Du CABRER
On a|)pelk> ainsi l'acU' par lequel le corps des quadrupèdes s'élève et se maintient debout sur les membres postérieurs.
Le cabrer comprend deux actions essentiellement distinctes, savoir : le mouvement qui fait élever le corps sur le train de derrière et l'attitude qui est le résultat plus ou moins prolongé de ce mouvement.
C'est une action diflicile à produire : 1° à cause de la difficulté qu'éprouve le train de devant à opérer une violente détente analogue à celle des membres jiostérieurs dans le saut et la ruade; 2" à cause de l'éloignement considérable qui existe entre le centre de gravité et la ligne d'appui des membres postérieurs sur laquelle ce centre doit être amené. Elle ne peut durer longtemps, par suite de l'intensité des efforts musculaires qu'elle nécessite, — de l'étroitesse de la base de sustentation — et de l'imiiossibilité à peu près complète du corps à [irendre une direction verticale. Dès l'instant que le centre de gravité passe toujours, soit en avant, soit très près de la limite antérieure du point d'appui, le corps tend à retomber sur les membres tboraciques, et il y revient en effet aussitôt que les ell'orts musculaires sont impuissants à contre-balancer cette tendance. Si, par moments, il arrive sur la base de sustentation, le moindre effort peut déterminer en arrière une cliute de l'animal.
On doit distinguer dans lecabrer deux temps successifs : — l'un pendant lequel l'animal relève l'encolure ainsi que la tète et fléchit légèrement les membres antérieurs; — l'autre, de {irojection dans lequel les membres tboraciques, par une brusque et énergique détente, soulèvent la partie antérieure du tronc; — enfin, on peut même en reconnaître un troisième, suivant immédiatement la projection oi)érée par le bipède antérieur, alors que les diverses puissances musculaires élèvent progressivement la masse du tronc sur le train de derrière, iiour la mettre en équilibre sur la base de sustentation. Le mécanisme de cet acte a été exposé avec une lucidité remarquable par M. Lecoq\ qui a surtout exactement précisé le rôle des agents chargés d'aider l'inqmlsion des extrémités antérieures.
La projection du cor|>s en haut el en arrière, eflèctuée par la détente des membres antérieurs préalablement un peu fléchis, constitue l'élément initial de de l'action du cabrer. Elle résulte, en grande partie, de la contraction brusque des muscles qui redressent, d'une part, l'articulation métacarpo-phalangienne, d'autre part, l'articulation scapulo-humérale, muscles qui sont, pour la première, les fléchisseurs de la région digitée ; pour la seconde, le coraco-radial et le sus-épineux.
Les fléchisseurs des phalanges, en se contractant, lorsque le pied est encore à l'appui, agissent énergiquement sur le sommet de l'angle du boulet qu'ils tendent à redresser. La force qu'ils développent alors se décompose en deux parties : — l'une qui pousse le pied contre le soletfpii reste sans résultat utile; — l'autre qui élève les parties supérieures du mcniljrc et, avec elles, les régions antérieures du
1. Lecoq, Traité de l'eûctcrieur du c/teval, i' éilil., p. 371.
corps. Cette action, comparable à la détente d'un arc dont une extrémité reposerait sur un plan résistant, projette le corps en haut et détache du sol les extrémités antérieures qui, alors, décrivent une courbe à concavité postérieure. Les fléchisseurs produisent ce résultat en agissant sur un levier du deuxième genre dont l'appui est au sol, la résistance à l'articulation qui doit être étendue, et la puissance appliquée en arrière des grands sésamoïdes. Celle-ci a donc pour bras de levier toute la longueur de la région digitée, et ce n'était certainement pas trop pour le déploiement d'une force qui devait rejeter toute la masse du tronc sur les membres abdominaux.
L'un des deux fléchisseurs du pied, le superficiel, a en outre, pour action de contribuer à étendre l'humérus sur le radius, et de devenir ainsi l'auxiliaire des autres puissances que j'ai indiquées.
Le coraco-radial et le sus-épineux ont un rôle moins essentiel que les précédents. Le premier produit, par sa contraction, le redressement de l'angle scapulo-huméral et l'extension du bras, à la condition que le radius soit fixé par les gros muscles olécrâniens. Le second étend le bras sur l'épaule et celle-ci sur le bras : l'effet produit à l'une de ses extrémités contribue aussi bien à la détente que celui qui est opéré à son extrémité opposée.
