Pline, livre XI, 444, édit. citée
606 DE LA DIGESTIOX.
L'absorption est plus active pendant l'abstinence que lors de la digestion; mais est-ce une raison pour supposer que le siège delà faim soit dans le système lymphatique ou dans tout le système circulatoire? Quand le gallinacé a rempli son jabot de grains, rien n'a encore passé, comme le dit Bérard, dans les \aisseaux absorbants, et cependant la faim est apaisée; de même quand le ruminant a distendu sa panse par des herbes qui ne seront digérées que plus tard, il est rassasié, bien que ces herbes n'aient encore fourni aucun élément réparateur.
Son siège paraît être dans l'estomac : elle éclate quand cet organe se vide et qu'il devient inactif; elle diminue à mesure qu'il se remplit et cesse dès qu'il a reçu tout ce qu'il peut contenir. Cependant, il n'est pas nécessaire qu'il soit tout à fait vide pour qu'elle se fasse sentir : le lapin est affamé, lors même qu'il a encore beaucoup d'herbes non digérées; le ruminant est dans le môme cas, bien •que sa panse contienne encore une énorme quantité d'aliments; mais cela tient toujours à la cessation des fonctions gastriques, comme nous le l'erons voir plus tard, à l'article de la Rumination. Il n'est guère possible d'arriver à dire sûrement si la faim a plus particulièrement son siège dans telle ou telle fraction du viscère; il est presque ridicule de rechercher s'il est dans la membrane charnue, ou dans la muqueuse, à la petite ou à la grosse tubérosité, au cardia ou au pylore. Peut-être la faim n'a-t-elle pas seulement son point de départ dans l'estomac, et n'est-elle que l'expression d'un besoin général de réparation, d'une sorte de langueur de tous les organes, et plus spécialement de celui qui est chargé de la digestion, lequel souffrant plus que les autres, serait le premier à exprimer la sensation pénible développée dans son sein.
En admettant l'hypothèse de la localisation de la faim dans l'estomac, peut-on trouver dans cet organe la cause de la sensation dont nous parlons? Est-ce la présence du suc gastrique, la réplétion des petits tubes chargés de sécréter ce liquide, le reflux de la hile, le tiraillement opéré sur le viscère, le frottement de la muqueuse sur elle-même, la compression des divisions nerveuses résultant d'une contraction permanente des fibres delà tunique charnue? De toutes ces causes, tour à tour invoquées pour expliquer le développement de la sensation, il n'en est pas une qui soit rigoureusement acceptable. La prétendue irritation produite par le suc gastrique sur la muqueuse de l'estomac est une fiction, puisque le déversement de ce fluide dissolvant n'a pas lieu pendant l'abstinence, et que le liquide qui demeure dans le viscère, lors des intervalles de la digestion, est alcalin. La réplétion des tubes de la membrane reste à démontrer. Le reflux de la bile dans l'estomac, reflux possible surtout chez les animaux qui, de même que le porc, le lièvre et le lapin, ont le canal cholédoque inséré très près du pvlore, pourrait bien ne pas être étranger au développement de la sensation ; il a lieu chez le porc et souvent chez le cheval, si l'on en juge par la teinte bilieuse des liquides contenus dans le viscère, pendant l'abstinence. Les tiraillements que l'on supposeopôrés parle foie sur le diaphragme, la compression des nerfs gastriques, sont évidemment des causes illusoires. Les frottements de la muqueuse sur elle-même ne sauraient non plus être invoqués; car, d'une part, ils ne sont point considérables, puisque l'estomac est en repos, etj d'autre part, ils ne peuvent s'opérer chez les animaux dont l'estomac ne revient pas complètement sur lui-même. Du reste, ce frottement fùt-il réel, qu'il resterait