‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 106 sur 287 · II. — De la ruade · texte numérisé non relu

II. — De la ruade

Sous ce nom, on désigne l'action par laquelle l'animal projette brusquement la partie postérieure de son corps en l'air j)ar une sul»ite détente des membres abdominaux.

Cette action qui, plus restreinte, constitue l'un des éléuients du saut, se produit de la manière suivante. L'animal qui veut ruer lléchit l'encolure, abaisse la tète et amène ainsi une plus grande partie du poids du corps sur les membres antérieurs. Puis, à la suite de cette pré|)aration, les membres abdominaux étendant brusquement leurs rayons, lancent la croupe en haut, et projettent les pieds postérieurs bien en arrière de la ligne surlaquellcilsse trouvaient précédemment.

Les agents qui concourent à l'accomplissement de cet acte sont fort nombreux. En première ligne se trouvent les fléchisseurs des phalanges, l'extenseur du métatarse, les muscles rotuliens et le grand fessier ; eu second lieu, les ischio-tibiaux et l'ilio-spinal. Les uns sont plus spécialement chargés d'opérer la détente qui élève la croupe ; les autres de projeter en arrière les membres postérieurs. Il faut examiner successivement le rôle de chacun d'eux en particulier, et déterminer l'ordre suivant lequel ils agissent.

Le premier élément de la ruade consiste en une détente plus ou moins rapide et plus ou moins énergique des membres postérieurs, détente effectuée non seulement par la contraction des extenseurs des divers rayons, mais encore par celle des fléchisseurs de la région digitée.

Les rayons des membres postérieurs, formant des angles qui doivent être redressés, simultanément ou successivement, pour effectuer la projection du corps en haut, sont parfaitement disposés, à cause du degré de leur inclinaison réciproque, pour permettre un mouvement très étendu. Le premier des angles, à partir du pied, l'angle métatarso-phalangien, est redressé par les fléchisseurs de la région digitée ; — le second, ou le tibiotarsien,restparlebifémoro-calcanéen et parles muscles précédents; — le troisième ou le fémoro-tibial, par les muscles rotuliens; — enfui le quatrième, ou le coxo-fémoral, parle grand fessier. Chacun d'eux l'est dans une certaine mesure, et tous le sont au moment même oij le pied appuie sur le sol.

L'effacement de l'angle du boulet résulte de la contraction des trois fléchisseurs des phalanges qui agissent sur un levier du deuxième genre (fig. 65) dont l'appui est au sol G ; la puissance A appliquée à la face postérieure des sésamoïdes, et la résistance B au centre de l'articulation métatarso-phalangienne sur laquelle pèse une partie du poids du corps. Il a lieu de la même manière que dans le membre antérieur, lors de la détente qui contribue à la production du cabrer. Son mécanisme a cela de très remarquable, que les mêmes muscles qui fléchissent la région digitée sur le métatarse, lorsque le pied se lève ou lorsqu'il est en l'air, étendent cette région quand le pied est à l'appui, et en agissant précisément sur le levier éminemment favorable à la puissance.

Le redressement de l'angle du jarret prend une grande part à l'impulsion du train postérieur: il est opéré directement par le bifémoro-calcanécn, et indirectement par le fléchisseur superficiel et le fléchisseur profond des phalanges qui, tous les deux, passant en arrière du tarse, l'un au sommet du calcanéum, l'autre dans l'arcade tarsienne, ne peuvent, par conséquent, relever le boulet sans contribuer à ouvrir l'angle tibio-tarsien. L'extenseur du métatarse et le fléchisseur superficiel des phalanges agissent encore ici sur le levier du deuxième genre, la

Fig. 65. — Pied du cheval.

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puissance s'oxorrant au sommet du oalcanéiim, — la résislaiiee à l'articulation — et le point d'appui au soi. C'est encore là une particularité intéressante que les lléchisseurs du pied deviennent les auxiliaires de l'extenseur du jarret.

