FOIN HACHE
1", digestion de 2 iieures 1400
2', digestion de 3 heures 192S
3", digestion de 4 heures 1620
4', digestion de 5 heures 2290
5", digestion de 6 lieures 2072
6'', digestion de 7 heures 1981
7"", digestion de 8 heures 2035
Total 13326
Les sept chevaux de chaque série ayant mangé ensemble 17 500 grammes de foin qui se sont additionnés de 70 000 grammes de salive, les sept estomacs ont reçu ensemble 87 500 grammes de chyme. Ils ont versé dans l'intestin 1.3 kilogrammes de foin ou les trois quarts, et n'en ont conservé en somme que 4 kilogrammes ou un peu moins du quart.
Voici, au reste, pour cinquante et un chevaux, les chiffres qui donnent la mesure de l'activité de la digestion de une à dix-huit heures. Les dix-neuf du premier tableau ont digéré sans avoir bu, et les trente-deux autres ont reçu, pendant, ou après le repas, des quantités d'eau indiquées en regard de celles du fourrage consommé.
Tableau de la digestion gastrique du foi?! satis eau.
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Tableau de la digestion du foin avec eau.
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8,000 9,000 1,000 9,000 10,300 7,000 3,000 7,300 2,500 3,000 3,000 3,500 3,000 4,500 9,000 8,000 1,000 4,000 10,000 19,000 4,000 6,000 10,000 8,500 6,500 6,300 3,Ono 9,000 3,500 16,000 7,300 14,000
Gr.
Gr
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Gant
Di^ciiitioii de l'avoine. — La digestion de l'avoine se fait d'une manière analogue à celle du foin. Dès le début du repas et tant qu'il dure, une partie du chyme passe dans l'intestin ; mais comme ce grain qui absorbe un seul équivalent de salive tient peu de place, l'estomac en conserve, relativement au chiffre de la ration, une grande quantité.
Ainsi, sur un cheval tué après avoir mangé 2 500 grammes d'avoine, deu\ heures à compter du début du repas, l'estomac, qui avait dû recevoir 5 000 grammes de pâte, en contenait (j 070, par le fait de l'addition du suc gastrique et de la salive déglutie postérieurement au repas.
Un second, après un repas semblable, tué à la lin de la deuxième heure, avait dans l'estomac 4 935 grammes de chyme. Un troisième, tué à la (in de la quatrième heure, après un repas de mêmes nature et quantité, en conservait 3 275 grammes. Un quatrième encore, après quatre heures, 3 800 grammes. Un cinquème, 4 645 grammes au bout de six heures.
Tableau de la dig
estion de l'avoine
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Mais, pendant la digestion de l'avoine, bien que l'estomac retienne une grande quantité de chyme, il en verse une proportion assez notable dans l'intestin qui est remplacée par des masses de suc gastrique et de salive. En effet, les quantités de liquides ajoutées au chyme se sont trouvées de 3 560, de 2 G41) grammes après deux heures ; de 1 089 et de 1 942 grammes après quatre heures; de 2 395 après six heures. C'est en raison de l'abondance des sécrétions salivaire et gastrique, provoquées par l'avoine, que ce grain se digère sans boisson, et qu'il subit desélaborations plus complètes que le foin.
Abstraction faite dos ditï'ércnces individuelles, qui sont considérables sur le cheval comme sur les autres animaux, la digestion gastrique du foin ou de l'avoine a deux périodes distinctes. Dans celle du début, qui coïncide avec le repas ralimentestpeu élalioré; il passe en gran<leqiiantitédans l'intestin pour fairi> place à ce qui est ingéré ultérieurement. Dans la seconde, commençant une fois que le repas a cessé, la chymilication est beauc()U[t plus complète, le déversement du chyme dans l'intestin se ralentit de plus en plus en l'absence de l'impulsion que donneraient les nouvelles qualités ingérées ; il n'a plus lieu que par le fait des lentes contractions de l'estomac. El pendant cette seconde période il s'ajoute au chyme de grandes quantités de salive et de suc gastrique qui peuvent le délayer, le rendre diflluent.
Dans les conditions normales, la digestion gastrique doit être plus rapide à sa seconde période que dans celles où nous avons placé nos animaux d'expériences, car le nouveau repas, qui se fait avant que la digestion du précèdent soit terminée, chasse dans l'intestin le reste de ce dernier. Il en résulte que la chymification devient d'autant moins parfaite que les repas se succèdent à de plus courts intervalles. Si, par exemple, le cheval est entièrement nourri de foin, les 2 500 grammes que nous donnons, représentant le quart de la ration d'avoine, il y aura quatre repas semblables en douze à quinze heures, dont trois devront être digérés dans ce laps de temps ; le dernier seulement aura neuf à douze heures pour l'être plus complètement.
On conçoit que le travail de la digestion sera d'autant plus parfait, que les repas seront plus fractionnés et plus régulièrement échelonnés, et, d'autre part, que le temps d'inaction qui suivra chacun d'eux sera mieux proportionné à la somme de matières à chymifier. On voit, en effet, dans certaines administrations, comme celle des omnibus de Paris, les chevaux faire six repas de quatre heures du matin à neuf heures du soir. Le foin et l'avoine associés entrent dans la composition de quatre, et l'avoine fait seule les deux autres. Chacun de ces repas n'a que deux à trois heures pour se digérer, sauf le dernier qui en a six. L'eau est donnée aux quatre repas où entrent les fourrages et non aux autres ^
Il est clair que ce fractionnement réglé rend le travail de la digestion moins pénible, plus uniforme et aussi complet que possible, qu'il prévient ces dilatations exagérées, ces surcharges, causes de fréquentes indigestions chez les animaux mal rationnés ; qu'enfin il supprime ces périodes de torpeur, d'engourdissement qui suiventles repas abondants chez tous les animaux.
De ce fait incontestable que la digestion gastrique chez l'herbivore n'a pas une égale importance pour tous les aliments, on peut déduire des règles applicables à la composition et à la répartition des repas. Il est possible de distribuer les rations de manière à donner à la digestion de l'avoine un temps beaucoup plus long qu'à celle du foin ou de la paille, l'avoine ayant une plus grande somme de fécule à saccharifier et de gluten à dissoudre que le fourrage. L'expérimentation doit donc encore fixer l'ordre de la succession des aliments, dans un même repas, et la composition des repas successifs. Ces deux points ont plus d'importance pour le cheval que pour l'homme, les carnassiers et les ruminants dont l'estomac peut admettre intégralement les aliments ingérés dans le repas le . plus copieux cl les conserver en totalité jusqu'à élaboration complète.
Voyons donc ce qui arrive aux aliments de diverse nature donnés successivement dans le même repas ou dans des repas plus ou moins rapprochés. Plusieurs cas se présentent. Le plus souvent l'animal commence son repas par le foin, et le finit par l'avoine; quelquefois il reçoit l'avoine en premier lieu, puis le fourrage ; enfin il reçoit à boire, soit après le foin, soit après l'avoine.
