‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 187 sur 287 · SOIF · texte numérisé non relu

SOIF

Elle se lait sentir plus souvent et plus vivement chez les herbivores que chez les carnassiers, plus chez les oiseaux granivores que chez les rapaces. Elle se renouvelle plus fréquemment chez les animaux qui se nourrissent de substances sèches, (le grains, de farine, que chez ceux qui vivent d'herbes vertes ou de racines aqueuses. Gela se conçoit quand on se rappelle l'énorme quantité d'eau soustraite au sang par la sécrétion salivaire, surtout chez les herbivores. Cependant, bien que les fourrages verts contiennent, en moyenne, les quatre cin(|uièmes de leur poids d'eau, les animaux qui s'en nourrissent, couime les solipèdes et les ruminants, prennent encore des liquides en quantité notable. Quelques-uns de ces herbivores, le mouton, la chèvre, par exemple, boivent peu, même avec une alimentation sèche; le lapin, le lièvre et le cochon d'Inde boivent aussi très peu ou même ne boivent [)as du tout avec une nourriture verte, car ils paraissent perdre fort peu par la transpiration cutanée. C'est un préjugé fort répandu que le mouton et le lapin peuvent vivre sans boire : aussi ces malheureux animaux i)érissent-ils souvent de soif avec les aliments durcis dans le tube digestif, en hiver, quand l'herbe manque ou que les intempéries les retiennent àl'étdble, ou bien ils meurent infiltrés quand, après une longue privation do licfuides, ils viennent à s'engorger. Les animaux qui vivent de chair crue, le chien, le chat, boivent encore assez souvent; il en est de même de l'ours, du lion et des autres carnassiers de nos ménageries. Néanmoins, il n'est pas rare d'en voir qui, en hiver, passent des semaines et des uiois sans boire notablement, même j)endant la lactation. Les oiseaux, surtout les granivores, comme les gallinacés de nos basses-cours, boivent souvent : l'oie herbivore et le canard, constamment nourris de proie humectée, ne i)araissent pas prendre souvent des liquides sans matières alimentaires. Les oiseaux de proie ne boivent guère, ainsi que l'avait remarqué Aristote, si ce n'est dans quelques circonstances : parmi ces derniers, la cresserelle et le milan passaient, chez les anciens, pour s'abreuver quelquefois. Les reptiles terrestres, la couleuvre, la vipère, les lézards, boivent aussi un peu : on sait leur avidité pour le lait.

11 est des animaux qui peuvent se passer de boire pendant fort longtemps. Le dromadaire et le chameau supportent la soif quatre à cinq jours et plus même dans les saisons chaudes. Le chat de l'abbé Fontenu vécut dix-neuf mois de \iande bouillie sans boire. Le duc qui servit aux expériences de Leuret et Lassaigne passa huit mois entiers sans faire usage de boissons. Cette faculté que possèdent certains animaux de supporter longtemps la soif n'a rien de bien étonnant chez ceux qui vivent de substances suffisamment imprégnées d'eau, mais elle s'explique diflicilement chez les herbivores des climats chauds. Quelques auteurs, Hurdach entre autres, l'ont attribué, en ce qui concerne le chameau, cà la rareté de la transpiration, à l'abondance de la salive fournie par des glandes volumineuses et à la sécrétion qu'on suppose s'effectuer dans la panse. Or, de ces trois causes, ia juemière seule est acce|)table, car rien ne prouve (pie la salivation du dromadaire soit plus active que celle des autres ruminants, ni qu'il y ait une exhalation aqueuse dans le rumen. D'une part, les glandes salivaires de cet animal ne sont |)as même aussi volumineuses que celles du bœuf, car si la parotide de l'un est sensiblement égale à la parotide de l'autre, la maxillaire du premier n'est que le tiers de celle du second. D'autre i)art, à supposer que la sécrétion de ces glandes soit

r.. COLIN. — Physiol. conip., 3' édit. 1 — 39

proportionnellement plus active que dans les autres herbivores, elle nevrend pas compte du fait, puisque laséci'élion delà salive emprunte ses matériaux aux parties aqueuses du sang et ne tait qu'épaissir ce liquide, alors qu'il a besoin d'être délayé. Quant à la sécrétion aqueuse qui aurait lieu dans les cellules de la panse, elle est évidemment imaginaire; on ne voit dans ces poches ni glandes, ni rien qui indique là une exhalation quelconque; le liquide qui les remplit n'est autre chose que l'eau dont l'animal s'est abreuvé, eau qui peut s'y conserver longtemps, grâce à une organsation spéciale de la muqueuse s'opposant à l'absorption. Les causes qui peuvent contribuer réellement à rendre la soif supportable aux ruminants dont nous parlons, et même à l'apaiser jusqu'à un certain point, me paraissent résider : 1" dans la présence d'une poche à parois glanduleuses située en arrière du pharynx et versant des mucosités abondantes sur la nmqueuse de l'arrière-bouche ; 2° dans la quantité considérable de giandules qui se trouvent à la partie flottante du voile du palais ; 3" enfin, dans le renvoi à la bouche d'une partie du liquide des cellules du l'umen lors de la rumination, renvoi à la suite duquel cette fraction du contenu des poches aquifères peut être amenée dans le dernier estomac, et de là dans l'intestin pour y être absorbée.

