‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 212 sur 287 · IV. -=^ SÉCRÉTION DES SUBLINGUALES · texte numérisé non relu

IV. -=^ SÉCRÉTION DES SUBLINGUALES

La détermination du rôle des glandes dont les canaux peuvent recevoir des appareils, l'appréciation exacte des conditions, des caractères de leur sécrétion, et des relations qui existent entre l'action d'une glande et celle de toutes les autres, est une tâche facile ; mais l'étude de la sécrétion des petits amas glanduleux, dont les canaux, déliés et nombreux, sont presque inaccessibles à l'expérimentation, présente de grandes difficultés. Ce n'est, en quelque sorte, que par des artifices, des moyens indirects qu'il est possible d'arriver à un tel résultat.

Chez les solipèdes il faut procéder par voie d'élimination, faire couler à l'extérieur la salive des deux parotides et des deux maxillaires : alors, si l'animal mange, la salive qui imprègne les aliments provient des sublinguales, des molaires et des autres glandules, et s'il ne mange pas, le fluide dégluti, à des intervalles plus ou moins rapprochés, est encore cette même salive, qu'il est impossible d'obtenir directement. Ainsi, on peut voir quel est le produit total de toutes les petites glandes, et quelle est sa composition; mais, par ce moyen, le fluide obtenu est encore un mélange de diverses salives visqueuses.

Chez les grands ruminants l'analyse expérimentale va plus loin : elle isole la la salive de la sublinguale de toutes les autres.

La sublinguale est, chez ces animaux, pourvue à sa partie inférieure d'un canal qui suit celui de la maxillaire et vient se terminer au môme point. Or, ce canal supplémentaire, signalé par les auteurs des Leçons d'anatomie comparée, est

INSALIVATION.

assez grand pour qu'on puisse y placer un tube mince muni de son ampoule. Grâce à une si heureuse disposition, la petite glande a un rùle qui peut être déterminé avec autant de rigueur que celui des parotides et des maxillaires.

FiG. 102. — Sublinguale 'lu bœul' (*).

Pour établir la fistule on fait, dans l'espace intramaxillaire, une incision de 4 à 5 centimètres, en arrière de la surface génienne ; on met à découvert le canal, en isolant les granulations qui le recouvrent à la face interne de la glande, puis on l'isole, et enfin on y fixe le tube.

Dès que l'opération est achevée, on voit la salive couler en un filet très fin, ordinairement non interrompu ; cette salive est si visqueuse que le filet descend jusqu'à terre sans se briser, et se renforce de temps en temps par une gouttelette qui, avant de s'étendre, forme un petit nœud longtemps à disparaître. Pendant le repas et la rumination, l'écoulement n'offre aucune interruption; il est également continu pendant l'abstinence et lorsque des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale : seulement, il est plus abondant quand l'animal mange que dans toutes les autres circonstances ; il donne alors de 18 à 20 grammes de liquide par heure.

En suivant attentivement l'expérience, on voit très nettement : 1° que la salive de la sublinguale est encore plus épaisse et plus visqueuse que celle de la maxillaire, à tel point qu'elle ressemble à du mucus presque pur ; 2° que la sublinguale sécrète d'une manière continue pendant que l'animal mange, et non pas seulement à l'instant de la déglutition, comme l'a avancé Bernard, d'après ses recherches sur les glandes salivaires du chien ; 3° qu'elle sécrète sous l'influence des excitants mis dans la bouche, et que, par conséquent, elle agit sous ce rap[iort absolument comme la maxillaire ; 4° enfin, on voit qu'elle fonctionne encore pendant l'abstinence pour concourir à la production du liquide mixte qui humecte la muqueuse des premières voies digestives.

Il est hors de doute que la glande placée sous la sublinguale fait partie de celle-ci et n'est point une portion détachée de la maxillaire. Si cette sublinguale, à un seul conduit excréteur, appartenait à la maxillaire elle fonctionnerait comme elle, et, par exemple, suspendrait sa sécrétion pendant la rumination. Loin delà, elle sécrète pendant le travail méryoiquo, alors que l'autre est conqilètement inactive.

Quanta ce qui concerne les molaires et les autres glandules, il n'est pas possible

(*) [?, canal iuférieur de la sublinguale lonjjeaiit celui de la maxillaire ; A, eaual de W'iiarlon; CC. cauaux supérieurs, dits de Hiviuus.

d'analyser leur action. On pourrait, après avoir fait la ligature des canaux parotidiens et des canaux maxillaires, engager dans la bouche et fixer à la face interne des joues de petites éponges qui s'imprégneraient du produit de ces glandes non mélangé au fluide des amygdales et de la couche folliculaire du voile du palais.

En isolant avec soin les molaires supérieures, glandes de Nuck ou glandes sous-zygomatiques des molaires inférieures, et en les traitant ensuite chacune par l'eau, on constate, d'une part, que les molaires supérieures, qui sont formées d'un tissu jaune, mou, comme celui des maxillaires, communiquent à l'eau une grande viscosité; d'autre part, que les molaires inférieures, dont le tissu paraît semblable à celui des parotides, ne donnent pas au liquide une viscosité sensible. Or, puisque la substance des molaires supérieures se comporte, par l'infusion dans l'eau, comme les maxillaires et les sublinguales, il est probable que les premières sécrètent un liquide analogue à celui des secondes ; de même, les molaires inférieures, si développées chez le bœuf, oi!i elles ont un volume double des sublinguales, paraissent sécréter une salive peu différente de celle des parotides : aussi pourrait-on, à juste titre, les appeler paro//(ies accessoires.

Maintenant que le rôle de chacune des glandes salivaires est déterminé, il faut envisager ce rôle individuel dans ses rapports avec celui de toutes les glandes, ou, en d'autres termes, l'action collective du système salivaire.

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