‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 226 sur 287 · Bérard, Cours de phyx., t. II. p · texte numérisé non relu

Bérard, Cours de phyx., t. II. p

ggg DE LA DIGESTION.

était tout à t'ait volontaire; elle était devenue une affaire de fantaisie après des efforts exécutés à dessein pendant quelques semaines. Le second qui ruminait dès l'âge de 11 ans, et malgré lui, éprouvait après chaque repas, et au bout d'un temps variable, des éructations involontaires , non bruyantes, non saccadées, suivies aussitôt du renvoi à la bouche d'aliments solides ou déjà en bouillie, même de boissons seules. Chez ce dernier la réjection était involontaire, forcée ; mais la volonté la rendait plus facile et plus abondante.

Les conditions organiques qui rendent possible la rumination, telle qu'elle s'effectue chez les ruminants, sont bien déterminées.

Toutes les espèces qui ruminent ont un estomac multiple. Aucune de celles qui jouissent de cette faculté n'a un estomac simple. La multiplicité des réservoirs gastriques est donc la condition première et essentielle de la rumination. Cependant, cette multiplicité n'entraîne pas nécessairement la fonction, car beaucoup d'animaux polygastriques ne ruminent point, bien que les compartiments de leur estomac soient quelquefois disposés comme ceux du bœuf et du mouton.

Ainsi, parmi les invertébrés, on a trouvé des espèces polygastriques : les oiseaux ont presque tous trois estomacs (jabot, ventricule succenturié et gésier) ; un "-rand nombre de mammifères ont ce viscère plus ou moins compliqué. Le daman, par exemple, Ta divisé en deux compartiments séparés l'un de l'autre par une cloison percée d'une large ouverture, et chacun d'eux est tapissé par une muqueuse qui a des caractères particuliers. L'hippopotame a le sien encore plus profondément divisé à l'extérieur. Les cétacés ont trois, quatre et jusqu'à cinq réservoirs : un premier qui, par sa forme, ressemble beaucoup à celui des poissons; un second à parois épaisses et glanduleuses, et d'autres qui ont une certaine analogie avec le feuillet et la caillette des ruminants. Mais c'est parmi les édentés qu'on voit un estomac presque semblable à celui des ruminants. Dans l'aï il possède quatre réservoirs distincts : l'un, très volumineux, bosselé, pourvu de divers appendices et tapissé par une muqueuse recouverte d'un épithélium épais; le second, globuleux, assez petit, également pourvu d'une muqueuse à épithélium pavimenteux ; le troisième, allongé, cylindrique ; le quatrième, enfin, garni intérieurement, comme la caillette, de lames longitudinales. La communication est établie entre ces réservoirs par des ouvertures particulières, et par une gouttière à deux lèvres, semblable au demi-canal œsophagien du bœuf \ Et cependant, les animaux des genres Acheus et Bi^adypus, avec un tel appareil gastrique et un svstème masticateur imparfait, ne ruminent point. Quelle peut être la cause de cette remarquable exception?

11 faut arriver aux ruminants pour trouver l'estomac à son maximum de complication. Tous ont quatre cstouiacs (fig. 103), ou, pour parler plus exactement, quatre réservoirs gastriques. L'exception que Perrault ^ avait cru remarquer dans la gazelle d'Afrique qui, selon lui, aurait seulement deux compartiments à ce viscère, n'est pas réelle. Le premier compartiment, \a panse ou le rumen, est

1. Voyez Cnvîer, Leçons d'anatomie comparée, t. IV, 2" parlie, p. 53, 64, 77, elc.

2. Perrault, OEuvres divevHes de physique et de méranviue, 1721, p. 430.

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le plus vaste des quatre : sa cavité, ordinairement partagée en plusieurs sacs, est tapissée par une muqueuse hérissée de papilles dans la plupart des ruminants, et recouverte d'un épithélium épais; il est destiné à tenir en dépôt les aliments non ruminés et les liquides. Le second, appelé réseu.u ou bonnoA est beaucoup plus polit que le précédent : il oiïre à sa face interne des cellules de dimensions variables, et tient toujours en réserve une notable quantité de liquide. Le troisième, ouïe feuillet, est garni d'un grand nombre de lames entre lesquelles passent les aliments qui ne sont pas suffisamment atténués pour parvenir dans la caillette ; ces lames sont rudimenlaires et à peine marquées chez les ruminants sans cornes. Enfin, le quatrième, ou la caillette, est l'agent de la chymilication, l'analogue de l'estomac simple de la plupart des animaux : sa muqueuse é|»aisse, veloutée, très richement organisée, est enduite de mucus et pourvue de replis qui en augmentent considérablement la surface. Entre le premier et le quatrième réservoir se trouve un demi-canal formé de deux lèvres contractiles et a[)pelé la gouttière œsophagienne. C'est par l'intermédiaire de ce demi-canal que les liquides et les aliments, très divisés arrivent, du moins en partie, au dernier estomac sans tomber dans le premier; c'est aussi par lui que serait formée, selon Flourens, la i)eIote alimentaire envoyée à la bouche lors de la rumination.

