‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 147 sur 287 · EFFORT · texte numérisé non relu

EFFORT

contractont ot tendent à expulser l'air emprisonné dans la IraduT, dans les bronches et les vésicules pulmonaires; mais cette expulsion n'étant |ias possible, l'air se trouve comprimé et acquiert une tension élastique qui lui permet de réagir avec force contre les puissances expiralrices. Par suite de la dilatation de la poitrine, dont les parois sont devenues momentanément à peu près immobiles, les muscles de l'encolure, des membres antérieurs, de l'épine, de l'abdomen, participent à la tension simultanée, énergi(|ue, qu'éprouvent aussi les membres postérieurs. Ainsi l'effort s'accomplit; mais, comme cet état ne peut se prolonger que pendant un court espace, il est bientôt suivi d'une expiration rapide après la(piel!e les mêmes phénomènes se reproduisent, pour cesser et réapparaître autant de l'ois que les cdorls se répètent et se succèdent dans un temps donné.

La réalité des phénomènes qui se passent du côté du thorax peut êtredémontr(''e par une expérience très simple, En edet, si l'on pratique sur le cheval une petite ouverture au larynx en enlevant la lame fibreuse qui ferme l'échancrure du cartilage thyroïde, on voit paifaitement, lorsque l'animal se débat violemment ou lorsqu'il fait un effort quelconque un peu énergique, que les cordes vocales s'appliquent l'une contre l'autre; et, en plaçant le doigt entre ces cord(;s, jusqu'à la hauteur du bord libre des aryténoïdes, on s'assure que ces cartilages se rapprochent très fortement, comme ils le font à l'instant de la déglutition. Lorsque l'animal est attelé à une voilure pesante, le resserrement de la glotte se reproduit à chaque effort, et cesse immédiatement après, avec une certaine régularité. Le jeu du larynx, dans cette circonstance, ne peut être confondu avec celui qui caractérise la respiration ordinaire, carie resserrement habituel qui succède à chaque inspiration est presque insensible; en outre, il peut être facilement distingué des contractions brusques et irrégulières qui surviennent quand on irrite avec l'extrémité du doigt la muqueuse laryngienne. Le resserrement des cordes vocales, qu'Isid, Bourdon et Jules Cloquet ont démontré théoriquement, a été constaté déjà par Longet « chez des animaux sur lesquels, après avoir détaché l'os hyoïde de la base de la langue et le cartilage thyroïde avec une érigne, on avait porté le larynx en avant en conservant intacts les nerfs laryngés » : procédé sanglant, évidemment moins convenable que celui que j'ai mis en usage. Mais, quant au rapprochement des aryténoïdes, qui est aussi sensible que celui des rubans de la glotte, il ne parait point encore avoir été signalé. Toutefois ce rapprochement ne va pas jusqu'au point de produire l'occlusion complète de la partie postérieure de la glotte. Celle-ci n'est fermée qu'au niveau des cordes vocales: aussi l'air circiilc-l-il encore dans le larynx.

L'occlusion plus ou moins complète de la glotte n'est pas indispensable à la production de l'effort. Celui-ci a encore lieu lors même que l'air ne peut être retenu dans les voies respiratoires. On sait depuis longtemps que les chevaux auxquels on a pratiqué la trachéotomie font encore des services pénibles, traînent des voitures au trot et même au galop. De petits oiseaux, auxquels j'avais coupé la trachée en travers et fait sortir le segment inférieur hors de la plaie, volaient aussi bien qu'avant l'expérience. Dans cette circonstance, la participation du thorax, quelle qu'en soit l'importance, ne paraît pas avoir éprouvé de modilication

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bien sensible, du moins autant qu'on peut en juger d'après le rythme des mouvements respiratoires.

Pendant que ces phénomènes se passent du côté de la respiration, la colonne dorso-lombaire acquiert de la rigidité : elle s'étend ou se fléchit, suivant la nature de l'effort, par l'action combinée des ilio-spinaux, des transversaires épineux, des muscles sous-lombaires et des muscles abdominaux ; l'encolure se roidit, étendue ou fléchie : la rigidité qu'elle acquiert est énorme chez le carnassier qui déchire sa proie, chez le bœuf attelé au joug et chez le taureau qui se précipite sur son adversaire.

Les membres prennent un point d'appui solide sur le tronc : les antérieurs par les muscles qui partent des apophyses épineuses du garrot, des premières côtes à peine mobiles et du sternum dont la fixité est si remarquable ; les postérieurs par les psoas et les muscles de la croupe. Les premiers et les seconds arc-boutent sur le sol avec force, se rapprochent ou s'écartent, suivant les circonstances, et laissent sur le terrain meuble de profondes empreintes. Il faut examiner le cheval attelé à une lourde voiture, celui qui rue, qui se cabre, celui qui fait des efforts dans le but de se relever, de se débarrasser des entraves, pour se faire une idée exacte de leur coopération.

Diverses modifications se produisent dans certaines fonctions sous l'influence des efforts. Pendant qu'ils s'effectuent, la respii'ation est profonde, lente, parfois bruyante; elle devient très rapide dès qu'ils cessent, s'ils ont été pénibles et prolongés. La pression des parois thoraciques sur les viscères qu'elles entourent devient énorme ; aussi les vésicules pulmonaires se dilatent-elles outre mesure ; le poumon devient fréquemment emphysémateux ; son tissu se déchire même quelquefois et l'air s'échappe dans le tissu interlobulaire, où il forme de grandes ampoules en s'infiltrant sous la plèvre. C'est ainsi que, sous leur influence très répétée, le cheval contracte l'affection connue sous le nom de pousse. Si, au moment des efforts, les parois thoraciques portent une plaie, le poumon y est chassé avec force et tend à se hernier. L'air est comprimé énergiquement dans tout le reste de l'appareil : ainsi il reflue dans les trompes, dans les poches gutturales qu'il soulève, dans la cavité tympanique en augmentant la tension de la membrane du tympan au point de produire une surdité momentanée. Il est refoulé également dans les sinus, et, quand il existe une petite plaie à la trachée, l'emphysème du cou et quelquefois de la poitrine se développe avec rapidité. C'est à ce moment aussi que les mucosités, le sang, les corps étrangers tombés dans les bronches peuvent en être expulsés avec violence.

La circulation éprouve alors une gêne considérable dans toutes ses parties. Le sang veineux, ayant de la difficulté à rentrer dans le thorax et dans le cœur, gonfle les vaisseaux superficiels qui deviennent parfois énormes. Le pouls veineux se manifeste dans toute la longueur de la jugulaire sur l'animal couché, et même sur les chevaux d'attelage debout ou en mouvement. Ce reflux gonfle les sinus cérébraux, les sinus rachidiens, exagère le soulèvement du cerveau ou de la moelle mis à nus et en accroît Thémorrhagie dans le cas où ils sont blessés. Le sang reflue même dans le canal thoracique jusqu'à la citerne de Pecquet sur les animaux où ce canal a peu de valvules. A la longue, l'oreillette et le ventricule

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