Les caractères de la sensation varient avec ses degrés. Lorsqu'elle se développe pendant le repas, la mastication se ralentit et la salivation devient languissante, ranimai cesse bientôt de manger, s'inquiète, s'agite, porte ses regards en difl'érentes directions et fait entendre souvent, commelebœuf, par exemple, des cris plaintifs. Si on le fait sortir de l'étable, il se dirige rapidement vers les abreuvoirs oii il a coutume de se désaltérer, et dès qu'il y est arrivé, il plonge les lèvres dans l'eau et l'aspire à grands traits. S'il est au milieu des champs, attelé à la charrue ou à une voiture, il s'arrête en traversant un fossé ou un ruisseau, et se met à boire, malgré les coups qu'on lui donne dans le but de l'obliger à continuer sa marche. Les espèces sauvages sont portées instinctivement à rechercher les endroits où elles trouvent de quoi satisfaire ce besoin impérieux : une secrète impulsion les guide avec sûreté vers des lieux souvent fort éloignés de ceux où elles se trouvent. Aussi, n'est-ce pas sans une certaine vraisemblance que Pline nous a dépeint, sous des couleurs poétiques, les animaux qui, venus de divers points des déserts, se rassemblent ou se rencontrent sur les bords des fleuves pour s'y désaltérer.

Lorsque la soif ne peut être apaisée, l'animal manifeste une inquiétude toujours croissante ; la bouche se dessèche par suite de la diminution de la sécrétion salivaire, la langue devient chaude, le sang s'épaissit, la fièvre s'allume, la digestion languit, les aliments se tassent dans l'estomac, surtout dans le feuillet ; les matières stercorales se pelotonnent dans le côlon, s'accumulent en grandes masses dans le rectum où elles font un très long séjour; la rumination ne s'opère plus qu'à de rares intervalles et à de très courtes périodes; bientôt même elle se suspend tout à fait. Sans doute qu'alors l'animal éprouve, comme nous, une ardeur vague de l'arrière bouche, un sentiment de sécheresse de la muqueuse buccale; mais il est impossible de savoir quel caractère peut revêtir cette sensation portée à son plus haut degré, ni de juger de la soull'rance qu'elle fait naître dans cette circonstance. S'il en est de la brute comme de l'homme, on peut concevoir tout ce qu'a de t>énible l'état de ces iiauvres animaux que la négligence

SOIF. till

(le leurs maîtres laisse souvent des jours entiers en proie à un supplice [)lu> douloureux que celui de la faim.

Les conditions dans lesrpielles se développe la sensation de la soit'et les causes (pii la l'ont naître sont. |)()ur la plupart, Caciles à déterminer.

Bérai'd a l'ail olisei'ver avec justesse que la prédominance des parties solides sur les parties lluides du sang, l'introduction de substances irrilanles dans les \oies de la circulation, et la diminution absolue du liquide nutritif, sont les trois états principaux qui se rapportent au développement de la soif.

Kn effet, lorsipie le sang a perdu une Ibrte proportion de ses éléments a(jueu\. par suite d'une transpiration abondante, comme celle qu'éprouvent les animaux soumis à des travaux i)énibles pendant les fortes chaleurs de l'été, ou bien lorsqu'il a été privé d'une énorme quantité d'eau, soit par la sécrétion urinaire surexcitée, soit par la salivation opérée pendant la durée d'un repas composé de substances sèches, la soif se manifeste et acquiert une intensité proportionnelle à la soustraction de l'eau du sang. De même, après l'ingestion de fourrages excitants, salés, après des opérations chirurgicales sanglantes, de copieuses saignées, elle nait assez proniptement. On voit tous les jours dans nos salles d'opérations de malheureux chevaux éprouver une soif que l'ingestion d'énormes quantités d'eau peut à peine apaiser, et qui, après s'être abreuvés, retrouvent momentanément assez de force pour se relever. L'état de l'estomac rempli d'aliments imparfaitement humectés ne nous semble pas être, par lui-même, une cause qui fasse naître directement la sensation dont nous parlons. Très probablement, la cause efl'ective réside alors dans la perte considérable de parties aqueuses que le sang a éprouvée pour fournir la salive nécessaire à la division et à la déglutition des substances alimentaires, car on sait qu'un solipède, en mangeant, par exemple, dans un repas, 4 kilogrammes de foin, donne, pour humecter ce fouirage, environ K) kilogrammes d'eau. Or, cette soustraction effrayante doit épaissir considérablement le sang qui reste dans les vaisseaux.

