraire, si vous n’appelez son attention que sur des sujets qui ne requièrent de sa part aucun effort, loin de le fatiguer, vous lui ferez du bien, parce que l’exercice que vous offrirez à sa pensée sera proportionné à la faiblesse de son esprit. Eh bien ! c'est précisément cette dernière espèce de conversation que le médecin sensé permet à son malade, c'est d’après cette conversation qu'il forme son opinion sur l’état de son esprit; et

celui qui peul la soutenir « conserve, dit-on, toutes ses facultés. » De même le convalescent de la goutte ou d’un rhumatisme acquiert des forces en prenant dans sa chambre un exercice modéré. Mais si vous lui imposez des mouvements musculaires qui demandent une vigueur qu’il n'a pas, vous produisez sur lui le même mauvais effet que lorsqu'il s'agit de l'esprit. Et l’on pourrait dire tout aussi bien de celui-ci que son pouvoir de mouvements volontaires n’est pas diminué, que de l’autre, que sa force d'intelligence n’est pas affaiblie.

On peul facilement démontrer, par le recueil du Dr Ferriar et par la Revue d'Édimbourg, publications de nos adversaires, que la preuve, quant à l’état de l’esprit, après des blessures à la tête, ou une altération de la masse cérébrale, est réellement vague et peu satisfaisante. Outre l’objection qu’il rend par ces expressions offrant tant de latitude : « Le malade conserve toute sa raison ; il a tous ses mouvements volontaires, » etc., etc., quand il s'en sert pour indiquer la condition de toutes les facultés mentales, on peut remarquer que le Dr Ferriar cite, comme ayant conservé toutes ses facultés, un homme qui avait souffert pendant dix ans de l'hypocondrie, maladie dont l’existence implique une activité morbide de quelques facultés mentales, et qui doit en conséquence être rangée dans les variétés d’aliénation; et qu’il parle d'une jeune Glle qui, avec des symptômes évidents de cerveau oppressé , conserva , dit-on , toutes ses facultés. La Revue parle aussi d’une dame qui, c la veille de sa mort , était susceptible d’être réveillée de sa stupeur et avait alors tous ses sens. » Mais l’idiot de naissance, réveillé de sa stupeur naturelle par l’exaltation de la fièvre, parait quelquefois gagner un grand pouvoir intellectuel pour le perdre à sa guérison. Dira-t-on aussi qu’il possède toutes ses facultés parce qu’il est susceptible d’être excité par un stimulant? La déduction est aussi logique dans un cas que dans l’autre.

Mais en accordant aussi que la connaissance préalable du

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nombre et des fonctions de tous les pouvoirs intellectuels nous rend aptes à juger de leur présence ou de leur absence, cette proposition parait encore évidente par elle-même : que pour affirmer qu’un homme les possède tous intacts dans une maladie, nous devons savoir à quel degré il les possédait quand il était en bonne santé. La vigueur intellectuelle, le tempérament, les dispositions morales diffèrent beaucoup d’homme ù homme. L’échelle s’étend depuis le dernier degré de l'idiotisme jusqu'aux dons les plus élevés du génie; et l'historique des maladies nous apprend que l’homme dont les facultés sont très-affaiblies peut faire une réponse rationnelle à une question simple, quoique son esprit ne puisse mesurer les profondeurs qu’il pénétrait auparavant. Si donc la connaissance d’un malade, souffrant d’une lésion au cerveau, se forme près de son lit de douleur, après que l’accident est arrivé, quels moyens avonsnous pour juger à quel degré ces facultés mentales, en général ou en particulier, ont été lésées ou détériorées. Même dans les circonstances les plus favorables, celte difficulté n’est pas facile à surmonter, et quand nous considérons que les lésions à la tête sont beaucoup plus fréquentes dans les hôpitaux que dans la clientèle civile, et que dans les hôpitaux il est rare que le chirurgien ait vu le malade auparavant, il devient évident que même en supposant que le témoignage, quant à l'état actuel des facultés, soit aussi bien spécifié et précisé qu'il est vague et généralisé, il n’en reste pas moins vrai que, dans la plus grande majorité des cas, le chirurgien ne se trouve pas dans des circonstances favorables pour comparer la force d’aucune des facultés, puisque cela ne forme pas l’objet direct ou habituel de ses recherches, et que même alors qu’il s'en occuperait, il doit nécessairement ignorer le degré auquel elles se manifestaient avant la lésion.

Après avoir démontré que les observateurs cités par nos adversaires ne connaissaient évidemment pas le nombre et les fonc-

