N° IV
Texte, page 370.
Documents présentât à lord Glenelg , secrétaire des colonies.
REPRÉSENTATIONS adressées par sir G. Mackenzie , baronnet , 4 lord Glenelg, secrétaire des colonies, au sujet des déportés 4 la Nouvelle-Galles du Sud. Février 1836.
Les crimes qui viennent de se commettre dans la Nouvelle-Galles du Sud , sont des preuves irréfragables que le gouvernement n’a pas com-
prit la conduite à adopter en tous points , et qu'à l'avenir il doit surtout être prudent. Mais commenlêtre prudent? C’est là une question qui en renferme d’autres de la plug grande importance , et peut-être fort difficiles à résoudre. Il est cependant évident que la prudence à l'egard des déportés est indispensable. A présent on les embarque et on les partage aux colons sans égard aucun à leur caractère et à l'histoire de leur vie. Un homme , line femme , reconnu coupable d’un délit, est jugé mériter un châtiment, soit qu'il ait passé toute sa vie dans le crime , soit qu'il ait été entraîné à celui pour lequel il est puni par la force des circonstances. Jamais on ne conçoit l'idée de ramener le condamné à des mœurs honnêtes , à une industrie recommandable , par des moyens adaptés à son caractère. Le châtiment ! telle est la panacée proposée pour corriger tous les penchants criminels ; la dégradation ! tel est le moyen jugé le meilleur pour faire revenir un homme à s'estimer, pour lui inspirer le désir de se bien conduire ! De pareilles idées , quoiqu'elles conduisent à une pratique que ses résultats condamnent depuis des siècles , sont dictées par l'ignorance de la constitution de l'homme ; et tant que les gouvernants ne s'en seront pas entièrement dépouillés , tant qu’elle ne sera pas remplacée par des vues saines et étendues sur la constitution réelle de l'homme , l’erreur continuera à dicter leurs mesures dans la route du vice. Pour gouverner l'homme , il faut le connaître ; et les gouvernants dont nous nous occupons ne le soupçonnent pus. Il est impossible d'indiquer, dans un exposé aussi court que doit l'être celui-ci , les moyens d'acquérir la connaissance de la véritable constitution mentale de l'homme. Il faut se contenter de dire qu'on l'a découverte , qu'ensuilc on l'a négligée , mais que cependant elle fait encore des progrès rapides chez le peuple de la Grande-Bretagne.
Disons donc :
1° Que vu l'importance de la colonie delà Nouvelle-Galles du Sud, on ne devrait pas y envoyer indistinctement tous les condamnés. On devrait prendre des informations sur leur caractère , faire un choix pour la colonie et laisser le rebut dans les prisons d'Angleterre, soumis à des règlements sévères. Mais le seul moyen de ne pas se tromper dans ce choix , c'est d'approfondir la véritable philosophie de l'homme.
2° On conçoit que le régime pénitentiaire des déportés démit former une division spéciale du département des colonies, et être l'objet d'une attention particulière. Avant la déportation , les condamnés ne sont pas dans les attributions du département des colonies ; cependant lorsque la déportation doit avoir lieu, le chef de ce département démit avoir le droit de choisir ceux qui conviennent le mieux à ses vues , et de nommer à cet effet un officier de santé qui recherchât l'histoire des criminels , et fil un choix d'après les principes phrénologiques.
Nous sommes prêts à fournir la preuve que ces principes sont les seules bases sûres sur lesquelles on puisse fonder le régime pénitentiaire des condamnés ; je n'hésite donc pas à me rendre garant de leur vérité et de leur efficacité ; celte expérience , si vous jugez convenable de l’autoriser, ne peut manquer d’honorcr votre nom , quel que soit le résultat que vous en attendiez.
Que votre seigneurie ordonne de rechercher les circonstances qui ont amené un nombre donné de criminels à mériter leur condamnation , et autant que possible l'histoire de leur vie avant le crime pour lequel ils ont été condamnés. Qu'on fasse un tableau indiquant leur histoire , les jugements qu’ils ont encourus , ainsi que leurs crimes.
( Je suppose que ce travail sera fait en conscience. ) Qu’on tienne ce travail caché. Aussitét qu’on m'aura averti qu'il est fait , je me rendrai à Londres avec un phrénologue expérimenté. On nous amènera les criminels l'un après l'autre , et nous dresserons de notre côté un tableau du même genre. Nous y ferons entrer ce que nous croirons être le caractère des individus et les crimes dont nous les supposerons coupables ; nous dirons le genre des occupations auxquelles ils se sont livrés , et indiquerons le genre de celles où ils pourront se rendre utiles. Nous ne demanderons que le degré d'éducation du condamné. Nous les examinerons en présence des personnes que vous désignerez. Quand notre travail sera terminé , nous demanderons que la comparaison des deux tableaux soit faite en présence de votre seigneurie et de sa société ; nous réservant , dans le cas où il y aurait de la différence sur quelque point important , de pouvoir questionner nousmêmes le sujet , et de renouveler les recherches sur sa vie avec ceux qui les auront déjà faites.
Je crois pouvoir prédire que le résultat d’une telle expérience vous convaincra qu'il existe des moyens pour établir des catégories de condamnés , et pour faire le choix de ceux h déporter. Je me permets de vous rappeler que mon ami, M. Combe , a fait ce que je propose ici à Newcastle, en octobre 1837. Le récit de cette expérience a été inséré dans le Phrenological Journal , n° 46, page 524. (Voir plus loin la pièce justificative , n° XXXVIII.)
En accédant à ma demande , vous acquerrez des droits à la reconnaissance de tous les gens de bien , et vous rendrez un service immense au pays.