RECULER
celui qui intervient dans les mouvements progressifs les plus rapides des quadrupèdes. Alors l'impulsion est donnée successivement pai' les deux jambes, par celle qui est en arrière d'abord, puis par l'autre, quand le corps a déjà progressé. Le saut que nous faisons en courant, après un élan, est analogue à celui du cheval au galop; nos jambes agissent alors l'une après l'autre, comme le font, dans cette allure, les deux membres abdominaux d'un quadrupède.
On a étudié depuis peu, avec un grand soin, le jeu des membres dans ce mode de progression. Les appareils à pliolograpliie instantanée à l'aide desquels on obtient, dit-on, jus(iu'ii (iO images par seconde, donnent le moyen de déterminer exactement les phases successives de la projection du corps.
FiG. 82. — Le ^;uit eu hauteur, d'apri's une photographie instuntanL'c de Lugardon.
La figure 82 montre une des situations du corps et des membres dans le saul en hauteur. La gymnastique utilisera leur étude autant que la physiologie.
Yl. — Du RECULER.
On donne le nom de reculer à la jtrogression rétrograde de tous les animaux. Ce mode de locomotion, qui appartient à toutes les espèces bipèdes ou quadrupèdes, ne s'effectue que rarement, avec lenteur et une diflicullé plus ou moins
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grande, qui s'oppose à ce qu'il se continue longtemps sans une extrême fatigue des membres, surtout des postérieurs.
On conçoit aisément que cet acte, qui exige une inversion dans le jeu habituel des extrémités et une transposition du rôle départi à chacune d'elles, soit beaucoup plus pénible que la progression ordinaire. En effet, dans le reculer, l'impulsion principale doit être donnée par les membres thoraciques, comme elle l'est parles membres abdominaux dans le pas, le trot, le galop, etc. Or, les premiers sont, ainsi qu'on le sait, très mal disposés pour remplir cet office : d'une part, ils n'ont pas une obliquité assez prononcée, même lorsque l'action rétrograde est déjà engagée; d'autre part, les rayons qui les composent ne forment pas assez d'angles, et des angles assez fermés, pour donner lieu à une détente énergique ; de plus, leur union avec le tronc, par des parties molles, devient une condition très défavorable à'ia transmission intégrale de la puissance impulsive. Cependant, malgré cet ensemble de dispositions si peu en harmonie avec le rôle exceptionnel que jouent les membres thoraciques dans le reculer, [ils déploient, encore ici, une force considérable, sur laquelle nous reviendrons en traitant du tirage et des efforts musculaires.
Le mécanisme de l'impulsion rétrograde n'est point, à beaucoup près, le même pour le reculer simple et pour celui des animaux qui traînent des fardeaux. Dans le premier cas, la force destinée à pousser en arrière la masse du corps, est développée en grande partie, par les membres antérieurs qui arc-boutent contre le tronc, en vertu de l'obliquité qu'ils prennent ; et ils produisent cette force par le redressement des angles du boulet, du coude et de l'épaule, angles dont pas un n'opère une détente d'une énergie comparable à celle du jarret. Dans le second cas, la puissance de rétropulsion dérive à la fois des membres thoraciques et des membres abdominaux, car la résistance appliquée en arrière de ceuxci se trouve entre le corps et l'espace indéfini dans lequel il doit se mouvoir. Aussi, cette différence essentielle nous explique pourquoi le reculer, si pénible en soi, permet à un animal attelé de faire rétrograder, à lui seul, la charge que plusieurs animaux de même force peuvent tramer dans le sens de la progression ordinaire.
Le mode suivant lequel le reculer s'effectue présente quelques traits communs à la plupart des animaux. Le reculer spontané, tel que celui du taureau et du bélier qui veulent se précipiter sur leurs rivaux, se fait souvent avec rapidité, sans s'accompagner du bercement latéral du corps, ni des mouvements obliques et de l'élévation de la tête qui sont ordinaires au reculer plus ou moins forcé. Le quadrupède qui recule déplace ses membres suivant l'ordre môme de leur succession dans le pas, c'est-à-dire en diagonale, comme on peut s'en assurer chez les ruminants, les solipèdes, chez le rhinocéros, l'hippopotame, l'éléphant, même chez le chameau et la girafe, dont l'amble est l'allure ordinaire. Ainsi, ce déplacement a lieu dans l'ordre suivant : après l'antérieur droit, par exemple, c'est le postérieur gauche, i)uis l'antérieur gauche et le postérieur droit; mais il a ceci de particulier que le pied qui se lève revient à l'apjjui avant que celui qui se lèvera ensuite ait quitté le sol, de telle sorte, qu'à parties cas où le reculer est très rapide, il y a seulement un pied en l'air à la fois, comme le voulait Borelli l)our le pas ordinaire. Lorsque l'action a acquis une certaine vitesse, les deux