VII. — Progression de l'homme comparée a celle des animaux
La progression bipédale de l'homme, qui paraît, au premier abord, d'une grande simplicité, est cependant assez compliquée, comme l'ont prouvé les recherches de Weber. On peut la comparer à celle des oiseaux et même des singes dans les moments où ils se servent exclusivement des membres abdominaux.
Les membres de l'homme, dans les mouvements progressifs, agissent tantôt successivement, de manière que l'action de l'un Unit quand celle de Tautre commence, ou bien ils fonctionnent dans des temps qui empiètent les uns sur les autres. Et, sous ce double rapport, leur jeu est tout à fait comparable à celui des membres postérieurs des quadrupèdes. Il se compose de trois éléments : la sustentation du corps, l'impulsion et l'oscillation dans l'espace.
Le membre à l'appui donne l'impulsion en arc-boutant sur le sol, soit dans une direction verticale, soit plus souvent dans une direction oblique d'arrière en avant; il la donne d'abord par l'extension du genou, puis par celle du pied sur la jambe. L'impulsion est achevée dès que le pied quitte le sol, par suite delà (lexion du genou, et alors le membre en l'air est soutenu et emporté par le corps.
Cette impulsion pousse à la fois, comme chez les animaux, le corps en haut et en avant, mais elle est surtout horizontale, car, d'après les recherches de Weber, les oscillations verticales du centre de gravité n'ont, au maximum, que trois centimètres d'amplitude. Elle agit constamment sur le corps incliné en avant et d'autant plus incliné que la progression est plus rapide; aussi, dans la plupart des cas, la ligne de gravitation passe en avant de l'axe du bassin et des articulations coxo-fémorales.
Dans toutes les formes de progression, le pas n'est que rcsi)ace parcouru par un membre de son lever à 'son appui : aussi il se mesure par la distance de l'empreinte qu'il quitte à celle qu'il va faire, distance à laquelle on ajoute la longueur du pied.
Les quatre modes de progression de l'hounne sur le sol sont : la marche, la course, le trot (;t le saut.
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La mairhc, qui est le motif! le plus habituel, peut être lente ou rapide.
Dans la inarclie lente, le corps est tour à tour soutenu par un membre ou par les deux, et il ne se détache jamais du sol ; mais les deux temps de cette allure sont inégaux : celui pendant lequel le cori>s est porté par un seul membre, l'autre étant en l'air, est plus long que i(> temps où le corps est soutenu par les deux ensemble. Le temps de double ajtpui alterne toujours avec le temps d'appui unilatéral.
Dans la marche rapide, le temps de raïquii simultané des deux pieds s'efface : l'un des membres quitte le sol au moment même où l'autre appuie, les deux oscillant successivement sans que le jeu de l'un empiète sur celui del'autie. Dans la première, la durée de rai)pui et de l'impulsion de chaque m* lubre est plus considérable que celle du temps où le meudjre oscille dans res[)ace: dans la S(>conde, ces durées sont ù peu près égales, d'après les observations de Weber.
L'impulsion est donnée par le membre qui se trouve en arrière et qui se redresse au genou, puis à l'articulation tibio-tarsienne ; ce membre se détache [)ar le talon d'ai)ord, conséculivcment à une llcxion du genou, puis il oscille en l'air et vient porter sur le sol par le tiilou, après (|iioi l'autre se lève à son tour d déciit son oscillation pendant l'appui du premier.
L'cspac<' parcouru par un membi'e dans chaque pas ne représente que l;i moitit' de l'espace qui, au repos, est compris entre les deux pieds portésàleur maximum d'écarlement, soit la moitié de M 8 centimètres, d'après les expériences d(' .Weber.
La vitesse de la marche dépend évidemment de la rapidité delà succession des pas et de leur étendue. Ces deux conditions dérivent de la vélocité des contractions musculaires, de la longueur des jambes, de l'étendue de leur flexion et de leur extension successives, du degré d'inclinaison du tronc. Si le tronc est droit, comme dans la marche grave, les oscillations verticales du centre de gravité peuvent acquérir une amplitude de 3 centimètres; mais, s'il est incliné, elles deviennent beaucou[) moindres, et alors, dit Weljer, la marche peut acquérir une vitesse égale à 2'", 60 par seconde, soit à |)eu i)iès la vitesse de la marche d'un cheval de taille moyenne.