lions des qualités mentales, et n’avaient pas non plus les moyens déjuger de l'existence des facultés individuelles ni de les comparer dans des cas de maladies on de blessures à la masse eérébrale, je vais maintenant indiquer des connaissances anatomiques qui, quoique tout aussi indispensables, ne paraissent pas avoir été possédées an plus faible degré par aucun de ceux auxquels les cas se présentaient, ni par aucun de ceux qui les rapportent. Je veux parler de la connaissance de la situation, de la forme et de la direction des fibres des divers organes dont le cerveau est considéré comme la réunion par les phrénologues. Sans cette connaissance, toute observation doit être imparfaite. Comment, par exemple, un homme peut-il reconnaître que l’organe de la circonspection a été blessé ou détroit, s'il ne connait ni sa situation , ni la direction des fibres qui le constituent? Et cependant, tel est exactement l’état de l’esprit de ceux d’après l’autorité desquels on fait valoir si fortement l’objection que nous réfutons. Les neuf dixièmes des cas se sont présentés bien avant que les organes ne fussent découverts; l’autre dixième a été, je pense , observé dans l'ignorance de la découverte; de sorte qu'on peut les ranger tous dans une même classe. Si quelqu’un, en effet, pouvait prouver qu’il a trouvé les rfiuxorganes de la circonspection détruits,alorsque le sentiment qui en émane se manifestait aussi fortement qu'auparavant, il prouverait qu’en effet on a eu tort d’attribuer à cette partie du cerveau l’opération de ce sentiment. Mais à moins qu’il ne connaisse exactement la situation de cet organe à sa surface et la direction de ses fibres soit horizontales, verticales ou obliques à l'intérieur, et à moins qu’il ne vérifie positivement la condition des organes des deux côtés, comment peut-il se hasarder à affirmer qu'ils étaient détruits en tout ou en partie. M. Reitnel , il est vrai, et d’autres adversaires, nous disent que toutes les parties individuelles spécifiées par Gall et par Spurzheim ont tour à tour été détruites, sans que les facultés

donl ils disent qu’elles sont l’organe en aient souffert le moins du monde ; mais si nous examinons les bases sur lesquelles reposent de pareilles assertions, nous ne trouverons que le même défaut de précision, le même vague que dans les preuves relatives à 1 état de l’esprit. Aucun de ces cas ne peut être avancé , et il est évident que M. Rennel , aussi bien que nos autres adversaires, suppose les organes limités à la surface du cerveau, au lieu de s’étendre jusqu’à sa base, jusqu’à la rnduÜa oblongata. Ils paraissent aussi , je le sais, par défaut de logique, penser que la lésion d'un organe suffit pour détruire la fonction de tous deux, quoiqu’ils aient la preuve contraire dans ceux qui voient avec un seul œil, ou entendent avec une seule oreille.

Plusieurs physiologistes, et surtout ceux qui sont hostiles à la phrénologie, considèrent le cerveau comme un seul organe, dont chaque partie concourt à exécuter une seule fonction ,’ celle de manifester l’esprit; mais loin de venir à l’appui de leurs conclusions, les cas cités, s’ils sont vrais, les détruisent entièrement, et ne laissent de choix qu’entre la doctrine phrénologique qui soutient la pluralité des organes cérébraux, et cette idée que le cerveau , l’organe le plus important du coûps, en apparence, le plus délicat et le mieux protégé, n’est après tout qu’une charge fort inutile, ou tout au plus une simple masse renfermée dans un étui et placée au-dessus du cou, plutôt comme ornement et comme un moyen d’équilibre que dans un but rationnel; conclusion contre laquelle ils s’élèveraient encore plus que contre la phrénologie même , quoiqu’elle resuite logiquement de leurs propres prémisses. La doctrine phrénologique est, à vrai dire, la seule par laquelle ces faits, en tant qu’ils soient vrais, puissent être expliqués; car dû moment que nous pouvons prouver que non-seulement le cerveau se compose de deux moitiés on hémisphères, et que chaque moitié est une réunion de parties accomplissant des fonctions distinctes, toute difficulté disparait; et les phénomènes

des cas cités s’accordent avec les lois ordinaires de la nature. Nous voyons alors comment un côté ou une partie peut être blessée , ou dans un état morbide , sans entraver les fonctions du côté oppose ou des autres parties, précisément de la môme manière qu'on peut extraire un œil sans détruire les fonctions de l'autre, et que l’organe d’un sens, de la vue par exemple, peut ôtre lésé ou détruit sans que les organes des autres sens soient affectés.

D après le môme principe, il est clair qu’avant que nous devions nous attendre à la perte complète d'une faculté, les organes des deux côtés doivent ôtre détruits en entier; fait que nos adversaires ont complètement perdu de vue ; car en examinant attentivement les cas cités, on verra que pas un seul exemple n'est rapporté dans lequel les deux organes sont trouvés détruits, quand les manifestations existaient. Dans presque tous les cas on dit expressément que la lésion ou la maladie n’existait que d’un côté; et quand elle attaque les deux côtés, les parties affectées impliquent différents organes. Blais on comprendra mieux ceci par un extrait des cas mêmes, tels qu’ils sont rapportés dans les Mémoires de Manchester et dans la Revue ÆÉdimbourg. En les lisant, je prie le lecteur de bien remarquer le vague des renseignements qu’il nous donne quant à l’intégrité des facultés intellectuelles, et aussi quant à l’étendue et à la nature des lésions cérébrales.

M. Earlc raconte le cas d’un homme qui conserva toute sa raison jusque quelques heures avant la mort, quoiqu’un abcès occupât presque le tiers de l’hémisphère droit. Bi. Abernethy a vu un homme qui vécut pendant deux ans avec toutes scs facultés, malgré une cavité de deux pouces de largeur sur un pouce de longueur dans l’hémisphère droit. Un autre avait toute sa raison, quoiqu'un abcès occupât l’hémisphère gauche. Sir John Pringle ( t ) a trouvé un abcès gros comme un œuf dans (t) Maladies de t'armée, p. 259.

