‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 234 sur 287 · COLIN. — Physiol. comp., 3* édit · texte numérisé non relu

COLIN. — Physiol. comp., 3* édit

plus suffisamment distendus et lestés, la fonction devient impossible ; les parois stomacales sont flasques et sans ressort, les muscles abdominaux ne peuvent plus s'affaisser assez pour servir d'auxiliaires efficaces à la réjection du bol ; en uu mot, l'animal est exposé à mourir de faim, si une nouvelle dose d'aliments ne vient s'ajouter à la première qui reste en dépôt. Cet état de plénitude des réservoirs gastriques est donc la première des conditions qui rendent la rumination possible.

Mais si la panse doit être modérément remplie pour que l'animal puisse ruminer, il ne faut pas qu'elle soit trop distendue, ni surchargée. Dans ce dernier cas, ses parois, affaiblies et plus ou moins paralysées, par le fait de leur distension, ne peuvent plus suffisamment réagir sur les aliments, et l'animal éprouve, pour ruminer, peut-être plus de difficulté que dans les circonstances opposées.

Il faut ensuite que les aliments soient suffisamment détrempés dans la région du vestibule cardiaque. Ils peuvent former supérieurement une masse dure, peu dépressible, qui résiste fortement à la pression delà main appliquée sur le flanc; leur réjection demeure possible tant qu'il y a une notable quantité d'eau dans le réseau et dans la zone marécageuse de la panse, car c'est par cette eau que la masse est peu à peu attaquée dans ses parties inférieures.

Aussitôt que le ruminant a mangé le fourrage qu'on lui a donné, si sa faim n'est pas apaisée ou s'il attend encore quelque chose, il s'agite, regarde autour de lui, tourne la tête dans toutes les directions, et ne se décide à ruminer qu'après avoir obtenu tout ce qu'il pouvait espérer. De même, il ne rumine pas avant de s'être abreuvé, à moins que son repas n'ait été composé de fourrages verts ou de racines aqueuses. Ramené à l'éfable, il reste ordinairement un certain temps debout, ramasse les brins de fourrage qui restent dans le râtelier ou qui sont tombés sur sa litière, flaire ses voisins et finit par se coucher.

La position qu'il prend en se couchant est à peu près toujours la même: c'est le décubitus commun à tous les ruminants, ou celui dans lequel le corps, légèrement penché d'un côté, repose autant sur la poitrine que sur le ventre, les membres antérieurs étant fléchis et repliés sous le poitrail, les postérieurs portés en avant et dégagés en partie de dessous l'abdomen. Certains d'entre eux se couchent plus souvent sur un côté que sur l'autre; mais l'imitation ne paraît pas avoir dinfluence sur cette habitude, car on voit des animaux, voisins dans une étable, se coucher tantôt en se regardant, tantôt, au coniraire, en se tournant le dos. D'après ce fait, on est porté à penser que la rumination n'est pas plus facile quand l'animal est couché sur le côté droit que quand il repose sur le côté gauche, en comprimant plus fortement le rumen.

A peine le ruminant est-il couché qu'il pousse des soupirs et éprouve des éructations plus ou moins bruyantes; parfois même il paraît très gêné et presque malade, mais bientôt le malaise apparent se dissipe, et la rumination s'établit.

Si l'animal est à l'écurie ou dans un lieu écarié, il reste en repos et rumine sans interruption, une demi-heure, uneheureet plus, puis il fait une pause plus ou moins prolongée, et bientôt il recommence à ruminer pendant un temps variable, au bout duquel se renouvelle une suspension momentanée, et ainsi de suite. Enfin il arrive un niomcntoù la fatigue s'empare du ruminant: il promène

RUMINATION. l'I'^

la langue sur les lèvres, la l'ait pénétrer dans les naseaux, 'étend la tête en l'appuyant sur le sol; ou bien la replie de côté pour la porter vers la poitrine et s'endormir. Si, au contraire, il n'est pas fatiîfué, ou s'il n'a pas sullisaminent ruminé, il se relève, porte les regards en dillérents sens, reste un certain temps comme dans une vague inquiétude, et se remet à ruminer, soit debout, soit après s'être recouché.