Digrc^tioii des alimenta «Ioiiik».*» sniccess»îvci»iei»t. — Il est nécessaire, pour se rendre compte du mode de stratification des aliments dans l'estomac et surtout de l'ordre de leur départ, d'expérimenter sur des animaux à jeun
1. Communicalion écrite de M. lliquel, vélériiiaire, inspecteur de celte administration.
depuis vingt-quatre heures au moins. Cependant il peut arriver que, dans ce cas, l'estomac ne soit pas encore complètement débarrassé des aliments pris dans le dernier repas. Il en a été ainsi sur le cheval (lig. 1 lo) qui reçut après vingt-quatre heures d'abstinence, d'abord de l'avoine, puis de la luzerne. Tué immédiatement après le repas d'une durée d'un quart d'heure, il montrait à l'estomac trois couches de foin, une ancienne de paille à la grande courbure; au sac droit une moyenne d'avoine mangée au début du repas et une de luzerne prise à la fin. Les
trois couches arrivaient ensemble vers le pylore et paraissaient passer à la fois dans l'intestin. Examinons d'abord le cas où le foin est pris avant l'avoine.
A un cheval à jeun, on donne 1 230 grammes de foin et, après leur ingestion, '1230 grammes d'avoine. Deu\ heures après le début du repas l'estomac renferme 4 7G5 grammes de chyme, divisés en deux masses. Comme les deux aliments ont dû, en arrivant dans le viscère, constituer une masse totale de 8750 grammes, il en est passé à peu près la moitié dans l'intestin. Le foin ingéré le premier paraît avoir eu la préséance de sortie, car les matières de l'intestin ont l'aspect d'une pulpe contenant fort peu d'avoine.
Un second cheval qui reçoit également et dans le même ordre, I 230 grammes de foin et 1230 d'avoine, tué deux heures après le début du repas, donne 5870 grammes de chyme. La part du loin pèse 3735 et occupe toute l'étendue de la grande courbure; celle de l'avoine, qui pèse seulement 2 133, s'étend du cardia au pylore et commence à so<'fir (lig. 1 1(5). La moitié environ du foin ingéré est déjà passée dans l'intestin; il n'est sorti qu'un sixième de l'avoine. Le foin, entré le premier, est aussi sorti le premier en forte i)roportion, chassé par l'avoine qui maintenant seinl}le passer seule dans l'intestin.
Sur un autre qui mange 1230 grammes de foin, puis 1 250 d'avoine : après trois heures de digestion, sans eau, le foin occupe les deux tiers du viscère à la grande courbure, et l'avoine longe la petite jusqu'au pylore où le mélange des
deux substances se faityisiblement. Le foin est répandu dans toute l'étendue de l'intestin grêle, l'avoine seulement dans les 15 premiers mètres dont les chylifères blanchissent. L'estomac conserve 2700 grammes de chvme de foin, et
FiG. 116.
1 820 grammes de chyme d'avoine. Il est donc sorti plus de la moitié du premier, le quart du second.
Sur une quatrième (fig. 117), qui mange d'abord 2.500 grammes de foin, boit
mm
Fig. m.
ensuite 2 kilogrammes et demi d'eau, puis mange 2500 grammes d'avoine et qui est tué au bout de trois heures à compter du début du repas, l'estomac a reçu en somme, en aliments, boisson et salive, 20 kilogrammes. Il conserve 10'^''.500 du mélange, soit la moitié de la masse ingérée. Dans ce reste, le foin, arrivé le premier, est parti pour moitié; le reste est représenté par 1280 grammes, l'avoine par 2000, supposés secs. Ici, c'est donc la moitié du foin qui a été chassée par l'avoine. Celle-ci n'est sortie qu'en faible proportion, un cinquième
OU un quart à peu près, et à la suite du foin, qu'elle chassait devant elle; aussi le foin occupe la dernière moitié de l'intestin grêle et commence à entrer dans le ciocum ; mais l'avoine n'est parvenue que dans la première moitié.
Sur un cinquième auquel on donne 1 2o0grammes de foin puis 1 2o0d'avoine, et que l'on tue quatre heures après le début du repas, la masse du chyme pèse 3 305 grammes, savoir 2 515 pour le foin et 880 pour l'avoine. Il est donc sorti de l'estomac presque la moitié du foin et les deux tiers de l'avoine; aussi le contenu de l'intestin grêle est-il trouble, blanchâtre, et le système chylilère très bien injecté de liquide laiteux.
Ainsi l'avoine donnée après le foin se case à part dans l'estomac, à la petite courbure, d'une tubérositéà l'autre; elle se mêle seulement à un peu de foin au voisinage du pylore; elle n'attend pas, pour passer dans l'intestin, que le foin qui l'a précédée soit sorti; elle sort avec lui en certaine proportion; mais une fois le repas achevé, il sort beaucoup plus de foin que d'avoine, l'élimination du premier est prédominante, tant à cause de l'antériorité de son arrivée qu'en raison de son grand volume.
Lorsque les deux aliments sont ingérés dans l'ordre inverse et en égale quantité, l'avoine d'abord, le foin ensuite, les deux prennent également chacun leur place. Le premier se loge à la grande courbure, d'une fubérosité à l'autre, le second à la petite ; ils demeurent distincts lorsque l'animal ne boit pas, sauf au pylore où leur mélange fréquent peut les faire passer simultanément dans l'intestin. Les expériences suivantes le prouvent ; elles sont, comme les autres, rangées suivant la durée de la digestion.
Un cheval à la diète mange 500 grammes d'avoine et ensuite 250 grammes de foin, puis est tué un quart d'heure après le commencement du repas. Les deux aliments sont bien séparés : l'avoine à droite, près du pylore, forme une masse du poids de 1 100 grammes ; le foin, une autre masse à gauche du poids de 1 060. Chacun d'eux est associé à la quantité d'eau qu'il absorbe normalement; l'avoine à un et le foin à quatre équivalents de salive; mais comme les quantités ingérées sont faibles et que l'animal vient de les avaler, l'estomac les a intégralement conservées.
Un autre reçoit 500 grammes d'avoine, puis 500 grammes de foin, et est tué immédiatement après ce faible repas. L'avoine et le foin sont distincts, comme sur le cheval précédent, mais l'avoine s'est déjà répandue sans les 10 premiers mètres d'intestin grêle, et maintenant le foin sort avec elle.
[Jn cheval, toujours à la diète, reçoit une i)lus forte ration : 1° 1 250 grammes d'avoine, puis 1 250 grammes de foin, et est tué deux heures à compter du début du repas. L'avoine, en sa qualité de première arrivée, est à la grande courbure et au sac gauche, représentant une masse du poids de I7'i0 grammes ; le foin, arrivé le dernier, pèse 3 275 grammes, et occupe la petite courbure ainsi que le voisinage du pylore. L'intestin a du recevoir 710 grammes de chyme d'avoine et 2850 grammes de chyme de foin, soit près d'un tiers du premier et de la moitié du second.