l'hémisphère droit du cerveau d’un malade qui n’avait jamais eu le délire, et qui notait cessé de conserver toute sa raison, et dans un autre qui avait toujours été assez maître de ses facultés pour faire des réponses sensées, alors qu'on lui adressait la parole, il trouva un abcès de la grosseur d'un œuf de pigeon dans le cervelet. Le Dr Ferriar dit que le Dr Hunier trouva la totalité de l'hémisphère droit détruit par la suppuration chez un homme qui conserva jusqu’au dernier moment toutes ses facultés. Un des malades de Wepfer ne manifestait aucune perte de raisonnement, quoiqu'on trouvât dans l'hémisphère droit de son cerveau un kyste de la grosseur d'un œuf de poule. Diemerbroek a vu un jeune homme qui avait reçu nn coup d’épée qui lui était entré dans l'œil, et avait traversé le ventricule droit jusqu'à la suture sagittale. Pendant dix jours il fut tout à fait bien, et conserva l’usage de toute sa raison, des mouvements volontaires ou du jugement, « cum sociis convenicnter, et bono cum judicio, quacunquc de re disserens; » après quoi il fut emporté par une fièvre. Petit (t) a vu un soldat qni avait reçu une balle dans le lobe gauche du cervelet, et dans le lobe postérieur gauche du cerveau, qui survécut 45 heures, et conserva tontes ses facultés jusqu’au dernier moment. Un autre homme, mentionné par Quesnay, comme ayant été vu par Bagieu, reçut une balle de bas en haut à travers le lobe antérieur droit, qui n’eut aucun mauvais symptôme jusqu’au douzième jour, et se rétablit ultérieurement. Sont ensuite mentionnés trois cas, dans le premier desquels une balle, dans le second la pointe d'un stylet, dans le troisième un morceau de couteau restèrent dans le cerveau pendant plusieurs années sans provoquer aucun dérangement. Genga nous parle d'un homme qui, par suite d’un coup aux os occipital et pariétal gauches, perdit une portion de cerveau de la grosseur d’un œuf de pigeon, et

(I) Mémoire* de V. Académie , 1748.

qui neanmoins se rétablit. Petit a vu un homme, avec un corps strié qui s'était converti en matière semblable à de la lie de vin, et qui, quoiqu’un c6té fût paralysé, conservait toute sa raison. Valsalva a vu un vieillard qui n'avait pas perdu sa raison, et qui cependant avait un abcès au thalamus optique droit, s'étendant jusqu'à la surface du cerveau. Alors viennent quelques cas de glandes pinéales morbides et du cervelet morbide, sans qu'il soit résulté de perte de raison. La Revue parle alors d'une dame qui soufTrit pendant quinze jours d’une affection à la tête, et qui arriva à un état comateux, que la mort suivit bientôt. < La veille de sa mort elle sortait par moment de sa stupeur, et avait alors l’usage de tous ses sens. > L'hémisphère gauche du cervelet s’était converti en pus. Vient ensuite le cas tiré d’un ouvrage de La Peyronie, à peu près analogue, où il n’y eut non plus aucune perle de raisonnement. Drelincurtius (i) a vu une tumeur stéatomaieuse aussi grosse que le poing entre le cerveau et le cervelet, produire d’abord la cécité, ensuite la surdité, et enfin la perte < omnium sensuum et funclinum animalium, et necem ipsam. » Le Dr Tyson (s) mentionne un cas où l’on trouva l'hémisphère gauche du cervelet gangrené, et le lobe spbéro'ide de ce côté élargi et durci. Le malade souffrait depuis deux mois, et pendant tout ce temps il avait toujours conservé sa raison. Dans les Mémoires de r Académie 1705, Duverney raconte un cas de forte lésion, dont les facultés intellectuelles ne souffrirent pas. Le chevalier Colbert reçut à la tempe un coup d’une pierre qui entra dans les os formant la partie postérieure de l'orbite aussi bien que la selle turcique. On trouva la portion inférieure du lobe moyen du cerveau jusqu’au cervelet, brisée et en partie dans un état de suppuration. 11 vécut 7 jours, « conserva tout son jugement.

(1) Adrien cl Wcpfer, Hist. apup. obs., p. 83.

(2) Phit. Tram., n” 228.

continua d’accomplir toutes ses fonctions et de montrer une tranquillité étonnante d’esprit jusqu'à sa mort. » Ferriar attache peu d’importance à ce cas. 11 dit qu'il est confus. Un des cas les plus remarquables est celui qui s'est présenté dans la clientèle de Billot (i) , et que citent la Revue et le Dr Ferriar, celui-ci comme tiré de Planque, et celle-là comme tiré de La Peyronie. Un garçon de six ans reçut au milieu du front une balle qui lui traversa l’occiput. Il survécut dix-huit jours, perdit journellement une portion du cerveau de la grosseur d'une noix muscade, et continua d'étre tout à fait bien jusqu’à quelques heures avant la mort. La portion de cerveau, qui restait dans son crâne, ne surpassait pas la grosseur d’un petit œuf.

La Revue cite ensuite trois cas d’hydrocéphale interne, ou d’eau dans la tête, qui le convainquent qu’on peut conserver toute sa raison , alors que tout le cerveau est détruit.

Plusieurs des cas cités par la Revue sont tirés des articles du Dr Ferriar dans les Mémoires de Manchester. Je choisirai donc les plus intéressants de ceux qu’elle a omis. Diemerbroek (s) cite un cas qu'il tire de Lindanus : un malade reçut une blessure dans l’un des ventricules latéraux; il continua de vaquer à toutes ses affaires pendant quatorze jours, et mourut. Son chirurgien enfonçait tous les jours une sonde dans le ventricule, sans exciter aucune sensation. Il dit (s) qu’il a vu une femme qui perdit une portion du cerveau aussi grande que le poing, par suite d'une fracture au côté droit. Elle vécut trentesix jours sans aucune aliénation mentale, quoiqu’elle eût le côté opposé paralysé. Dans l’appendix de l’ouvrage de Wepfer (Hist. apoplect.), le DrBrunner mentionne le cas d'un maréchal ferrant, ivre.âgéde quarante-six ans, qui mourut d'apoplexie, et dont les facultés étaient plutôt excitées qu’affaiblies, quoi-

(t) Mémoires de l'Académie. 1741.

