GALOP
tantôt dans l'autre ; le plus hahituelleinent, ils le font toujours dans le même sens; mais s'ils drcrivent un cercle, ils galopent à droite en tournant à dmite, ou, si l'on veut, ils entament du côté du centre du cercle dans lequel ils se meuvent. Le contraire n'arrive que par exception.
M. Marey qui a imaginé plusieurs appareils ingénieux |)Our létude du jeu des membres dans les différentes allures, s'est servi, pour le trot, de celui qui est représenté dans la ligure 79, et pour le galop, d'un autre un peu différent, mais fondé sur le même principe. Le premier consiste en un bracelet de cuir fixé au canon de chaque membre, bracelet nuini en avant d'une petite caisse plate de caoutchouc mise en communication par un tube avec l'instrument enregistreur. Sur la petite caisse joue une balle qui la comprime à divers degrés lorsque le pied se lève ou lorsqu'il retombe sur le sol. Les pressions sont transmises par le tube à l'enregisti-eur que le cavalier tient à la main ou qu'il porte sur le dos, et elles sont inscrites toutes à la fois.
Les tracés obtenus par M. Marey dans ses expériences sur le galop à trois temps montrent, l'animal galopant à droite, — le premier temps marqué par la battue du pied postérieur gauche, — le second par la battue simultanée des deux pieds du bipède diagonal gauche, — le troisième par celle du pied antérieur droit. Les trois battues sont séparées par des intervalles sensiblement égaux et après la troisième qui achève le pas, le corps se trouve en l'air. Cette analyse est en concordance parfaite avec les données de l'observation directe.
L'inspection des courbes dans les tracés de M. Marey indique que dans le galop la pression du corps sur le sol est plus énergique que dans les autres allures, à cause de la violence de l'impulsion. C'est à la première battue que la pression a son maximum d'énergie, car à ce moment le corps retombe sur un seul pied.
Dans le galop de course, ou le galop forcé, la succession des extrémités ne diffère point, comme l'ont bien fait remarquer MM. Richard et Lecoq, de celle qui caractérise le galop ordinaire. C'est par erreur que la plupart des auteurs ' disent plus ou moins explicitement que cette variété de galop se fait en deux temps marqués par deux battues, l'une pour les pieds de devant, l'autre pour les pieds de derrière, et qu'elle se réduit, par conséquent, à une série de sauts plus ou moins étendus. Une étude un peu attentive du galop de course semble indiquer qu'il ne consiste pas en une suite de sauts ordinaires et qu'il s'effectue de même que le galop ordinaire ; car, d'une part, les deux membres du bipède antérieur et ceux du bipède i»ostérieur ne sont jamais sur la même ligne, l'un étant toujours beaucoup plus avancé que l'autre, et, d'autre part, les foulées ou les pistes sont absolument disposées comme dans le dernier, sur une ligne légèrement sinueuse.
Dans le galop à quatre temps, ou de manège, dont la vitesse est peu considé-
1. Bourgelat, Traité delà conformation extérieure du cheval, Soédit., p. 222. — Lafosse Cours d'hippiatrique, p. 191. — Barlhez, Nouvelle tnècrniique, etc., p. 110 et suivantes. — Cuvier, Anacouiie comparée, 2'' édil., l- II, p. 131. — Girard, Traité d'nnatomie vétérinaire t. I, A' édition. — Mùller, Manuel tic plii/siologie, 2" edit., t. II, p. 123. — Dugés, Traité de physiolofjie, t. II, p. 171.
rable, les membres effectuent isolémentleur lever et leur battue en diaii^onale, de telle sorte qu'il comprend quatre périodes marquées par quatre battues successives. Le membre postérieur gauche, par exemple, percute le premier, puis le postérieur droit, l'antérieur gauche, et enfin, l'antérieur droit, après quoi la même succession se reproduit dans le pas suivant.
Le jeu des membres, tel que je viens de l'indiquer, est à peu près accepté par tous les auteurs de quelque autorité, cependant il ne parait pas très certain. Les nouvelles études auxquelles je me suis livré depuis la première édition de ce livre, ont fait naître dans mon esprit quelques doutes sur le nombre des battues, sur la coïncidence de celles de deux membres diagonaux, et enfin, sur la détermination du moment de suspension complète du corps.