Les déperditions dues à la sécrétion du lait, aux sécrétions morbides, aux épanchements dans les grandes séreuses, produisent le même effet que la transpiration et la manducation. La vache laitière, nourrie au sec. boit d'énormes (|uantités d'eau, le lapin, au même régime, pendant la lactation, absorbe souvent plus de 2^3 décilitres de liquide en 24 heures.

Quant au siège et à la nature de la sensation, l'un et l'autre sont diflicilcs à déterminer.

Dumas considérant que la soif se développe par suite des déperditions que le sang a éprouvées dans sa partie aqueuse, déperditions qui donneraient lieu à un état inflammatoire de ce liquide et à une réaction fébrile, place le siège de la sensation dans le système vasculaire sanguin. Ce physiologiste s'abuse. L'état du sang entraîne eflectivement le manifestation de la soif, mais cet état spécial n'exerce point son.action sur les vaisseaux, et, à supposer même que cette action portât sur eux, jouissent-ils d'une sensibilité susre|)tible de s'exalter au point de produire l'impression pénible qui fait naître la soif?

La sensation qui provoque les animauxà la préhension des liquides dérive d'un état général de l'économie, ou plutôt d'un état du sang (pii. hii-niême, résulte

d'une transpiration abondante, d'une salivation excessive et, en un mot, de toutes les causes qui le rendent trop plastique. Cet état du sang a pour effet de stimuler trop vivement le système nerveux et de diminuer ou de tarir les sécrétions, celle de la muqueuse pharyngienne entre autres. Or, est-il irrationnel d'admettre que cette membrane, en devenant aride, éprouve des modifications dans sa sensibilité, lesquelles déterminent l'impression pénible qu'on appelle la soif?

Je ne vois pas quelles objections sérieuses on pourrait faire à cette opinion déjà ancienne. Le fait de l'extinction de la soif par suite de l'immersion du corps dans l'eau, de l'application de linges mouillés à la surface de la peau, d'injections aqueuses dans les veines, de l'introduction directe des boissons dans l'estomac, ne prouve rien contre la localisation du siège de la sensation dans la muqueuse df i'arrière-bouche. Ce fait tant de fois présenté comme contraire à l'idée d'une localisation quelconque, n'a, en ce sens, aucune valeur, car la pénétration de l'eau dans le sang, en quantité suffisante, rend ce dernier moins stimulant et lui donne les qualités convenables pour rétablir les sécrétions à leur état normal, et, en particulier, celle de la muqueuse pharyngienne.

11 est, d'ailleurs, un autre fait qui vient à l'appui de la localisation delà soifdans I'arrière-bouche, bien qu'à un certain point de vue il semble pouvoir être interprété autrement. J'ai observé que les chevaux très altérés, dont Tuesophage était ouvert sur le trajet du cou, cessaient de boire après avoir aspiré un ou deux seaux d'eau, comme si le liquide fût parvenu à l'estomac. Evidemment, dans cette circonstance, qui paraît un autre supplice de Tantale, les animaux se désaltéraienl momentanément, par suite de l'action locale de l'eau sur I'arrière-bouche et de l'humectation de la muqueuse de celte cavité. Mais l'efTet ne peut être de longue durée, puisque bientôt la muqueuse pharyngienne redevient sèche, faute d'une sécrétion suffisamment abondante.

Il est à noter que la soif est apaisée par suite de l'injection directe de l'eau dans les compartiments gastriques qui, chez les ruminants, n'absorbent point, et dans l'estomac simple des solipèdes-, à peu près complètement privé de la faculté absorbante. Ce résultat s'explique parfaitement, pour les ruminants, par le passage facile des liquides du rumen dans le dernier estomac, et de là dans l'intestin oîi l'absorption est si active, et pour le cheval, parle transport immédiat des boissons dans l'intestin grêle et le cœcum.

Dans l'hypothèse de la localisation de la soit au pharynx, il est assez difficile de dire quels sont les nerfs qui transmettent aux centres l'impression développée dans le tissu de la muqueuse de cette cavité. Longet semble refuser ce rôle au lingual et au glosso-[)haryngien, parce qu'il a vu la sensation persister après la section de ces nerfs pratiquée des deux côtés.

De même que la faim, la sensation de la soif éprouve quelques aberrations. Nulle, elle donne lieu à ce qu'on appelle Vadipsie, et exagérée, au point de devenir inextinguihle, elle constitue la poii/dipsi'e.

L'abstinence consiste dans la privation d'aliments. C'est l'état dans lequel la liiim et la soif réclament en vain et arrivent successivement à leur derniers degrés sans être apaisées. Quand elle se prolonge au delà d'un certain temps, variable suivant les espèces, elle produit l'inanition et détermine la mort.

Tous les animaux ne sont pas également aptes à supporter l'abstinence : elle est d'autant moins susceptible d'être prolongée que les fonctions nutritives, respiratoires et sécrétoires sont plus actives. Sa durée possible est plus ou moins considérable, suivant les espèces, leur mode d'alimentation, suivant l'âge, l'état de maigreuroud'embonpointdes animaux, etlesconditionsdanslesquellesilssetrouvenl.

