‹ Traité de phrénologie. Tome 2Chapitre 37 sur 44 · LETTRE DE SIR GEORGE MACKENZIE A LORD GLENELG · texte numérisé non relu

LETTRE DE SIR GEORGE MACKENZIE A LORD GLENELG

Mon cher Lord ,

Je remets en vos mains un grand nombre de certificats d'hommes éminents, confirmant tout ce que j'ai déclaré : qu'il est possible de catégoriser les criminels destinés à être déportés, de manière à ce que les colons de Botany-Bay soient désormais délivrés des hommes atroces et incorrigibles que jusqu'ici on n'a pas craint de leur envoyer, et à l'abri de tous les maux qu'entraîne l'évasion de pareils hommes. Qu'il me soit permis d'observer ici que, tant que les châtiments ne seront pas nonseulement proportionnés aux crimes commis , mais aussi au caractère moral et au degré d'éducation du coupable , ils n'auront pas l'effet qu'on en attend , et serviront même le plus souvent à endurcir les criminels. Ceux à qui les criminels sont confiés ne devraient pas leur appliquer des peines pour se conformer à la loi , mais pour chercher à les améliorer, et lorsqu'un jugement sain et philosophique en aurait démontré la nécessité. L’expérience des établissements pénitentiaires nous apprend que , quoique tous les crimine’s condamnés à la déportation soient jugés comme méritant également le châtiment , quelque différents que soient leurs crimes , ils ne sont pas tous également portés à persévérer dans le crime. Quelques-uns , malgré les châtiments sévères qu'ils savent

les attendre , continuent à manifester leur penchant pour le crime , et en commettent toutes les fois qu'une occasion se présente ; d'autres, au contraire ( quoique condamnés comme également coupables ) , en viennent d'eux-mêmes à reconnaître leurs erreurs. Dès lors ils s'exercent à vaincre leurs mauvais penchants, et parviennent à se faire compter au nombre des membres pacifiques , laborieux et estimables de la communauté. Depuis longtemps ces faits sont de notoriété publique ; et pourtant ils n'ont attiré l'attention du gouvernement ni dans les colonies , ni dans la mère patrie, quoiqu'ils prouvent à l'évidence que dans la constitution morale des criminels condamnés à la déportation, c'est un fait dont la philosophie peut tirer un grand parti. Jamais , j'ose le dire , l'horrible pillage des biens de mes Gis n'aurait eu lieu , si le gouvernement avait établi des catégories dans les criminels, si , gardant les plus pervertis dans les prisons d'Angleterre , il n'avait envoyé à la Nouvelle-Galles du Sud que ceux qui offraient quelques ressources.

Je suis en mesure d'offrir au gouvernement libéral qui voudra les accepter, les moyens d’établir ces catégories , et j'ai la confiance que vous ne trouverez pas fastidieux l'exposé des faits généraux qui ont amené des hommes d'une intelligence philosophique et d'un esprit pénétrant il percevoir que la véritable constitution mentale de l'homme est maintenant découverte, et qu’elle met à notre disposition des moyens tout-puissants pour perfectionner notre espèce ; et que ces moyens auront des effets d'autant plus rapides que nos gouvernants écouteront les faits , en rechercheront la vérification , et en suivront les déductions philosophiques.

Vous ne pouvez ignorer que les hommes ne diffèrent pas seulement par le rang, l'éducation ou la fortune, mais qu’ils diffèrent aussi par la nature et l'étendue de leurs facultés intellectuelles , par leurs sentiments moraux et par leur tendance à écouter leurs penchants. On ne sait que trop bien qu’il existe des scélérats titrés , intelligents , riches, coupables des violations les plus sanglantes de la loi morale , quoiqu'ils réussissent à échapper aux peines comminées par les lois , qui ne laissent pas cependant que de frapper parfois quelques-uns de leurs crimes. Il est notoire que ce qu'on appelle la haute société encourage ces hommes ; et pourtant un joueur, un filou , un séducteur titré ne peut être regardé comme moins coupable que le misérable igno-

