‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 252 sur 287 · coLix. — Physiol. comp., 3' édit · texte numérisé non relu

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pût se répandre dans les diverses parties de la masse, que tout ce qui était en rapport avec la muqueuse veloutée était acide, et que ce qui correspondait à la muqueuse blanche se trouvait neutre. Seulement lorsque les aliments étaient assez délayés pour avoir été brassés dans le réservoir pendant la vie, ou lorsqu'ils étaient mêlés à des liquides que les plus légers mouvements faisaient passer de tous les côtés, la même particularité ne s'observait plus. Enlin, la muqueuse blanche ne possède pas sensiblement la propriété de cailler le lait, comme celle du sac droit, pourvu qu'on l'ait détachée immédiatement après la mort, et privée par le lavage de l'acide que le contenu de l'estomac a apporté à sa surface ; du moins, c'est ce que j'ai noté en plusieurs circonstances.

Le suc gastrique des solipèdes a-t-il la même composition et les mêmes propriétés que celui des autres animaux? L'analyse de Tiedemann et Gmelin répondrait à la première partie de la question si le fluide qu'ils ont examiné eût été du suc gastrique pur. Mais ces expérimentateurs ont pris pour tel un mélange de salive déglutie pendant les intervalles des repas avec le reste des boissons que le cheval conserve dans l'estomac pendant l'abstinence, et un peu de suc gastrique dont la sécrétion avait été excitée par quelques fragments de quartz blanc. Pour obtenir ce liquide dans toute sa pureté, il faudrait d'abord, sur le cheval à jeun, retirer les fluides que conserve l'estomac, puis empêcher, par une ligature à l'œsophage, que de la salive et des mucosités y fussent envoyées ; enfin, faire parvenir à l'intérieur du viscère des substances insolubles pour exciter la sécrétion. De plus, il serait peut-être même indispensable, par une ligature au pylore, de s'opposer au reflux de la bile et des produits de l'intestin dans le réservoir gastrique. Tout cela, comme on le pense, est fort difficile à réaliser, si l'on ne veut pas trop s'éloigner des conditions physiologiques de la digestion : j'ai fait, à cet égard, bien des tentatives sans arriver à un résultat satisfaisant.

En opérant comme la plupart des physiologistes sur le suc gastrique étendu de quatre équivalents de salive, j'ai constaté, dans les digestions artificielles, que ce liquide, pris sur le cheval, à la période de la plus grande activité digestive, agit faiblement sur les matières azotées ; il diffère donc, sous ce rapport, de celui du chien, qui n'est additionné peut-être que d'un ou de deux équivalents de salive. Ce que les chimistes ont dit du peu d'activité du suc gastrique des herbivores, comparé à celui des carnassiers, paraît tenir aux différences dans les quantités de salive qui s'y associent.

Le suc gastrique ne produit pas, dans les aliments herbacés iibreux, de modifications apparentes à première vue. Les résultats de son action qui portent seulement sur les principes azotés se traduisent par la présence de l'albuminose dans le liquide filtré de l'estomac ; elle y est en petite quantité ; il s'y rencontre, en outre, comme Tiedemann et Gmelin l'on constaté, de l'albumine coagulable par la chaleur. J'en ai trouvé moi-même chez des solipèdes nourris exclusivement, soit de foin, soit de paille ou d'avoine, et Lassaigne, qui l'a examinée, lui a trouvé tous les caractères chimiques de l'albumine ordinaire.

Il n'agit pas sensiblement sur les féculents, mais il ne s'oppose pas, comme on l'a cru, à la saccharification de la fécule imprégnée de salive, car Tiedemann et Gmelin ont vu que les matières prises après quatre heures de digestion dans l'es-

tomac (l'un clioval nourri d'amidon cuit, ne bleuissait plus par l'iodo, sauf dans quelques grumeaux. Toutefois, chez les animaux nourris d'avoine, la saccharilication est beaucoup moins active, et, au bout de cinq à six heures, d'après mes recherches, les liqueurs cuivriquos ne montrent qu'une quantité modérée de glycose dans le liquide de l'estomac.

Si ce suc ne modilie pas chiniiquenient les graisses, il les dégage parfaitement du tissu cellulaire du grain ; elles se montrent alors dans le chyme provenant de l'avoine sous forme de très grosses gouttelettes ffig. 114) disséminées entre des fragments de grains à cellules pleines de granules d'amidon, des parcelles de glumes, des glumelles, des poils, etc.

Quelle est la durée de la digestion chez les solipèdes nourris de fourrage, ou de grains, ou d'un mélange de ces deux sortes d'aliments? C'est là une question importante (pi'il faut traiter avec quelques développements.

L'expérimentation démontre que cette durée, toujours courte, est fort variable suivant la nature de l'aliment, la (juantité qui en est prise en un repas et la durée de ce repas.

Les aliments verts, mous, les pulpes, passent moins de temps dans l'estomac que les fourrages secs.

I<'iG. 111. — Chyme d'avoine pris dans restomac du cheval (*).

