‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 108 sur 287 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DES MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN GÉNÉRAL

Les mouvements progressifs, qui comprennent tous les actes par lesquels les animaux se transportent d'un lieu dans un autre, soit à la surface du sol, soit au milieu des eaux ou au sein de l'atmosphère, sont extrêmement variés par leurs caractères et leur mécanisme. Il convient d'examiner d'abord ce qu'ils ont de commun entre eux, avant de les étudier chacun en particulier : une étude préliminaire du jeu des extrémités, — du développement de l'impulsion, — des causes qui affaiblissent les réactions, — des déplacements du centre de gravité, est indispensable à l'intelligence de ce qu'on appelle les allures, dans la progression à la surface du sol.

i. — Du JEU DES MEMBRES.

Dans les mouvements de progression, les membres, pour donner l'impulsion au corps et le soutenir à mesure qu'il se déplace, agissent tour à tour suivant un ordre déterminé et se trouvent alternativement en l'air et à l'appui. Leur jeu se compose de deux actions : — l'une par laquelle ils quittent le sol, se portent en avant et arrivent à leur maximum d'élévation ; — l'autre par laquelle ils s'étendent et reviennent à l'appui. Chacune d'elles s'effectue par un mécanisme unifoi^me dont l'exposé sommaire va faire le sujet de ce paragraphe. Je prends pour types les solipèdes, dont les allures régulières doivent nous servir de terme de comparaison.

1° Lie uiciiilïrc aiitéi'îeiii» <iHÎttc le sol et sirrîve à, son maxiiniiiit <rélév»tion. —Cette action totale résulte des mouvements partiels opérés dans tous les rayons des membres, depuis l'épaule jusqu'à la dernière phalange, mouvements d'autant plus étendus qu'ils s'elfectuent dans des rayons |)liis longs et plus inférieurs. Elle a pour lésultat défaire éprouver au membre thoi-aci(iue tout entier un déplacement comparable à celui d'une branche de compas qui s'écarte de l'autre demeurée immobile.

Par sa projection en avant et par son élévation, le membre thoracique décrit à

1. (Julien, De l.'iUiL (les part. {Œïcvres jj/dlos. et méd., trad. Dareniberg, l. I, p. 115.)

MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN GÉNÉRAL

son extrémité inférieure un arc de cercle dont le centre est à la partie supérieure de l'épaule, bien que ce rayon ne soit pas immobile. En même temps il se courbe : — l'avant bras devient très oblique, — le métacarpe et la région digitée se fléchissent; — enfin le pied se porte bien en avant de celui qui reste à l'appui.

L'épaule, dans le mouvement dont nous parlons, se déplace très peu ; elle bascule comme sur un axe qui traverserait sa partie moyenne, à peu près de la même manière que la palette d'un moulin à vent lorsqu'elle se met en mouvement. Son extrémité inférieure se porte d'arrière en avant et de bas en haut, tandis que son extrémité supérieure se porte dans une direction précisément inverse : ce déplacement est produit par le mastoïdo-huméral qui agit sur l'extrémité articulaire du scapulum. La supérieure ne peut que suivre l'impulsion communiquée à l'autre; elle ne saurait être abaissée que par le trapèze dorsal qui, chez quelques animaux, paraît disposé [)our cet usage.

L'angle scapulo-huméral est porté en avant et élevé par le mastoïdo-huméral, qui est l'une des grandes puissances destinées à imprimer au membre des mouvements de totalité. Ce muscle saisit cet angle et l'extrémité supérieure de l'humérus à la manière d'une main agissant sur un levier brisé du troisième genre, dont le centre de mouvement est à l'extrémité supérieure du membre, et la résistance dans les rayons inférieurs. Sa section, qui ne gène pas considérablement la marche, prouve que le membre antérieur peut se porter en avant sans que le mastoïdo-huméral entraîne l'angle de l'épaule dans le même sens.

Pendant que l'épaule éprouve un déplacement fort sensible, le bras des grands qnadrupèdes, qui est si intimement lié au thorax, se meut à peine; cependant il est réellement éteiulu, sur le rayon, scapulaire, par l'action directe du sus-épineux et l'action indirecte du coracoradial. A mesure que son extension s'opère, l'extrémité inférieure de l'humérus décrit, d'arrière en avant, un arc de cercle qui commence à l'instant où le pied quitte le sol, et s'achève dès que celui-ci revient à l'appui ; mais il faut une certaine attention pour bien apprécier la direction de ce léger déplacement.

