SAUT
prenienl dit, ajoute M. Marey, le moment de pression nulle correspondant à la suspension du corps, « est précédé d'un violent accroissement de pression dû à l'action musculaire qui projette le corps en l'air'. » Cette fois l'action qui lance le corps dans l'espace comme un projectile et qui augmente, d'une quantité considérable, la pression sur le sol, résulte non de la flexion des membres abdomitiaux, mais de leur extension brusque et énergique. C'est faute d'avoir compris cette distinction qu'on a attribué au savant expérimentateur une théorie du saul différente de celle des autres physiologistes.
Pour que le saut s'eflectue, il ne suflit pas que la force qui tend à soulever la masse du corps soit supérieure à la pesanteur de celui-ci, il faut encore qu'elle soit développée avec une extrême viiesse. Si elle l'est lentement, elle se trouve détruite, à mesure, par la gravitation, et le corps, après s'être élevé sur les extrémités étendues, ne possède pas assez de vitesse pour se détacher du sol.
La direction de ce mouvement est susceptible de varier beaucoup suivant la situation des membres et l'attitude du corps au momentdela détente impulsive: elle permet de distinguer trois espèces de sauts : le vertical, l'oblique et le rétrograde.
Le saut vertical se produit : 1° lorsque les extrémités sont aussi engagées que possible sous le centre de gravité, au lieu d'être obliquement dirigées d'arrière en avant; 2° lorsque les membres pelviens, dans leur situation normale, ne développent qu'une partie delà force de projection, le reste dérivant de lintervention des membres llioraciques qui ont souvent assez de longueur et de [)uissance pour donner lieu à une détente très énergique. Néanmoins, il peut aussi s'effectuer sans la participation de ces derniers, pourvu que rencolure se relève, que la tête se renverse en arrière, et, qu'en un mot, la plus grande portion du poids du corps soit répartie sur les extrémités postérieures. Cette variété, quels qu'en soient, du reste, les caractères, s'observe assez souvent chez divers animaux : elle est surtout fréquente chez le chien, l'ours, le cheval, les jeunes ruminants, etc.
Le saut oblique ou plus ou iTioins horizontal fait décrire à l'animal une courbe parabolique analogue à celle de tous les projectiles lancés dnns Tespace. Il résulte habiluellement de la détente des membres postérieurs, et quelquefois aussi, en partie, de celle des antérieurs, pourvu qu'ils soient, comme les premiers, dirigés obliquement d'arrière en avant. Ce mode appartient à la plupart .des animaux, et s'opère isolément ou se combine à d'auli'es mouvements progressifs avec lesquels il alterne quelquefois d'une manière assez régulière ; c'est celui du lièvre, du lapin, de la gerboise, de la chèvre, du chamois, des carnivores, parmi lesquels il faut citer le loup, le renard, les différentes espèces de chats, le lion, la panthère, etc., dont les bonds sont d'une étendue et d'une souplesse remarquables ; c'est également celui des animaux tels que les singes, les écureuils, qui vivent sur les arbres. Dans cette dernière circonstance, il donne une preuve évidente du partage de la force impulsive, car les rameaui flexibles
1. Marey, Bi/U. de VArnd. de mc'd., 188:î, \). 1121 el ll.i3.
s'abaissent au moment où l'animal prend son élan pour passer de l'un à l'autre. Il est facile de voir que l'action des membres postérieurs dans ce mouvement ne diffère pas essentiellement de celle qu'ils développent dans les allures rapides. En effet, au repos, le pied entier repose sur le sol, des phalanges à l'extrémité du jarret; par le fait de son extension, il devient progressivement vertical; puis trèsobliqueen arrière, à l'instant oîi l'impulsion s'achève et détache le corps du sol.
Quant au saut rétrogade que les quadrupèdes ne peuvent exécuter que fort rarement et dans des limites très restreintes, il appartient, comme on sait, à l'écrevisse, au homard, à la langouste, à plusieurs mollusques, où il tient à un mécanisme particulier qu'il est inutile d'examiner ici ^
L'étendue du déplacement opéré par le saut, soit verticalement, soit dans le sens horizontal, dépend de diverses circonstances dont les principales sont incontestablement la longueur des extrémités postérieures, l'énergie et la vitesse delà détente. On. sait, en effet, et il est presque superflu de le rappeler, que les animaux à longues pattes de derrière sont des animaux sauteurs par excellence. Mais cette longueur n'atteindrait pas son but si elle ne coïncidait avec un développement considérable des muscles des divers rayons et une conformation spéciale du bassin et de la région lombaire dont le lièvre nous donne un remarquable exemple. Enfin, on conçoit, sans le secours d'une démonstration, tout l'avantage qui résulte de l'énergie et de la vitesse de la détente. Celle-ci ne semble même arriver à son maximum d'intensité qu'après un élan communiqué par une course de quelques instants. Dans tous les cas, l'élévation du corps est peu considérable chez les animaux lourds tels que le cheval, qui parvient à grand'peine à franchir des obstacles à un mètre au-dessus de la surface du sol. L'étendue de l'espace parcouru est, suivant l'observation deCuvier, inversement proportionnelle à la taille des animaux : les plus petits faisant des sauts relativement bien plus considérables que n'en font ceux de haute stature.
Si l'espace parcouru par le corps est en rapport direct avec le degré d'impulsion qui lui est communiqué, celle-ci paraît avoir souvent une énorme intensité. Aussi peut-elle soulever l'animal, lors même qu'il se trouve chargé du poids du cavalier, poids analogue àcelui que les anciens athlètes portaient aux mains, sur les épaules ou sur la tête, dans le but de provoquer des efforts musculaires plus énergiques.
Tel est le mécanisme du saut. J'ai dit comment le corps s'élève. Il retombe quand l'impulsion qui lui a été communiquée se trouve épuisée ou détruite par l'action de la pesanteur. Alors il peut rebondir comme une bille élastique, si 1« projection est verticale, ou bien, s'il est animé d'un mouvement horizontal, continuer à se mouvoir oncorequelques instants. Sa chute s'accompagne d'une flexion des diverses jointures destinée à amortir les réactions, ainsi qu'il a été dit dans le chapitre précédent.
Le saut do l'homme, si bien analysé par Borelli, n'a pasun mécanismedifférent de celui des animaux chez lesquels cet acte ne résulte que de la participation des membres abdominaux. Lorsqu'il est très oblique, il a beaucoup d'analogie avec