‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 203 sur 287 · CHAPITRE XXIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIÎ

DE L'INSALIVATION

Pendant que les matières alimentaires parvenues à la bouche y sont divisées et broyées par les dents, elles s'imprègnent d'un liquide destiné à les ramollir, à faciliter leur action sur l'organe du goût, aies préparer à être dégluties, et enfin, à leur faire subir déjà quelques modifications préliminaires à celles qu'elles doivent éprouver dans les parties profondes de l'appareil digestif.

L — Appareil salivaire.

Les glandes chargées de préparer les fluides salivaires et de les verser dans la cavité buccale, commencent à apparaître, chez les invertébrés, sous la forme tubuleuse, commune à toutes les glandes des animaux à circulation imparfaite; elles se présentent chez les insectes sous l'aspect de petits tubes ramifiés, ouverts dans la bouche ou la partie supérieure de l'œsophage, et prennent chez les mollusques le caractère lobule qui les distingue dans les vertébrés. Très peu volumineuses ou presque nulles chez les poissons qui ne mâchent guère leurs aliments, d'ailleurs suffisamment imprégnés d'eau, elles se dessinent mieux chez les reptiles où elles se modifient quelquefois comme chez la vipère, les crotales, pour produire un liquide venimeux; enfin, elles arrivent à leur maximum de développement chez les mammifères, notamment dans les espèces dont les aliments doivent éprouver, par l'action des dents, une division très complète, tandis qu'elles demeurent rudimentaires dans les cétacés qui avalent leur proie entière, et chez les phoques qui la divisent à peine.

INSALIVATION.

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L'appareil salivaire des mammifères comprend deuv parotides, deux maxillaire> et deux sublin^'uales qui sont parfaitement circonscrites, puis les glandes molaires, distinguées en supérieures et en inféiieures, étendu, les glandules sous-mufineuses, disséminées autour de la langue, à la face interne des joues et des lèvres. Ces diverses glandes ont été rapportées |)ar Duvornoy, à deux groupes appelés, liin. le système salivaire antérieur, formé par les maxillaires et les sublinguales, dont les canaux s'ouvrent à Feutrée de la cavité, tout près des incisives; l'autre, le système salivaire postérieur, composé des parotides qui versent le produit de leur sécrétion dans la partie moyenne de la bouche au niveau des dents molaires. Cette distinction ingénieuse est a(>puyée par les résultats de lexpérimentatinn. Xou>

FiG. Û9. - Tète (le vipère (*)

l*'if;. 100. — Appareil à venin isolé

verrons bientôt, en etTet, que ces deux systèmes fonctionnent chacun suivant i\t> lois spéciales, et que l'un fournit une salive dont les caractères et les propriétés diflèrenl très sensiblement de la salive de l'autre.

Les glandes salivaires, peu volumineuses dans les carnivores dont la masticalion est incomplète et qui font usage d'aliments contenant une forte proportion d'eau, sont beaucoup plus grandes chez les herbivores qui vivent de substances devant être parfaitement divisées et très délayées : aussi les voit-on arriver à leur degré extrême de développement dans les rongeurs, les pachydermes, le? solipèdes et les ruminants.

Parmi les mammifères, on peut reconnaître, en combinant les données de l'analomie comparée, que ces deux systèmes n'ont point, l'un par rapport à l'autre, un développement proportionnel dans toutes les espèces. Le système antérieur on celui des glandes à salive visqueuse, prédomine sur l'autre ou l'égale : 1° dans les carnassiers, lechien, le chat, les chauves-souris : 2" dans les animaux aqiiati- (|ues dont les aliments, déjà suflisannnent humectés, ont surtout besoin d'être enduits de mucosités propres à faciliter la déglutition : S^enlin, chez ceux qui n'oni pas ou presque pas de mastication, comme le fourmilici', le tatou, l'échidni'. Le

(■) a îïlaïKlt' à veiiiii ; A, son canal excn-leur se teniiinant en c à la base du crochet; d, croeliol pi iiioipal : (, ci-ochct de remplaoenieiit ; rj , //, etc., muscles et autres parties de la lOte. (Moquiii-Tandou.)

(•*) n, friande isi«IiSe;/;, h. son can.il: c, son réservoir: d. rrocliot n la cannelure rlnqupl oliouiil le ranal excréteur.

système postérieur, au contraire, dépasse de beaucoup le premier dans les animaux herbivores, notamment dans ceux qui ne jouissent pas de la faculté de ruminer. Les glandes qui, par leur ensemble, forment chacun de ces deux systèmes, ne sont pas toutes développées dans la même proportion. Dans le système aniérieur, composédes maxillaires etdessublinguales, auxquellesj'ajouterai les molaires supérieures ou glandes de Nuck, il arrive souvent que les sublinguales sont fort petites, alors que les maxillaires sont très grandes : ainsi les premières manquent chez le chien, oi!iles secondes sont énormes ; elles sont rudimentaires chez le dromadaire, tandis qu'elles deviennent très volumineuses et même doubles dans certains ruminants, le bœuf et la brebis, par exemple. La présence, l'absence ou l'atrophie de l'une d'elles sont des circonstances peu importantes, puisque celles qui restent peuvent, par suite d'un développement exagéré, suppléer les absentes, d'autant mieux qu'elles fonctionnent d'après un mode uniforme etqu'elles donnent des produits de même nature. Dans le système postérieur, composé des parotides et des molaires inférieures, il arrive que celles-ci sont grandes, alors que celles-là ne présentent pas tout le volume qu'elles sembleraient devoir acquérir, comme chez les ruminants domestiques, par exemple ; de même quand les parotides sont énormes, comme chez les solipèdes, les molaires inférieures sont rudimentaires.

Les deux systèmes étant, jusqu'à un certain point, indépendants l'un de l'autre, il peut arriver que le moins nécessaire disparaisse et que le plus utile persiste ; c'est aussi ce qui a lieu dans les oiseaux : le système antérieur à salive visqueuse conserve, dans un grand nombre d'espèces, des proportions considérables, tandis que l'autre n'offre pas, chez la généralité, de traces appréciables de son existence. Il faut que le premier persiste, car il donne la salive dont le principal usage est « d'humecter la bouche et d'enduire les substances alimentaires, pour les faire glisser dans l'œsophage et en faciliter la déglutition K »

Il est facile de voir, du reste, en comparant entre eux des animaux d'un même groupe, que les glandes salivaires offrent des variations très étendues, en rapport avec la nature des aliments et le mode de mastication. Ainsi, en mettant en regard les rongeurs qui vivent d'herbes avec les rongeurs omnivores, les solipèdes avec les ruminants, on est frappé de différences notables dont la raison physiologique n'est pas introuvable.

Parmi les mammifères herbivores, les solipèdes et les ruminants, qui font spécialement le sujet de nos éludes, sont, suivant la remarque de Cuvier, les animaux dont les glandes salivaires offrent le volume le plus considérable ; mais il existe entre ces deux groupes des différences très notables, tant sous le rapport du volume que sous celui du mode d'action de ces organes. Les ruminants se distinguent des solipèdes par la prééminence des glandes à salive visqueuse sur celles qui donnent lasalive aqueuse. Le dromadaire, le chevreuil et le mouton même feraient exception si l'on mettait seulement en ligne de compte les troi^ principales glandes salivaires; mais ils rentrent dans la règle, si l'on fait la somme de toutes les glandules delà face interne des joues, des lèvres, de la base de la langue et de 1 œsophage, lesquelles sécrètent un (liiide visqueux analogue à celui des sublinguales. Eu outre,

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