En examinant attentivement les empreintes laissées sur un sol dépressible et meuble, empreintes que l'on rapporte aisément à chaque pied dont les fers portent, en des points déterminés, des clous à tête saillante, j'ai vu que la régularité de leur espacement sur une lignie légèrement sinueuse n'était qu'apparente. Ces empreintes laissent entre elles des intervalles inégaux dans un ordre constant. Ainsi, lorsque les pas ont de .5 mètres à 5 mètres et demi, comme dans le galop ordinaire, on note les distances suivantes :
1" Entre le postérieur gauche et le postérieur droit 0,90
2° Entre le postérieur droit et l'antérieur gauche 2,0.5
3° Entre l'antérieur gauche et l'antérieur droit 1,09
4» Entre l'antérieur droit et le postérieur gauche. : 1,35
ou bien dans un autre pas :
Entre le postérieur gauche et le postérieur droit . . 1,00
Entre le postérieur droit et l'antérieur gauche.. . 2,00
Entre l'antérieur gauche et l'antérieur droit 1,10
Entre l'antérieur droit et le postérieur gauche 1,33
Les quatre espaces sont inégaux, et ils alternent. Au plus court succède le plus long, puis à celui ci un court, et enfin, un autre de moyenne longueur. Des deux courts intervalles, l'un sépare les pistes des membres postérieurs, l'autre celles des membres antérieurs. Les deux longs intervalles séparent les pistes des membres diagonaux, mais le plus considérable existe constamment entre le membre postérieur et l'antérieur, qui sont censés tomber ensemble ; celui qui l'est un peu moins existe entre l'empreinte de l'antérieur et du postérieur, qui effectuent isolément leur battue respective. En d'autres termes, les foulées sont accouplées deux H deux ; d'une part, celle des pieds postérieurs, d'autre part, celle des antérieurs. Et le premier couple de foulées est séparé du second couple par un intervalle très grand qui cori-espond probablement au moment de complète suspension du corps.
Le groupement des foulées en deux paires, l'une pour les pieds de derrière, l'autre pour les pieds de devant, l'écartement énorme entre la première et la seconde paire me semblent avoir une signification qu'on n'a pas soupçonnée. Ils montrent, je crois, que toutes les variétés de galop se lient l'une à l'autre par une transition insensible, que toutes sont identiques, et qu'elles ont une grande analogie avec une succession de sauts à caractères spéciaux, d'un bipède sur un autre bipède.
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Pour bien comprendre le galop tel que l'indiquent les battues perceptibles à l'oreille et les empreintes laissées sur le sol, il faut prendre pour point de départ le plus lent, celui qu'on appelle à quatre temps ou ga'opde manège. Dans celui-ci, il y a quatre battues successives, deux poui' les membres postérieurs, deux pour les antérieurs, les premières séparées des secondes par un intervalle très marqué. Dans le galop ordinaire, les empreintes, disposées comme celles du galop de manège, indiquent apparemment aussi quatre battues accouplées deux à deux, mais tellement rapprochées que celles des membres postérieurs se confondent en une seule, comme le font ensuite celles des membres antéiieurs. Les deux premières se transforment en une battue traînée qui est séparée par un long silence des deux autres encore confondues en une seconde battue également traînée. C'est particulièrement dans le galop de course que la fusion a lieu d'une manière complète. D'après cela, les quatre battues qui restent distinctes dans le gdop le plus lent se réduiraient à deux dans le galop de grande vitesse, non en se fusionnant réellement, mais en se rapprochant au point de ne pouvoir demeurer distinctes à l'audition. Dans le galop de vitesse extrême, le pas complet comprendrait donc deux battues plus ou moins traînées, laissant entre elles un long intervalle. 11 y aurait: 1° la battue des membres postérieurs ; 2° un long silence ; 3" la battue des membres antérieurs, après quoi viendrait un court silence séparant le pas qui linil du pas suivant.
Il est très facile de comprendre qu'à uneallure d'une vitesse de 12 à 14 mètres par seconde, dans laquelle le pas complet de 6 mètres ne dure qu'une demiseconde, c'est beaucoup (|ue dans cette demi -seconde deux battues soient distinctes, séparées par un intervalle relativement long, et que ces battues se séparent des suivantes par un intervalle moins considérable que le premier.
L'interprétation que je donne ici du groupement des pistes et de leur inégal écartement me paraît logique : elle fait de toutes les variétés du galop une seule espèce qui se rapproche du saut quand l'allure est très rapide sans jamais devevcnir réellement un saut. Elle montre que le galop est au saut proprement dit ce ((ue le saut sur un seul pied est au saut à pieds joints.