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rant qui vole peut-être pour soutenir sa vie et non pour satisfaire un penchant dépravé. Eh bien ! c'est sur cette différence de caractères , de penchants parmi les hommes de toutes les classes de la société, que je désire appeler votre attention. Il faut que cette différence soit l’effet de quelque chose. Quelques philosophes ont dit que l’homme est une table rase sur laquelle on peut imprimer le talent et le caractère qu’on veut. Mais des milliers de faits sont venus chaque jour démontrer que ce n’est là qu’une illusion. Il est maintenant avéré que les talents , l’intelligence , le caractère moral sont les effets de différences dans l’organisation. Depuis longtemps les physiologistes regardent le cerveau comme l’organe qui lie l’esprit au corps, et par lequel les facultés mentales se manifestent. Ils ont été conduits à celle conclusion par le résultat d’un grand nombre d’observations et d'expériences. Ce fait était universellement admis , quand un aussi grand nombre d’observations et d’expériences amena Gall à démontrer que les différentes portions du cerveau avaient chacune le pouvoir de manifester une faculté mentale différente. Ceux chez qui la manifestation d’une faculté est forte, ont l'organe de celte faculté fort en proportion. Les différences d’organisation , de même que les certificats qni accompagnent la démonstration de ce principe , suffisent pour qu’on puisse indiquer à l’extérieur les dispositions générales selon qu’elles sont proportionnées entre elles. Nous avons donc les moyens d’apprécier avec exactitude le caractère naturel des condamnés (comme de tous les autres hommes ) , de sorte qu’il est en notre pouvoir d’indiquer les moyens les plus propres à leur réforme , ou de découvrir l’incapacité où ils sont de s’améliorer jamais, et par suite de désigner ceux que l’on doit en quelque sorte garder à vue pour les empêcher de nuire à la société. Ce sont des moyens que, pour la prospérité des colonies australes , pour la sécurité et la paix des colons , et afin de réhabiliter ces derniers , je vous prie , pour votre propre satisfaction , de mettre à l’épreuve dans une expérience publique. Le peu de réputation que j’ai acquise est compromise dans le résultat de l’expérience que je propose ; je ne crois pas cependant la risquer trop légèrement dans cette affaire , et j’espère que vous ne le croirez pas non plus. C’est que ce n’est pas ma réputation philosophique seule que j’expose ; c’est celle de tons ceux qui ont apposé lenrs noms aux certificats et de plusieurs

milliers de philosophes dans toutes les parties du monde. Vous ne pouvez donc vous étonner que , fort de telles autorités , j'aie la présomption de vouloir vous imposer la renommée la plus difficile à acquérir, celle de bienfaiteur du pays. La phrénologie est encore tous les jours en hutte à des attaques violentes ; mais chacune a prouvé que ses ennemis ne l'avaient pas étudiée ; et j'avoue humblement que quand je m’en moquais , je n’y comprenais rien. Des faits grossièrement défigurés , des assertions sans fondement , telles sont les armes que l'on a , à diverses reprises , employées contre celte science. Elle étend au loin scs rayons bienfaisants ; et ce sera pour notre pays un beau jour que celui où le gouvernement qui a pourvu avec tant d'énergie & la réforme de nos institutions politiques , entrera dans la véritable voie de la réforme morale. Le jour n’est pas éloigné où l'éducation , basée sur les véritables principes de la nature de l'homme, recevra la sanction de la nation ; j’espère aussi que le jour n’est pas très-éloigné où l'influence de ces principes sur la législation criminelle se fera sentir. Je ne puis m'empêcher de vous faire remarquer que parmi les propagateurs les plus habiles et les plus zélés de la nouvelle philosophie , il en est plusieurs qni s'érigèrent en censeurs de cette science , tant qu’ils n’eurent pas suivi le cours de Spurzheim.

Je m'arrêterai là. Afin de prendre le moins de temps possible à vos devoirs importants j'ai fait imprimer la présente lettre , ainsi que les certificats, et je les publierai avec votre assentiment , si je l'obtiens , afin que les phrénologues sachent que l'un de leurs premiers disciples dans la Grande-Bretagne a , pendant vingt ans , saisi toutes les occasions de répandre les bienfaits de la science dans une direction qu'ils apprécieront comme ils le doivent, sinon à présent, du moins dans l'avenir; et aussi afin que le monde sache (je m'attache à cet espoir) que vous avez été le premier membre d'un gouvernement libéral qui avez eu assez de courage moral pour faire ce qui seul peut convaincre un homme libéral de la vérité ou de l'imposture de ce qu'on soumet à son observation par les meilleurs motifs possibles. Si, comme des milliers d'hotnmes les plus éminents d'Europe et d'Amérique en ont la confiance, vous êtes convaincu par l’expérience , vous aurez découvert une source de prospérité et de bonheur pour vous et pour le genre humain ; car la phrénologie , dans les mains de gouvernants éclairés ,

— Am —

ne peut manquer d'améliorer les institutions humaines, et de faire fleurir partout le bon ordre , la paix et la prospérité.

J'ai l'honneur , etc.

G. S. Mackenzie.

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