‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 157 sur 287 · Leibnitz, Mémoire de L'Académie des sciences, 1715, p · texte numérisé non relu

Leibnitz, Mémoire de L'Académie des sciences, 1715, p

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assez nombreux et de rendre avec une grande énergie les impressions diverses et les passions qu'ils éprouvent.

Ils ont une mimiquequiremplacele langage articulé dans leurs communications réciproques d'ailleurs assez bornées. Les signes dont ils se servent pour traduire leurs impressionssontinstinctifs, spontanés, et n'ontjamais rien de conventionnel : aussi sont-ils parfaitement intelligibles, car ils le sont aussi dune manière instinctive. Cette mimique est irréfléchie, ils en comprennent le sens, ils l'interprètent sans nul effort. De même que l'enfant, avant de comprendre les paroles qu'on lui dit,devinedéjà les sentiments qu'on lui manifeste, s'égaye ou s'attriste, est confiant ou réservé, suivant la physionomie des personnes qui l'entourent, suivant l'expression du regard, les intonations de la voix ; deméme les animaux jugent de leurs dispositions réciproques par des signes analogues. Ils se comprennent entreeux, et ils ont besoin de s'entendre pour s'allier, constituer des familles, former des sociétés, comme pour protéger les individus, se déplacer, émigrer. Tous sentent le danger dont les espèces ennemies les menacent. Les domestiques ont besoin aussi de deviner les intentions, de comprendre les ordres du maître.

Ce qui prouve que la mimique des animaux est instinctivement intelligible pour eux, c'est qu'à la vue d'un chien effrayé dont la pose est caractéristique, tous ceux qui le voient s'effrayent, sans connaître la raison de sa frayeur; ils prennent la position de ses membres, de ses oreilles, l'expression do son regard, et, àcela,on juge qu'ils éprouvent des impressions identiques à celles de l'individu qui cause leur émotion, car telles attitudes, tels mouvements, correspondent à des états déterminés. La vue d'une femelle qui fait des efforts pour mettre bas provoque des avortements épizootiques, — une ruade détachée par un cheval fait hennir et ruer les chevaux qui l'entourent ; — une seule bête ahurieau milieu d'une prairie donne à toutes le mémo air effaré ; — l'allure d'une béte disposée à s'enfuir donne à tontes l'idée de la fuite. Si l'une d'elles rompt son lien avec fureur, toutes s'emportent de la même manière, connue on l'a vu dans de grands rassemblements d'animaux. Le spectacle du courage anime, celui de la lâcheté déprime, et dans les combats l'homme éprouve ces influences sympathiques qui acquièrent au milieu des masses une si grande puissance. L'animal est donc physionomiste; il l'est d'instinct, comme l'enfant et le sauvage.

Les expressions, dans notre espèce, sont, les unes volontaires, les autres involontaires, et celles-ci peuvent être exagérées ou même simulées. Elles sont, pour laplupart involontaires et instinctives chez les animaux dontelles traduisent fidèlement les sensations ; cependant elles peuvent aussi y devenir factices comme on le voit chez le chien, les singes, sous l'influence de l'éducation, de l'habitude ou de l'imitation, et chez quelques animaux qui, exposés aux attaques de leurs ennemis, semblent exprimer la souffrance et la prostration jusqu'au moment où ils peuvent trouver l'occasion de s'échapper.

En géiu'ral, dans l'espèce humaine, les expressions sont instinctives et par conséquent spontanées ; leur sens est intelligible pour tout le monde, et il l'est instinctivement pour l'enfant, pour le sauvage comme pour l'homme civilisé. L'expression de la joie, de la tristesse, de la crainte, de la colère, est la même partout.

Partout l'homme inclinela tête en signe d'assentiment, il l'agite d'un côté à l'autre pour marquer son refus, l'incline lentement à droite ou à gauche s'il doute; la renverse s'il s'étonne; le mouvement de ses lèvres, de ses yeux, les exclamations qu'il pousse sont de véritables manifestations instinctives que chacun comprend, car elles n'ont rien de conventionnel. Les animaux en ont d'analogues dont ils connaissent parfaitement le sens. Ils en ont même un certain nombre qui ne diffèrent pas des nôtres. L'attention, l'impression des odeurs, le désir, la crainte, la joie, se traduisentpar une mimique semblable à celle de l'homme. Un bruit insolite appelle leur attention : ils s'arrêtent brusquement, ouvrent largement les yeux, dressent les oreilles. Une odeur les frappe, ils se mettent à flairer vivement. Ils sont menacés, et aussitôt ils tremblent, fléchissent le dos, rapprochent les membres comme pour se rapetisser ; ils couchent les oreilles, etc. Un objet leur est jeté à la tête, ils s'en détournent en fermant les yeux. Les mêmes impressions tendent à provoquer les mêmes réactions automatiques. L'animal intelligent, le chien par exemple, a souvent pour exprimer ses sentiments les mêmes moyens que l'homme ; il se jette, il rampe aux pieds de son maître pour demander grâce, comme ce maître le fait lui-même aux pieds d'un autre ; il lui lèche les mains, le visage en signe d'amitié et de supplication, comme l'esclave baise la main d'un tyran ou l'obligé celle d'un bienfaiteur.

Tous les animaux ne jouissent pas au même degré de la faculté de traduire leurs impressions, leur bien-être, leur accablement, leurs souffrances; il en est qui les expriment énergiquement par un grand nombre de signes; d'autres qui les rendent vaguement, sans moyens bien caractérisés. Du reste, tous n'expriment pas une sensation déterminée par les mêmes moyens, les mêmes attitudes ou les mêmes mouvements.

Il faut, pour donner une idée des expressions, les envisager sous trois rapports différents : premièrement, dans leur ensemble chez les principaux genres d'animaux; deuxièmement, dans les différentes sortes de physionomies, de gestes, d'attitudes et de mouvements dont elles se composent; troisièmement, enfin, relativement à chacune des principales affections qu'elles traduisent, comme la peur, la colère, la joie, la tristesse, la douleur, etc.

En considérant les expressions sous le premier rapport, c'est-à-dire eu égard à l'ensemble des moyens qui ont été donnés aux animaux des principaux groupes, on voit du premier coup d'œil, d'abord que ces moyens sont d'autant plus nombreux, plus variés que les animaux ont plus d'intelligence, et, par suite, un plus grand nombre de sensations et des sensations plus vives à traduire; ensuite on remarque qu'ils ont quelque chose de commun entre les animaux qui se ressemblent par leurs mœurs, leurs habitudes, leur régime. Ainsi, sans parler des singes dont les expressions sont si vives, si variées, et dont la physionomie perd de sa mobilité à mesure qu'on passe des espèces les plus intelligentes à celles qui le sont moins, on peut avancei" qu'il existe à cet égard une grande analogie parmi les différents carnassiers comparés les uns aux autres, les ruminants, les solipèdes, les rongeurs, etc.

Les animaux carnassiers qui sont très intelligents, qui ont des mouvements souples, des allures rapides, des déterminations promptes, des sensations vives,

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