‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 197 sur 287 · ACTION DES DENTS · texte numérisé non relu

ACTION DES DENTS

ruminants, est accessoire. Lorsque, dans ladiduction, la mâchoire inférieure se porte à droite, c'est le plérygoïdion ^'auclie qui se contracte, et réciproquemenl. Il est évident que si les muscles des doux cùiés agissaient ensenddo et avec une égale intensité, il n'y aurait pas de mouvement latéral.

Les niasséters peuvent aussi prendre part à la diduction, puisque leur poini lixe est plus éloigné du plan médian (|ue leur teiininaisou ; umis cunnnc il n'y a l>as à cet égard une dillérence très grande, et comme cette diiïérence n'existe pas pour tous les animaux, ces muscles ne iiarfici|iciit aux uiouvemeiits latéraux que dans des limites très étroites ; toutefois, lorscpie cela a lieu, le masséler qui contribue à la diduction est ))récisément celui du côté vers lequel la màclioire se porte. La partie orbitaire du crotapliite, qui vient s'inséier en dedans et en bas de l'éminence coroiioïde, concourt aussi, sans aucun doute, à la production du mouvement latéral.

Cette action asymétrique de plusieurs muscles moteurs des mâchoires est fort remarquable, notamment en ce qui concerne les solipèdes et la généralité des ruminants dont la mastication demeure unilatéiale pendant des périodes assez longues; car elle suppose, delà part des muscles d'un cùté, une contraction lenouvelée à chaque coup de dent, alors que ceux du côté opposé demeurent relâchés ou tout au moins ne se contractent que faiblement. Elle prend un autre caractère chez le dromadaire, par exemple, où la mâchoire inférieure dépasse alternativement à droite et à gauche la supérieure. Ici évidemment les muscles d'un côté alternent avec ceux du côté opposé.

IlL — Action des dents.

Les dents sont les organes passifs les plus essentiels à la mastication : leui' nombre, leur forme, leur structure même, et leur action varient beaucoup suivant les animaux.

Les carnivores possèdent trois sortes de dents. Les incisives, plus ou moins aiguës et tranchantes, portent à leur extrémité libre trois pointes inégales qui leur donnent une certaine ressemblance avec le haut d'une fleur de lis : les deux médianes sont plus petites (|ue les deux moyennes, et celles-ci plus petites que celles des coins. Les molaires, en nombre variable, augmentent de volume de la première à la pénultième ou l'antépénultième, qu'on appelle la carnassière: celle-ci, large et à plusieurs lobes vers son bord externe, est suivie d'une ou de deux tuberculeuses plus ou moins grandes. Chez le chien, les trois premières molaires supérieures ne touchent pas les (juatre premières inférieures qui leur correspondent ; elles s'en tiennent toujours à une distance plus ou moins considérable, quel que soit le degré de rapprochement des màclioires. Le lobe supérieur de la carnassière d'en bas vient appuyer sur le talon de la première tuberculeuse supérieure.

Les dents des carnivores, qui s'usent à peine, d'après la remarque tort exacte de Cuvier, conservent, les incisives exceptées, leur forme et l'acuité de leur? pointes. Les unes, telles que les incisives, les canines et les premières molaires, servent à la préhension et à la division des substances alimentaires; et les der-

nières sont exclusivement, réservées à ce dernier office. Les incisives agissent comme de véritables pinces coupantes dont les mors s'affrontent, et les molaires comme des ciseaux dont les lames passent l'une à côté de l'autre en se touchant; car la mâchoire inférieure étant en arrière plus étroite que la supérieure, les molaires d'en bas viennent glisser en dedans des molaires d'en haut. Les dernières d'entre elles, lorsqu'elles sont tuberculeuses, comme chez le chien, le loup, l'ours, l'hyène, servent au broiement des substances végétales ou des os.

L'ours, d'après Cuvier, n'a pas de carnassières proprement dites ; il possède deux tuberculeuses de chaque côté à la mâchoire supérieure et trois à l'inférieure; aussi ce plantigrade se nourrit-il en grande partie déracines et de fruits charnus. Les pointes des molaires sont déjà très aiguës chez les chats, qui ont une seule tuberculeuse fort petite à la mâchoire supérieure; aussi ces animaux, même le lion et la panthère, ne brisent-ils les os qu'avec une extrême précaution; elles sont encore plus fines et plus acérées chez ceux qui, comme la taupe et la chauvesouris, vivent de vers ou d'insectes.

