Boussmgault, ouvr.eité,\. 11, p
.']. Lassaigue, Journal de chunie médicale, 18:25.
l'urée, chez un fou qui avait résisté à une abstinence de dix-huit jours. Ordinairement elle cesse d'être trouble et sédimenteuse chez les herbivores; elle devient incolore, claire, et ne laisse plus déposer de carbonates; elle acquiert l'acidité de celle des animaux qui se nourrissent de chair; son acide hippurique est remplacé par l'acide urique. La transpiration cutanée semble perdre de son activité; les sueurs n'apparaissent que fort rarement. Chez quelques espèces, celle du porc notamment, la matière sébacée devient abondante, visqueuse et donne à la peau un aspect repoussant ; les mamelles se flétrissent ; la lactation se suspend ; la salive visqueuse, destinée à humecter la bouche, devient épaisse et n'est plus déglutie qu'en petite quantité et à de rares intervalles ; elle ne coule plus pendant la mastication; les sécrétions intestinales seules conservent une assez grande énergie ; la bile continue à être versée en abondance ; elle donne aux matières de l'intestin grêle du porc et du cheval une teinte jaune bien sensible ; elle colore les matières fécales des gallinacés, et le savant chimiste que je viens de citer en a reconnu l'existence dans les excréments des oiseaux; enfin, les exhalations séro-muqueuses du tube intestinal deviennent si abondantes parfois, qu'elles déterminent une diarrhée dont l'apparition signale souvent les derniers moments de la vie des animaux qui meurent d'inanition.
Il y a dans l'abstinence deux périodes distinctes, l'une oi!i l'animal se nourrit régulièrement aux dépens des matériaux qu'il puise en lui même, l'autre pendant laquelle il cesse de trouver dans sa propre substance des éléments suffisants pour entretenir sa température et renouveler son sang. Ces deux périodes d'inégale durée ont chacune leur physionomie propre et laissent entre elles une ligne de démarcation importante. La première dure tant que les phénomènes de l'autophagie s'accomplissent avec régularité, c'est-à-dire tant que l'absorption peut enlevei' une suffisante quantité de matériaux combustibles et plastiques : alors la température du corps se maintient, le sang demeure abondant et riche, la lymphe épaisse et sucrée; c'est ce que j'ai observé pendant plusieurs semaines sur le cheval gras, l'oie, le hérisson, au début de l'engourdissement; mais, à la seconde période, la scène change, l'absorption ne recueille plus la somme de matériaux nécessaire ; la masse du sang diminue de moitié, même des deux tiers; le liquide s'appauvrit en globules, en fibrine, en sucre, les sécrétions tarissent, les sensations deviennent obtuses, les mouvements lents, le refroidissement est considérable.
Lorsqu'un animal est soumis à l'abstinence et tant que les choses se passent comme dans la prennière période, la faim n'est point éteinte et la faculté de digérer, puis d'assimiler, demeure entière. Si l'on remet, avecquelques précautions, l'animnl à son régime, il rei)rend peu à peu ses forces et arrive bientôt à compenser set«. pertes. Une fois que son sang cesse de se reconstituer comme il doit le faire, et que la température baisse fortement, la faim s'apaise, s'éteint dans un vague sentiment de souffrance; l'animal ne cherche plus les aliments, il les refuse si on les lui présente, ou, s'il les prend encore, ses mâchoires ne les broient plus qu'avec peine : les glandes salivaires ne les arrosent pas ; ils sont déglutis péniblement ; l'estomac, plongé dans la torpeur, se comporte comme un vase inerte, il ne verse plus sui' eux le suc dissolvant; les séciétions intestinales ne sont plus que des mucosités chargées d'épithéliums: la digestion est impossible et partant l'ossimilatinn esl
supprimée; rinanition suit, dès lors, sa marche fatale; elle aboutit bientôt au refroidissement qui est le sinistre avant-coureur de l'agonie.
