DU VOMISSEMENT
On donne le nom de vomissement à la réjectionconvulsive des matières contenues dans l'estomac.
Cette réjection a été considérée, dans certaines circonstances, comme un acte normal ou physiologique, et dans d'autres comme un phénomène morbide ou anormal. Conservons cette distinction en nous rappelant que, dans aucun cas, le vomissement n'est tout à fait physiologique, puisqu'il s'accompagne toujours d'un trouble plus ou moins profond des fonctions digestives.
Le vomissement ne se produit pas, à beaucoup près, dans tous les animaux. Il en est qui vomissent facilement: ce sont les carnassiers et un grand nombre d'omnivores; il en est d'autres, au contraire, qui ne vomissent point ou ne vomissent que très rarement et avec une extrême difficulté : ce sont les herbivores monogastriques et les ruminants. Cette difiérencc tient à deux causes principales : la conformation de l'estomac et l'état des aliments qu'il renferme.
Chez les mammifères qui vomissent, l'estomac est simple, l'œsophage s'insère
loin du pylore, vers l'extrémité gauche du viscère; ce canal a des parois minces, souples, et une dilatation infundibuliforme à sa terminaison. Chez ceux qui ne vomissent pas, l'estomac est siin[>le ou à plusieurs compartiments, le cardia est peu éloigné du pylore, l'œsophage a des parois très épaisses vers son orifice qui est sans dilatation et constamment resserré; de plus, le viscère se trouve, en ce qui concerne certains d'entre eux, les ruminants, par exemple, dans des conditions exceptionnelles que nous indiquerons plus tard.
Les animaux qui vomissent, c'est-à-dire les carnassiers et les omnivores, remplissent leur estomac de substances en général molles, humectées, glissantes et souvent très divisées, lesquelles, soumises à une forte pression, s'échappent facilement à travers un cardia dilatable et un large œsophage. Les herbivores qui ne vomissent point ont l'estomac rempli de fourrages souvent mal divisés, peu imprégnés de liquides et comme feutrés. Lorsque ces matières 'sont soumises à une compression énergique, elles se tassent, les liquides qui les imprègnent s'échappent en partie dans l'intestin par un pylore ordinairement très large, et, par le fait de leur extrême compressibilité, la plus grande partie de la force qui tend aies expulser se perd à réduire leur volume; enfin, si quelques parties, une fois détachées de la masse, j)arviennent à s'engager dans l'œsophage, elles ne peuvent s'y mouvoir qu'avec une extrême lenteur. En somme, chez les premiers, tout est disposé pour rendre le vomissement possible, et même jusqu'à un certain point facile, tandis que chez les seconds, tout concourt à mettre obstacle à l'accomplissement de cet acte.
Le vomissement s'effectue par suite d'une impression nerveuse spéciale appelée la nausée, et par l'action combinée de l'estomac, de l'œsophage, du diaphragme, des muscles abdominaux.
La nausée est une sensation interne, spéciale, qui devient le point de départ des efforts de vomissement. Elle dérive d'une infinité de causes directes ou sympathiques, parmi lesquelles se trouvent l'extrême plénitude, la surcharge de l'estomac, la présence, dans ce viscère, d'aliments indigestes, de substances irritantes, l'introduction dans les voies de la circulation de médicaments connus sous le nom (Vcmétirjues, le rétrécissement du pylore, le pincement, l'étranglement de l'intestin, le volvulus, les hernies, etc. Diverses causes sympathiques relatives à l'imagination provoquent la nausée chez l'homme, mais elles ne paraissent pas avoir une action semblable chez les animaux.
Le point de départ et la nature de cette sensation restent indéterminés.
Pour exposer avec clarté le mécanisme du vomissement, examinons-le successivement dans les carnivores, les solipèdes et les ruminants.
Bien que le vomissement paraisse un acte extrêmement simple, il ne peut s'effectuer sans le concours de l'estomac, de l'œsophage, du diaphragme et des muscles abdominaux. Mais la part de ces divers agents n'est pas la même, et c'est sur sa détermination que se sont élevées, depuis longtemps, de profondes dissidences parmi les physiologistes. Les uns ont regardé le vomissement comme
le résultat d'une simple action de l'estomac ; les autres, comme l'effet d'une pression énergique exercée sur ce \iscère par le diaphragme et les muscles de l'abdomen ; enfin, quelques-uns, plus sages, l'ont attribué à l'intervention combinée de toutes ces parties : chacune de ces théories est ancienne; chacune a eu tour à tour des défenseurs et des adversaires.
Les anciens physiologistes, avant qu'on eût l'idée de faire aucune expérience sur le vomissement, l'attribuaient aux contractions énergiques et convulsives de l'estomac. Déjà, vers la lin du dix-septième siècle, Wepfer, cherchant à s'éclairer par le secours des vivisections, avait appuyé cette opinion sur ce qu'il avait observé des contractions de la tunique charnue de l'estomac, et vu ce réservoir se débarrasser de son contenu, bien qu'il fût soustrait à la pression des parois abdominales. Perrault, à la même époque, partageait ce sentiment, parce qu'il avait vu le vomissement après la division du diaphragme et des parois abdominales. Haller, qui avait reconnu les contractions du viscère pendant les efforts de vomissement, et constaté môme des secousses subites et violentes dans lesquelles la paroi antérieure de l'estomac s'approchait de la postérieure, défendit l'ancienne doctrine : il rapporta le phénomène dont nous parlons à la contraction antipéristaltique, c'est-à-dire à celle qui s'effectue du pylore vers le cardia; néanmoins, comme le fait remarquer Bérard, il ne nia point, d'une manière absolue, la participation du diaphragme et des muscles de l'abdomen. Il n'est plus nécessaire, depuis longtemps, de réfuter cette première explication qui repose sur des données vagues, des assertions peu exactes et des faits mal interprétés. D'une part, les contractions de l'estomac ne sont ni assez brusques, ni assez énergiques pour déterminer, à elles seules, la réjection d'une grande partie des aliments; et, d'autre part, toutes les expériences démontrent que le diaphragme et les muscles abdominaux sont indispensables à l'accomplissement régulier du phénomène.
Avant que cette première théorie du vomissement fût appuyée sur quelques faits, elle trouva des adversaires qui sentirent bien que, pour la repousser, il fallait recourir à l'expérimentation directe.
Chirac^ fut, dit-on, le premier qui mit en doute la réalité des contractions gastriques et reconnut la participation du diaphragme et des muscles de l'abdomen à la production du vomissement. Après avoir fait avaler du sublimé corrosif à un chien, il fit une incision longitudinale à l'abdomen et mit l'estomac à découvert. Le mouvement du viscère lui parut très peu sensible , quoique les nausées continuassent. L'expérimentateur fit rentrer l'estomac dans la cavité abdominale, ferma la plaie par une suture, en faisant seulement une petite ouverture par laquelle le doigt pouvait explorer les paiois gastriques : alors, il ne sentit aucune contraction de leurs fibres; seulement, il s'assura que l'organe était comprimé par le diaphragme et les muscles abdominaux. Il conclut de cette expérience que le vomissement n'est pas le résultat de la contraction du ventricule.
A peu près à la même époque, Bayle faisait de semblables tentatives. Après avoir administré du sublimé à un chien et provoqué des nausées, il fit en arrière de l'hypochondre gauche une petite plaie dans laquelle il engagea le doigt, mais