Le système dentaire des herbivores est disposé d'une manière toute dilTérente.

Les six incisives que les solipèdes portent à chaque mâchoire ont dans le principe une cavité entourée d'émail, qui disparaît bientôt par l'usure de ses rebords, et laisse une surface de frottement assez large, successivement ovale, ronde, triangulaire, etc.; elles servent à pincer le fourrage dans le râtelier et à couper l'herbe. Ces dents préhensiles n'existent, dans la plupart des ruminants, qu'à la mâchoire inférieure; elles y sont si faiblement implantées qu'elles jouissent toujours d'une mobilité remarquable, leur table y est fortement inclinée et leur bord antérieur plus ou moins tranchant.

Les molaires de ces deux ordres de mammifères forment en bas deux arcades plus étroites et plus rapprochées à la mâchoire inférieure qu'à la supérieure; leur partie libre, assez régulièrement prismatique, possède une surface de frottement inégale, sur laquelle les rubans d'émail dessinent des reliefs en croissants plus ou moins réguliers dirigés d'avant en arrière. Ces dents, contrairement à ce qui s'observe dans les carnivores, s'usent beaucoup; aussi leur partie libre est-elle très longue, et leur croissance se continue-t-elle jusqu'à un âge fort avancé. La prolongation des lames d'émail jusqu'à la racine et la différence de dureté qui existe entre la substance de ces lames et celle de l'ivoire sont les deux causes qui déterminent, à tous les âges de la vie, une inégalité constante de la surface de frottement, inégalité dont la permanence, compatible avec l'usure des dents, fait de ces organes « des meules qui se repiquent d'elles-mêmes, » comme le disait Cuvier. Sans cette remarquable disposition, les molaires à couronne plate des herbivores ne pourraient atténuer et réduire en petites parcelles les matières alimentaires, elles ne feraient que les écraser ; la mastication des fourrages resterait fort incomplète.

Les tables des molaires ont encore ceci de très remarquable que les inférieures sont inclinées en dehors et les supérieures en dedans. Les premières, moins larges que les secondes, olfrent en moyenne pour chacune, dans le cheval, une étendue superficielle de 28 centimètres 62 millimètres carrés; et celles-ci une surface de 3S centimètres 40 millimètres carrés. Leur étendue est égale, en

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somme, de chaque côté, à celle de la surface de frottement de deux meules glissant l'une sur l'autre par leur périphérie, et ayant un diamètre commun de 6 centimètres avec une largeur à la circonférence de 1 cenliinètic 1/2 pour la première et de 2 cenlimèlros pour la seconde.

Les molaires, dont le jeu est comparable à celui des meules de moulin, ou du mortier qui broie grossièrement les grains, sont disposées, chez les solipèdes et les ruminants, de manière à ne pou\oir agir en même temps des deux côtés. Gela tient à ce que les deux arcades molaires de la mâchoire su|)érieure sont plus écartées que celles de l'inférieure : aussi, quand les tables droites passent l'une sur l'autre, les tables gauches ne s'affrontent plus. D'ailleurs, lorsque les molaires fonctionnent, les incisives ne doivent pas se toucher, et réciproquement, pour éviter une usure inutile.

Ainsi agissent les dents, dans les deux groupes d'animaux ((u'il nous importe le plus d'étudier. Ces parties éprouvent, relativement à leur jeu, des modifications infinies qu'il serait trop long d'examiner ici. Dans tous les cas, leur mode d'action, qui est purement mécanique, implique de leur part une insensibilité absolue; néanmoins, elles servent à la sensibilité comme les productions pileuses, puisqu'elles sont implantées sur des pnpilles fort riches en divisions nerveuses. Elles sont sensibles au froid chez nous, et probablement aussi chez les animaux; elles transmettent aux nerfs de leurs racines la sensation de la résistance et de la [iression des corps qu'elles écrasent. Leur sensibilité extrinsèque doit être plus obtuse chez les animaux qui broient des os, comme l'hyène et le chien, que chez ceux qui soîit incapables d'écraser ces substances.

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