(2) Anal. lib. III, p. «37.

(3) Tom. I, p. S80.

qu’après la mort il ail observé i piam-mairem aqua turgidissimam. — Ablata dura maire, sérum perpetim exsudant et effluxil limpidum. V ter que venlriculus aqua scatebat lurbida, quin omnes recessus et cerebri cavitates hac inundalœ et repleta fuerunl. Cerebellum minime (laccidum, sed sicut reliquat cerebri parles /innurn apparuil. etc. > A l’approche de la mort, son intelligence était plutôt plus vive. La Peyronie cite le cas d’un homme qui souffrit pendant plus de dix ans de symptômes d'hypocondrie, et dont les facultés ne furent jamais affectées, quoiqu'on trouvât le quatrième ventricule et le cervelet dans un état morbide. Une jeune fille mourut dans le quatrième mois de douleurs arthritiques avec des symptômes évidents d'oppression du cerveau, mais qui, quoique son cerveau fût mou et que l'eau se fût épanchée, conserva toutes scs facultés intellectuelles. Bonnet a vu un cas où, après onze jours de maladie et seulement vers la fin, il y avait parfois aliénation mentale, c tota fere basis cerebri, imprimis cerebellum, et ea pars medullœ spinalis quœ primis verlebris excipitur, sphacelo inventa; sunt correptce. •

Le Dr Fcrriar conclut en citant, d'après Ambroise Paré, ce qu'il considère comme un cas extraordinaire ; mais qui mérite toute confiance, selon lui, appuyé qu’il est d'une aussi imposante autorité, c'est celui du duc de Guise, « qui reçut à la tête un coup de lance; l’acier entra sous l'œil droit, près du nez, et sortit par le col, entre l’oreille et les deux vertèbres; il resta dans le cerveau, fut extrait avec une grande difficulté , et le patient se rétablit. » Tels sont les principaux cas.

D’après ce que nous pouvons observer dans les circonstances ordinaires, plus un récit date de loin, plus il faut que la preuve soit forte avant que nous y ajoutions foi , et vice versa. Ainsi , quand nous trouvons que presque tous les cas mentionnés ne présentent que des lésions très-partielles d’un côté seulement du cerveau, et peu de dérangement de l'intelligence, nous voulons bien les regarder comme vrais. Nous voyons des choses

COMBE. — TRAITÉ DE PHRÉNOLOGIE. T. II. î>2

semblables se présenter de nos jours; et elles sont en ellesmêmes assez probables, vu que les organes sont doubles et que l’un peut être affecté, sans que l’autre participe à la lésion; et que les organes des facultés intellectuelles constituent une si petite portion du cerveau , que presque les deux tiers de toute la masse peuvent être détruits des deux côtés sans attaquer nécessairement l'intelligence. Mais quand nous venons à des cas comme celui d'un jeune garçon qui perdit, dit-on, son cerveau , à l’exception d’une quantité de la grosseur d'un oeuf, et néanmoins fut tout à fait bien jusqu’à quelques heures avant la mort , nous sommes forcé de faire une pause et de demander une preuve plus forte que celle que nous offre une citation en troisième main. Ni la Revue, ni le Dr Ferriar ne paraissent avoir vu le récit même de Billot, puisque chacun le cite d’après une source différente; et puisqu’ils n’ont pu se procurer l’ouvrage original, je ne sais si leur citation est exacte. Mais si un seul cas semblable pouvait être prouvé d’une manière incontestable, non-seulement il renverserait tout l’édifice de la phrénologie, mais il épargnerait beaucoup de temps et de travail inutile consacrés à chercher les fonctions d’une partie du corps humain qui, d'après ce récit, ne pourrait avoir aucune fonction, et, par conséquent, quand tous les phrénologues persévèrent dans leurs efforts avec autant de zèle et d’ardeur que s’ils n’avaient jamais entendu parler d’un cas pareil , la seule conclusion raisonnable que nous puissions en tirer, est que ceux qui les citent, dans un esprit hostile à la phrénologie, ont aussi peu de foi dans l’exactitude des détails que les pbrénologucs eux-mêmes ; et si ces phrénologues regardent l’historique de ces cas comme peu digne de foi, nous avons certainement le droit de les imiter. De même quand on nous dit, comme dans les trois cas cités par la Revue , que les facultés restèrent intactes, après que le cerveau eut été complètement détruit par l'eau, nous avons le droit de demander des preuves

peu ordinaires avant d'y ajouter foi, surtout depuis que les dernières découvertes de Gall et de Spurzheim sur la construction du cerveau ont démontré combien sont trompeuses les apparences d’après lesquelles on croit à l'absence de cet organe.

Dans les vingt-neuf cas cités d’après différents auteurs, il en est dix-huit qui ont rapport à des lésions d'un seul côté, et n'offrent matière àaucune réflexion; car en admettant qu'aucune des facultés n’était perdue, il reste les organes sains d’un côté pour expliquer que les fonctions s’exécutent. Cinq des cas se rapportent plus particulièrement à des lésions ou maladies du cervelet et du quatrième ventricule, parties qui n’ont aucune connexion immédiate avec l’exercice des facultés intellectuelles qui sont seules mentionnées. Dans trois autres, tout le cerveau était vivant, avec apparence seulement d’altération. Et en dernier lieu vient le cas par excellence dans lequel presque tout le cerveau disparut, et qui, si on pouvait l'admettre, serait le tombeau de la phrénologie et de ses partisans. Nous devons nous arrêter à quelques-uns de ces cas.

