‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 213 sur 287 · V. — SÉCRÉTION SALIVAIRE, DANS SON ENSEMBLE · texte numérisé non relu

V. — SÉCRÉTION SALIVAIRE, DANS SON ENSEMBLE

Si chaque glande a sa manière d'agir, sa vitalité propre, son espèce d'indépendance ou d'individualité, le système salivaire a aussi, dans son ensemble, une physionomie particulière et distinctive pour chacune des principales conditions dans lesquelles se trouvent les animaux. Ce système fonctionne pendant le repas, la rumination, l'abstinence et pendant que des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale., suivant des lois qui ne sont point les mêmes pour ces quatre circonstances.

Pendant le repas, toutes les glandes fonctionnent très activement: les deux parotides sécrètent; mais elles ne versent pas toutes les deux, pendant une période donnée, la même quantité de salive ; l'une, celle du côté sur lequel la mastication s'opère, produit le tiers, le double, le triple et même le quadruple de ce que produit l'autre : elles fournissent de la salive en abondance tant que la mastication est rapide; elles ralentissent leur action sur la fin du repas et à mesure que la mastication devient languissante. Les maxillaires sécrètent aussi ensemble, et donnent Tune et l'autre à peu près la même quantité de salive : toutefois, leur produit ne représente ni la moitié, ni même le tiers de celui des parotides chez les animaux où ces deux espèces de glandes sont sensiblement égales. Les sublinguales sécrètent également, et l'expérience le démonti'e. Enfin tout porte à croire qu'il en est encore ainsi pour les molaires et les autres glandules. Quant à celles-ci, l'expérimentation peut encore, sinon par des moyens directs, au moins par des voies détournées, mettre en évidence leur participation et même l'apprécier assez exactement.

En elfct, si, après avoir établi deux fistules parotidiennes et deux fistules

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maxillaires, de manière à en recueillir le produit, on vient à donner des aliments à l'animal, et si on prend les bols qui s'échappent d'une ouverture pratiquée à l'œsophage, on voit, en défalquant le poids des aliments de celui des bols, que, dans une période d'un quart d'Iieure, par exemple, les suhlinsruales et les autres glandules ont produit une quantité considérable de salive qui, additionnée avec celle reçue dans les ampoules, donne un total fx'u diflérent d(! celui qu'on avait obtenu dans une péiiode précédente, alors que tous les canaux étaient libres, afin d'avoir un terme de comparaison.

On pourrait objecter à ce mode d'expérimentation que, si les sublinguales et les autres glandules sécrètent lorsque les parotides et les maxillaires versent leur produit à l'extérieur, c'est qu'elles restent seules pour l'ournir les liquides qui doivent imprégner les aliments. L'objection, si spécieuse qu'elle paraisse, n'a pas une grande valeur, et on peut la réfuter expérimentalement. En effet, si les sublinguales et les molaires ne sécrétaient que pour suppléer les parotides et les maxillaires, elles rentreraient dans l'inaction lorsqu'on laisserait, par exemple, les grosses glandes verser leur salive dans la bouche. Or, en prenant un terme de comparaison, quand tous les canaux sont libres, on constate, après avoir fait successivement, à des intervalles plus ou moins éloignés, une, deux fistules parotidiennes, puis une et deux fistules maxillaires, que, dans des temps égaux et successifs, les quantités de salive sont peu différentes les unes des autres, eu égard toutefois à la gène de plus en plus grande apportée à la mastication. Au moyen de cette méthode progressive, qu'il est plus facile de comprendre que d'exposer, on arrive à cette conclusion que, lors de la mastication, toutes les glandes sécrètent ensemble, et qu'elles jouissent de leur maximun d'activité.

Dans cette circonstance, toutes les dents et toutes les glandes fonctionnent: les maxillaires pour humecter les matières alimentaires dès qu'elles pénètrent dans la bouche; les i»arotides pour les ramollir lorsqu'elles se broient sous les molaires, et enlin les diverses glandes à salive visqueuse pour en faciliter la déglutition.