Ici donc le foin, quoique arrivé le dernier, est sorti en proportion beaucoup plus forte que l'avoine. Ce résultat n'est point exceptionnel.
Un autre mange d'abord 1 kilogramme d'avoine, puis 1 kilogramme de foin sans boire. Deux heures après le début du repas, son estomac, qui a dû recevoir
FiG. 118.
7000 grammes de matières, n'en renferme plus que 4 500, en deux masses. L'avoine est refoulée à la grande courbure. Le foin, rangé à gauche et à la petite courbure, quoique arrivé le dernier, a commencé à passer dans l'intestin et même en quantité prédominante, car il est disséminé sur toute la longueur de l'intestin grêle avec fort peu d'avoine.
La même particularité s'observe encore clans les suivants dont la digestion est prolongée.
Fjg. 119.
Après quatre heures, sur un clieval qui avait mangé successivement 1 250 grammes d'avoine et 1 250 grammes de foin, le chyme formait deux masses distinctes dans la situation ordinaire : lamoitié du chyme d'avoine avait disparu, puisqu'il n'en restait plus que 1215 grammes dans l'estomac, et les deux tiers du chyme de foin étaient passés également dans l'intestin, car l'estomac n'en gardait plus que 2185 grammes (fig. 119).
DIGlîSTION GASTRIQUE DES SOLIPÈDES. 813
Sur un cheval à jeun qui reçoit 2S00 grammes d'avoine, puis 2500 de foin et qui est tué quatre heures après le début du repas effectué sans boisson, — car après l'ingestion de l'eau il n'est plus possible de reconnaître ((ig. '119) les proportions et le mode de départ des aliments, — voici ce qui est constaté : estomac volumineux contenant une masse de foin du poids de 9 800 grammes, masse tassée et moulée sur les parois du viscère, et \ Mo de pùte d'avoine. L'avoine, arrivée la première, est sortie dans la proportion des trois quarts environ; ce (pii en reste occupe la graïuh' courbure, le sac droit et le voisinage de l'orilice pylorique. Le foin mangé en second lieu n'est sorti de rest(jmac que dans la proportion d'un cinquième. L'avoine, chassée par le foin, a paicouru toute l'étendue de l'intestin grêle, où elle a donné une magiiifuiue injection du chyle blanc; elle est parvenue déjà en grande quantité dans le c;ccum, dont elle a rendu le contenu très farineux.
Lorsque la digestion se prolonge, les proportions d'avoine et de foin qui sortent de l'estomac paraissent clianger : le départ du foin, qui était rapide au début, se ralentit sur la lin. Une fois que l'estomac s'affaisse beaucoup, le foin se tasse et reste à titre de lest, pendant que l'avoine, plus lourde, fuit plus aisément dans l'intestin. Ainsi, huit heures et demie après un repas composé de 1 2^0 grammes d'avoine et de 2 500 de foin, l'estomac ne conservait plus que 1 025 grammes de chyme ou un septième presque entièrement formé de foin. Cependant, au bout de dix heures, sur un cheval qui avait njangé 1 kilogramme d'avoine et 1 kilogramme de foin, l'estomac gardait 1 750 grammes de chyme où les deux aliments restaient distincts dans leur position respective, 7 000 grammes de matières étaient passés dans l'intestin.
En résumé, on peut dire, d'une manière générale : 1° que si l'avoine est donnée au commencement du repas, le foin mangé ensuite la chasse dans l'intestin en forte proportion avant que sa digestion soit suffisamment avancée ; 2° que si elle est donnée à la fin, ce sont seulement les dernières portions de ce grain qui chassent les premières, faute de trouver une place suffisante. Aussi le plus logique est de la donner après le foin, et assez longtemps après, afin de laisser l'estomac se désemplir un |)eu, pour offrir une [)lace assez large au grain.
Si, enfin, au lieu de deux aliments, le cheval en mange successivement trois ou quatre, comme le loin, la paille, le vert, l'avoine, ils se disposent encore dans l'ordre de leur arrivée, le premier à la grande courbure, le second à la région moyenne, te troisième en derà et le dernier à la ()etite courbure; ils forment ainsi des zones superposées, comme seraient les couches de matières qu'on déposerait successivement dans un sac dont la grande courbure représenterait le fond et la petite l'entrée. Les strates demeurent distinctes malgré les conlractions ; elles ne se confondent qu'au pylore où le plus souvent les aliments se présentent tous en même temps pour sortir, car cette partie est déclive, les liquides y abondent et délayent toutes les parties qui d'ailleurs y sont poussées par les contractions du viscère. Le mélange ne se fait partout que par suite de l'ingestion d'une certaine quantité d'eau. Le tableau suivant donnera une idée des proportions suivant lesquelles plusieurs matières ingérées successivement peuvent passer dans l'intestin.
D'JREE
de la di-
'estiou.
Foin.
QUANTITE DE MATifcllE INGÉRÉE
Paille.
Avoine.
Eau.
Somme
avec salive.
8,noo 20,500 14,500 33,000 17,500 20.000 :;3,(i00 25,110
QUANTITE CONSERVÉE DAr^s i'kstomac
Fourrage
Avoine.
Eau.
Somme
QUANTITE
versée dans
l'intestin
Aliments
Eau.
Il résulte des faits relatés jusqu'ici que les aliments donnés successivement, sans eau, pendant et après le repas : 1° ne se mêlent pas dans l'estomac; 2° qu'ils ne passent pas dans l'intestin d'une manière successive et dans l'ordre de leur arrivée, mais ordinairement ensemble et en quantité proportionnelle à leur masse respecti-ve ou à leur volume. Si le foin est donné le premier, il passe en beaucoup plus grande proportion que l'avoine, parce qu'il sort dès le début du repas, avant l'arrivée de celle-ci, et qu'à compter de l'ingestion de l'avoine, il repi'ésente une masse plus considérable qu'elle. Aussi, en somme, les aliments pris successivement dans un même repas se comportent, jusqu'à un certain point, comme les mélanges : tout en demeurant distincts dans la plus grande partie du viscère, ils se mêlent plus ou moins vers le pylore, et passent ensemble dans le duodénum.
Mais les phénomènes se compliquent une fois qu'on donne à boire sur la lin du repas ou après, comme cela arrive le plus souvent dans les conditions ordinaires. Par le fait de l'ingestion de l'eau, les aliments tendent à se mélanger, même très intimement, à se délayer et à sortir ensemble sous forme de bouillie. Tantôt le mélange ne fait que commencer, et le liquide passe du cardia au pylore, en suivant la petite courbure ; d'autres fois il devient aussi complet que siles aliments étaient violemment agités avec le liquide. Dans le premier cas, l'eau emporte peu de chose avec elle, les parties les plus ténues, la farine; de l'autre, elle entraîne indistinctement la farine, les fragments indigérés des grains, les glumes, les glumelles et les débris les plus grossiers des tiges ou des feuilles de fourrage. Voici des exemples des différents cas qui peuvent se présenter.