La course est un mode de progression rapide dans le(piel le coips est successivement porté par un nuMnbre, puis soutenu en l'air, et enlin porté par Tiiutre membre; car chaque pied quitte le sol avant que l'autre soit revenu àl'appui. Llle se compose réellement, comme le remarque Weber, de deux sauts ou d'un double saut ellc'ctué pendant (pie les deux meudjres opèrent leur di'placemenlcompliM.
La course dillère de la mai'che, même la plus rapide, en ce (pie le temps de la nuiiche pendant lerpiel les deux membres sont à l'apimi est ici remplacé par un teuqis oùlecor|is est conqilèleiiient détaché du sol, mais ce temps de suspension est très courtet ne représente, en moyenne, suivant Web(M-, (pi'iin dixième de seconde.
Dans cette allure, \o membre (pii tombe \i'rlic;ileuieiil sur le sol donne immédiatement rim|uilsion |)ar le redr(>ssement du genou, puis il se détache et demeure en l'air pour osciller un t(Mnps plus long que celui du poser. Le cor|ts est projeté presque horizontalement, de telle sorte que les déphecmeuts verticaux du centre de gravité sont même moindres que dans la marche.
Le pas de course, composé du temps pendant le(piel le corps est sur une jandie.
et du temps OÙ il est suspendu, paraît varier d'un quartàun tiers de seconde; son étendue est à peu près double de celle du pas de la marche, et comme il se fait plus vite, il permet de parcourir trois fois autant d'espace qu'en marchant, c'est-àdire de 6 à 7 mètres par seconde, soit 1 kilomètre en 2 minutes et demie ; mais cette progression, analogue au galop des quadrupèdes, abstraction faite de l'action des membres thoraciques, ne peut se continuer longtemps par suite de l'accélération qu'elle imprime aux|battements du cœur et aux mouvements respiratoires.
Le trotter ou le trot est un autre mode de progression dans lequel le corps effectue une série de sauts d'un membre sur l'autre, et où, avant de passer du droit sur le gauche, il est en Tair pendant un temps plus ou moins considérable.
Dans cette allure, la jambe qui tombe sur le sol dans une direction oblique en avant ne donne l'impulsion qu'après être revenue à la direction verticale et elle la donne de telle sorte que le corps est lancé très haut; aussi faut-il déployer, pour trotter, plus de force musculaire que pour courir.
Dans le trot, le corps est aussi alternativement cà l'appui et détaché du sol , et le temps où il est en l'air est plus long que l'autre. Chaque pas peut avoir autant et plus de longueur même que dans la course ; mais ces pas ont une durée plus considérable en raison du temps perdu pendant que le corps se soulève et retombe, au lieu de se mouvoir suivant une ligne horizontale, comme il le fait dans la course.
Cette allure diffère donc de la course surtout par la forte projection du corps en haut, par la plus longue durée du temps de suspension et par la distinction entre l'instant du poser de la jambe et celui où elle donne l'impulsion. Dans le saut, qui peut être vertical ou oblique, et se faire à pieds joints ou d'un seul pied le corps est lancé à une hauteur et à une distance proportionnée cà l'intensité de l'impulsion, qui dépend elle-m.ême du degré de flexion des rayons, de l'énergie et de la vitesse des contractions musculaires destinées à opérer la détente. Cet acte se produit par un mécanisme du même genre que chez les animaux. 11 devient, à proprement parler, un mouvement de progression quand il est répété un certain nombre de fois.
En somme, il y a des différences notables entre les divers mouvements progressifs de l'homme. Dans la marche, le corps est constamment soutenu au premier temps par l'un de ses membres, au second par les deux, au troisième, par l'autre, en raison de ce que l'un commence à poser avant que l'auiic soit levé, et chacun est plus longtemps k l'appui qu'en l'air. Dans la course, le corps ne passe du membre droit sur le gauche qu'en s'élevant en l'air dans un temps intermédiaire, et cliaque membre est plus longtemps levé qu'appuyé. Dans le trotter, le corps, avant de passer d'une jambe sur l'autre, se trouve aussi en l'air en s'élevant très haut, et il passe plus de temps sans appui que dans la course. Ces divers modes de progression sont tous à trois temps : le premier est celui de l'appui sur un pied, le second celui de l'appui sur le pied opposé; mais le temps intermédiaire, qui est de double appui dans la marche, est un temps de suspension complète dans la course et le trotter.
Si on analysait la progression des oiseaux, on y retrouverait la marche humaine, la course et le trotter avec leurs caractères essentiels, et on verrait les pattes développer successivement l'impulsion par l'extension du pied et par celle