L'abstinence détermine, suivant ses périodes et suivant les animaux qui la supportent, certains efiets généraux fort remarquables. Dans les premiers temps, les animaux sont surexcités ; le cliien aboie, comme pour demander des aliments, et il en cherche partout s'il est libre; le bœuf bi'ugle, foule sa litière, ramasse avec la langue tous les brins de paille qui sont à sa portée ; le cochon fait entendre un grognement particulier souvent répété, et se met à ronger les planches de sa hutte et à insinuer son groin dans tous les interstices des parois de sa prison ; le loup vient hurler, dans les temps de neige, sur la lisière des bois; les carnivores sauvages deviennent d'une extrême férocité; les rats enfermés ensemble se mordent souvent avec une animation remarquable. Après ces premiers jours d'excitation survient un calme de plus en plus profond dont l'animal ne sort que par moments. Lr chien se retire dans un coin et se couche ; il n'aboie pas et ne semble plus réclamer d'aliments. Plus tard, lorsque son alfaiblissement a fait des progrès, si on lui jette un morceau de pain, il se lève, marché en chancelant ; souvent il se heurte et parfois il tombe; ses yeux ternes, enfoncés dans les orbites, expriment la langueur et la souffrance, qu'il faut comparer aux angoisses pénibles et déchirantes des malheureux qui vont mourir de faim. Le pauvre animal, les membres à peine redressés, se i)récipite sur l'aliment qu'on lui adonné; il le mâche avec lenteur, comme si ses mâchoires étaient sans forces; on voit qu'il éprouve une grande difiiculté dans la déglutition. Bientôt, il revient dans le coin où il a l'habitude de se reposer, et c'est le plus obscur de son habitation; il s'y couche en cercle et reste indiflerent à ce qui se passe autour de lui ; plus tard, il ne veut pas en sortir, même quand on lui présente de la nourriture. L'oiseau n'a pas la force de se tenir perché. Le dindon, par exem[)le, reste immobile et comme hébété; ses mouvements deviennent très lents : au bout d'une abstinence de deux ou trois jours, il refuse les aliments, mais il boit encore avec avidité; ses caroncules pâlissent cl acquièrent de la flaccidité; ses déjections sont molles et bilieuses.
La mort, qui termine le malheureux état dont nous parlons, est précédée, chez le cheval, d'un décubitus latéral plus ou moins prolongé d'une sueur froide et de quelques convulsions de courte durée; elle survient après un temps dont la durée varie suivant l'espèce, l'âge, l'état des animaux et les conditions diverses dans lesquelles ils peuvent se trouver.
On s'est demandé quelle pouvait être la cause prochaine de la muri (|ui mt't (in à l'abstinence. Les uns ont considéré cette cause comme étant le résultat de la diminution de la masse du sang; les autres, Chossat. par exenjjile, l'ont vur dans l'abaissement de la chaleur animale; il en est qui l'ont attribuée au défaut d'excitation du système nerveux, au manque d'éléments réparateurs. Ici, l'effel résulte évidemment de plusieurs causes : le sang appauvri est en proportion trop minime; les tissus, déjà brûlés en partie, ne reçoivent plus île matériaux de réparation ; la resjiiration manque de combustibles ; la chaleur animale descend à un degré insuflisant; l'eslomac et l'intestin sont irrités; le svstème nerveux est privé d'excitants assez énergiques ; tous les rouages de l'organisme sont usés. En faut-il plus pour mourir?
irl'l DE L4. DIGESTION.
Laliineiitatioii insut'tisante, de même que la diète à laquelle ou souuiet les. uiulades, peut, à la longue, produire les mêmes effets que l'abstinence et avoir les mêmes suites. Elle a ce caractère toutes les fois que la nourriture n'est pas quantitativement ou qualitativement proportionnée aux besoins et aux déperditions de l'économie. Comme l'abstinence, elle menace l'organisme de ruine; elle conduit fatalement à l'inanition et à la mort, si elle fait perdre au corps la moitié de son poids primitif.
Dans le plan de la nature, elle est par moments, pour beaucoup d'animaux, un accident ordinaire, notamment pour les herbivores des régions froides ou tempérées, dont la végétation est suspendue pendant l'hiver. Ces animaux usent alors, pour suppléer à leur chéiive ration, la provision de graisse qu'ils avaient amassée pendant la belle saison. Ils ne périssent qu'autant qu'ils ne trouvent pas en eux un appoint convenable à leur alimentation. C'est pour se soustraire aux inconvénients de cet état qu'un grand nombre d'espèces, parmi les mammifères, les oiseaux, les poissons, éprouvent des migrations plus ou moins étendues. Les uns passent des montagnes dans les plaines, les autres se transportent des plaines arides dans les endroits ombragés, des régions polaires dans les climats tempérés, de ceux-ci dans les pays chauds, etc.