Dans le cas cité d’après le Dr Brunner, de ce maréchal-ferrant, ayant des habitudes d'ivresse, qui mourut d’apoplexie, et dont le cerveau avait encore à sa mort toute sa consistance, il y avait épanchementd’une grande quantité d'eau; malgré cela, il conservait encore toutes ses facultés, et même elles étaient plus vives. « Cerebellum minime flaccidum, sed sicut reliquœ cerebri partes firmum apparuit. » C'est là la conséquence d’un certain degré d’inflammation, qui, dans le cerveau aussi bien que dans d’autres organes, exalte la fonction au lieu de la diminuer; cela ne prouve donc rien contre nous. L’effusion parait avoir été la cause de l’apoplexie et de la mort.

Dans le malade hypocondriaque dont nous avons déjà parlé, en supposant môme que toutes les facultés soient restées intactes, le siège visible de la maladie était renfermé dans le

cervelet et dans le quatrième ventricule , et ne s’étendait pas aux facultés intellectuelles. Dans le cas cité par Bonnet, où la maladie dura onze jours et présenta des moments d’aliénation vers la fin, où l'on trouva le cervelet, partie de la base du cerveau , et une portion de la moelle épinière atrophiée : « Sphacelo inventa; sunt compta; , » la partie de la base du cerveau n’est pas mentionnée, et, par conséquent, on ne peut venir dire qu'aucun des organes des facultés intellectuelles ait été détruit en partie. D'ailleurs il y a tout lieu de croire que la gangrène n'a pas existé pendant longtemps, et quelle a été l’avant-coureur immédiat de la mort.

Enfin, quoique ce que le DTcrriar appelle le cas très-extraordinaire du duc de Guise soit compris dans les dix-huit cas de lésion à un seul côté, il mérite une attention particulière. La lance entra sous l’œil droit, près du nez, et sortit au col, entre l’oreille et les vertèbres. L’acier, dit-on , resta dans le cerveau, n’en fut retiré qu’avec de grandes difficultés et, cependant la guérison fut complète. 11 n’est pas même fait mention de l'état des facultés. Dans ce cas, dit-il, la base du cerveau doit avoir été très-lésée. Je me permets cependant de croire que le cerveau ne le fut pas, et ne put pas être touché. Je laisse au premier venu le soin d’examiner, sur un sujet mort ou vivant, la direction d’une pareille blessure, pour qu’il se range aussitôt de mon avis, et s’explique facilement la difficulté qu’on a dû éprouver à extraire l’acier. Comme j’avais vu dans le Traité des maladies chirurgicales de Boyer que la lance était entrée au-dessus de l’œil , je me suis procuré l’ouvrage original d’Ambroise Paré, et j’y ai trouvé que le Dr Ferriar a en effet raison de dire que la lance est entrée sous l'œil. Mais Paré ne dit pas un mot du cerveau ou des facultés; il dit : « La lance pénétra si avant qu’il fallut une paire de tenailles pour l’extraire. Quoique la violence du coup fût si grande, que l’extraction ne put être opérée sans fracturer les os , déchirer et

rompre les nerfs, les veines, les artères et autres parties , cependant, par la faveur de Dieu, le généreux prince fut guéri. * Page 235, livre X. Quoique le Dr Ferriar ne fasse pas mention de l’état des facultés, je me rappelle avoir lu dans un historien français, que le duc supporta l'opération avec beaucoup de courage, et que scs facultés n’en parurent point altérées. La citation ci-dessus explique parfaitement ee fait; car elle montre que, la blessure étant en dessous du cerveau , il ne fut nullement affecté. Dans le cas du chevalier Colbert, le Dr Ferriar dit aussi : t L’œil fut broyé, et le globe refoulé à l’intérieur. » Malentendu qui s’explique par le récit embrouillé de l’auteur original, Duverney ; car, dans le fait, la pierre frappa la tempe et non l’œil de front.

Il y a peu de foi à faire sur l’historique des dissections faites dans le seul but de découvrir la cause de la mort , quand on les applique ensuite à des dessins physiologiques. Le chirurgien qui a l’habitude de voir de nombreuses dissections, et surtout dans les hôpitaux, faites dans un but exclusivement physiologique, sait combien est général, la plupart du temps, l’examen des parties morbides, même quand elles ont leur siège dans des organes dont le tissu et les fonctions sont bien connus. Et cette observation s'applique d’autant mieux à des parties aussi peu connues que celles contenues dans la cavité du crâne. La Berne d'Êdimbourg même, en parlant de quelques parties (telles que le corpus callosum, fomix, etc.), qui n'ont pas été expressément mentionnées comme détruites, dit, page 446: « Nous croyons en effet que plusieuis parties, sinon toutes, ont été détruites dans les cas que nous avons cités; mais qu’on en a omis l'énumération dans le détail de la dissection, soit par crainte d’être fastidieux, soit parce que les auteurs n'ont pu concevoir qu'une description minutieuse pût présenter de f importance en physiologie ou dans la pratique. Tel qu’est le récit, il est bien prouvé que les parties que nous avons énumérées ont

été détruites. Qu’il nous soit donc permis d'appeler l'attention des physiologistes sur celte circonstance, etc. » Qu’il soit aussi permis aux phrénologues d'appeler l’attention du public sur cette circonstance, que les exemples dans lesquels il est bien prouvé que des organes ont été détruits, tandis que les fonctions restaient intactes, sont encore à désirer.

