‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 148 sur 287 · EFFORT · texte numérisé non relu

EFFORT

droits acquièrent une dilatation anévrysmatique qui coïncide fréquemment avec l'emphysème pulmonaire chez les chevaux poussifs.

La petite circulation est gênée aussi. Le cœur droit est obligé à des epfortir; énormes pour pousser, dans le système artériel du poumon, le sang dont il est gorgé, et encore, à toutes les systoles, ne parvient-il pas à se débarrasser de la totalité de son contenu. En effet, on peut s'assurer, à l'aide du tubes de Haies que la tension du sang noir est très accrue dans l'artère pulmonaire.

La circulation artérielle est moins entravée ; néanmoins, le cœur gauche se contracte énergiquement ; ses contractions s'accélèrent, deviennent irrégulières, parfois même se suspendent quelques instants : aussi si une artère est ouverte, le sang cesse momentanément de couler ou ne coule que faiblement. L'énergie de ses contractions peut rendre la tension artérielle si considérable qu'il en résulte quelquefois la rupture des anévrysnies, rupture assez fréquente dans l'espèce humaine.

Du côté de l'addomen l'effort a des effets remarquables, résultant de la pression excessive qu'il fait porter sur les viscères. L'estomac, comprimé, peut laisser échapper des liquides ou des gaz par l'œsophage; son contenu passe plus vite dans l'intestin sur le cheval et plus encore chez les ruminants, dont le flanc se creuse fortement si les elforts sont répétés pendant longtemps; l'intestin se vide: il laisse échapper avec bruit de grandes quantités de gaz. Des hernies inguinales peuvent en être la conséquence, la chute du rectum, le renversement du vagin, la déchirure de la vessie, si le canal est obstrué par un calcul. Le chirurgien et l'expérimentateur savent avec quelle violence sont alors ipoussés vers l'extérieur les anses intestinales, l'épiploon et la rate qu'on cherche à faire rentrer dans l'abdomen.

Sous l'influence des efforts, le système chylifère comprimé fait progresser plus rapidement les fluides qu'il contient, et, s'il y a une fistule au canal thoracique, ils s'en échappent abondamment par un jet saccadé. La tension du chyle dans ses vaisseaux augmente suivant le même rapp(»rtque celle du sang artériel.

L'énergie de la contraction musculaire est portée à son plus haut degré, elle peut acquérir une intensité qui va jusqu'à déterminer la rupture des muscles, de leurs tendons, le décollement des épiphyses, la fracture des éminences et des os eux-mêmes, comme cela arrive sur les chevaux de course.

La somme de puissance développée dans les efforts musculaires ne peut être exactement déterminée, même à l'aide d'instruments de précision, car les forces, suivant quelles sont employées à opérer les divers mouvements de progression, à traîner, à porter des fardeaux, à vaincre, en un mot, des résistances diverses, se traduisent par un efl"et utile qui est loin d'être re\|>ression rigoureuse de leur intensité réelle; il ne saurait, du reste, en être autrement, à cause des pertes qui résultent de la mise en jeu des leviers, de la neutralisation des puissances antagonistes, etc. On sait dans quelles exagérations monstrueuses et dans quelles erreurs sont tombés sur ce point plusieurs physiciens. Néanmoins, le dynamomètre, comme nous le verrons tout à l'heure, est susceptible de fournir à cet égard des données qui, si elles ne sont point d'une exactitude absolue, ont au moins l'avantage d'être parfaitement comparables.

J'ai fait récemment quelques expériences pour juger de la puissance musculaire du cheval, et c'est par un moyen indirect que j'ai essayé d'évaluer celle que les principaux muscles des membres peuvent déployer. Considérant que plusieurs d'entre eux peuvent se déchirer ou se rompre dans des efforts violents, j'ai cherché à déterminer l'intensité de la traclion capable de produire leur rupture. Pour cela, j'ai pris des muscles presque vivants sur des animaux venant d'être tués. L'os sur lequel le muscle prenait naissance a été fixé à une solive, et à l'os servant à l'insertion de ce muscle un plateau a été attaché, puis progressivement chargé. Il a fallu des poids énormes pour rompre les fléchisseurs, les extenseurs des phalanges, le coraco-radial, le gastrocnémien, etc. Ainsi, il a fallu les charges suivantes pour rompre :

1° Dans le membre antérieur : l'extenseur du métacarpe, 988 kilogr. ; le fléchisseur profond des phalanges, 683 kilogr.; le coraco-radial, 973 kilogrammes.

2° Dans le membre postérieur: l'extenseur antérieur des phalanges, 415 kilogrammes; le fléchisseur du métatarse, 924 kilogrammes; Textenseur du métatarse, 616, 687, 983 kilogrammes; le fléchisseur profond de la région digitée, 510 kilogrammes.

La force mécanique ou la ténacité des muscles, représentée par les chiffres cidessus indique que la contraction peut développer une puissance énorme avant de produire la rupture. Si cette ténacité n'était pas si considérable, les muscles se ruptureraient à tout instant lors des violents efforts de contraction.

Mais la résistance des muscles est fort variable pour une même étendue de section transverse. Ceux des membres sont la plupart plus forts que les autres ; les psoas sont de beaucoup les moins tenaces. Les muscles à intersections, à aponévroses adhérentes, ceux qui portent un tendon non interrompu d'une extrémité à l'autre, ou qui sont 'convertis en ligaments, jouissent d'une résistance exceptionnellement remarquable : tels le coraco-radial, le fléchisseur du métatarse. Il est probable que le fléchisseur superficiel des phalanges dans le membre abdominal dépasserait tous ceux dont je viens de déterminer la force.

On peut, en compai'ant la force mécanique des muscles à l'étendue de leur section transverse, déterminer approximativement celle de muscles plus grands ou plus petits. Or, elle est en moyenne de 10 à 30 kilogrammes par centimètre carré. Comme, dans un centimètre carré, déduction faite des gaines, il peut y avoir 400 faisceaux primitifs supposés de 5 centièmes de millimètre, la force mécanique du faisceau serait seulement de 25 à 75 centigrammes.

Le déploiement de ces forces n'arrive à son maximum qu'autant que les animaux sont stimulés par la douleur, la crainte, les menaces, les besoins impérieux de la conservation, etc. Il est facile de voir que le cheval qui se débarrasse de ses entraves, qui cherche à retirer son pied d'entre les mains du maréchal, à gravir une côte escarpée, à sortir d'un bourbier, fait des efforts qui dévelopi>ent une force bien supérieure à celle qui est le résultat des mouvements ordinaires de l'animal.

Leur intensité, excessivement variable, parait être proportionnellement plus considérable chez les petits animaux que chez ceux de grande taille. Le petit oiseau qui cherche à s'échapper de la main qui le serre, le cygne qui donne des

coups d'ailes si violents, ont, relativement à leur taille, une force plus grande que le cheval qui frappe <lu pied, que l'éléphant qui renverse un homme d'un mouvement de sa trompe, que le boa qui étouffe de ses replis un quadrupède de haute stature. L'àne, qui porte un hàt si lourd relativement à lamassede son corps, semble porter plus que le dromadaire et rélé|diant employés au même service.

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