Les aliments pris en petite quantité y séjournent plus longtemps (jue ceux (pie l'animal prend en grande masse. Ceux-ci, dès que l'estomac est un peu rempli, cliassent leurs devanciers dans l'intestin, quel qu'en soit l'état de chymilication. Ils poussent devant eux, pour se loger, les aliments qui les ont précédés, de telle

(*) A, A. fraïiiioMls dont les cellulos sont |ilciiies de grains ilo fécule ; B,B, grosses gouttelettes de Rraisse ; C, C, petites gouttelettes; B, E, poil isolé et groupe de poils du graiu; F. fragment du péricarpe.

sorte que, dans la durée d'un repas, le viscère peut envoyer à l'intestin un, deux, trois équivalents de la masse qu'il retient à la fin de ce repas.

Voici quelques résultats qui donneront la mesure de la durée de la chymilication du foin et de l'avoine.

Ici il faut distinguer la digestion qui se fait sans eau, de celle où l'eau a pu entraîner une partie des aliments dans l'intestin.

Dig-estîou clti foin. — D'abord, le foin, quoiqu'il absorbe quatre fois son poids de salive, se digère très bien sans eau au début, mais assez difficilement plus tard. Après une à deux heures, son départ de l'estomac se ralentit, et il ne peut plus être repris activement que par l'eau ou par de nouvelles quantités d'aliments.

Ainsi, un cheval reçoit 2 500 grammes de foin qu'il mange en deux heures, après lesquelles il est tué. L'estomac, qui a dû recevoir 12 500 grammes de malières, car le foin s'est imprégné de 10 kilogrammes de salive, n'en a conservé que 7 000 ou un peu plus de la moitié, et encore dans cette quantité il ne se trouve plus que 1 000 grammes de foin sec. Les 5 500 grammes de chyme qu'il a laissé échapper se sont disséminés sur toute la longueur de l'intestin grêle.

Un autre qui reçoit la même quantité et qui est tué trois heures après le début du repas, n'a plus dans l'estomac, sur les 12 500 grammes de matières ingérées, que 6 kilogrammes, où le foin sec n'entre que pour 750 grammes. La moitié du chyme a donc, en trois heures, passé dans l'intestin, encore en entraînant les deux tiers du fourrage considéré comme sec.

De la troisième à la cinquième ou à la sixième heure, l'estomac, qui cesse de recevoir des aliments, déverse plus lentement son contenu dans l'intestin. El à compter de la cinquième, si l'animal ne fait pas un nouveau repas, le déversement devient très faible.

Il y a donc, en réalité, dans le travail de l'estomac, deux périodes : la première coïncidant avec le repas, pendant laquelle le viscère pousse rapidement son contenu dans l'intestin pour faire place aux aliments qui continuent à arriver ; la seconde, après le repas, où le déversement est très faible. — C'est pendant celle-ci que la chymification devient aussi parfaite que possible, car sa perfection est directement proportionnelle à sa durée.

La durée de la digestion du foin est abrégée très sensiblement par suite de l'ingestion d'une certaine quantité d'eau, au moins lorsque l'estomac est modérément rempli, comme dans les cas où il reçoit en un repas le quart de la ration journalière, soit 2 500 grammes de foin. L'eau entraîne avec elle une notable partie du chyme dans l'intestin grêle.

Ainsi, un cheval qui, après avoir mangé 2 500 grammes de foin, boit 9 litres d'eau, est tué une heure et demie a|)rès le commencement du repas : l'estomac renferme 10 750 grammes de chyme délayé contenant 968 grammes de foin sec. Il en avait laissé échapper 1 532 ou les 3/5*% un peu plus que dans le cas où le repas n'a pas été suivi d'ingurgitation de liquide.

Un autre, après avoir mangé 2 500 grammes de foin haché et bu 7 litres 1/2 d'eau, présente dans l'estomac, trois heures après le commencement du repas, 5 350 de chyme contenant 573 grammes de foin sec, ou environ 1/.5- de la

quantité ingérée. Les 4/o" de cette quantité avaient été emportés dans l'intestin.

Ce qui, en l'absence de l'eau ingérée, délaye la pâte chyineuse constituée par du foin, c'est, d'une pa'rt, la salive déglutie après le repas, d'autre part le suc gastrique versé en quantité indéterminée. Ces deux fluides représentent, en somme, une masse assez considérable. Sur quatre chevaux qui n'avaient hu, ni après le repas, ni longtemps avant, le contenu de l'estomac en foin était chargé, en outre des quatre équivalents de salive absorbés, pendant la nianducation : 1° de 2 250 grammes de liquide après une heure quarante minutes ; de 2 140 après deux heures; de 1 315 après sept heures, et de 2 425 après huit heures. C'est grâce à ce liquide surajouté que la digestion du foin peut s'achever, dans un grand nombre de cas, pourvu que le sang contienne assez d'eau pour entretenir les sécrétions.

La digestion du foin n'est ni plus ni moins rapide après la division préalable de cet aliment. Dans quatorze expériences, sept sur le foin entier, sept sur le foin haché, les quantités digérées dans des temps égaux n'ont pas différé sensiblement. Voici, pour ces quatorze animaux qui avaient reçu chacun une ration de 2 500 grammes, la quantité de fourrage sec que l'estomac avait versée dans l'intestin.

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