En effet, on a négligé la construction anatomique et les détails minutieux dans l'historique des maladies et des lésions au cerveau et au cervelet, en tant qu'ils se rattachent à l’ esprit, à un point tel que dans presque tous les exemples on a oublié ce fait palpable que les organes sont doubles. Et non-seulement on n’a fait aucune attention à la situation des organes individuels dans l’examen des effets de leurs lésions par rapport à la phrénologie , niais nos adversaires n’ont jamais considéré que, quand ils limitent leur élude à l'état des seules facultés intellectuelles, dans tous les cas de cerveau lésé, les organes de cette faculté, d’après notre nouveau système, ne constituent pas plus d'un tiers de toute la masse cérébrale, et que les deux autres tiers constituent les organes des penchants et des sentiments, dont ils ne disent jamais rien, parce qu’ils ne conçoivent pas qu’ils aient du rapport avec le cerveau.

Comme il parait donc, en dépit des affirmations de nos adversaires, qu’il est conforme aux principes de la phrénologie que le cerveau peut être lésé sans affecter nécessairement les facultés intellectuelles, je pourrais peut-être abandonner ici ce sujet; mais auparavant, voyons un peu jusqu'à quel point les cas dont nous venons de parler coïncident ou sont compatibles avec les doctrines de nos adversaires. Plusieurs d’entre eux enseignent, par exemple , que tout le cerveau est l’organe de l’esprit, et que toutes ses parties concourent à tons les actes de la pensée. Eh bien! il me semble que les cas qu'ils citent sont contre une pareille théorie; car comme le cerveau est soumis à toutes les lois ordinaires de l’organisation animale , quand

une partie de cet organe général vient à être lésée, sa fonction, d’après l'explication même qu’ils en donnent, doit se trouver altérée en proportion de la lésion. Au lieu de cela, ils nous disent que la fonction qu’eux-niêmes lui attribuent ne souffre en rien de la destruction presque totale de cet organe. Aucune autre partie du corps humain ne conserve toutes ses fonctions lors d’un changement partiel ou total, ou de la destruction de son tissu ; et s’ils n’avaient été aveuglés par des préventions, ils auraient compris que la circonstance même de ce que le cerveau était lésé en partie, sans que l'intelligence en souffrit beaucoup, suffisait pour prouver que toutes les parties de cet organe ne sont pas nécessaires à tous les actes individuels de l’esprit, et que le cerveau n’est pas un organe simple comme ils le supposent.

Laphrénologie.ou la doctrinedela pluralité desorganes et des facultés, explique seule d’une manière satisfaisante cette contradiction apparente, en démontrant que l’état d'un seul organe, ou d’une partie du cerveau, n’affecte pas nécessairement la condition et les fonctions des autres; et ainsi le phrénologue, qui consi* dère des parties déterminées du cerveau comme les organes de facultés mentales distinctes, est tout à fait conséquent en croyant qu’un de ces organes, et la faculté qui en émane, peut être blessé et altéré sans amener nécessairement aucune diminution ou altération dans les fonctions des autres organes; et regardant comme chose prouvée que les deux tiers du cerveau constituent les organes des penchants et des sentiments, il est encore tout ù fait conséquent en croyant que de grandes parties de ces deux tiers, même des deux côtés, peuvent être atteintes sans troubler nécessairement à un haut degré les opérations intellectuelles dépendant du tiers qui reste sain et qui constitue, ainsi qu’il s’en est préalablement assuré, les organes des facultés intellectuelles. Mais l’adversaire de la phrénologie, qui croit à Yunité du cerveau, est dans des circonstances toutes diffé-

rentes; il ne conçoit pas plus que l’intellect reste intact après la destruction de quelqu’une de ses parties, qn'il ne concevrait que la vue restât la même malgré la maladie ou la destruction de l’œil. Comment donc pourrions-nous nier l’inconséquence de ces philosophes qui, comme le Dr Ferriar, doutent gravement, dans une page, si le cerveau n’a pas été entièrement détruit, sans que les facultés mentales s’en soient ressenties, et qui, dans une autre, déclarent qu’ils considèrent, et considèrent en effet « ces faits médicaux comme démontrant presque que le cerveau est l’instrument et non la cause des pouvoirs de raisonnement » ? Nous aussi , nous considérons le cerveau comme l'instrument des facultés mentales ; mais nons ne sommes pas assez inconséquent pour supposer qu'il soit indifférent aux manifestations de ces facultés que cet instrument soit intact ou brisé , ou qu'il ait même entièrement cessé d'exister. Nous pensons que c’est plutôt la phrénologie qui, bien loin d’avoir rien à redouter de ces faits médicaux, y trouve un complément de preuves en sa faveur, puisque ce n’est que d'après les principes de la phrénologie qu’ils sont explicables, ou qu’ils concordent avec les lois connues de la nature. C’est en de telles circonstances que cette nouvelle science s’élève au-dessus de toutes les théories de l'esprit jusqu’ici répandues, qu’elle est fondée sur la base inébranlable de la vérité, et qu’elle concorde simplement et admirablement avec l’observation des phénomènes de l’esprit, dans l’état de santé ou de maladie.

