RÔLE DU FLUIDE PANCRÉATIQUE
qu'il avait primitivement, ainsi que je l'ai constaté deux fois sur le veau et le taureau. L'animal, qui n'a pas cessé de manger et de ruminer, guérit très promptement, comme si les parois abdominales seules eussent été divisées.
C'est par une suite d'expériences laites dans diverses conditions, c'est pj^r une série de combinaisons bien calculées, qu'on arrive à démêler les phénomènes réguruîrs de la sécrétion, des idiénomènes insolites et exceptionnels qu'elle peut présenter.
Chez les solipèdes^ la sécrétion pancréatique est fort difficile à étudier. Le pancréas de ces animaux est profondément situé au-dessous de la colonne vertébrale. Son canal excréteur est enveloppé i)ar la glande jusqu'à son insertion, et il a des parois excessivement minces. Pour aller le chercher, il faut ouvrir largement le ventre sur la ligne médiane, depuis le sternum jusqu'à 20 ou 130 centimètres du pubis, faire sortir de la cavité abdominale une partie du côlon, inciser le duodénum sur une étendue de trois à quatre travers de doigt, puis engager une sonde à bourrelet dans le canal, et l'y fixer au moyen d'une ligature très serrée qui embrasse l'extrémité inférieure delà glande ; enfin il faut r('{tlacer l'intestin et fermer, par une suture de ruban, la plaie des parois de l'abdomen.
Ce procédé, que de Graaf employa le premier sur le chien, réussit à Leuret et Lassaigne sur le cheval. Il m'a permis une fois, après trois tentatives infructueuses, de recueillir une assez grande quantité de suc pancréatique. L'expérience fut faite sur un cheval qui avait mangé du foin et de l'avoine plusieurs heures avant que la fistule fût établie. Dès que le duodénum fut ouvert et qu'une petite éponge fut engagée à l'ouverture pylorique pour prévenir l'expulsion du chyme, je vis très distinctement le liquide s'échapper en nappe et par saccades à l'orifice du canal. Une fois que la sonde munie de son ampoule de caoutchouc fut fixée, le liquide descendit dans celle-ci, même avant qu'on eût relevé l'animal. Voici le produit de la fistule depuis le commencement de l'expérience jusqu'au moment de la suspension de la sécrétion :
N°' DKS HEURKS de l'expérience.
TEMPS en miiiutos.
QUANTITÉS
, KTAT DE L'AxMMAL ET OUSKRVATIONS
Couché.
Id. lielevé.
Debout.
Id.
Id.
Quel(iues gouttes seulement.
Sécrétion suspendue.
1. G. Colin, Expériences sur la sécrétion pancréntique du cliovnl, du porc et du mouton {Couiptex rendus de l'Académie des sciences, 28 juillet 1851, t. XXXIIlj.
D'après les résultats exprimés dans le tableau qui précède, on voit que la sécrétion pancréatique est uniforme pendant les deux premières heures et qu'elle augmente un peu à partir de la troisième, pour diminuer subitement et cesser bientôt après. La moyenne de la quantité obtenue est donc à peu près de 265 grammes par heure, ou sensiblement le chiffre de la sécrétion chez la vache et le taureau. Elle aurait été plus considérable si le second canal pancréatique qui communique avec le premier eût été lié, ou si l'on eût recueilli par une autre petite sonde ce qu'il verse dans l'intestin. Mais, à supposer que le fluide charrié par ces deux conduits, dont le second est très petit, eût été obtenu, il ne faudrait pas attacher une grande importance à son chiffre, car l'irritation de la glande, suivant qu'elle est plus ou moins vive, trouble à un degré variable la sécrétion. D'ailleurs la fistule peut être établie, ou lorsque la sécrétion est très active, ou lorsqu'elle est peu abondante. Evidemment elle l'était moins sur le cheval de l'expérience de Leuret et Lassaigne, puisqu'elle ne donna que 96 grammes en une demi-heure.
Il est encore un autre procédé qui permet de recueillir le suc pancréatique du cheval sans léser la glande ni lier son canal excréteur : je l'ai employé plusieurs fois, et il m'a toujours réussi. Il consiste à lier le canal cholédoque et le pylore d'un animal en pleine digestion, puis à chasser progressivement, à partir de la ligature, à l'aide de la pression des doigts^, les matières que contient le duodénum, qu'on lie ensuite à son extrémité postérieure. De cette manière, on vide, sans l'ouvrir, la première partie de l'intestin, et on prépare un réservoir au suc pancréatique. Au bout d'une heure, on trouve dans l'anse duodénale 600, 800 et quelquefois 1 000 grammes d'un suc parfaitement limpide semblable à la salive maxillaire la plus pure; c'est du suc pancréatique rendu très visqueux par le produit des glandes de Brunner dont nous parlerons plus tard.
Il est à noter que, dans cette circonstance, si l'anse duodénale est remplie et distendue,lesuc qui continuée sesécréter s'accumule dans les canaux et y acquiert une extrême viscosité. Au moment où l'on détache le pancréas du duodénum, on constate même que le liquide accumulé dans l'intestin reflue par le canal en assez grande quantité. Le résultat de cette variante montre bien que la moyenne de l'expérience précédente est loin d'être exagérée.
La sécrétion pancréatique du porc a des caractères que l'expérimentation ne p*eut aussi aisément reconnaître que chez les animaux ruminants. La listule pancréatique s'établit sans difficulté chez ce pachyderme. Il suflit pour cela de faire au-dessous de l'hypocondre droit une incision longue d'un décimètre et demi, par laquelle on attire l'anse duodénale qui porte l'insertion du canal excréteur. Bien que cette partie de l'intestin ait un mésentère trop court pour qu'on puisse l'amener hors de l'ouverture, on aperçoit aisément le canal sur les sujets très maigres, et on y fixe rapidement un tube d'argent muni d'une petite ampoule, puis on referme la plaie des parois abdominales. Si on veut comparer la sécrétion biliaire à celle du pancréas, on ada|)te en même temps un appareil au canal cholédoque. A peine les tubes sont-ils fixés, que l'un donne de la bile en grande quantité, et l'autre du suc pancréatique en plus faible proportion. Voici d'aboid les quantités du suc pancréatique obtenu sur deux porcs adultes et de taille ordinaire :
rôlp: dv FLUinK pancréatique.