Un cheval qui, après avoir mangé un peu de luzerne, puis un litre d'avoine, boit douze litres d'eau, est tué sur-le-champ et ouvert rapidement. L'estomac ne renferme plus que six litres et demi d'eau un peu trou])lc avec l'avoine qui a résisté au courant en raison de sa petite masse. L'eau est sortie à peu près pure ; elle est claire dans les 8 premiers mètres d'intestin grêle, et au delà elle chasse devant elle la luzerne prise au commencement du repas et sortie, sans doule, par suite de rim[>i]lsion de l'avoine prise ensuite.
Sur un second qui reçoit un litre d'avoine, puis une poignée de foin et un litre d'eau, il n'en est lias de même; dix minutes, à dater du début du 'repas, la
petite quantité d'eau ingérée a sulTi pour mêler les deux aliments et pousser leur mélange assez intime dans rintesliii, sur une longueur de A mètres et demi.
Sur un troisième qui boit huit litres d'eau après avoir mangé 2 100 grammes, tant de foin que de paille donnés isolément, l'estomac, pris aussitôt après le repas, avait déjà versé dans rinlestiii les deux tiers de ce qu'il avait reçu. Il ne lui restait, sur les 18 oOU grammes d'aliments, de salive et d'eau ingérés, que 6 760 grammes de bouillie où le fourrage sec entrait dans la proportion de 400 grammes. Conséquemment, l'eau avait dû entraîner plus de la moitié du fourrage qui demeurait dans l'estomac lors de son arrivée. Dans l'intestin grêle se retrouvaient 11 900 grammes de la bouillie emiiortée, soit à peu près l'équivalent de ce que l'estomac avait laissé échapper.
Mais sur un quatrième qui est tué deux heures après avoir pris successivement 2 500 grammes d'avoine, 1 000 de foin et 4 500 d'eau, les choses se passent autrement. L'estomac, qui avait reçu en aliments, salive et eau 14 300 grammes, n'en retenait plus que 7 545 ou à peu près la moitié. Seulement cette fois l'eau était sortie sans semêler à l'avoine et sans changer la situation des deux aliments. Le chyme de foin isolé de l'eau libre pesait 3 200, et celui d'avoine 1 145. L'aspect du contenu de l'intestin grêle montre l'ordre suivant lequel l'eau a entraîné les aliments. A l'iléon, l'avoine seule est mêlée au liquide; en deçà et dans toute la région moyenne, l'eau tient en suspension le foin mêlé à l'avoine; enfin, au duodénum, elle n'est chargée que de foin. L'eau bue, à la fin du repas, a donc entraîné d'abord de l'avoine, qui, à la petit courbure, lui barrait le chemin, puis du foin avec de l'avoine, et finalement du foin seul. Ce résultat n'est point exceptionnel.
Un cinquième cheval, qui mangea 2 500 grammes d'avoine, 700 grammes seulement de foin, et qui but neuf litres d'eau, présenta, trois heures à compter du début du rejjas, l'avoine à la grande courbure en une masse du poids de 3465 grammes, le foin à la petite pesant 2445 ; en somme, 5 910. L'estomac, qui avait reçu 25 kilogrammes de matières solides ou liquides en avait donc versé 19 dans l'intestin, soit environ les quatre cinquièmes : l'eau était sortie du viscère, sans rien changer à l'arrangement des deux masses de chyme.
Sur un sixième, au contraire, l'eau a tout mêlé, puis entraîné la plus grande partie du mélange. Et c'est ainsi qu'elle parait se comi)ort('r ([uand elle prosoque de vives contractions gastriques. Le cheval, après avoir mangé 2 500 grammes de foin, puis 2 500 de paille, et bu huit litres d'eau, est tué trois heures à compter du commencement du repas ; l'estomac est rapetissé et ses aliments mêlés. Le viscère, qui a reçu 25 kilogrammes en fourrage et en salive, et 8 kilogrammes d'eau,en tout 33 kilogrammes, n'en a retenu que 5 ou un peu moins d'un sixième; il en a laissé échapper28, dont 7500 se retrouvent dans l'intestin grêle, le reste étant déjà parvenu au cjecum.
L'eau donnée en grande quantité peut seule déterminer de tels effets. A petite dose, elle ne dérange rien au groupement des matières alimentaires ; elle s'en va sans même les détremper. C'est ce qui est arrivé, par exemi>le, à un cheval qui reçut 2 500 grammes d'avoine, 2 500 grammes de foin et but seulement un litre d'eau. Quatre luMires à compter du début du repas* l'estomac renfermait
11 305 grammes de chyme tassé à deux couches, l'avoine à la grande courbure, de la grosse tubérositéau pylore, pesant en pâte 144S grammes, et le foin àla petite, pesant 9 860. Le \iscère qui avait reçu 18 500 grammes, avait gardé près des deux tiers des matières ingérées. L'avoine prise la première était sortie la première et parvenue au caecum ; le foin s'éparpillait sur tout le trajet de l'intestin grêle.
Lorsque, comme cela arrive assez souvent, le repas est coupé par l'ingestion de l'eau, après le foin el avant l'avoine, l'eau peut avoir de l'influence sur le départ de l'aliment qui la précède, comme sur celui de l'aliment qui vient après elle ; car ce qui en reste dans l'estomac sert à délayer plus ou moins le chyme. Voici ce qui s'est passé sur deux chevaux dans ces conditions.
Le premier, après avoir mangé 2 500 grammes de foin, but deux litres et demi d'eau^ puis reçut 2 500 d'avoine. Au moment de la mort, trois heures après le début du repas, l'estomac, qui avait reçu 20 kilogrammes de matières, en conservait la moitié, 10 795 : le chyme de foin occupait, à titre de premier arrivé, la grande courbure, il pesait 6 400 grammes; le chyme d'avoine à la petite pesait 4100.11s avaient retenu l'un et l'autre du liquide ingéré, car leur dessiccation a montré qu'ils renfermaient seulement, l'un 800 grammes de foin sec, l'autre 1 800 grammes d'avoine sèche. Ici, l'eau paraît avoir favorisé le départ du foin dont les trois quarts sont passés dans l'intestin, et non celui de l'avoine qui est venue après elle, car l'estomac n'a laissé sortir qu'un peu plus du quart de cette avoine. L'eau a été absorbée par le chyme de foin qui en a plus de six équivalents, et non point sensiblement par celui d'avoine.
Quant au second cheval, après avoir mangé 2 500 grammes de foin et bu 10 700 d'eau, il reçut 2 500 d'avoine dont il ne prit que 1 000. Quatre heures après ce repas coupé, l'estomac, qui avait reçu en tout 25 200, n'en conservait que 8 885 ; il en avait donc versé près des deux tiers dans l'intestin : le chyme de foin hydraté pesait 7140, celui d'avoine 1 745. Ici l'eau avait uniquement influé sur le départ de l'aliment arrivé avant elle.