Lesanimauv à sang froid, dont les actions nutritives sont silentcs, la supportent fort longtemps. On sait, depuis les observations de Rondelet, que les poissons, même parmi les plus voraces, peuvent vivre des années entières dans l'eau claire. Les serpents des pays chauds passent dans nos pays des années sans prendre di nourriture. Un crotale a vécu, dit-on, vingt-six mois au Muséum de Paris sans vouloir prendre de nourriture ; tous les reptiles de nos pays passent presque la moitié de l'année sans manger, bien qu'ils ne soient pas engourdis. Hérodote a dit que le crocodile va quatre mois sans prendre d'aliments ; mais, en été, les reptiles tels que les vipères et les couleuvres, ne supportent guère l'abstinence au delà de deux à trois mois, comme je l'ai plusieurs fois constaté.

Parmi les mammifères, les carnassiers la supportent mieux et plus longtemi»- (|ue les omnivores et surtout que les herbivores. On sait que le loup, le lion el toutes les espèces analogues, n'ayant pas toujours une proie à leur disposition, sont habituellement exposés à des privations qui doivent leur être plus tolérables qu'à d'autres animaux. Aristote croyait même qu'il était dans la nature des carnassiers de ne faire que des repas très éloignés, car il dit' que le lion, après s'être bien repu, reste deux ou trois jours sans manger; mais l'observation de ce qui se passf dans nos ménageries prouve (pie les es[ièces les plus essentiellement carnassières mangent très bien tous les jours, quelle que soit l'abondance de leur nourriture. Les chiens, d'après les expériences de Magendie et de Collard de Martigny, vivent trois à quatre semaines sans prendre d'aliments; d'après Leuret et Lassaigne^, ils l»euvent supporter une privation complète d'aliments et de boissons pendant un mois dans un lieu sec et chaud, et jusqu'à quarante jours dans un lieu humide et sombre. C'est aussi ce que j'ai constaté plusieurs fois dans mes expériences sur la glycogénie et sur la chaleur animale. Le chat peut, ainsi que je l'ai vu, passeiégalement seize, vingt-deux, vingt-huit, trente-six jours sans aliments et même sans boissons. Quelques carnassiers cependant font exception à la règle, car l;i taupe, suivant les observations de M. Flourens, ne peut guère vivre plus d'un jour sans prendre de nourriture. Et, en elYet, celles que j'ai enfermées dans un ton-

1. Aristote, //«/o//e des animaux, iiv. VII, p. 417. Pline prétend que cet animal mmange que de deux jours l'un. Comment pouvait-il le savoir?

1. Leuret et Lassaigne, l\er]irfpho< phi/sinlnf/irii/'^^ rf r/tn,i'i/itt\'< pniir srrr/r à l'/i>>liiirr ilr la (lii/>"^Hii)i. Paris, 182.').

neaii défoncé, plein de terre, sont mortes, quand, après \ingt-quatre ou quarante-huit heures, j'ai cessé de leur fournir des vers ou de la viande hachée.

L'homme, dans les conditions ordinaires, ne peut se passer d'aliments au delà de trois à quatre jours sans éprouver de vives souffrances ; il peut vivre quelquefois deux à trois semaines, même plus, s'il est condamné à l'immobilité, comme on l'a observé dans les galeries de mines. Les omnivores sont dans le même cas. On a vu, en Suisse, dans un bâtiment enseveli sous une avalanche de neige, un porc vivre six à sept semaines.

Les herbivores s'accommodent avec peine d'une ahstinence aussi prolongée. Le chameau, le dromadaire et les autres ruminants quiont une ample provision accumulée dans les premiers estomacs, n'en souffrent pas trop, au début. M. Bouley a vu le cheval jeûner pendant douze jours, et Gurlt jusqu'à vingt-sept. Dans une expérience dont j'ai déjà publié les résultats curieux ^, je me suis assuré que le cheval, s'il est vigoureux et dans de bonnes conditions hygiéniques, peut, sans mourir, aller jusqu'au trentième jour, pourvu qu'on laisse de l'eau à sa disposition. Le lapin vit environ douze jours, d'après Dugès, et jusqu'à dix-sept jours suivant Bernard, sans aliments ; les souris trois jours, d'après Magendie, et les rats deux jours à peine par les fortes chaleurs de l'été, du moins autant que j'ai pu m'en assurer sur cinq ou six individus de cette espèce. Les oiseaux ne peuvent supporter aussi longtemps cette privation que les mammifères. Buffon dit qu'elle peut aller à trente-cinq jours pour l'aigle, à quatorze pour le vautour, à dix pour l'effraie. Redi n'a vu vivre les animaux de cette classe que vingt jours lorsqu'il leur laissait des liquides, et neuf jours seulement quand ils étaient à la fois privés d'aliments et de boissons. Spallanzani a même vu un duc périr après six jours seulement d'abstinence.