Fit;. 10:J. — Estomac de bœuf vu par la face droite dans sa situation normale, la caillette étant abaissée (*).

Cet estomac ainsi constitué n'est cependant pas, à beaucoup près, semblable dans tous les ruminants. La panse du chameau et du lama fig. 104 et 107, est pourvue de plusieurs groupes de cellules destinées à tenir en réserve une certaine quantité de liquide. Les trois premiers estomacs de ces ruminants ont une mu-

(*) A, rumen (hémisphère gauche); B, rumen ^hémisphère droit); C, inserlion de Tresophage; D, réseau; F-, feuillet; F, caillette.

G. COLIN. — Physiol. comp., 3' édit. I — Il

queuse sans papilles ; le feuillet cylindrique n'y possède que des lames à peine marquées, la caillette des replis peu saillants, et la gouttière œsophagienne n'y a plus qu'une seule lèvre.

Cette organisation si singulière de l'estomac est la condition essentielle du phénomène de la rumination, comme nous le "verrons bientôt. A la rigueur, celle-ci se concevrait avec un estomac simple, puisque l'homme peut quelquefois effectuer une sorte de rumination : mais on sent que l'exécution parfaite d'un acte si compliqué n'est point compatible avec la présence d'un estomac uniloculaire. Il faut une poche pour recevoir et conserver les aliments qui viennent d'être déglutis, après une première et insuffisante mastication ; il faut des parties modifiées de manière à envoyer à la bouche, par portions réglées, les matières qui doivent subir une nouvelle trituration ; enfin, d'autres poches pour recevoir, après la rumination, les aliments, afin qu'ils puissent être immédiatement digérés. De plus, il importe que l'appareil gastrique soit disposé de manière que l'animal puisse digérer en même temps qu'il rumine : aussi, les parties préposées à la rumination sont-elles distinctes de celles qui travaillent paisiblement à la chymification.

Les anciens auteurs qui ont traité de la rumination, adoptant la philosophie de leur époque, se sont beaucoup occupés de rechercher les causes premières de ce phénomène. Ils se sont demandé quel pouvait avoir été le but de la nature en créant les animaux ruminants, et pourquoi elle leur avait donné la singulière faculté de ruminer. Il serait aujourd'hui presque ridicule de poser de pareilles questions qui, cependant, à un certain point de vue, ne sont pas dépourvues de sens.

Fabrice d'Acquapendente ^ pensait que la rumination était due au plaisir que l'animal éprouve en mâchant une seconde fois les aliments, c'est-à-dire à une sensation agréable. Peyer et Duverney se sont attachés à réfuter cette opinion, en objectant que, si cet acte était dû à une cause de ce genre, les animaux rumineraient mieux et plus longtemps les fourrages tendres, succulents, que le foin, la paille et les aliments grossiers : or, c'est précisément le contraire qui arrive. Quelques-uns ont cru qu'elle tenait à une puissance attractive qui faisait passer, tour à tour, les aliments de l'estomac dans la bouche, et de celle-ci à l'estomac. D'autres ont avancé qu'elle avait pour cause la dureté des aliments dont se nourrissent les ruminants et l'imperfection de la première mastication : c'est l'opinion de Duverney, et en partie celle de Peyer. Le premier prétend que les aliments grossiers ébranlent les fibres de la panse et provoquent les contractions qui les renvoient à la bouche. Le second fait observer que celte cause n'est pas la seule, puisque le cheval, l'àne et les autres solipèdes qui n'ont point une nourriture dillérente de celle des ruminants, ne jouissent pas, cependant, de la faculté qui caractérise ces derniers. De plus, rien n'empêcherait, selon ces auteurs, que les ruminants n'atténuassent les aliments par une première mastication, au point de n'avoir plus besoin de les soumettre une seconde fois à cette opération. Peyer croit que les matières alimentaires accumulées dans le rumen après le repas s'y

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