Avant de terminer sur un point qui se lie à la phrénologie, je ferai quelques observations sur le mode adopté par l’excellent chirurgien sir E. Home (t), pour approfondir les fonctions des parties individuelles du cerveau, mode qni diffère de celui qu’ont adopté les phrénologucs. « Les divers essais, dit-il,

(t) Philosophical transactions , 181 1, p. 169.

qui ont été faits pour se procurer des renseignements exacts sur les fonctions des parties individuelles du cerveau de l’homme, n’ont pas été couronnés de succès; et il m'est venu à l’esprit que si tous les chirurgiens anatomistes voulaient réunir dans un but commun toutes les apparences qu'ils ont remarquées dans les cas de lésion à cet organe, et des effets de ces lésions sur les fonctions, on aurait un faisceau de preuves qui avanceraient matériellement celte recherche importante. »

Un grand nombre de personnes considèrent encore ce mode de recherche comme celui qui promet le plus à la philosophie, et il est recommandé comme tel par la Ttevue tf Edimbourg ; nous devons donc nous y arrêter pour examiner les résultats qu’on en doit attendre. Quant à moi , il me parait tout à fait inutile au but de la première découverte, quoiqu’on puisse l’employer avec succès pour obtenir d’autres renseignements, quand les fonctions des différentes parties du cerveau ont été reconnues par d’autres moyens.

Les défauts de ce mode de recherche sont : 1° quêtant que nous ignorerons la situation et les limites des divers organes du cerveau, il nous sera impossible de décider si, dans aucun cas donné, un seul on plusieurs organes se trouvent attaqués, et aussi si la destruction d'un organe est partielle ou totale.

2° Que tant que nous ignorerons le nombre et les fonctions des facultés mentales et des effets de leurs diverses combinaisons réciproques, nous ne pourrons décider dans aucun cas quelle faculté ou qualité de l'esprit s’est trouvée altérée ou détruite. 11 est telle faculté, par exemple, qui pour fonctionner requiert la présence d’objets extérieurs, qu'on ne trouve point dans les chambres de malades, ou dans les salles d’hôpiLaux; il serait donc possible quelle fût tout à fait détruite, sans que les chirurgiens ou leurs aides en pussent soupçonner l’absence ; car jamais ils ne l’ont reconnue comme faculté indépendante, même quand le cerveau est entier.

COJCBE. — TRAITÉ DE PHRÉNOLOGIE. T. 11. î>3

5° Que le tissu délicat et complexe du cerveau est tel , qu'il est très-difficile, sinon impossible, d'en léser ou détruire une partie sans léser les parties environnantes et les fonctions qu’elles remplissent, à un degré plus ou moins fort. Ainsi le professeur Rolando de Turin, qui a consacré tant de temps à l'étude de l’anatomie et des fonctions du cerveau, lorsqu’il parle des mutilations qu'il a opérées dans le but de découvrir les fonctions d'une certaine partie de cet organe chez les animaux , se plaint de cet obstacle comme étant insurmontable. < J’ai fait, dit -il, un grand nombre d’expériences pour découvrir le résultat des lésions aux tubercules bigéminés et aux parties voisines du lit optique ; mats j ai rarement obtenu des résultats concordants, ce qui n'est pas surprenant, si nous considérons l’entrelacement particulier des nombreuses fibres médullaires qui se rencontrent dans ces parties; car comme il est extrêmement difficile de savoir quels nœuds de fibres se sont trouvés affectés dans ces opérations, nous ne pouvons tirer des conclusions claires et précises, alors que les résultats sont différents. » Si ces observations sont vraies en ce qui concerne les mutilations faites avec toutes les précautions possibles pour éviter de léser plus d’une partie, et par un homme de l’art ayant toutes les ressources que donne la connaissance de l’anatomie, elles s’appliquent avec dix fois plus de force aux lésions qui sont le résultat de violences accidentelles ou involontaires.

Enfin que le seul aspect d'une blessure ne nous donne jamais de certitude, quant à l’étendue précise de la lésion faite au cerveau, et que, par conséquent, nous ne pouvons jamais en rapporter les phénomènes à une seule partie déterminée. Souvent, par exemple, une lésion peu grave en apparence, produit les symptômes constitutionnels les plus sérieux et le désordre de tout l'esprit , tandis qu'une autre , beaucoup plus grave en apparence, entraîne peu de dérangement. Dans le premier

cas, les effets de la violence semblent s'étendre soit immédiatement, soit par sympathie, sur tout le cerveau ou au moins bien au delà de son siège externe visible. Dans le second cas, au contraire, l'affection est plus strictement d'une nature locale, et ainsi les résultats qu’on obtient dans un cas se trouvent souvent annulés par ceux qu'on obtient dans un autre.

Conformément à l'opinion que je viens d'exprimer quant à l'inefficacité radicale de ce mode de rechercher le but de la première découverte et pour corroborer mon opinion, je m’en réfère à l'autorité de sir Everard Home lui-méme. Il se borne, il est vrai , à citer les cas qui se sont présentés à son observation et qu’il doit avoir étudiés avec une attention particulière; néanmoins tous les défauts du mode qu’il recommande ressortent avec les preuves les plus convaincantes et les plus directes de son essai sur la matière. Ainsi les premières choses qui frappent le lecteur sont : 1° que des dix classes dans lesquelles sir Everard divise à dessein les classes qu’il cite, sept au moins (1 pression extraordinaire d'eau sur le cerveau, 2 concussion du cerveau, 5 dilatation surnaturelle ou maladie des vaisseaux sanguins du cerveau , 4 sang extravasé , 5 formation de pus, 6 dépression ou épaississement des parties du crâne, 7 pression causée par des tumeurs) se résolvent en affections dans lesquelles la totalité du cerveau se trouve comprise d’une manière ou d'une autre ; 2° que dans un de ces cas (savoir: 8 lésion de la moelle épinière), tout le cerveau est affecté, et 3° que dans deux cas seulement (9 lésion de la substance du cerveau , et 10 altération du tissu ) l’affection se borne en général à des parties individuelles de cet organe, quoique dans un grand nombre d’exemples même de ces deux dernières classes elles s’étendent sur tout le cerveau. D’après ses propres assertions, le lecteur serait autorisé à prévoir a priori que les effets résultant de la plupart de ces lésions seront tels qu’ils indiqueront le dérangement, non pas d'une ou de