Les oiseaux granivores ne sont pas dans le même cas. Dugès dit qu'ils meurent après deux jours d'abstinence. J'ai vu cependant un dindon vivre dans cette circonstance quatre jours entiers. Le canard qu'on veut faire périr d'inanition passe cinq à six jours sans aliments, et mange après cette épreuve avec une étonnante avidité. J'ai vu un palmipède de cette espèce résister aune abstinence de quinze jours. Sur l'oie elle peut aller aisément à un mois. Une oie à foie gras, qui me fut expédiée de Strasbourg, vécut dans sa caisse quarante-quatre jours, sans recevoir autre chose que de l'eau, et encore après cette longue période on la tua, sans qu'elle parût à la veille de mourir ; mais les petits oiseaux ne sont pas dans le même cas. Les moineaux, les fauvettes adultes sans aliments, meurent de la vingt-quatrième à la quarante-huitième heure de leur réclusion. Le rossignol vit à peine un jour sans insectes.

Les jeunes animaux, à quelque espèce qu'ils appartiennent, et quel que soit, du reste, leur régime, supportent moins longtemps l'abstinence que lesadultesetles sujets avancés en âge. J'ai vu, en été, des lapins dont la mère était morte deux ou trois jours après le part, vivre quatre à cinq jours, bien qu'ils fussent nus et froids. J'ai vu également déjeunes chiens ou de petits chats, séparés d(^ leur

1. G. Colin, Des c/jfcls da Tah.'^tinc'iicc et de l'alime/ilulion insu/fisan/e c/ie: ies animaux [Recueil de méd. vétérin., 1862, p. 860, et 186.3, p. 62).

mère, vivre le inêmc laps de tem|)s et jusqu'à une semaine entière. Ambrosoli a observé que desliérissons àl;j mamelle, dont la mère s'était échappée, ont résisté jusqu'au seizième et au vingtième jour ; mais les chais, à la veille d'être sevrés, n'ont pas dépassé, dans mes expériences, le douzième jour de l'abstinence.

Les animaux adultes et en bonne santé peuvent vivre sans aliments, bien plus longtemps que les jeunes sujets. Le fait est général ; mais la durée de la vie, dans ce cas, est en raison inverse de l'activité des animaux, et en raison directe du degré d'embonpoint. Ainsi, les animaux qui travaillent ou qui sont en proie à uneiigitalion continuelle, telle que celle des espèces qui ne s'habituent pas àla réclusion, sont vite épuisés; ceux qui, au contraire, demeurent calmes, souvent couchés, dans des lieux sombres, à température moyenne, résistent beaucoup plus ; enfin, les animaux n aigres succombcntpromptement, tandisque les gras résistent pendant un temps très long. Le cheval maigre, par exemple, ne vit que de cinq à dix jours en moyenne, le cheval gras el bien musclé, trois, qu;itre et cinq semaines.

L'abstinence produit des modifications remarquables dans l'éiat de divers organes et dans la plupart des fondions de l'économie; les premières portent sur l'appareil digestif : il faut les examiner sommairement.

L'esiomac, chez certains animaux, les carnassiers, par exemple, se vide complètement et s'aflaisse sur lui-même, au point que sa cavité est entièrement ellacée; les liquides qu'il pouvait contenir ont été résorbés ou chassés dans l'intestin ; il ne reste plusàla surface de la muqueuse plissée qu'uuf' couche épaisse de mucus. II ne se vide pas tout à fait chez le porc et conserve une cavité assez notable chez les solipèdes. L'estomac de ces derniers s'éloigne de Thypochondre gauche, se place en grande partie à la face postérieure du foie. Son cul-de-sac gauche, bien plus alfaissé que le droit, devient fort petit, et les libres charnues qui concourent àla lormalion des parois du premier se rassemblent en gros faisceaux bien distincts, séparés par des sillons profonds; le sac droit, plus dilaté, et non sillonné à l'extérieur, conserve intérieurement une certaine quantité de liquide jaune verdâtre, souvent presque dépourvu de viscosité marquée, et toujours neutre ou alcalin. C'est un reste des liquides que l'animal a bus, et qui se trouve mêlé à la salive déglutie pendant l'abstinence. Celui des ruminants conserve toujours unegrande quantité d'aliments. Les fourrages se tassent dans la panse si l'animal est privé de boisson, ou forment une masse dure qui surnage la partie liquide. Ils ne parviennent à èlrc ruminés qu'avec une extrême dilficullé si l'abstinence se prolonge. .Vussi l'animal meurt-il de faim avec une quantité d'aliments qui remplirait trois ou quatre l'ois l'estomac simple du cheval. Le réseau présente encore un peu de liquide mêlé à quelques parcelles alimenlaires. Les aliments du feuillet se dessèchent à un haut degré et forment des tablettes compactes entre ses lames mu- (|ueuses. Les vaisseaux gastriques sont llexueux, et très probablement ils reçoivent moins de sang que lors de la digestion : la muqueuse stomacale l'orme des plis qui sont, chez les soli()èiles, petits et très nombreux dans \r sacgauche. plus rares et plus sailbints dans le sac pylorique Dumas dit l'avoir trouvée altérée par l'absorption dans le chien, et Hunter assure l'avoir vue ulcérée sur un homme mort de faim. Ordinairement, elle n'est pas même sensiblement enflammée : néanmoins, j'y ai noté quelque apparence de phlogose sur un cheval mort après

une longue abstinence, et le faitest d'autant plus singulier que la gastrite est une rareté chez cet animal. Les lésions signalées par Dumas et Hunter, si elles sont possibles, doivent être peu communes.