Pendant la rumination, les phénomènes de la salivation ne sont plus ce qu'ils étaient précédemment. Les parotides versent une grande quantité de salive sur les aliments, bien qu'ils aient été déjà broyés puis humectés, tant dans la bouche que dans le premier réservoir gastrique. La masse de salive qu'ils reçoivent est très peu inférieure à celle qui afilue sur eux au moment de la première mastication. Mais encore ici, l'action des deux glandes conserve son caractère d'aÙernance et d'inégalité: alors les incisives ne fonctionnent pas ; l'aliment ne revient point à l'entrée de la cavité buccale, le système salivaire antérieur demeure inactif: les maxillaires se reposent; c'est tout au plus si elles donnent des quantités très minimes égales à celles qu'elles peuvent fournir pendant l'abstinence. C'est là, du reste, l'une des particularités les plus intéressantes de l'action des glandes salivaires chez les ruminants : elle montre bien l'indépendance dans laquelle ces glandes se trouvent les unes relativement aux autres.

Lors de l'abstinence, le fonctionnement des glandes salivaires se présente avec des caractères nouveaux, mais variables suivant les animaux.

Dans ce cas, chez les solipèdes, les parotides restent iuactives et les maxillaires ne donnent que quelques gouttes de liquide : l'expérience le prouve de la manière

gg2 DE LA DIGESTION.

la plus saisissante. Pourtant, la bouche est alors constamment humectée, et, de plus, l'animal avale de temps en temps des ondées d'un fluide visqueux qui ne vient ni des parotides ni des maxillaires, puisque ces glandes sommeillent tant que dure l'abstinence.

L'établissement de deux fistules parotidiennes, qui alors ne donnent rien et de deux fistules maxillaires qui fournissent très peu de chose, démontre donc clairement que les autres petites glandes, de même que les amygdales, la couche glanduleuse du voile du palais, etc. , fournissent la salive déglutie ; il prouve, de plus, que presque toute cette salive en dérive, car si, après avoir lié les canaux des parotides et des maxillaires, on adapte une ampoule à robinet à l'œsophage, on voit que la quantité du liquide dégluti est sensiblement la même dans un temps donné que celle qui s'écoule dans une. période égale, lorsque tous les canaux salivaires sont demeurés libres. Mais, pour arriver ici à des résultats comparables, il importe de prolonger les épreuves, attendu que la somme de salive déglutie durant l'abstinence est assez variable suivant diverses circonstances.

Pendant l'abstinence, chez les ruminants, les parotides ne sont pas inactives ; elles versent continuellement dans la bouche du huitième au quart de la somme totale de salive qu'elles sécrètent sous l'influence de la mastication. Ici encore, comme dans toutes les autres conditions, les maxillaires ne donnent que très peu de chose ; mais les sublinguales, les molaires supérieures, les glandes du voile du palais, fournissent une notable fraction de la salive déglutie, si l'on en juge par sa viscosité.

Si on ouvre l'œsophage à un grand ruminant en bonne santé, et si on adapte à ce conduit un tube muni d'une ampoule, on la voit bientôt se remplir de salive épaisse. Si, sur un autre, on introduit, par une plaie pratiquée au flanc et au rumen, le bras jusqu'au cardia et au réseau, on sent, à des intervalles assez rapprochés, descendre des ondées de salive visqueuse qui tombent en majeure partie dans le second estomac. D'ailleurs, on note cette déglutition sans le secours d'aucune expérience, par les mouvements ondulatoires de l'œsophage ou parles bruits qui les accompagnent.

En vertu de quelles excitations particulières y a-t-il une sécrétion salivaire si abondante chez les ruminants lors de l'abstinence ? Est-ce par l'effet d'une sympathie entre l'estomac et le système salivaire; je ne sais; mais ce qu'il y a de certain, et j'en donnerai la preuve plus tard, c'est que cette sécrétion est intimement liée à la rumination et indispensable à l'entretien de cet acte : ainsi nous connaissons souvent le but ou l'utilité des phénomènes sans pouvoir découvrir les moyens qui les produisent. En somme, la salivation de l'abstinence diffère donc ici considérablement de ce qu'elle est chez les solipèdes, surtout sous le rapport de son abondance et de l'activité incessante des parotides.

Enfin, dans la quatrième condition que nous avons indiquée, à savoir lorsque des substances excitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale, l'action des glandes salivaires se présente sous une forme spéciale, aussi nettement dessinée que toutes les autres. Ici les parotides ne sont pas, si ce n'est par exception, sensiblement inlluencées; mais les maxillaires, les sublinguales, les glandules à salive visqueuse, fonctionnent avec une activité plus ou moins grande, suivant le

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genre, la vivacité de l'excitation, l'étendue des surfaces sur lesquelles elle a lieu, et sa durée. Dans ce cas encore, certaines glandes agissent indépendamment des autres, comme si elles n'avaient rien de commun entre elles. J'avais donc raison dédire que l'action du système salivaire a une physionomie spéciale et très caractéristique dans chacune des conditions où elle s'exerce.