C'est à partir de l'avant-bras que commencent les grands mouvements du membre antérieur. Le troisième rayon quitte sa direction verticale, s'élève, devient de plus en plus oblique, et ferme progressivement l'angle obtus (|ui existe entre lui et l'humérus. Son élévation et sa tlexion sont opérées par le

Pifj. 07. — Le membre aiitérieur quitte le sol.

coraco-radial et, riuiméro-radial agissant sur un levier du troisième genre dont le bras de la puissance est très court, puisqu'il n'est représenté que par la faible distance qui existe entre le centre de leur insertion D (fig. 67) et l'arti culation du coude ; disposition qui n'exige de ces muscles qu'une faible étendue de contraction pour faire décrire à l'extrémité inférieure du rayon un très grand arc de cercle. Mais la brièveté du bras de levier de la puissance développée par les deux fléchisseurs de l'avant-bras est compensée par leur insertion presque perpendiculaire au radius. Aussi, ont-ils une force plus que suffisante pour soulever la partie inférieure du membre, car le fléchisseur oblique peut, à lui seul, après la section du coraco-radial, faire jouer l'avant-bras, à très peu de chose près, comme il le faisait auparavant avec le secours de son congénère.

En même temps que le rayon antibrachial se porte en avant, le genou se fléchit et le métacarpe tend h se rapprocher de la verticale, surtout lorsque les allures sont très relevées. La région métacarpienne se fléchit alors légèrement par la contraction des fléchisseurs interne, oblique et externe, qui s'insèrent, soit à l'os sus-carpien, soit aux péronés : le premier agit sur un levier interpuissant; le second, sur un levier interfixe ; et le dernier, sur un levier composé du premier et du troisième genre, ainsi qu'il a été dit dans un des chapitres précédents.

Enfin, tandis que cette flexion s'opère, la région digitée se fléchit sur le métacarpe, et la face plantaire du pied se dirige plus ou moins obliquement en arrière. Par cette dernière action, résultant de la contraction des muscles perforé et perforant, se trouve complété le premier élément du jeu des membres thoraciques.

2° L<e naeiMilïre autérieur retombe swr le sol, — Lors de sa projection en avant, il a embrassé un certain espace, d'autant plus étendu, pour une allure donnée, que l'avant-bras est plus long et que le pied s'est lui-même plus élevé au-dessus du sol ; le pied a décrit un arc de cercle à concavité inférieure, dont la corde peut, comme nous le verrons bientôt, donner la mesure exacte de l'espace parcouru dans un pas complet, de l'amble, du trot, etc.

Pour effectuer l'action qui vient d'être examinée, c'est-à-dire l'élévation et la projection du membre thoracique en' avant, les puissances musculaires, représentées en majeure [)artie par les fléchisseurs, n'avaient à vaincre que la pesanteur des rayons à soulever et cette partie du poids du corps qui doit être rejetée sur roxtrémité restée à l'appui. Il en est bien autrement en ce qui concerne l'action par laquelle le membre revient sur le sol et s'y maintient pendant quelques instants. Les extenseurs, cette fois, entrent généralement eh contraction et remplissent un rôle plus pénible que les antagonistes, car ils ont : — 1" à ramener les rayons dans leur situation primitive ; — 2° à résister au choc que l'extrémité épi-ouve en arrivant sur le sol et qui tend à fermer les angles de flexion ; — 3° enfin, ils ont à fixer les os dans une direction telle que ceux-ci ne cèdent pas sous le jjoids que supporte l'extrémité à l'appui. Cette dernière partie de leur office n'est certes pas celle qui exige le moins de dépense de force, car, au moment où un pied est en l'air, le [)ied qui lui est o[>[)osé est chargé, à lui seul, de tout le poids qui pèse sur le bipède lors de la station. Mais nous savons déjà par quelles heureuses coml)inuisons mécaniques les extenseurs sont favorisés, en agissant sur des leviers interrésistants substitués aux leviers du premier geni'e.

MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN GÉNÉRAL

En analysant sommairement la deuxième action des extiV-mitôs, nous voyons d'abord que l'épaule, lorsque le pied revient à l'appui, est ramenée dans sa position par le trapèze cervical, le releveur ])ropre et peut-être [lar l'angulaire, qui agissent sur son extrémité supérieure.

L'angle scapulo-huméral et le bras reviennent en arrière pur la contraction des deux pectoraux et du grand dorsal, (jui est l'antagoniste le mieux caractérisé du masioïdo-liuméral. L'humérus (fig. 68) qui est transformé en levier du troisième genre, relativement au grand dorsal, l'est aussi de la même manière pour l'adducteur et les abducteurs, qui deviennent fléchisseurs parlefaitde la simultanéité de leur raccourcissement. 11 éprouve à son extrémité inférieure une élévation sensible à la(iuello les muscles olécràniens ne restent point étrangers.

L'avant-bras reprend sa direction verticale, entraîné par les cinq muscles olécràniens ABC, qui agissent presque perpendiculairement sur un levier du premier genre, tant que le pied n'a point encore eiïectué son appui. La force totale que ces extenseurs sont susceptibles de déployer dépasse, certainement, de beaucoup celle qui est nécessaire à l'extension de l'avant-bras, et tout porte à croire que chacun d'eux est loin de dépenser la part de puissance qui résult(> de sa contraction.