L'intestin grêle revient l'acilement sur lui-même, surtout à sa dernière portion. Il se resserre, au point de prendre, notamment chez les carnivores, l'apparence d'une corde ; sa cavité s'efface par l'accolement de sa muqueuse à elle-même, et par la densité qu'acquiert son mucus; il conserve quelquefois, de distance en distance, des dilatations séparées par des étranglements qui lui donnent l'aspect moniliforme ; sa muqueuse plissée s'enflamme facilement et il se développe des stries inflammatoires sur les parties saillantes des plicatures ; ses liquides s'épaississent, finissent par devenir troubles et se mêler à des gaz fétides ; ils conservent toujours une extrême viscosité. Le gros intestin s'affaisse et se vide presque entièremeni chez les carnassiers et les ruminants, mais il conserve beaucoup de matières plus ou moins épaisses dans les solipèdes. Sur un cheval très vigoureux mort après douze jours d'une privation complète d'aliments, l'estomac contenait Slitres d'un liquide trouble, jaune verdâtre, fétide et l'intestin grêle, 2 litres et demi d'un autre fluide jaune d'ocre, alcalin et également fétide ; le cœcum, 15 litres d'un liquide tenant en suspension quelques parcellesalimentaires,et le côlon replié, 20 litres dematières très délayées, où les aliments entraient à peu près pour un dixième. La muqueuse du sac droit de l'estomac était très évidemment phlogosée, celle de l'intestin grêle encore davantage; entin, celle du côlon et du cœcum l'était très vivement. Cette dernière, recouverte de fausses membranes très adhérentes, avaitses follicules hypertrophiés. II est digne de remarque que l'intestin ne se débarrasse jamais de son contenu chez les solipèdes etlelapin, oi!iil estbosseléetanfractueux, tandis qu'il se vide à peu près complètement chez les ruminants, les carnivores, le hérisson, la chauve-souris. On le trouve ordinairement vide pendant l'abstinence hivernale des animaux qui s'engourdissent, comme Aristote l'avait noté sur l'ours. Il se vide insensiblement sur les hérissons qui tombent dans la torpeur; néanmoins, il peut offrir chez ces animaux, pendant les froids intenses, une certaine quantité de résidus alimentaires même des pelotes d'herbes, si les rémittences de l'engourdissement leur ont permis quelques légers repas.

Il est à noter que certaines parties du tube intestinal se vident plus complètement que d'autres, et dès les premiers temps, comme l'origine et la lin de l'intestin grêle de la plupart des animaux, la dilatation terminale de l'iléon, l'appendice du cfecum, le premier segment du côlon chez le lièvre et le lapin.

Les annexes de l'appareil digestif éprouvent aussi quelques modifications. Le foie se rapetisse ; son tissu noircit et devient ferme ; ses cellules perdent la plus grande partie de leurs gouttelettes de graisse, tout en conservant une certaine quantité de glycosc ' ; il continue à fonctionner, et la bile qu'il verse dans l'intestin est complètement éliminée; c'est elle qui donneaux matières cxcrémentitielles la teinte jaunâtre qu'elles ont si nettement, surtout chez les oiseaux. La vésicule se distend et se remplit d'une bile épaisse dont la quantité s'élève parfois, chez le bœuf, à

1. G. Colin, Sur les diverses états des cellules du foie [Comptes rendus de l'Académie des sciences, novembre 1851).

plus de 1200 grammes. Celle qui coule dans l'intestin reflue en partie dans l'estomac, notamment chez le porc, où elle colore le mucus de la partie droite du viscère et les liquides qui s'y trouvent en dépôt.

Il survient, par suite de l'abstinence, des modifications non moins sensibles dans tout le reste de l'économie.

La masse du corps éprouve une réduction considérable, car l'animal pendani l'abstinence vit au dépens de sa propre substance. Il emprunte à ses orj^anes l'équivalent de ce qu'il tire normalement des matières du dehors.