En somme, l'eau modifie diversement la digestion et exerce une influence variable sur le départ des aliments, suivant sa qualité et le moment de son ingestion.
Eilen'estpoint immédiatement nécessaire àlachymification, carie foin chargé de ses quatre équivalents de salive, et l'avoine d'un seul équivalent, forment une })ulpe qui, additionnée de suc gastrique et de la salive déglutie pendant lachymilication, peut très bien passer dans l'intestin grêle. Mais lorsqu'elle est ingérée après le repas, elle hydrate plus complètement le chyme, puis le surplus en passe dans l'intestin, tantôt en chassant une partie des aliments délayés, tantôt sans en entraîner une quantité notable, quelquefois même sans déranger sensiblement leurs différentes couches. En général, lorsqu'elle est donnée en quantité un peu considérable, elle produit le premier de ces effets et favorise ainsi la désobstruelion du viscère. Aussi est-il utile d'abreuver les animaux après l'ingestion du foin pour préparer une place à l'avoine, tandis qu'il est plus rationnel de s'en abstenir après l'ingestion de l'avoine, si ce n'est au bout de quelques heures, alors que la digestion de cet aliment précieux est très avancée.
De ce qui précède, il résulte que les aliments ne soi'tent pas de l'estomac du
cheval exactement dans l'ordre de leur arrivée, puisqu'ils se mêlent en certaine proportion au pylore, si la digestion se fait à sec et, en général, beaucoup mieux après rinj,M'stiaii des liquides. Néanmoins on peut, en rr^dant la succession des aliments dans un nuMue repas, en es|);ieant les repas d'une certaine façon, et surtout eu (l(Miiiant l'eau à tel ou tel niunient, abréger le séjour des fourrages et prolonger celui des grains.
Les règles qui peuvent se déduire des faits physiologiques et de l'observation, méritent tQute l'attention de ceux qui s'occupent de l'éducation du cheval et de son .hygiène. Elles ne peuvent être formulées en termes absolus, car l'habitude prise par les animaux de manger dans un certain ordre tel aliment en grande Ujuantité et tel autre en faible proportion, modifie le fonctionnement de l'appareil digestif. Le cheval à ventre volumineux, habitué à l'usage des fourrages grossiers, digère très vite; ses aliments ne font que passer dans l'estomac, et l'avoine qu'il reçoit de temps à autre passe trop rapidement pour être digérée. Au contraire, le cheval (in, levrette, digère ce grain avec une rare perfection, car il le retient aussi longtemps que possible dans l'estomac, comme dans les diverses portions de son étroit intestin.
Uigrcstioii des uiélaiigresfi. — La digestion des aliments mêlés plus ou moins intimement avant leur ingestion, comme celle du foin et de la paille hachés, des grains concassés associés à des pulpes et à divers résidus, présente quelques particularités dignes d'attention.
Si ces aliments sont de même volume et densité, comme les fourrages, ils demeurent intimement mêlés dans l'estomac et passent dans l'intestin à l'état de mélange. Si l'un est plus mou, plus imprégné de sucs, comme l'est l'herbe verte par rapport au foin, il sort un (icu plus de cet aliment mou, de cette herbe, qu(> de fourrage sec. Si aux fourrages sont associées des pulpes, celles-ci arrivenldans l'inlesliii plus vil(,' que ceux-là, surtout chez les animaux abreuvés après le repas ou que l'on soumet au travail. D'ailleurs ici les choses se passent comme dans le cas de la digestion d'un seul aliment à parties hétérogènes Les plus fluides sortent les prennères, la farine du grain d'avoine plus tôt que les fragments, les glumes, les glumelles, etc.
Ces mélanges peuvent avoir l'inconvénient de forcer les aliments très nutritifs à quitter l'estomac avant leur élaboration com|)lète, et aussi vite que les aliments peu alibiles dont le principal oflice est de lester l'appareil digestif II est clair que l'avoine écrasée mêlée aux fourrages hachés s'en va trop tôt avec eux, et avant que ses principes azotés aient eu le temps de se dissoudre dans le suc gastrique; elle marche de pair avec la paille ou avec le son, dont le séjour dans l'estomac peut être, sans inconvénient, très abrégé.
Diji^csiitioii «le la. clia.ii^ et deiii uia.tlèi*e«i aiiiiiknleafi. — Hien que les solipèdes aient rarement l'occasion d'ingérer des matières animales, sauf à titre d'analeptiques, il est intéressant de savoir, au point de vue physiologique, si leur suc gastrique faible, leur cliymllieation sommaire, rendent possible la digestion de la viande.
Pour constater sûrement si le cheval digère la chair, il convient de la lui donner en petits morceaux qu'il est facile de reconnaître à leur sortie de l'estomac
G. COLIN. — Physiul. cipiii|i., 3"^ éilit. I — .")'J
OU au moment de leur expulsion par les voies ordinaires. J'ai donc fait avaler à un premier cheval 1000 grammes de chair crue, coupée par petits morceaux réguliers, cubiques ou arrondis, pesant chacun 20 à 25 grammes; et, pour empêcher que l'animal ne les écrasât, je les ai portés successivement, avec de longues pinces, dans l'arrière-bouche. Le cheval a été tué vingt-quatre heures après ce repas inaccoutumé; il n'avait plus de chair ni dans l'estomac, ni dans l'intestin grêle; mais le caecum, le côlon replié et le côlon flottant en renfermaient les morceaux gonflés, mous, verdàtres à l'extérieur, encore rouges à l'intérieur, lesquels pesaient ensemble, après avoir été essuyés, 818 grammes, c'est-à-direqu'ils avaient perdu un peu moins d'un cinquième de leur poids primitif. A un second cheval j'ai fait avaler huit morceaux de muscles pesant 20 grammes chacun, et pris sur un animal tué depuis six jours, les uns nus, les autres enveloppés dans de la toile à demi-usée. Le solipède qui, depuis, avait mangé et bu à discrétion, ne fut tué qu'au bout de vingt-quatre heures. Les huit fragments se trouvaient dans le caecum : les deux premiers, enveloppés, pesaient l'un 18 grammes, l'autre 16 grammes, le troisième en pesait 22, le quatrième 13, le cinquième 23, le sixième 19, le septième 21 et le huitième 20. Ces fragments, qui avaient sans doute perdu de leur substance, s'étaient, en compensation, imprégnés d'une certaine quantité d'eau. Ils étaient gonflés, mous, verdâfres à l'extérieur, mais ils avaient conservé leurs fibres distinctes et leur teinte rouge à l'intérieur.
