‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 167 sur 287 · Dugès, Phi/siolof/ip rornpnri'-e, t. l,p · texte numérisé non relu

Dugès, Phi/siolof/ip rornpnri'-e, t. l,p

ment déposée sous la peau, dans les épiploons et les mésentères, disparaît presque en totaIil('' îles animaux deviennent tn^'s maigres et perdent une portion notable de leur poids Berger a vu un muscardin qui resta engourdi pendant soixante et un jours consécutifs, à une température moyenne de + 8° R- , perdre le quart de son poids,(il pesait 329 grains au moment oi'i il s'endormit, et 246 seulement à son réveil). Pendant tout ce temps, il ne prit aucun aliment et ne rendit aucune matière exciémentitielle. Une marmotte pesant 7 livres au mois de septembre, n'avait plus qu'un poids de 5 livres dans le courant de mars, en sortant de sa létliargie.

La perte diurne éprouvée par le corps n'est pas uniforme, à beaucoup près, pendant la durée de l'engourdissement : au début, elle est très considérable. Ainsi, un hérisson du poids initial de 1035 grammes perdait, étant éveillé, 8^', 6 par jour. Au bout de sept semaines, après avoir mangé de temps à autre, son poids se trouvait réduit à 905 grammes. Alors il s'engourdit pour quatre mois entiers. En cent douze jours de sommeil il perdit 230 grammes, le quart de sa masse à peu près, soit 2s»', 05 par jour. L'engourdissement réalise donc, au bénéfice de l'animal, une économie des trois quarts de la dépense qui serait faite pendant la veill(^ Si l'animal engourdi eût perdu autant que pendant la veille, il eût consommé en un mois ce qui devait lui suffire pour quatre. Dès la fin de décembre, il aurait épuisé les provisions qui devaient le conduire jusqu'à la fin de mars'. Lorsque, par quelques causes éventuelles, l'hibernant continue à dépenser beaucoup, ii meurt avant la fin de la mauvaise saison. Si, par exemple, il est tourmenté par une affection parasitaire, par des acares qui le tiennent éveillé, il perd beaucoup et meurt, comme je l'ai vu, avant la lin de l'hiver.

La perte totale éprouvée pendant l'engourdissement ne peut, comme dans l'abstinence ordinaire, dépasser certaines limites sans compiomettre la vie. Pour le hérisson, elle peut aller de trois à quatre dixièmes du poids initial.

Il est clair que, pendant la torpeur hivernale, l'animal vit, comme dans l'abstinence ordinaire, aux dépens de sa substance propre. Il brûle sa graisse, ses muscles, ses tissus divers, le sucre de son foie, de son sang; mais avec une rapidité moindre qu'àl'état de veille. MM. Regnault et Reiset^ affirment que les marmottes ne consomment pendant le sommeil qu'un trentième de la quantité d'oxygène qu'elles absorbent à l'état normal, aussi éprouvent-elles un refroidissement proportionnel à cette réduction. Au réveil, le système musculaire est émacié, le foie atrophié, il y a anémie très prononcée.

Cette léthargie, dans laquelle les animaux sont plongés plus ou moins longtemps, devrait ou semblerait devoir les affaiblir beaucoup à leur réveil; cependant ils conservent à ce moment une assez grande énergie : le hérisson, qui a rempli ses vésicules séminales pendant son sommeil, se livre à la reproduction avant de songer à réparer ses forces épuisées. L'affaiblissement n'est pas trop considérable si l'engourdissement a eu des interruptions; car elles ont permis à l'animal de faire quelques repas réparateurs.

Les conditions favorables à l'engourdissement et les causes qui le déterminent

1. G. Colin, Des efj'etx de l'abstinence et de laliinpiitation insuffisante chez les animaux [Bulletin de la Société centrale de médecine vétérinaire, 1862).

2. Regnault et Reiset, Annales de physique et de chimie, t. XXVI, 3* série.

sont peu connues, bien que plusieurs observateurs habiles les aient cherchées avec soin. On sait que certaines particularités anatomiques paraissent favoriser la production de ce singulierphénomène : voici les plus remarquables d'après Prunelle \ chez le hérisson, la chauve-souris, la marmotte et le lérot. La peau est épaisse, très dense et fortement adhérente aux parties sous-jacentes ; la couche graisseuse qui en tapisse la face interne est d'une épaisseur considérable: la poitrine est plus étroite que celle des animaux de même taille qui ne s'endorment pas, elle diminue encore de capacité lorsque le corps se met en boule. Le thymus, petit et comme atrophié en été, augmenterait de volume aux approches de l'hiver et deviendrait très gros chez la chauve-souris, chez le hérisson et surtout chez la marmotte. Le développement de cet organe doit donc diminuer la capacité du thorax, qui se trouve encore réduite par la grande quantité de graisse amoncelée autour du péricarde, dans les médiastins et au-dessus du sternum , dispositions qui peuvent gêner l'action du poumon, rendre la respiration imparfaite et ôterà l'animal son aptitude à résister au froid. Les épiploons sont très grands et surchargés de graisse, surtout dans la marmotte, où leur disposition est très compliquée ; les masses adipeuses qui entourent les reins sont volumineuses. L'estomac etl'intestin sont vides et affaissés, leurs parois contiennent aussi de la graisse; « le foie, la rate et les reins sont également enveloppés de graisse chez tous les dormeurs et surtout chez la marmotte. »

Ces différentes circonstances paraissent préparer les animaux à l'engourdissement en produisant, à l'approche de l'hiver, une espèce de somnolence, d'abord peu différente de l'état qui caractérise les premiers moments du sommeil ordinaire. L'animal, à cause de son impressionnabilité et de son peu d'aptitude à supporter le froid, rassemble ses membres et se met en boule; le poumon, comprimé déjà par le thymus, s'il existe encore, et par la graisse, n'a plus un jeu assez étendu ; l'hématose devient de plus en plus incomplète, le sang perd ses propriétés stimulantes : ce fluide n'excitant plus assez le cerveau, la sensibilité générale diminue comme la température baisse par l'effet du ralentissement de la combustion pulmonaire. En résumé, l'action sédative du froid, la gène apportée dans les fonctions respiratoires et le défaut de nourriture paraissent être les circonstances essentielles qui prédisposent à l'engourdissement et qui produisent ce phénomène. Mais, comme ces causes agissent sur une infinité d'animaux sans y déterminer l'hibernation, il est probable qu'à leur action vient s'ajouter, pour quelquesuns, l'influence d'autres conditions encore inconnues.

1. Prunelle, Hech. sur les phén. et sur les causes du sommeil hivernal (A?in. du Mus., t. XVIIi, p. 20 et 302).

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