Létaux de l'emprunt intérieur est nécessairement proportionné à la taille de l'animal ; mais il varie suivant une foule de ciiconstances. Un cheval musclé et d'un certain embonpoint, du poids de 403 kilogrammes, a perdu, entrentejours d'abstinence, 80 kilogrammes, ou 2(5()(j grammespar vingt quatre heures, soit la 1.02' partie du corps, ou b'^^SS par kilogramme. Un autre cheval pesant. 'i08 kilogrammes, sous le coup de la morve aiguë au début, perdait 64 kilogrammes en quatre jours, 17 le premier, 16 le second, 1() le troisième, lo le quatrième, soit par jours la 31^ partie du poids du corps, ou .31 grammes par kilogramme, conséquemment o fois autant que le précédent. Un jeune taureau, du poids de 313 kilogrammes, perdait 5 kilogr. 7, ou la o.j'' partie du corps, 18 grammes par kilogramme. — Une chienne de 22 kilogrammes perdait 280 grammes, la 79° partie du poids du corps, 127 grammes par kilogramme ; une autre, du poids de 8 kilogrammes, diminuait d'un W)'. Un chatgrasdeDkilogr. 83(), éprouvait une pertede.T9°'',07, ou d'un 97^ Une oie du poids de 4800 grammes, 5Gs%27. ou un 8o^ soitlls'",72 par kilogramme; un canard, un 28^ D'où il résulte que la perte varie du simple au quintuple, soit dans la même espèce, soit d'une espèce à l'autre, du mammifère au mammifère, de l'oiseau à l'oiseau.

Les déperditions des hibernants oscillent dans des limites très étendues, suivant qu'ils sont éveillés ou engourdis, suivant même que leur torpeur esl plus ou moins profonde. Ainsi, dans mes expériences, un hérisson perdait de2à8 grammes par kilogramme, un autre de 1 à 8 grammes, ou de la 686° à la 98*^ partie du poids du corps. 11 en a été à peu près de même du colimaçon qui perdait trois foisautani avant l'occlusion de la coquille (ju'après la formation de l'opercule.

Du reste, ces déperditions vont décroissant, d'une manière absolue, à mesure que l'abstinence se prolonge; mais elles demeurent souvent, d'une manière relative, aussi considérables à la lin que dans les premiers jours. Chossat les a vues constamment plus fortes les premiers jours (jueles jours suivants, après lesquels elles tendent à devenir uniformes. La mort survient lorsqu'elles se sont élevées, en moyenne, aux quatre dixièmes du poids initial chez les animaux d"un end)onpoiul ordinaire, et aux cinq dixièmes chez les animaux gras. Ce résultat arrive vingttrois fois moins vite sur un vertébré à sang froid que sur un mammifère.

Ces pertes sont supportées, dans des proportions très variables, [lar les diverses parties du corps. Elles sont énormes dans quelques-unes, très faibles dans d'autres. La perte moyenne étant de 40 pour lOO, celle de la graisse peut, d'après Chossal'. s'élever à 93 ; celle du sang à 75 ; du foie, à o2 ; du C(eur, à 44 : des muscles, à

1. Chossat, Hecherches expérimentales sur l'inanition. Paris. 1843.

i2 ; celle de la peau n'est que de 33 ; des os, 216 ; du système nerveux de 1 centième; mais il y a, à cet égard, des différences suivant les espèces animales.

La graisse se résorbe avec rapidité, particulièrement celle qui est sous-jacente à la peau, celle qui se trouve dans les interstices musculaires, puis celle quiest en dehors du péritoine, dans les mésentères, les épiploons, à la périphérie des reins, au bord supérieur de l'encolure du cheval, sous le sternum des ruminants. La graisse des os diminue très notablement : aussi, les squelettes des animaux qu'on a fait mourir d'inanition, après de longues privalions, sont-ils susceptibles d'acquérir une blancheur et une légèreté que ne possèdent jamais ceux des animaux gras. Il est cependant des parties où la graisse se conserve en quantité considérable, quelle que soit la durée de l'abstinence. Ainsi, on en retrouve constamment au coussinet de la gaine fibreuse de l'œil, dans la fosse temporale, à la base de la conque, autour de la dure-mère rachidienne, dans les scissures coronaire et spiroïde du cœur, en arrière des ligaments rotuliens. Cette graisse, dans les points où elle persiste, change de teinte chez les solipèdes ; on lui voit prendre un reflet rougeâtre qu'elle n'a point habituellement; les coussinets des tempes sont comme infiltrés de sérosité; les mailles cellulaires qui emprisonnent les vésicules deviennent plus apparentes et leurs vaisseaux mieux dessinés. Toutefois, la résorption de cette matière met un temps très long à s'effectuer si l'animal est d'un embonpoint considérable. Le cheval qui avait supporté l'abstinence pendant trente jours en conservait encore 14 kilogrammes dans la cavité abdominale.