Sur ces deux premiers sujets, la substance animale n'avait pas eu le temps de parcourir tout le trajet de l'appareil digestif; il fallait voir si elle serait chassée avec les déjections et si elle éprouverait d'autres modifications dans les diverses parties de l'intestin. Dans ce but, j'ai fait avaler à un cheval six morceaux de chair du poids de 26 grammes, en laissant du foin à sa disposition. De la vingtquatrième à la trente-deuxième heure, il a rendu quatre de ces morceaux, pesant ensemble 70 grammes, et n'ayant par conséquent perdu, pour tous, que 10 grammes. Ils étaient moins gonflés que ceux qui, sur les autres, se trouvaient dans l'intestin, mais ils étaient encore d'un noir verdâtre à l'extérieur et d'un rouge pâle à leur centre ; les deux derniers ne furent pas retrouvés. A un autre, je fis avaler de même douze petits morceaux semblables aux précédents, dont six de chair de porc et six de chair de bœuf. De la dix-huitième à la vingt-quatrième heure, trois d'entre eux furent rendus avec les excréments; ils avaient pris une teinte verdâtre; leur surface seule était altérée, mais leurs fibres restaient parfaitement reconnaissables, avec leur teinte rougeâtre. Les neuf derniers furent rejetés plus tard, sans avoir été digérés plus que les autres.
Ces expériences, répétées et variées sur des chevaux de dilférents âges, et placés dans diverses conditions, ont constamment donné les mômes résultats. Toujours les morceaux de chair qui n'avaient point été mâchés furent éliminés entiers et à peine altérés, et ils furent ainsi rejelés, soit qu'on les eût fait prendre à des animaux à jeun, soit qu'on les eût administrés à des sujets en pleine digestion, mis ensuite à la diète, ou entretenus avec leurs aliments ordinaires.
Un résultat aussi singulier pouvait être attribué à la dureté de la chair. Je donnai à d'autres chevaux des morceaux de psoas qui sont, comme on le sait, les plus mous et les plus délicats de tous les muscles; ils furent un peu jdus
DIGESTION GASTHIQUE DES SOLITÈDES. 819
altérés à la surface, mais pas plus digérés que les autres. Dans le même but, je fis avaler à plusieurs chevaux des escargots vivants. Au bout de vingt heures, ils étaient parvenus au caicuni et au côlon. A compter de ce moment, et jusqu'à la trente-deuxième heure, ils sortaient non digérés avec les excréments. Leur digestion n'avait même pas lieu quand ils étaient avalés après perforation préalable de leur coquille.
La chair divisée en fragments du volume de pois ou de fèves enveloppés de toile a résisté aussi, mais en perdant une partie de son poids.
Enfin, le sang s'est montré réfracfaire comme la chair. Au bout d'une demiheure, celui que j'avais injecté par l'œsophage était encore liquide; après une heure, il se trouvait en partie coagulé. Après six heures, il était entièrement parvenu dans l'intestin grêle, le cœcum, le côlon replié, sous forme de gi'os caillots noirs; sa partie liquéfiée avait rougi les résidus alimenlaires. Enfin, dans une expérience où le cheval fut laissé sans aliments après avoir reçu du sang, celui-ci était encore, après dix-sept heures, en caillots dans l'estomac, le ctccum et le côlon.
Ainsi donc, ni la chair en petits morceaux, ni le sang, ne se digèrent dans l'estomac du cheval, et, de plus, ces substances traversent tout le tube intestinal sans avoir subi de iiroCoiules modifications. Le chien (pii avale des morceaux de chair énormes, les oiseaux de proie (pii se gorgent de petits mammifères, d'oiseaux, de poissons, de reptiles, digèrent cependant tout cela, et aucune des parties ingérées ne traverse le tube intestinal sans avoir été préalablement dissoute. Une différence aussi remarquable ne doit donc pas être simplement constatée; elle doit être interprétée et rapportée à sa cause. Or, celle-ci tient à ce que les substances animales font un très long séjour dans l'estomac des carnassiers, .tandis qu'elles ne l'ont, pour ainsi dire, que passer dans l'estomac des solipèdes. Au bout de quelques heures, elles en sont chassées dans l'intestin grêle et au delà dans le ca'cum, où leur dissolution n'est plus possible. Si la chair séjournait suffisamment dans l'estomac des solipèdes, elle y serait digérée comme elle l'est dans l'estomac des carnassiers. En effet, les grenouilles que j'ai fait avaler vivantes au cheval, grenouilles qui, par suite de l'extension des pattes au moment de la mort, ne pouvaient franchir l'orifice pylorique, se trouvaient digérées en quinze à trente-six heures, et leurs os flottaient dans les liquides du caîcum ou dans la bouillie du côlon
Les moules données vivantes, étant également retenues en deçà du pylore par l'écartement de leurs valves, ont été digérées au bout de seize heures, et leurs valves séparées sont parvenues au cœcum.
D'ailleurs, dans les e\[u''riences où de petits poissons avaient él('' introduits et maintenus dans l'estomac par une fistule, ils étaient si ramollis et si diftluents au bout de- douze heures, que les os et les arêtes s'en détachaient au moindre contact, ou même se disséminaient au milieu des aliments.
L'inaptitude du cheval à digérer la chair n'est donc point absolue; elle tient uniquement à ce que cette substance ne séjourne pas assez longtemps dans l'estomac de cet herbivore pour y éprouver les niuddicalions (ju'elle subit dans celui d(;s carnassiers. On s'iibuserait, cependant, si l'on croyait (pie le solipède (|ui
s'habitue à manger de la chair cuite n'en digère pas une partie. Il e*t évident que cette substance, parfaitement broyée par les dents et réduite en pâte sous la double influence de la mastication et de l'insalivation, se dissout en certaine proportion dans le suc gastrique, quelque courte que puisse être la durée de son contact avec ce fluide. Si cet aliment était quelquefois donné an cheval à litre d'analeptique, ou comme il Test, dit-on, aux chevaux du désert employés à de longues courses, son usage devrait être réglé d'après ces indications physiologiques.
Si la chair en masses un peu considérables n'éprouve presque pas d'altération dansles voies digestives du cheval, et si la même substance très divisée et réduite en pâte s'y dissout imparfaitement, il n'est pas étonnant que des parties plus dures, telles que les tendons, les cartilages et les os, n'y subissent pas de modilicalions bien sensibles. Les morceaux de tendons, de cartilages, que j'ai fait avaler à des chevaux, ont été rendus, vingt-quatre, trente, trente-cinq heures après leur ingestion, avec leur forme, leur aspect et leur consistance ordinaires; les tendons seuls étaient un peu ramollis, comme macérés, et avaient diminué de poids. Les petits osselets du carpe et du tarse traversaient le tube digestif, en conservant leurs facettes lisses et leurs hbro-cartilages ; de petits cubes taillés dans la substance spongieuse des os avaient encore, après un séjour de vingtquatre et de trente heures, leur volume et leur poids primitifs ; de petits disques pris dans la partie moyenne des os des membres déjeunes animaux et enveloppés dans un tissu très mince, étaient rejetés sans que les filaments si déliés de la substance réticulée eussent subi la moindre moditication appréciable.