Maintenant, cherchons à déterminer la quantité totale de salive fournie par tout le système salivaire, et la proportion suivant laquelle chaque glande y contribue.

On reproduit dans tous les livres de physiologie quelques chilTres incohérents à l'aide desquels on voudrait établir la quantité de salive sécrétée dans un temps donné et dans une période de vingt- quatre heures : avec le soldat d'Helvétius, qui mouillait plusieurs serviettes à chaque repas, les auteurs citent, d'après Girard, le cheval qui donnait, par ses deux canaux parotidiens, 10 litres de salive en mangeant une demi-botte de foin, et un autre de Schuitz fournissant plus de 55 onces-de liquide en vingt-quatre heures par une seule de ses parotides, etc. Cependant rien n'est simple comme de déterminer avec exactitude la quantité totale de salive sécrétée dans un temps quelconque, en recueillant, par une plaie œsophagienne, les bols provenant d'une masse d'aliments préalablement pesés. Pour cela, il suffit de tenir compte : l" du poids des aliments donnés à l'animal ; 2° du temps qu'il met à les ingérer; 3° du poids des bols déglutis. Si Ion ne prend en considération que la quantité de salive absorbée parles matières alimentaires, il est clair qu'on ne peut arriver à cette détermination : ainsi, de ce que l'avoine n'absorbe qu'environ une fois son poids de salive, tandis que le foin en absorbe quatre fois autant, il ne faudrait pas conclure que le cheval sécrète moins quand il fait usage du premier aliment que lorsqu'il consomme des fourrages secs, car c'est précisément le contraire qui a lieu, comme nous le verrons tout à l'heure.

J'ai vu, en expérimentant suivant le mode précédemment indiqué, qu'un cheval de petite taille donne pour toutes ses glandes salivaires o 000 grammes de salive par heure, qu'un second de taille moyenne en fournit 5 200 grammes, et un troisième de forte taille jusqu'à 8800 dans le même laps de temps ; d'où l'on peut conclure que, terme moyen, les glandes d'un cheval qui mange du foin sécrètent de 5000 à 6 000 grammes de salive par heure. Elles produisent un tiers en sus lorsque l'animal mange de l'avoine, une moitié de la quantité normale pendant qu'il mange de l'herbe verte, et le tiers seulement de cette somme si son repas est composé de racines, telles que la betterave ou les navets. Les expériences deLassaigne', qui coïncident avec celles de la commission d"hygiène, ont appris que les fourrages secs absorbent quatre fois leur poids de fluides salivaires, l'avoine un peu plus d'une fois, la farine près de deux fois, et les fourrages verts à peine la moitié de ce poids.

Si l'abondance de la sécrétion salivaire varie, dans un même temps, suivant la nature des matières alimentaires et la proportion d'eau qu'elles contiennent, elle éprouve également des variations notables en rapport avec les princi[)ai('s périodes des repas. On est porté à croire qu'après douze ou vingt-quatre heures d'absti-

1. Lassaigne, Abrégé élémentaire de chimie, 4« édit., t. II, p. 714.

nence, la salivation est plus active au début du repas qu'à partir du moment où la faim commence à s'apaiser; il n'en est rien pourtant, et c'est précisément l'inverse que l'expérience démontre, surtout pour les parotides. Il semble que ces dernières ne puissent, après un repos prolongé, sortir de leur engourdissement ni revenir tout d'un coup au maximum de leur activité sécrétoire; c'est, du moins, ce que j'ai constamment observé. La même particularité ne se reproduit pas pour les maxillaires qui ne sont jamais complètement inactives lors de l'abstinence ; elles paraissent même donner dès les premiers moments de la mastication leur produit le plus élevé. Mais, en somme, puisque la salive parotidienne, dont la proportion est prédominante, coule moins au début du repas que plus tard, on conçoit la gêne manifeste apportée alors à la déglutition, gêne qui tient, du reste, en partie à la précipitation avec laquelle l'animal commence à manger et à avaler des bols imparfaitement humectés ou trop volumineux.

Le maximum d'activité de la salivation ne se montre donc qu'un certain temps après le début du repas. L'activité diminue à partir du moment où la faim s'apaise et elle se ralentit dans le même rapport que la mastication. Aussi, peut-on dire que l'écoulement de la salive est directement proportionnel à la vitesse de cette dernière; qu'il est abondant quand la mastication est active, qu'il se ralentit et s'arrête presque avec elle : c'est là, d'ailleurs, un point que l'expérience établit et qui avait à peine besoin de démonstration.