L'extension d(! la jambe sur la cuisse et de la cuisse sur le bassin ou, en d'autres termes, l'ouverture des angles du grasset et de la lianclie, contribue aussi pour beaucoup à la détente. Cette extension est opérée : — à la jambe par les muscles rotuliens, — et à la cuisse par le grand fessier. Elle est extrêmement importante, non seulement parce qu'elle prend une part active à la projection du train de derrière en haut, mais encore parce qu'elle fixe l'origine des fléchisseurs des phalanges et de l'extenseur du métatarse, qui ne pourraient produire leur effet si leurs attaches supérieures cédaient, nièinfulans une l'aihle mesure, à la force de contraction qui tend à rap[>roclier l'une de l'autre les extrémités opposées de ces muscles.

Ainsi, l'ouverture ou l'effacement plus ou moins complet des angles formés par les divers rayons des membres abdominaux résulte de l'action coml)inée d'un grand nombre de muscles, parmi lesquels se trouvent des fléchisseurs et non pas seulement des extenseurs, comme on le dit généralement. Tous agissent pour opérer la détente alors que le pied est encore appuyé sur le sol, et la plupart d'entre eux meuvent des leviers du deuxième genre, qui donnent à la puissance un immense avantage. Mais, dès l'instant que lepied quitte lesol, tous ces leviers des extenseurs se transforment en leviers du premier genre à bras inégaux, très avantageux sous le rajiport de la vitesse. Par cette admirable substitution, (jue l'art ne parvient pas à imiter dans la construction de nos machines, les puissances musculaires sont très favorisées au début de leur action, pendant le(|uel elles doivent produire un eflet considérable, tandis qu'au moment suivant elles le sont beaucoup moins pour permettre à la vitesse d'atteindre ses dernières limites. Ce double résultat est ici obtenu de la manière la plus complète, puisque les muscles des membres i»ostérieurs agissent sur le levier éminemment favorable à la puissance, lorsqu'il faut développer l'impulsion de la détente, et sur un levier d'un autre genre à bras inégaux, très avantageux pour la vitesse, à compter de l'instant où il ne reste plus qu'à lancer les pieds en arrière avec une grande rapidité.

Une seconde série de muscles viennent concourir à la ruade, mais à un autre titre que les muscles essentiellement destinés à eflectuer la détente : ce sont les ischio-tibiaux, le grand fessier et l'ilio-spinal.

Les ischio-tibiaux C D, (ig. (56, que l'on considère, avec raison, comme des agents très essentiels au mouvement dont nous parlons, ne peuvent agir au même instant (pie les autres, car leur i)oint li\e étant au bassin, ils tendent à déterminer une flexion de la jandje sur la cuisse incompatible avec le redressement de lanulc lenioro-tibial. En eflet, comme il faut, pour développer l'impulsion, qui' la jaiiibr soit étendue par les muscles rotuliens, il est de toute évidence que les ischio-tibiaux, qui sont des fléchisseurs de cette région, doivent être relâchés alors que les extenseurs sont en contraction. Par consécjuent, l'action du long vaste, du demi-tendineux et du demi-membraneux, doit succéder à celle des muscles rotuliens, et commencer seulement quand le pied vient à quitter le sol : l'analyse indique la

n. COLIN. — Physiol. comp., ,1" ('dil, I — 28

réalité de cette succession, quelque rapide que puisse être le mouvement de la ruade; de plus, elle fait voir que ces muscles ischio-tibiaux, en agissant dans de telles circonstances et sur un levier du troisième genre, très favorable à la vitesse,

restent étrangers à la détente projetant en haut le train postérieur, et qu'ils contribuent seulement à soulever et à lancer en arrière les rayons inférieurs des membres abdominaux.

Enfin, l'ilio-spinal ABB vient prendre une part considérable à l'élévation du train de derrière. La fixité de ses attaches antérieures, augmentée par l'abais-

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