L'observation attentive des changements successifs éprouvés par les membres vus de prodl fournit des données concordantes avec celles qui se tirent de la disposition des pistes. Elle montre, en effet, les bipèdes antérieurs et postérieurs alternativement rapprochés sous le corps et très éloignés, connue s'ils se poursuivaient et se fuyaient tour à tour. Et, bien que les deux membres de chacun des bipèdes ne soient jamais sur la même ligne, ils semblent se lever ensemble, puis retomber ensemble, ainsi que cela arrive dans le véritable saut. Néanmoins, dès que l'élan n'est pas simultané dans les membres postérieurs, et que la chute du corps na pas lieu absolument au même instant sur les deux membres d'un même train, le galop ne peut qu'être rapproché du saut, non y être assimdé. Il demeure allure s[)éciale, quelque grandes que soient ses analogies avec ce dernier mouvement de progression.
En somme, le galop me paraît constamment une allure à quatre temps et à quatre battues dans laquelle les membres agissent successivement, le postérieur gauche, le postérieur droit, et, après, en certain intervalle, l'antérieur gauche et
rantérieiir droit, allure dont la rapidité a pour conséquence de fusionner en deux temps et en deux battues les temps et les battues accouplés.
L'impulsion donnée au corps, dans un pas complet du galop, quelle que soit sa variété, se fait en deux moments, de très courte durée correspondant chacun à la fin de l'appui de chaque membre postérieur. Ces deux moments, quoique très rapprochés, n'en sont pas moins successifs et séparés par le court instant que le second membre postérieur met à passer de l'obliquité en avant à la direction verticale. C'est donc, à la fois, une impulsion interrompue et prolongée que l'on considérerait comme insymétrique dans l'hypothèse de la battue d'un membre postérieur isolé, puis d'un bipède diagonal. Elle exige un grand déploiement de forces, puisqu'elle doit, avant de se renouveler, projeter la masse du corps à une distance trois ou quatre fois aussi grande que dans le pas ordinaire. Les deux impulsions s'étant additionnées, la masse est détachée du sol, le grand intervalle est franchi, et les membres antérieurs ne retombent qu'à compter de 2 mètres en avant de la dernière piste du bipède postérieur. De plus, lorsque les membres antérieurs qui sont venus soutenir le corps, après le long moment de suspension, se lèvent à la limite de leur obliquité en arrière, ils peuvent, tout en soulevant la masse, ajouter cà l'impulsion qui l'anime encore une impulsion nouvelle d'une notable intensité.
Les oscillations des extrémités ne sont pas, dans le galop, ce qu'elles étaient dans les allures précédentes. Ce qui les caractérise ici, c'est d'abord leur étendue considérable, puisque le pied qui se lève ne retombe qu'après avoir franchi un espace triple, quadruple de celui qu'il parcourait dans le pas, ou de 5 à 6 mètres dans le galop de moyenne vitesse; c'est, d'autre part, qu'il n'y a plus isochronisme entre l'oscillation du membre à l'appui et l'oscillation du membre détaché du sol : la première est de très courte durée et la seconde très prolongée. En effet, pendant qu'un membre postérieur qui vient de se lever demeure en l'air, l'autre membre postérieur, puis les deux antérieurs viennent successivement effectuer leur battue respective, et tous se relèvent avant qu'il soit revenu à l'appui. En d'autres termes, du lever au poser d'un membre quelconque, et pendant son oscillation en l'air, les trois autres membres opèrent leur battue et quittent le sol à leur tour. Conséquemment, s'il s'agit du membre postérieur gauche, son oscillation se fait pendant l'appui : i° sur le membre postérieur droit; 2° sur le membre antérieur gauche; 3° sur le membre antérieur droit; 4° enfin, pendant la période de suspension complète. Son extrémité libre parcourt donc alors autant d'espace que l'extrémité supérieure des trois autres membres.
L'oscillation du membre levé se fractionne naturellement en quatre parties inégales, qui sont entre elles comme les espaces successifs qui séparent les pistes intercalées entre celle que le membre quitte et celle qu'il marque en achevant sa course, soit dans le rapport des nombres 90, 200, 110, 133.
Les oscillations des quatre membres sont de même étendue. Ainsi, de la piste qu'un membre postérieur quitte à celle qu'il va marquer ensuite, la distance est la même qu'entre les deux pistes successives d'un môme pied antérieur, cela à la condition que l'allure est d'une vitesse uniforme, et que les pas successifs sont d'égale étendue. Tant que le galoi» ne change pas de côté, c'est toujours le même