La quantité totale du liquide sécrété parle système salivaire, dans une période de vingt-quatre heures, peut être aisément évaluée, et d'une manière assez exacte, à l'aide des données précédentes. En effet, puisqu'on sait, d'une part, que le foin absorbe, pour être dégluti, à peu près quatre fois son poids de fluides salivaires, et, d'autre part, que le cheval avale pendant l'abstinence, en moyenne, de 100 à loO grammesdesaliveparheure, il est facile d'apprécier, à très peu de chose près, la somme totale de salive fabriquée pendant la période dont nous parlons. Un cheval qui consomme o 000 grammes de foin et o 000 grammes de paille par jour a besoin, pour transformer ces aliments en bols propres à être déglutis, de 40 000 grammes de salive, qu'il faut joindre à environ 2000 grammes du même fluide produits pendant les dix-sept à dix-huit heures d'abstinence, en tout 42 000 grammes. On arrive à une évaluation semblable, si l'on admet qu'il faut, en général, de six à sept heures de mastication à un cheval pour consommer une ration journalière ainsi composée, ses glandes donnant de 5000 à 6 000 grammes par heure.

Chez les ruminants, la somme totale de salive sécrétée en vingt-quatre heures est encore plus considérable. En supposant qu'un bœuf mette trois heures à prendre ses repas d'une journée et cinq heures à ruminer, comme il semble d'ailleurs résulter de mes recherches, on trouve que, pendant ces huit heures de mastication, il doit se produire au moins 40 000 grammes de salive, et que, pendant les seize heures d'abstinence, il se sécrète 16 000 grammes du même liquide, en tout 56 000 grammes; et, certes, cette évaluation est plutôt inférieure que supérieure à la moyenne donnée par les résultats combinés de l'expérimeiitafion.

Il est évident que la quantité des fluides salivaires n'est pas aussi considérable lorsque les animaux se nourrissent de fourrages verts ou de racines aqueuses. Loisqu'on réfléchit à ces chiffres énormes, on s'étonne du travail nécessaire à

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la Séparation d'une telle quantitt'' do liquide, et on a peine à concevoir que cette quantité puisse rtre extraite du sani,' dans un temps si court. Nul doute que ce dernier fluide, après avoir perdu, sous l'influence delà salivation, une si grande somme de principes aqueux, ne présente plus la mémo composition qu'auparavant. Ce sujet mérite d'attirer l'attention des chimistes.

La part que chacune des glandes salivaires prend à la formation de la masse totale des fluides versés dans la bouche n'est pas d'une évaluation impossible : son appréciation ne manque pas d'intérêt, puisque les salives des diverses glandes ne sont point identiques par leur composition chimique ni par leur mode d'action sur les substances alimentaires.

On pourrait croire, tout d'abord, que la proportion de salive sécrétée par cha- (|ue glande est susceptible d'être établie d'après les rapports de volume ou de l)oids qui existent entre les glandes ; qu'ainsi, par exemple, chez le cheval, la parotide, quatre fois aussi volumineuse que la maxillaire, donne un produit quadruple de celui de cette dernière, et que, chez le bœuf m'i ces glandes sont à peu près égales, elles doivent donner sensiblement la même masse de liquide. Il n'eu est rien : chacune de ces parties du système a sou activité spéciale mise en jeu sous l'influence de certaines excitations. La parotide du cheval, au lieu de sécréter le quadruple du produit de la maxillaire, sécrète quinze à vingt fois autant que celle-ci ; la parotide du bœuf, à peine égale à la maxillaire du même animal, donne quatre à cinq fois autant qu'elle. C'est là un résultat très remarquable que rien ne pouvait faire soupronner.

Si on cherche à déterminer la proportion qui existe entre le produit des parotides et celui de toutes les autres glandes réunies, il faut d'abord apprécier, par une expérience préalable, la quantité totale du li(|uide fourni par tout le système dans un temps donné, puis faire deux fistules parotidiennes pour recueillir leur produit pendant que, d'un autre côté, on reçoit, avec les bols qui sortent d'une fistule œsophagienne, la salive des maxillaires, des sublinguales, etc. Or, un petit cheval ayant donné par toutes ses glandes, en vingt-cinq minutes, 1900 grammes de salive, a fourni, dans les vingt-cinq minutes suivantes, 2000 grammes, dont 1 400 pour les parotides, soit donc, pour leur part, les sept dixièmes du total . Un second donna en somme, dans l'épreuve préalable, l 'iUll grammes en douze minutes et ensuite l 'Ml dans un temps égal, dont l 020 grammes pour la contribution des parotides, soit encore les sept dixièmes.