Il est fort remarquable que les larves d'œstres et divers helminthes, tels que le spiroptère mégastome des solipèdes, puissent vivre si longtemps dans l'estomac du cheval, au milieu du liquide dissolvant, toujours acide pendant la digestion, comme le font ces petits vers que Spallanzani trouva lixés à la muqueuse gastrique des salamandres. Leur résistance tient probablement à ce que leur tégument est réfractaire à l'endosmose des liquides acides et chargés de pepsine.
néiitkft des» aliments» et des ])oi!siSioiis. — Nous avons vu, par un grand nombie d'expériences rappelées plus haut, que l'estomac du cheval et des autres solipèdes n'est point disposé pour einmagasiner ce que l'animal mange en un repas, et qu'il se vide à mesure qu'il se remplit, à comitter des premiers moments de l'ingestion des aliments. Si l'estomac, parvenu à la moitié environ de sa capacité possible, n'opère ]>as le déversement progressif de son contenu, c'est qu'il manque de tonicité, alors le travail digestif est languissant et l'indigestion à craindre; cette indigestion est souvent mortelle si le viscère retient de 20 à 3U litres de chyme.
Ce n'est pas seulement à i)artir du moment où l'estomac a atteint son degré moyen de dilatation qu'il commence à envoyer des ondées de chyme à l'intestin ; il lui en donne souvent au bout d'un(|uart d'heure et même plus tôt. Dès que l'animal se met à manger et que plusieurs bols sont parvenus à l'estomac, ils se délayent dans le liquide accumulé lors de l'abstinence, et passent, par ondées, à travers l'oridce pylorique. Mais, d'abord, ces ondées de chyme imparfaitement élaboré sont faibles et rares; le viscère reçoit plus qu'il ne laisse échapper:
DIGKSTION GASTRIQUE DES SOLTPÈDES. X2l
aussi sa distension fait-ollo des progrès sensibles, et, à mesure qu'elle s'accroît, le déversement pyiorique devient plus considérable. Une (ois qu'elle est parvenue à son terme, le départ des aliments fait équilibre à leur arrivée, et l'organe conserv(; le même volume tant que l'animal continue à manger. Enfin, lorsque le repas est achevé, Télimination des aliments se ralentit graduellement, et finit par devenir si faible, que les dernières portions éprouvent une grande difficulté à passer dans l'intestin; aussi le viscère ne parvient-il à se vider comfilètement que six, huit, dix heures après le repas. Ce départ s'effectue, du reste, avec d'autant plus de peine, que les matières contenues dans l'estomac sont plus tassées et plus sèches, car alors elles forment une masse compacte, en quelque sorte moulée dans le viscère, d'où l'indication rationnelle, dans l'indigestion, d'administrer des liquides, en petite quantité et à de fréquents intervalles, pour détremper insensiblement ces matières, sans provoquer une distension exagérée qui ferait perdre aux parois de l'organe le reste de leur tonicité.
Les liquides sortent de l'estomac avec plus de promptitude encore que les aliments solides; mais leur passage dans l'intestin ne se fait pas absolument de la même manière dans toutes les circonstances. Si l'estomac contient déjà une certaine quantité d'aliments à l'instant de la déglutition des liquides, il continue à augmenter de volume ; les ondées suivantes passent dans l'intestin en entraînant une notable proportion de matières alimentaires. Gomme cesliquidessontpoussés avec force dans le réservoir, et qu'ils y abordent en masse su|>érieure à celle qui peut s'échapper à travers l'ouverture pyiorique, il arrive parfois que la dilatation de l'estomac s'exagère au point de faire perdre à ses parois le ressort nécessaire à l'élimination immédiate de la masse liquide. Si, au contraire, l'estomac est vide, quand l'animal vient de boire, l'eau passe dans l'intestin dès le premier moment de la déglutition ; mais encore ici, comme l'organe en reçoit, dans un temps donné, plus qu'il ne peut en laisser échapper, il se distend plus ou moins et arrive à acquérir la moitié et même les deux tiers de sa capacité maximum. J'ai vu plusieurs fois, en ouvrant rapidement l'abdomen pour lier le pylore, quatre, cinq, six minutes après la déglutition d'une quantité d'eau préalablement déterminée, que l'estomac se dilatait de manière à en retenir 8, 10, 12, l'o litres; le reste avait déjà passé dans l'intestin grêle. Ce qui, alors, est parvenu à l'intestin grêle marche vite vers le cœcum; car, si l'on ajoute à l'eau donnée au cheval un peu de cyanure de fer, on le retrouve aisément au bout de dix minutes, d'un quart d'heure à l'iléon, c'est-à-dire à *20 mètres et jilus de l'estomac; toutefois ce n'est qu'après un temps plus long qu'il entre au caîcum en forte proportion.
Le départ des liquides a des caractères fort variables suivant les quantités ingérées, leur température, le degré de réplélion de l'estomac, la consistance du chyme, l'état de flaccidité ou de resserrement de l'intestin grêle, la masse de matières qu'il peut contenir, etc. Dans certains cas, les liquides sortent doucement par un courant dirigé du cardia au pylore sur la petite courbure, sans emporter de chyme, sans le délayer, ni même en mêler les différentes couches; dans d'autres, ils en bouleversent toutes les parties et les réduisent en bouillie avant de sortir, et entraînent les aliments avec eux.
Voici quelques exeuqdes de ces variations :
Un cheval qui vient de manger un litre d'avoine boit 12 litres d'eau, et est tué aussitôt : 6 litres d'eau seulement restent dans l'estomac, les 6 autres sont sortis chassant devant eux les matières de l'intestin grêle; l'impulsion est donnée à celles-ci par les premières ondées liquides; car, dans les 8 mètres d'intestin grêle qui suivent le pylore, l'eau est tout à fait claire.
Un autre cheval, à jeun, fut tué un quart d'heure après avoir bu 22 litres d'eau. Il n'en restait plus que 4 litres dans l'estomac. Les 18 autres étaient déjà parvenus à l'intestin grêle, qui lui même n'en retenait que 14; les 4 litres manquant avaient été absorbés ou poussés dans le gros intestin. L'eau avait progressé dans l'intestin, en chassant devant elle les matières alimentaires et les mucosités, car, dans les premières portions de l'intestin grêle, elle était claire, plus loin trouble, et enfin chargée de parcelles de fourrage vers l'iléon.
Le départ de l'eau a lieu surtout au moment même de l'arrivée du liquide; plus tard il se ralentit extrêmement. Mais le liquide continue ù marcher dans l'intestin, bien que l'estomac cesse d'en déverser. Un quart d'heure après l'ingestion de 5 litres d'eau chargés de cyanure de fer et de potassium, j'ai trouvé la presque totalité du liquide dans l'intestin grêle, et il bleuissait presque aussi fortement à l'iléon que vers le pylore. Ce temps si court avait sufti à la solution pour parcourir un trajet de plus de 20 mètres, bien qu'elle eût à pousser devant elle les aliments pris avant l'ingestion du liquide.