Quant aux autres muscles du membre thoracique, ils ne paraissent pas contribuer pour beaucoup au développement de l'impulsion qui élève le corps. En effet, les muscles radiaux antérieurs agissent sur un rayon qui est arrivé à la limite de son extension ou à peu près. Les radiaux postérieurs, s'il se contractaient, ne feraient autre chose que déterminer une flexion du métacarpe préjudiciable à la détente. Enfin, les muscles olécrâniens ne peuvent être ici d'un grand secours, puisque l'avant-bras est déjà fortement étendu sur le bras. L'impulsion est donc produite essentiellement par les fléchisseurs des phalanges, et secondairement par le coraco-radial et le sus-épineux. Elle dérive sans doute de la contraction simultanée de tous ces muscles; contraction qui se continue après que le membre s'est détaché du sol, car l'avant-bras se fléchit sur le bras et le pied en entier sur le genou.
Quoique les rayons osseux des membres thoraciques soient moins favorablement disposés que ceux des extrémités postérieures pour opérer une énergique détente, celle qu'ils produisent suffit à soulever le corps, et y suffit, lors même qu'elle ne dérive que d'un seul membre, puisque l'animal se cabre encore quand on lui tient en l'air celui du côté opposé. Elle est, du reste, plus que suffisante pour amener ce résultat, car le cheval parvient à se cabrer, môme lorsqu'un homme exerce sur la tête de l'animal une forte traction qui acquiert une énorme intensité à l'extrémité du long bras de levier représenté par la tête et l'encolure. Néanmoins, cette impulsion, si vive et si énergique qu'elle soit, ne peut que commencer le cabrer : c'est une espèce de saut du train antérieur qui tend à se jeter sur le tiain |)ostérieur. Il faut, pour l'achèvement de l'acte, que la projection ascensionnelle des parties antérieures du corps soit continuée par un effort, d'élévation de la part des puissances musculaires du rachis et de la croupe ; en d'autres termes, il faut que le train de devant, qui a été soulevé d'abord par ses propres forces, soit retenu, saisi par celui de derrière, qui continue à l'élever et
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à l'attirer à lui, de manière à amener la ligne de gravitation au niveau ou très près des pieds postérieurs.
Le second temps du cabrer ou le temps complémentaire doit donc résulter de la participation des muscles qui agissent sur la partie suiiérieurc de la colonne vertébrale et sur le bassin : l'ilio-spinal, les fessiers et les ischio-tibiaux. Ces muscles forment, par leur ensemble, une longue chaîne rpii [)art de la jambe, longe la cuisse, contourne la croupe et vient tendre la colonne dorso-lombaire pour saisir enfin la base et même la partie moyenne de l'encolure. Ils agissent sur une longue tige représentée par le bassin et par la colonne vertébrale, tige qui se meut sur la tète du fémur, comme un lléau de balance sur son couteau, s'abaisse par son extrémité ischiale et s'élève par son extrémité cervicale.
L'ilio-spinal AB (lig. 6i), étendu du bassin à la base de l'encolure et attaché dans l'intervalle à toutes les vertèbres est le tenseur puissant du rachis. Iiraiïermit, en prévient les déviations latérales et l'unit solidement à la croupe. Évidemment ce muscle qui, en se contractant, tend à rapprocher l'une de l'autre ses insertions extrêmes, peut contribuer à l'élévation des parties antérieures, à une double condition, si, d'une part, le train de devant est déjà en voie d'ascension, d'autre part, si un point d'appui solide lui est donné sur le bassin. Or, la première condition est réalisée par la détente des membres antérieurs, et la seconde par la contraction des masses musculaires énormes qui entourent le bassin, surtout par celle des grands fessiers et des ischio-tibiaux. En dehors de ces conditions rien n'est plus difficile que de concevoir la participation de lilio-spinal à l'élévation des parties antérieures du corps sur le train de derrière.
Les ischio-tibiaux CD. c'est-à-dire le long vaste, le demi-tendineux et le demimembraneux, agissent sur le levier du premier genre, représenté par le bassin et la colonne vertébrale. La puissance est à la tubérosité ischiale, le point d'appui à l'articulation coxo-fémorale, et la résistance dans toutes les parties antérieures du corps. Le bras de la puissance s'étend donc de la tubérosité de rischium au centre de l'articulation coxo-fémorale, sur laquelle le tronc doit s'élever en basculant d'avant en arrière, et celui de la résistance est mesuré par la distance qui sépare cette même articulation du centre de gravité. On conçoit, dès lors, (pie plus le corps sera long, jilus le bras de levier de la résistance sera étendu, et que plus celui-ci sera étendu, plus, par conséquent, le centre de gravité sera difficile à élever et à amener sur la base de sustentation des extrémités postérieures. Ce levier, presque horizontal, au début du cabrer, se meut sous l'infiuence de ces derniers muscles à la manière d'un balancier appuyé sur la tète du fémur; à l'extrémité de su longue branche est appendue la partie antérieure du corps qui s'élève ; sur la [letite branche ou sur l'ischium tirent en bas les vigoureux ischio-tibiaux.