Le rapport qui existe entre la quantité de salive maxillaire et celle des autres glandes (les parotides comprises) est plus facile à apjM'écier; on le trouve en faisant des fistules maxillaires sur des sujets préalablement soumis à des épreuves analogues à celles qui ont été précédemment indiquées, j)uis en recueillant, d'un côté, le produit des listuleset, de l'autre, la salive (jui im|)règne les bols déglutis. Or, en tejnant compte de la difficulté qui peut être apportée, chez le cheval, à l'écoulement de la salive maxillaire après l'établissement des fistules, on peut, sans exagération, admettre que cha(|ue maxillaire sécrète, en un quart d'heure, 35 grammes de salive, soit 280 pour les deux en une heure. Cette quantité, représente, par conséquent, le vingtième de 5 500 grammes sécrétés, en moyenne, par tout le système salivaire en une heure.

Il ne faut point attribuer ici une rigoureuse exactitude aux proportions, car les expériences nécessaires à leur détermination dérangent un peu Téquilibre de la salivation. Néanmoins elles ne doivent pas s'éloigner beaucoup de la vérité, car bien que le système salivaire sécrète un peu plus sur l'animal porteur de deux fistules salivaires, les rapports d'activité entre les diverses glandes ne sont point changés. En elïet, ce qui augmente la somme des fluides versés dans la bouche, c'est la difficulté delà mastication, la sécheresse de l'aliment, la lenteur de son imprégnation. Or, ces diverses circonstances réagissent autant sur les glandes dont les produits s'écoulent à l'extérieur que sur les autres.

Dans les espèces non herbivores, la salivation est bien moins abondante que chez" les solipèdes et les ruminants. On n'évalue guère son produit total, en vingt-quatre heures, qu'à 1500 grammes pour l'homme. Il est proportionnellement très faible sur le chien, qui prend ses repas en un instant. Jacubowitsch ^ a obtenu sur cet animal, en une heure, 49 grammes de salive parotidienne, 38 de salive maxillaire, et 24 des autres glandes. Je n'ai pu, jusqu'ici, rassembler des chiffres précis pour cet animal.

Tels sont, d'après mes recherches ^, les phénomènes généraux de l'action des diverses glandes qui composent le système salivaire. On peut voir, en comparant ce qui précède avec les idées émises par Cl. Bernard ^, que les résultats de mes expériences ne sont guère en harmonie avec les théories de cet ingénieux physiologiste.

Cl. Bernard a fait trois appareils salivaires : un pour la mastication, un autre pour la gustation et un troisième pour la déglutition.

Les parotides composeraient le premier et sécréteraient exclusivement pour la mastication. Sans doute elles agissent pendant que cet acte s'opère, et en cela elles partagent l'activité commune à toutes les glandes qui versent alors de grandes quantités de salive dans la bouche ; mais ce n'est pas l'acte de la trituration des aliments qui les fait fonctionner.

En effet, d'une part, elles sécrètent : !•> quand on met des aliments dans la cavité buccale, bien qu'à l'aide d'un appareil très simple on rende impossible les plus légers mouvements des mâchoires ; 2" elles sécrètent constamment, lors de l'abstinence, des quantités considérables de liquide chez les animaux ruminants; 3" elles sécrètent assez souvent après le repas chez les chevaux qui, par suite d'une usure irrégulière des dents ou d'une atonie particulière des joues, conservent des aliments dans la bouche; 4° enfin elles agissent quelquefois, très faiblement il est vrai, sous l'influence du sel marin, qui impressionne le sens du goût, bien qu'il n'y ait encore, dans ce cas, rien d'analogue à la mastication.

1. Milne Edwards, Leçons sur lapliydologle et l'anatomie comparée, t. VI, p. 244.

2. G. Colin, Lecture à la Société de biologie le 27 décembre 1851.

G. Colin, Hecherches expérirneiilales sur la sécrétion delà salive chez les solipèdes, 1" mars 1852 (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXXIV, p. 327), — Id. Recherches expérimentales sur la sécrétion de la salive chez les ruminants [Comptes rendus, eiQ., mêmft tome, -i mai H52, p. 681).