Le métacarpe, en s'étendant sur l'avant-bras, vient se placer dans l'axe de celui-ci, de telle sorte que les deux rayons forment une colonne rectiligne qui est oblique lorsque le pied commence et lorsqu'il achève son appui, et verticale seulement dans la période intermédiaire. L'extenseur du métacarpe produit ce redressement en agissant sur un le\ier du troisième genre au lieu d'agir sur un levier interfixe, comme la plupart des autres extenseurs. (Juand le tendon de ce muscle est coupé, l'animal tombe sur un genou, dès que, dans une allure un peu précipitée, le [)ied vientàappuyer sur le sol, et il lond)e sur Icsdoux si les tendons sont coupés de l'un et de l'autre côté.

Enfin, les muscles extenseurs des phalanges se contractent pour rendre à la région digitée l'obliquité relative qu'elle présente pendant l'appui. Us se contractent aussi pour étendre le genou au-devant duquel ils passent ; car leur section rend le cheval sensiblement arqué, tout en permettant aux phalanges de prendre, à très peu de chose près, l'inclinaison qu'elles acquièrent dans les circonstances ordinaires. On conçoit, du reste, très bien cette particularité en réiléchissant que le poids du corps suflirait à faire descendre le boulet au point de l'amener sur le sol, si l'intervention du ligament sésamoïdien supérieur n'y mettait obstacle.

Fn.. t)!^. — Le membre antérieur retombe sur le sol.

Le pied, en retombant sur le sol, produit un choc qui réagit de proche en proche sur les articulations supérieures, et s'affaiblit par l'effet de diverses- causes dont nous examinerons l'action après avoir jeté un coup d'œil sur les mouvements des membres postérieurs.

3° Lie iMieiiilji'e postérieiu* s'élève et se porte en a^va,iit. — Lorsque le membre abdominal s'élève et se porte en avant, la cuisse se fléchit sur le bassin, la jambe se fléchit sur la cuisse, et le pied tout entier sur la jambe. Les divers angles que forment entre eux les rayons de cette extrémité se conservent, en se fermant à un degré plus ou moins prononcé; l'angle métatarso-phalangien seul éprouve une inversion : son sinus, qui est antérieur pendant l'appui, devient postérieur tant que le pied est élevé au-dessus du sol.

La cuisse, qui, à l'état normal, se trouve, pour me servir des expressions de Bourgelat, à peu près à la moitié de sa flexion en avant, décrit inférieurement, dans l'action qui nous occupe, un arc de cercle assez étendu. Sa flexion, effectuée en sens inverse de celle du bras, reconnaît pour agents essentiels le psoas des lombes, le psoas iliaque, et chez les solipèdes le moyen fessier AB (lig, 69). En outre, elle paraît avoir pour auxiliaires le fascia lata et l'ilio-rotulien qui, en se contractant, tendent, d'une part, à étendre le tibia, et d'autre part, à fléchir le fémur. Mais, comme au lever du membre il faut que la cuisse et la jambe se fléchissent simultanément, il est difficile de démêler la combinaison qui peut permettre à ces derniers muscles de fléchir la première, sans mettre obstacle à la flexion de la seconde.

L'angle fémoro-tibial, ou l'angle du grasset, est projeté très sensiblement en haut et en avant, dès le début de l'action de chaque membre postérieur soulevé. Son mouvement est un des plus évidents et des plus faciles à suivre de tous ceux qui s'opèrent dans les diverses parties de cette extrémité.

La jambe se fléchit sur la cuisse par la contraction des ischio-fibiaux CD (fig. 69), qui. meuvent un levier du troisième genre sur lequel leur insertion devient d'autant plus perpendiculaire que la flexion est portée plus près de ses limites extrêmes. Elle s'étend, au contraire, sur le rayon crural dès que l'extrémité, parvenue à son maximum d'élévation, se porte obliquement en avant pour revenir à l'appui. Ces deux actions successives, que la théorie indique, sont fort difficiles à saisir dans les allures rapides; mais elles se distinguent assez nettement l'une de l'autre dans le pas ordinaire.

Le métatarse est fléchi sur la jambe par le tibio-prémétatarsien qui agit sur un levier du troisième genre. A lui seul, ce muscle suffit pour soulever les diverses sections du pied dont le poids ne constitue pas, du reste, une résistance bien considérable.'

Enfin, la région digitée se fléchit sur le métatarse, de telle sorte que le sinus de l'angle métatarso-phalangien devient postérieur au lieu d'être antérieur, comme pendant l'appui du membre sur le sol.

Par suite de ces difl'érentes flexions, opérées à peu près simultanément, le meinlire abdominal est devenu plus court, s'est détaché du sol et porté en avant, suivant une ligne plus ou moins oblique. 11 nous reste à l'examiner à l'instant où il s'étend et revient à l'appui.

MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN GENERAL. V 1 1

4" L.e i»«cuiil»i'c iiosiérieur M'éteiid et rctouilte «m* le tiol, —

Pour que ce mouvement (l'enseml)le s'cllcctue, il est indispensable qu'il y ait : 1° relâchement des muscles qui se sont contractés dans la priiode (uécédeiile, et 2" contraction de leurs antagonistes.

D'abord, la cuisse est étendue sur le bassin par le grand fessier AB flig. TU)

Fk;. 09. — Le membre posiérieur s'élèvi et se porte en avant.

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