Les mouvements du corps, les contractions énergiques des muscles, les efforts paraissent favoriser le départ des matières de l'estomac ; cependant ils ne sont pas toujours manifestement favorables à la digestion et surtout à la sécrétion du suc gastrique. J'ai trouvé, sur un cheval qui avait été exercé pendant six heures, après un repas d'avoine, le chyme peu détrempé, presque sec, et sur un autre le chyme bien délayé et même avec du liquide libre. Il restait sur le cheval, qui avait mangé 2 oOO grammes d'avoine, 3 500 de chyme dans l'estomac, 743 grammes de moins que sur un autre laissé en repos après un repas semblable.
Il est évident, d'après la rapidité avec laquelle les aliments et les liquides parviennent à l'intestin, que le pylore des solipèdes doit fonctionner suivant un mode particulier qui ne lui appartient point dans la plupart des animaux. Cet orifice est effectivement très dilatal)le, large et presque toujours béant, comme on s'en assure aisément sur les animaux vivants dont l'estomac est plein et la digestion active. Il est, par conséquent, chez le cheval, bien différent de ce qu'il est chez les carnassiers. Au lieu de refuseï' obstinément, comme chez le chien, le passage aux matières non liquéfiées, il donne une libre issue à tout ce que le viscère a reçu; il se laisse traverser aussi bien par les corps volumineux que par ceux qui sont très divisés, par les aliments que par les liquides. Tiedemann et Gmelin avaient vu déjà que les morceaux de quartz donnés à des chevaux se trouvaient dans l'intestin une heure ou une heure et demie après leur ingestion. J'ai constaté maintes fois que des boules de marbre, des sphères métalliques, de petits tubes, des morceaux de chair, des osselets arrondis, des escargots, des coquillages, des sachets pleins de fécule ou de substances diverses, ne font qu'un très court séjour dans le viscère. Cependant, lorsque des corps volumineux sont en très grand nombre, ils abandonnent difficibiment le réservoir gastrique. Un che-
val auquel J'avais fait prondn; quai re-vingts cailloux de la grosseur d'une amande à celle d un (ruf de perdrix, les garda trois jours dans l'estomac, bien qu'on eût laissé des aliments et de l'eau èi sa disposition. Le lendemain du repas, il eut des coliques, et il mourut le jour suivant. L'estomac était rupture à la grande courbure et renfermait encore soixante-trois cailloux mêlés à une petite quantité d'aliments; seize seulement étaient [)arvenus dans le renflement duodénal qu'ils n'avaient point dépassé; le dernier mancpiait à l'appel. De même, les corps volumineux et irréguliers passent difficilement dans l'intestin : l'écrevisse qu'un cheval avait avalée avec beaucoup de peine, n'était point encore parvenue, au bout de seize heures, à franchir rorilice |)ylorique.
On s'abuserait étrangement si l'on attribuait la facilité du passage des aliments de l'estomac dans l'intestin à un défaut d'énergie des libres qui entourent l'orifice pylorique. Le pylore, qui laisse si aisément passer tout ce qui se présente à son ouverture, ne manque pas de force pour retenir : il est entouré d'une ceinture musculeuse, large de 7 à 8 centimètres, dont la contraction pourrait devenir et devient, dans quelques circonstances, un obstacle puissant au départ des aliments et des liquides Sa constriction, qui est souvent si prononcée après la mort, se remarque sur l'animal vivant, quand l'estomac est fortement aflaissé sur luimême ; c'est elle qui retient alors, tant que dure l'abstinence, la petite quantité de liquide en dépôt dans la cavité du viscère; c'est elle aussi qui, certainement, empêche, lors du vomissement, les matières alimentaires, et surtout les liquides, de s'échapper dans l'intestin grêle.
Telles sont les particularités les plus essentielles qui distinguent la digestion gastrique des solipèdes de celle des autres animaux. Elles sufliscnt à démontrer que, chez les hei'bivorcs. tout a été disposé pour réduire limportance de la fonction de l'estomac, et, je dirais même, pour rendre cette fonction imparfaite, si l'imperfection était quelque part dans les opérations de la nature.
La digestion gastrique, qui offre, comme on vient de le voir, tant de singularités chez les solipèdes, paraît revêtir une physionomie analogue chez d'autres herbivores monogastriques: le lièvre, le lapin, le cochon d'Inde, par exemple.
Chez eux, cependant, l'estomac se distend plus complètement que sur les solipèdes, car au lieu de recevoir une masse de matière égale au trentième ou au quarantième du poids du corps, il en reçoit de un quinzième à un neuvième, et il ne semble bien fonctionner qu'à l'étiit de réplétion assez complète. Les aliments s'y disposent par couches et s'y mêlent diflicilement; les nouveaux venus poussent les anciens dans l'intestin ; la désobstruction du viscère se fait plus par cette impulsion à tergo que par les contractions de la tunique musculaire, aussi cesse-t-elle de s'opérer une fois que l'animal cesse de manger. Dans ce cas, lecontenu du viscère met deux ou trois jours et plus à passer intégralement dans l'intestin.
Le défaut d'énergie du plan charnu de l'estomac existe chez ces animaux à tous les âges de la vie, car dans les premières semaines, alors que l'animal vit du lait de sa mère et de l'herbe qu'il commence à brouter, ces deux aliments, réduits en pulpe molle, ne se mêlent point, et, plus tard, quand l'animal mange avec lenteur, les bols, du volume d'un pois, demeurent longtemps dans le sac gauche, en très
grand nombre, sans se mêler aux aliments délayés, sans même se déformer, ni perdre leur revêtement visqueux.
L'arrangement des aliments de diverse nature, donnés successivement, y est un peu différent de celui du cheval. Le diversesstrates, aulieu de se disposer parallèlement aux courbures, leur sont presque perpendiculaires: les plus anciennes au pylore et les autres de plus en plus rapprochées de la grosse tubérosité. Si, à un moment donné et après une abstinence d'une journée, le lapin reçoit successivement des racines, du vert, de l'avoine, du lait, on trouve la masse ancienne déjeiée à droite, puis les aliments récents en dépôts isolés à gauche, dans l'ordre exact de leur ingestion ; le dernier étant à l'extrême gauche.
Immédiatement après le repas, ou peu de temps après, pendant la grande activité du travail gastrique, l'estomac contient une proportion d'aliments égale souvent au dixième du poids du corps. Ainsi, j'ai trouvé alors :
172 gr. de chyme sur un lapin de 3,080 gr.
Au bout d'un certain temps la proportion de chyme sur laquelle le viscère opère diminue, mais avec une extrême lenteur. Ainsi, il en restait :
Après 6 h., 215 gr. sur un lapin de 3,335 gr.
Voici, du reste, un tableau indiquant pour une quarantaine d'animaux le poids du chyme contenu dans l'estomac, à compter de la fin du repas jusqu'à la (in d'une série d'heures au-dessous. Dans la première série se trouvent les sujets tués à la (in du repas, d'une durée variable et indéterminée, par conséquent en pleine digestion, et dans la seconde ceux qui l'ont été un temps déterminé après le repas.
Nos u'oitUUK.