3. CI. Bernard, Recherches d'anatomie et de physiologie comparées sur les glandes sali, vaires chez l'homme et les animaux vertébrés [Comptes rendus, môme tome, p. 236, 16 février 1852).

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D'autre part, si ce dernier acte était la cause qui met en jeu l'action des parotides, ces glandes sécréteraient, quand on force un animal à mâcher, pendant un temps assez long, del'étoupe, du vieux linge ou d'autres substances sans saveur. Or, elles ne fonctionnent pas dans cette circonstance, bien qu'il yait une véritable mastication.

Ce n'est donc pas la mastication qui est la cause, le point de départ de l'activité des parotides. Cet acte inlluence leur sécrétion comme celle de toutes les autres glandes, en facilitant l'impression des aliments sur le sens du goût.

Les maxillaires sont, dit-on, les glandes de la gustation.

Il est incontestable qu'elles sécrètent lorsque l'animal mange, et, par conséquent, lorsqu'il y a gustation. Mais, dans ce cas, toutes les autres glandes, sans aucune exception, n'en font-elles pas autant? Si les premières agissent sous l'influence des substances excitantes mises en contact avec la muqueusebuccale, c'est sans doute parce qu'elles sont plus sensibles que les autres à cette espèce de stimulation. Les sublinguales, les molaires supérieures et les autres glandules éprouvent de même une surexcitation dans cette circonstance, ainsi qu'il est très facile de le constater expérimentalement ; en un mot, toutes les glandes à salive visqueuse sont mises en jeu consécutivement à l'impression déterminée par les substances sapides: la maxillaire ne semblerait-elle pas ressentir plus vivement l'action des saveurs parce qu'elle est d'un volume énorme et que son canal permet de bien voir couler la salive? Mais il n'est pas certain encore qu'elle sécrète alors plus que les autres, proportionnellement à sa masse.

D'ailleurs, si les maxillaires sont lesglandesde la gustation, pourquoi ne sécrètent-elles pas pendant la rumination ? Les aliments ramenés à la bouche n'ont-ils donc plus de saveur et, s'ils sont insipides, quel attrait l'animal peut-il avoir à les mâcher une seconde fois ?

Entin la salive de la maxillaire est-elle la seule qui puisse, tantôt délayer les matières sapides pour faciliter leur action, tantôt modérer la vivacité de leur impression et les autres salives épaisses, visqueuses comme elles, ne peuvent-elles remplir cet office? Si la première jouit réellement, et h l'exclusion de toutes les autres, d'une telle propriété, comment se fait-il que, quand on a fait couler à l'extérieur la salive des deux maxillaires, l'animal continue à bien manger et à choisir le bon foin pour repousser le mauvais et la paille. Faut-il croire t[ue, dans ce cas, il n'y ait plus de gustation?

Quanta l'appareil salivaire de la déglutition, est-il bien possible aussi de le délimiter, de lui assigner un mode d'action tout à fait spécial et un rôle exclusif? Ici encore l'expérience ne confirme point les vues systématiques.

J'ai dit que la sublinguale possède, dans les ruminants, un canal particulier qui, chez le bœuf, a une situation et un volume se prêtant à merveille à l'établissement d'une listule. Or, quand on a fixé un tube à ce canal, on voit la salive de la petite glande couler, d'une manière continue, tant que l'animal mange, ou lorsque des substancesexcitantes sont mises en contact avec la muqueuse buccale, d'où il suit que la sublinguale agit, dans ce cas, comme la maxillaire. Je ne sais comment on a pu voir qu'elle sécréterait seulement pour la déglutition et à l'instant môme du passage des aliments de la bouche dans le pharynx. Si le fait

est vrai pour le chien, auquel on veut bien donner une sublinguale \ il ne l'est certainement pas pour nos ruminants doinesliques.

Enfin, les molaires elles autres glandules, que Bernard fait appartenir à l'appareil de la déglutition, fonctionnent, selon toute apparence, comme les sublinguales. Elles fournissent d'abord la plupart des sucs qui humectent la bouche lors de l'abstinence; de plus, elles versent, sous l'inlluence des excitants, plus de liquide que dans les circonstances ordinaires. La molaire inférieure, qui est si volumineuse chez les ruminants, et qui sécrète delà salive non visqueuse, doit être distraite de cette catégorie.

VI, — Influence du système nerveux sur l'action des glandes

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