plusieurs parties, mais de toutes les parties du cerveau, et que par conséquent elles ne pourront d’aucune manière conduire à la découverte qu’ils se proposent des fonctions de ses parties individuelles. Aussi sir Everard Home nous apprend lui-même que les effets produits furent du délire, des convulsions, un état comateux , apoplectique, des nausées, de l' agitation , et autres symptômes semblables, sans lésion d’aucune faculté particulière ou d’aucune fonction individuelle. Dans un ou deux cas, il est vrai, il mentionne l’état de la mémoire et des sens externes; mais il ne dit pas qu’il fut le résultat d’aucune lésion spéciale. La Revue même, malgré son désir d’être satisfait de la méthode de sir Everard, est forcé d’avouer que les résultats obtenus de cette manière sont si vagues et si contradictoires, qu’ils « ne servent qu’à confirmer ce que d’autres auteurs (que nous avons cités) avaient peut-être assez bien établi, savoir qu’il n'y a aucune espèce d’uniformité soit dans l’espèce ou dans le degré des symptômes qui accompagnent les maladies du cerveau. » J’avoue que pour ce qui concerne les lésions violentes, je partage tout à fait son avis.

Pour que les résultats obtenus en observant les effets des lésions du cerveau sur l’homme, ou en obérant des mutilations sur le cerveau des animaux, soient de quelque utilité à la physiologie du cerveau, il faut, comme nous l’avons déjà démontré, connaître préalablement les sièges des organes et la nature des facultés qu’ils renferment; et si nous supposons que par d’autres moyens on les a déjà exactement déterminés, alors la facilité à faire d’intéressantes et exactes observations pathologiques et physiologiques se trouve tellement augmentée, qu’on peut tirer des renseignements précieux des deux dernières classes de cas citées par sir Everard Home, et surtout de quelques cas individuels. Mais il est clairque sans cette connaissance préalable pour nous guider dans nos observations, nous ne pourrions arriver à aucun résultat qui nous aide dans la pratique.

Si une lésion du cervelet, par exemple, ou d'une partie des lobes postérieurs du cerveau se présente aux yeux d’un philosophe , qui a la conviction intime < que tout le cerveau concourt à tous les actes de la pensée, » et qu’aucune de ses parties n'est appropriée aux manifestations des penchants ou des sentiments , que doit • il penser de la fonction du cerveau, quand il voit qu'aucune des facultés ne manque et n'est affaiblie? Pour être conséquent, il ne peut rechercher l’état des penchants et rapporter à la lésion reçue les déviations aux penchants, parce que ce ne sont pas là des facultés intellectuelles, et que, selon lui , les penchants n’ont aucune connexion avec le cerveau. Donc rien ne dissipe ces doutes. Mais qu’un cas semblable sc présente à l'observation d'un phrénologue, ou de celui qui a étudié l'usage des diverses parties du cerveau, il est clair que, quoiqu’il ne put pas plus que le philosophe deviner la fonction d’après l'étude des symptômes seuls , cependant , l'ayant découverte par d’autres moyens, il s’occupe de la lésion, tout à fait compétent pour juger si les observations se trouvent confirmées ou réfutées par les phénomènes qu'il a devant les yeux. Ce n’est que lorsque nous possédons les connaissances préliminaires sur les facultés intellectuelles, que nous pouvons tirer quelque parti de cas semblables pour nous instruire davantage. Ce qui prouve que le philosophe n’aurait jamais pu être amené à découvrir la connexion entre certaines parties du cerveau cl les penchants et les sentiments par la simple observation de lésions à ces parties, c’est qu’il est arrivé que des blessures à ces parties ont été accompagnées de symptômes correspondant avec leurs fonctions phrénologiques, et que ni lui ni le chirurgien anatomiste n’ont tiré aucune déduction semblable. Par exemple, il est arrivé que des blessures au cervelet et des maladies de celte partie ont, malgré eux, attiré leur attention, parce que le penchant seul s’était éteint ou qu’il était surnalurellement

excilé par une action inflammatoire subséquente; et cependant aucun d'eux n'en a conclu que le cervelet était l’organe de l’amalivilé (i). Le tempérament et les sentiments moraux ont aussi été entièrement changés par suite de certaines lésions au cerveau, tandis que l'intelligence restait intacte; et nul d'entre eux n’a tiré la conclusion que les parties affectées étaient les organes de ces sentiments. Leurs déductions, il est vrai, s’ils en avaient fait, n’auraient pu être garanties, parce que les exemples de lésion limités assez exclusivement à une partie pour affecter la fonction de cette partie, sans avoir aucune influence sur celle des parties adjacentes, sont si rares en comparaison des exemples de lésion d’un genre opposé, qu’aucunes conclusions exactes ne peuvent être tirées d’eux seuls, quoique, combinées avec d'autres preuves, elles soient trèsimportantes.

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