S'il est au pâturage, il se dirige de préférence vers les arbres, i)rès des haies, pour y trouver de l'ombre et de la fraîcheur, ou bien il reste indifféremment dans le premier endroit venu, quand la chaleur n'est pas forte. Là, aussi bien qu'à retable, il se couche très souvent, et porte la tête alternalivemenf à droite et à gauche pour s'assurer qu'il n'a rien à craindre et qu'aucun ennemi ne vient troubler sa tranquillité. 11 donne dos coups de tête dans tous les sens pour se débarrasser des mouches, sans pour cela cesser de ruminer. Toutefois, dans ce cas, la mastication de chaque pelote est comme saccadée et entrecoupée d'un très grand nombre de temps d'arrêt.

S'il est attelé à la charrue ou à une voiture peu chargée, s'il marche lentement et n'est pas obligé à des efforts bien considérables, il se met aussi quelquefois à ruminer, ainsi que Girard en a fait la remarque. J'ai vuaussiun grand nombre de fois des bœufs qui ruminaient en labourant, mais c'étaient des animaux très forts et habitués aux travaux pénibles. Ceux qui sont jeunes, ou trop faibles, ou fatigués, ne ruminent jamais dans ces circonstances. Du reste, aussitôt que les bœufs employés au labour sont arrêtés au bout du sillon, ils se mettent à ruminer, pour peu que leur repos dure quelques instants, et ils cessent en reprenant leur marche.

Enfin, quel que soit leur état, les animaux qui ruminent paraissent éprouver un sentiment du bien-être et de tranquillité tout particulier; mais la moindre cause vient momentanément troubler celte situation.

6° Causes qui suspendent la rumination ou qui l'empL-chent de s'établir.

Les animaux ruminants sont en général, comme on le sait, très timides et très faciles à effrayer : aussi les causes les plus légères sont-elles susceptibles de troubler leur rumination.

Dès l'instant que quelque chose attire l'attention de l'animal, il cesse brusquement de ruminer : s'il est couché, il se relève; s'il est debout, il (ixe l'objet qui l'effraye et bientôt se met en fuite; le moindre bruit, la chute d'un corps, la vue d'un objet auquel il n'est pas accoutumé sufliscnt pour cela. Mais tous les animaux de cet ordre ne sont pas également impressionnables, tous ne sont pas timides au itiême degré. Les ruminants sauvages, tels que les cerfs, les antilopes, les gazelles, qui se sont familiarisés avec le bruit et la présence de riiommo, soni encore infmiment plus impressionnables que nos ruminants domestiques. Cependant, il en est quelques-uns qui restent presque impassibles au milieu des circonstances qui mettraient en émoi les plus timides. Ainsi nous avons tous vu, à l'École d'Alfort, un dromadaire qui ruminait, (juoiciue entouré et iiuiuiété par une foule de spectateurs.

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Parmi les nombreuses causes qui amènent la suspension de la rumination se placent, en première ligne, les maladies qui débutent, même les plus légères. Les anciens en avaient fait la remarque, et Columelle l'exprime en disant qu'un animal est malade toutes les fois que la rumination est suspendue. Sous ce rapport, cette fonction est bien un moyen de précision, une sorte d'instrument qui donne, comme le fait le thermomètre pour la température, des indications plus ou moins exactes sur l'état de l'animal, bien qu'elles soient quelquefois trompeuses. L'excès d'aliments, la présence des gaz dans l'estomac, l'ingestion de plantes vénéneuses ou narcotiques sont encore des causes susceptibles de suspendre plus ou moins longtemps la rumination. Il en est une foule d'autres dont l'action n'est généralement que momentanée : les marches forcées, Textrême fatigue, le travail auquel on soumet les jeunes animaux, les époques du rut ou des chaleurs pour les femelles, l'inquiétude qu'éprouvent les mères séparées de leurs petits, les souffrances de toute espèce, les opérations chirurgicales.

Quelles que soient, du reste, les causes qui amènent la suspension de la rumination, cette suspension, dès qu'elle s'est prolongée un certain temps, devient elle-même un obstacle au rétablissement de la fonction. Les aliments de l'estomac se tassent, se dessèchent et se durcissent surtout dans les parties supérieures et les culs-de-sac de la panse ; ceux du feuillet forment des tablettes dont les lames du réservoir ne peuvent plus se débarrasser qu'avec difficulté; la muqueuse des premiers estomacs, quoique peu sensible, finit par s'irriter; la membrane charnue perd son ressort par le fait de sa propre inertie, de sorte qu'en définitive, la désobstruction du viscère ne peut, par la suite, s'efl'ectuer qu'avec peine et une extrême lenteur.

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