‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 225 sur 287 · Lccitique, ch. xi, v. 3 etl · texte numérisé non relu

Lccitique, ch. xi, v. 3 etl

2. Arislote, Histoire de-i animaux, liv. 11, p. 'JO ; iiv. IX, p. 643, elc.

Hébreux pouvaient se nourrir. Aristote" indiqua les quatre réservoirs de l'estumac des ruminants et exposa quelques détails sur le phénomène dont nous parlons. Galien reproduisit les quelques notions vagues données par le père de l'histoire naturelle. Parmi les modernes, Aldrovande rappela les idées des anciens; Fabrice d'Acquapendente, qui écrivit un livre sur les variétés de l'estomac, rapporta plusieurs exemples de mérycisme dans l'espèce humaine; Faber, médecin ^italien, fit connaître un des usages de la gouttière œsophagienne, à laquelle il donna le nom de voie lactée; Perrault décrivit sommairement, mais avec exactitude, l'estomac des ruminants, et émit l'idée que la gouttière œsophagienne était destinée à saisir les aliments qui devaient être renvoyés à la bouche; Peyer, Duverney, Haller, Buffon, Camper, Daubenton, Bourgelat, Ghabert, Brugnone, Girard, Toggia traitèrent, d'une manière plus ou moins abstraite, des conditions, des causes et du mécanisme de la rumination. Enlin, M. Flourens, abandonnant la voie dans laquelle avaient erré tant d'auteurs célèbres, est venu apporter sur la question, jusque-là très obscure, les lumières de la physiologie expérimentale : son travail, dont les résultats ont été confirmés par Haubner, porte un cachet qui le distingue éminemment de tous ceux de ses devanciers.

En jetant un coup d'œil sur les écrits des auteurs que je viens de rappeler, on voit que les anciens trouvaient des ruminants dans presque toutes les classes du règne animal. Ainsi, parmi les insectes, on considérait comme tels la courtillière et les sauterelles, depuis que Malpighi eut démontré que la première avait plusieurs estomacs, et que Swammerdam eut fait la même observation à l'égard des secondes. Parmi les crustacés et les mollusques, les crabes, lesécrevisses, dont l'estomac est garni de pièces solides disposées pour broyer; les limaçons, qui ont plusieurs réservoirs gastriques, étaient rangés dans la même catégorie; enlin, parmi les vertébrés, divers poissons, le scarus, d'après Pline, le saumon, la dorade, d'après Gessner et Rondelet, plusieurs oiseaux, le héron et le pélican; un grand nombre de mammifères, tels que ceux rangés actuellement dans Tordre si naturel des ruminants, et d'autres, comme le lièvre, le lapin, la marmotte, le cochon d'Inde, étaient considérés comme jouissant de la faculté de ruminer.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que tous les naturalistes anciens regardaient comme des ruminants les insectes, les crustacés, les poissons et les autres animaux que je viens de citer. Déjà Aldrovande repousse l'autorité des Ecritures et doute fort de la rumination du lièvre et du lapin, à laquelle deux siècles plus tard, Camper croit encore» Peyer, en dressant le catalogue des animaux qui ruminent se montre assez incrédule à l'endroit des insectes et de beaucoup d'espèces. En terminant sa longue énumération, il fait deux séries, l'une comprenant ce qu'il appelle les vrais ruminants, et l'autre les faux ruminants, dans laquelle se trouvent précisément les animaux qui, en réalité, ne jouissent pas de la faculté de faire subir à leur aliments une seconde mastication. Les premiers sont les chameaux, les lamas, les chevrotains, le cerf, le daim, le chevreuil, la girafe, les antilopes, le chamois, la chèvre, le mouton, le buffle et les diverses espèces de bœufs.

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Quant aux hommes, considérés comme des ruminants, tout porte à croire ([u'ils jouissaient réellement du privilège qui distingue les mammifères précédemment indiqués. Des observations récentes, rapportées par des auteurs (pii font autorité dans la science, mettent hors de doute la possibilité du mérycisme dans l'espèce humaine. Fabrice d'Acquapendente, dans son livre des variétés de l'estomac, cite plusieurs exemples de ce genre que Peyer^ rapporte avec (juclques autres.

Le premier est celui d'un noble de Padoue qui mangeait très vite et presque sans mâcher ses aliments. 11 se mettait à ruminer environ une heure après les repas, et cet acte était involontaire, presque forcé : il l'exécutait en partie par l'attrait du plaisir que lui faisaient éprouver les aliments revenus à la bouche Le deuxième est celui d'un moine bénédictin qui ruminait de la même manière et dans les mêmes circonstances : pourtant il mourut dans l'émaciation, et l'autopsie ne fit rien découvrir d'anormal dans la disposition des organes digestifs. Un troisième exemple est relatif à un enfant qui, après avoir perdu sa mère, vécut de lait de chèvre pendant deux ans. Dès son jeune âge il prit l'habitude de ruminer et la conserva toute sa vie : elle fut considérée comme le résultat de l'imitation. Le quatrième a trait cà un jeune homme extrêmement vorace qui avalait ses aliments sans les mâcher; il commençait à ruminer un quart d'heure ou une demi-heure après le repas, et exécutait cette opération, dit Peycr, absolu ment comme les animaux. Un cinquième lait est rapporté par Linceus. L'Allemand qui en fait le sujet, après avoir mangé gaiement, se retirait bientôt dans un coin pour ruminer; cet homme qui avait toujours éprouvé dans sa jeunesse des rapports acides, avait Uni, à un certain âge, par ne plus pouvoir empêcher les aliments de revenir à la bouche ; dès lors il commença à ruminer, et le fit avec un tel plaisir que les aliments qu'il broyait pour la seconde fois avaient pour lui une saveur aussi agréable que celle du miel. Enfin une jeune fille offrit une autre variété de mérycisme; mais cet acte au lieu de lui causer du plaisir, ne lui inspirait que du dégoût et de l'aversion. Les aliments qu'elle avait pris la veille lui remontaient à la bouche malgré elle, et encore peu digérés; chez cette fille, la rejection, ne se produisait pas tous les jours.

Les faits qui précèdent privés, de leurs accessoires plus ou moins merveilleux dont il est facile de faire justice, prouvent, de même que ceux ^ observés plus récemment avec beaucoup de soin, que la rumination humaine commence presque toujours par des régurgitations fréquentes, coïncidant avec un travail gastrique irrégulier, et s'effectuant à peu près involontairement, à des époques assez rapprochées des repas. Elle ne consiste même souvent qu'en une régurgitation renouvelée pério(Ji(|uenient, comme j'ai eu loccasion de le voir ily alongtenqis sur un élève de l'école d'Alfort,puis sur deux autres, l'un en 1878, le dernier en 1879. L'un de ceux-ci ramenait à la bouche, après un léger elïort. de petits morceaux de viande avec de la bouillie trouble, à réaction acide, chez lui la rumination

1. Joli. Conradi Peyeri, Mnri/coloijùt. sU-e de t'uutinantifiic^ et ruminatiuni' cuinnir/itarius, Basiteac, 1685.

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