FAIM
à savoir s'il est douloureux. Or, lorsqu'il est à peu près certain que le frottement déterminé par des fourrages grossiers imparlaitenient divisés n'est point pénible, commt^nt concevoir que celui des plis niuqueux les uns sur les autres puisse le devenir?
La faim, si elle a son point de départ dans l'estomac, ne peut constituer une sensation tant qu'elle n'est pas perçue par le cerveau. Quel peut donc être le nerf chargé de transmettre l'impression aux centres sensitifs? Est-ce le pneumogastrique? sont celés nerfs ganglionnaires?
Dupuy ayant coupé les nerfs vagues à plusieurs chevauv, a vu ces animaux manger jusqu'au moment de l'obstruction complète de l'œsophage par les matières alimentaires qui n'avaient pu parvenir à l'estomac, et il a conclu de ce l'ait, qu'après la section de ces nerfs la sensation de la faim était éteinte, puisqu'elle ne pouvait plus être remplacée par le sentiment de la satiété. Leuret et Lassaigne ont vu aussi le cheval manger de l'avoine dans la même circonstance. M. II. Bouley et moi nous avons noté plusieurs fois la même particularité sur le cheval et la chèvre. Après cette section, les animaux ne rechercheraient plus leur nourriture, d'après Brachet', et ils mangeraient uniquement pour satisfaire le sens du goût. Cependant, Longet'^ a constaté qu'après la section des linguaux et des glossopharyngiens, faite en même temps que celle des pneumogastriques, les animaux mangeaient encore, en assez grande quantité et sans dégoût, des aliments imprégnés d'une décoction de coloquinte. Aussi, a-t-il conclu de ce fait, et contrairement à l'idée émise par Brachet, que la gustation est étrangère à l'impulsion qui porte les animaux à prendre des aliments, et que cette impulsion persiste après l'abolition du sens du goût et l'interruption dans la continuité des nerfs vagues. Mais, en somme, les expériences ne sont pas décisives : elles démontrent qu'après la section des nerfs vagues, les animaux mangent encore quelque peu, sans prouver que ceux-ci ressentent encore une faim bien caractérisée. En efl'et, les chevaux, par exemple, prennent encore des aliments en petite quantité : bientôt les bols alimentaires, n'arrivant plus à l'estomac, s'arrêtent dans l'œsophage et s'y accumulent depuis le cardia jusqu'au niveau du cou et souvent jusqu'au pharynx : alors l'animal cesse de manger. Si donc la faim a persisté dans cette circonstance, l'impression produite dans l'estomac n'a pu se transmettre aux centres nerveux que par l'intermédiaire du système ganglionnaire. Si, au contraire, elle s'est éteinte avec la section des nerfs vagues, l'animal a mangé par instinct, par habitude, ou pour flatter le sens du goût.
La nature de la faim n'est pas mieux connue que celle de ses causes immédiates. Cette sensation interne, dont le point de départ est probablement, à la fois, dans l'estomac et dans tout le reste de l'économie, résulte d'une modification nerveuse insaisissable, mais parfaitement caractérisée par son but et par les actes qu'elle [Movoque.
Elle est susceptible d'éprouver certaines aberrations qui constituent ce qu'on appelle lepica et le nialacia dont les animaux, de même que l'homme, nous olfrenl
1. Brachet, Recherches sur les fonctions dv, système ganglioiinaire, p. 219.
2. Longet, Anatomie et physiologie du système nerveux, t. Il, p. 3-28.
de nombreux exemples. Ainsi le bœuf mange quelquefois de la terre et du fumier ; la vache, du linge; la chèvre et le bœuf, du papier; le chien se repait souvent avec avidité de matières fécales quoiqu'il soit bien nourri, et cette aberration a été même observée sur les ruminants qui éprouventhabituellement une vive répulsion pour les matières animales fétides; le chien hydrophobe dévore presque toujours de la paille, des morceaux de cuir. Il en est de même du chien dont la gorge a été irritée par l'ingestion de certains médicaments. J'ai vu le porc enragé se gorger de fumier, et le cheval, dans les accès de rage, se déchirer la peau du poitrail, des avant-bras et s'arracher des lambeaux de muscles. Mais il ne faut pas confondre ces aberrations avec les impulsions instinctives qui portent beaucoup d'animaux à prendre des substances salines ou minérales, les gallinacés à avaler du gravier et de petites pierres. Toutefois, lorsque ces impulsions dépassent la mesure, elles deviennent un véritable pica. L'autruche qui se gorge de cailloux, de morceaux de bois ou de fer, en meurt d'indigestion, comme je l'ai constaté une fois; le cheval qui avale une trop grande quantité de terre ou de graviers, peut s'en obstruer certaines parties du côlon au point d'en éprouver de graves coliques. Il faut bien les distinguer aussi du goût que certaines espèces manifestent pour des substances qui inspirent de l'aversion à d'autres, car il est incontestable que ce qui est naturel à chaque espèce ne saurait être une aberration. Enfin, elle devient parfois insatiable; alors elle constitue ce qu'on appelle la boulimie.
Il est une perversion du sentiment de la faim qui peut être comparée aux précédentes : c'est celle qu'on observe sur les animaux soumis à une longue abstinence ; ils mangent alors des matières qu'ils ne peuvent digérer. Le chat, le hérisson, prennent, comme je l'ai vu plusieurs fois, du foin, même delà paille en assez grande quantité, le lapin ronge le panier où il est enfermé, le bouc mâche et avale son lien, les poils, les crins des animaux avec lesquels il se trouve.
Cette perversion ne doit pas être confondue avecl'habitudequeles rongeurs ont de s'attaquer au bois, aux papiers, aux étoffes, soit pour en tirer des matériaux qu'ils utilisent à la construction de leurs nids, soit simplement pour le plaisir d'exercer leurs mâchoires ou d'aiguiser leurs dents.