Les ischio-tibiaux, le long vaste notamment, agissent encore sur le sacrum par leur prolongement i)yramidal DH, mais cette partie de leur action est accessoire, par suite du peu de fixité de la région sacrée.
Le grand fessier FG est une autre puissance qui agit en même temps que les muscles précédents, avec cette dilVérence que son action s'exerce sur un levier du troisième genre. Le centre du mouvement est toujours à l'articulation coxo-
fémorale, et la résistance dans les parties antérieures du corps à soulever, mais la puissance est appliquée dans un point intermédiaire, c'est-à-dire à la partie antérieure de l'ilium et jusqu'à l'extrémité du prolongement pyramidal du mus-
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cle; son bras do levier est donc j>ius étendu que celui des muscles ischio-tibiaux. Il est impossible, dans l'acte du cabrer, d'isoler les actions des trois muscles. Ils forment un vaste ensemblecomposéde plusieurs pièces qui agissent à peu près comme celles du cou des oiseaux ou du corps des serpents, élevant successivement les parties les plus mobiles vers les plus fixes (|ui servent de point d'appui, toujours consécutivement à la détcMitc des membres antérieurs. Celle-ci com-
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iiience la, [nojecUoii, en (Irtaclianl le corps; puis les muscles xieuuciit, loul à la fois, soutenir le tronc soulevé et continuer son niouveuicnt ascensionnel.
L'ilio-spinal, les ischio-tibiaux et le grand fessier ne peuvent faire basculer le coxal sur la tète du fémur, élever la partie antérieure de la croupe et continuer le redressement du train antérieur commencé par la détente des membres thoraciques,qu'àla condition de trouver un appui solide dans les rayons des membres abdominaux, dont les muscles doivent se contracter très énergiquement, surtout pour empêcher ceux-ci de s'alîaisser sous le poids du centre de gravité. Sans cette fixité des rayons, donnée par les rotuliens H, les jumeaux delà jambe I, les ischiotibiaux et le grand fessier ne pourraient déployer toute la puissance qui doit, à elle seule, maintenir le corps sur le bipède postérieur, soit que l'animal conserve la même place, soit qu'il fasse quelques pas en avant. C'est cette puissance qui fait éprouver au train antérieur ces oscillations si remarquables, c'est-à-dire ces élévations et ces abaissements successifs, pendant lesquels les membres antérieurs sont projetés, à i)lusieurs reprises, en avant, comme les bras d'un homme qui gesticule.
Le cabrer ne s'exécute pas avec une égale facilité chez tous les animaux. Parmi les grands quadrupèdes, le cheval est peut-être celui où il se produit le [ilus souvent et avec le moins de peine, lors même que l'animal est chargé du [loids du cavalier, et quebpiefois encore dans les circonstances où l'on cherche àeni|iè(her la tète de se relever, ou à lever un pied. Ce mouvement s'acconq)lit j)en(lanl l'allure du pas ou du trot avec une grande aisance, et elle donne à ces allures une grâce (pii est quelquefois recherchée dans ce qu'on appelle les atrs de manège. Les animaux de petite taille, la chèvre, le chien, l'ours, se cabrent encore plus aisément que les solipèdes. Le bœuf, qui a la région dorso-lombaire si longue, les reins si faibles et le train antérieur si lourd, ne peut se cabrer sans grande diflicullé. Néanmoins, tous les anitnaux, si pesants qu'ils soient, sont obligés de se cabrer pour l'accouplement; mais alors il n'est pas nécessaire, d'une part, (pie la détente du bipède antérieur amène le corps en équilibre sur le train de derrière, et, d'autre part, qu'il s'opère de grands ellorts pour maintenir le corps, dès l'instant que la {)()itrine du mâle vient prendre un point d'appui sur la croupe de la femelle : ce n'est donc là qu'un cabrer incomplet, fort éloigné du cabrer si remarquable du cheval.