Le système musculaire, qui a déjà perdu de son volume apparent par la résorption de la graisse sous-cutanée et interstitielle, s'atrophie réellement avec une certaine rapidité; les muscles se dessinent sous la peau avec leurs reliefs et leurs découpures, surtout lors de la contraction ; ils laissent en évidence les saillies des os et les formes du squelette, surtout dans les membres. Chez les ruminants, et chez les rongeurs, ils arrivent à un degré extrême d'émaciation qui donne à plusieurs la minceur d'une feuille de papier et presque de la transparence ; leur tissu devient sec, coriace, peu nutritif, indigeste; leurs faisceaux primitifs tendent à perdre leurs stries, lorsque le marasme atteint ses dernières limites. Chimiquement, ils sont très altérés : iln'y a plus de graisse, plus de sucs dans les interstices de leurs fibres, et, sans doute, les matières extractives,rosmazome, ne s'y trouvent plus dans les proportions normales. C'est par suite de ces modifications et de son atrophie que le muscle ne possède plus qu'une contractilitéafl'aiblie, qu'il est incapable d'effort, etc.

Les muscles de la vie organique participent à l'atrophie. Le cœ.ur se rapetisse et s'amincit; les plans charnus de l'estomac, de l'intestin, de la vessie, perdent de leur poids, l)ien que le resserrement des réservoirs semble, au premier abord, y indiquer une augmentation d'épaisseur.

Les autres parties, notamment le foie, la rate, les reins, les testicules, les mamelles, en fournissant leur contingenta la résorption, subissent une atrophie plus (»u moins marquée. Les UKîmbranes mêmes, les crins, les poils, les plumes, éprouvent un rétrécissement dans les parties produites pendant l'abstinence.

Les fiuides, de même que les solides organiques, se réduisent à de moindres proportions. Le sang, dont les matériaux ne se renouvellent plus qu'aux di'pens des propres matériaux de l'organisme qui se décompose de toutes parts, éprouve

ABSTINENCK. f»!'»

une diminution de quantité fort a()préciable, qu'on ne soupçonnerait pas, du reste, le plus souvent, si l'on prenait en considération l'état des muqueuses apparentes. Les vaisseaux s'nflaissent; ceux qui sont ordinairement gonflés sous la peau s'eflacenf graduellement: cette diminution est portée si loin que les animaux qui ont succombé à une longue abstinence sont presque exsangues, comme Haller ei une foule d'auteurs l'ont remarqué: mais on n'est pas bien fixé sur les changements que ce liquide éprouve. On sait cependant, d'après les analyses de MM. Lecanu, Gavarret, que la quantité de ses globules dimin\ie. Son eau et son iiibumine nuguienteraieut, daiuès quelques observateurs. Dans quelques cas, sa composition se modifie à jjcine. Il renferme sur les animaux gras, d'après mes observations, assez de graisse pour présenter un sérum d'une teinte opaline et beaucoup de sucrée Celui du cheval qui vécut trente jours sans aliments, présenta à M. Wui'tz une constitution à peu près normale. Dans tous les cas, les tissus pâlissent, se dessèchent en quelque sorte; mais ils ne deviennent point phosphorescents, ainsi que le disent certains auteurs.

Tja lymphe, d'après Collard de Martigny, augmenterait sensiblement de quantité pendant les quatre à cin(( premiers jours de l'abstinence : cette particularité assez bizarre me paraît difficile à expliquer; je ne l'ai point constatée sur les ruminants, au canal Ihoracique desquels se trouvait adapté un tube donnant écoulement au chyle et à la lymphe; au contraire, la lymphe devenait de plus en plus rare, au point que l'écoulement était à peu près nul dès le troisième ou le quatrième jour.

Les fonctions se modifient très sensiblement sous l'influence de l'abstinence. La circulation se ralentit, le pouls devient petit et d'une rareté excessive, lorsqu'il n'y a point de fièvre. La respiration se ralentit dans la même proportion que la circulation. Il résulte de lues observations, que le cheval dont les dépei'ditions s'élevaient à 2(366 grammes par jour, devait consommer seulement à peu près le tiers du carbone, la moitié de l'hydrogène qu'il aurait usés dans les conditions normales. Néanmoins, d'après M. Boussingault, la quantité d'acide carbonique resterait, si ce n'est au dernier moment, ce qu'elle est dans les circonstances ordinaires. La chaleur animale baisse, d'après Chossat, et éprouve une réduction de trois dixièmes de degré toutes les vingt-quatre heures, de mnnière à descendre sur la fin de l'inanition à 13 ou 14 degrés au-dessous du chilfre habituel. Mais cet abaissement ne se produit pas d'une matière notable, comme je l'ai constaté sur le cheval, le chien et l'oie, si l'animal est très gras : la température se maintient alors, à 1 ou 2 degrés près, à son chilfre normal, pendant trois, quatre, cinq semaines. Le refroidissement, au contraire, est extrêmement marqué chez les animaux qui man- (pient de substances combustibles. Les sécrétions se tarissent, l'urine est peu abondante, surtout si les animaux sont privés de boissons; elle reste encore chargée d'une forte proportion de principes salins et de matières animales. M. Boussingault^ y a trouvé encore chez les oiseaux de l'acide urique et Lassaigne^, de

1. G. Colin, Nouveau cuup d'ii-il sur les p/iriioinène^ de la glijeogénie animale [Herue'l lie médecine oétérinairc, î86:J, p. 850).

Page 1