‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie rurale (volume 2)Chapitre 42 sur 287 · Lonpcl, Tmité ilc p/iysiolof/ie, t. III · texte numérisé non relu

Lonpcl, Tmité ilc p/iysiolof/ie, t. III

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nifestations de sensibilité en irritant, soit les ganglions semi-lunaires, soit les ganglions cervicaux et lombaires. Dans des expériences nombreuses communiquées à l'Académie des sciences ', j'ai constaté que toutes les parties du système ganglionnaire, accessibles aux irritations, sont sensibles à divers degrés. Mes redierciies ont eu pour but di' déterminer comparativement le degré de sensibilité des princi{taux ganglions et des trois espèces de lilets du sympathique, savoir : ceux qui unissent les ganglions entre eux, les rameaux de communication entre le système ganglionnaire et les nerfs spinaux, enfin les divisions (jui se rendent aux viscères. Elles ont été exécutées sur le cheval, le bélier, le taureau, le chiiMi et le lapin. Leurs résultats se résument dans les propositions suivantes : 1° les ganglions du grand sympathique sont tous sensibles à divers degrés; le semi-lunaire, les thoracicjuesplus que le cervical supérieur; 2" les ganglions un peu volumineux paraissent plus sensibles dans leurs parties gonflées, grisâtres, d'aspect homogène, que dans les parties minces, striées, plexi formes; 3° la sensibilité de ces organes est mieux mise en jeu paf le pincement, la constriction, que par les piqûres, la section et l'application des caustiques; 4"> les irritations produites sur eux sont immédiatement perçues pour peu qu'elles soient fortes ; mais elles ne sont suivies de réactions qu'après plusieurs secondes si elles sont faibles; o° les ganglions dont le tissu a été irrité dans un grand nombre de points, peuvent perdre la faculté de transmettre les in)pressions produites sur eux ou sur les nerfs qui en émanent ; 6° tous les nerfs ganglionnaires sont sensibles aussi à divers degrés; mais leur sensibilité paraît, en général, moins prononcée (pie celle des ganglions; 7" la sensibilité de ces nerfs isolés ou en [ilexus s'allaiblit à mesure qu'ils acquièrent de la ténuité; elle est presque nulle dans les petits lilets; 8" [)armi les nerfs ganglionnaires, ceux qui mettent en communication le sinipathique avec le système cérébro-spinal sont les plus sensibles. Ceux qui unissent les ganglions entre eux, le sont moins et les filets destinés aux viscères ne le sont plus qu'à un tiès faible degré; 9" la sensibilité des filets sympathiques est éveillée, comme celle des ganglions, surtout par Ir pincement et la constriction. Elle s'affaiblit, s'éteint même momentanément, dans certaines conditions sans que le tissu nerveux paraisse lésé ; 10' les impressions produites sur les nerfs ganglionnaires sont transmises le plus souvent avec la rapidité de celles qui s'exercent sur les nerfs encéphaliques ou rachidiens; cependant, si elles sont peu intenses, elles peuvent n'être perçues qu'après un délai de plusieurs secondes.

Depuis, j'ai eu l'occasion de vérifier mes premières observations, notamment sur les animaux de grande taille. J'ai vu, sur des génisses, les semi-lunaires et les lilets qui en émanent sensibles au pincement, à la ligature, à l'excision; sur l'agneau incomplètement anesthésié, le ganglion s'est même montré sensible, ainsi que ses anastomoses avec le nerf vague.

Il importe, pour constater la sensibilité des ganglions et des lilets du sympathique, dans le thorax ou Tabdoujen, de ne pas produire de délabrements trop

1, G. Colin, Sur les divers degrés de seftsibilifé des ganglions et des filets du grand sympatliique (Comptes rendus de r Académie des sciences, 13 mai 1861).

o. COLIN. — Physiol. comp. 3' édit. ) — l.'i

douloureux et de ne faire agir les stimulants qu'à compter du moment où l'animal est un peu remis des premières douleurs. Alors, il sullit de pincer ou d'étreindre fortement par un lien une artère des -viscères abdominaux, comme les gastriques, la spléiiique, l'hépatique, pour s'assurer que les irritations sont très douloureuses.

D'ailleurs, dans les conditions pathologiques, la sensibilité du sympathique, en

s'exaltant, devient très manifeste. Les atroces douleurs des coliques, dues à l'invagination, au volvulus, à l'étranglement de l'intestin, au déplacement d'un calcul, à l'action de certains agents toxiques et toutes celles qui ont leur point de départ dans les viscères irrités en sont la preuve.

Dans tous les cas, cette sensibilité n'est pas assez exquise pour être mise en jeu par des irritations faibles. Aussi, peut-on regarder comme vraisemblable cette ingénieuse hypothèse de Reil, d'après laquelle les nerfs et les ganglions seraient des demi-conducteurs laissant passer seulement les impressions vives et arrêtant les impressions faibles. Les nerfs ganglionnaires ne sont pas seulement sensibles, ils sont encore excitables. Ils jouissent de la faculté de déterminer des contractions musculaires involontaires. A. de Humboldt, en mettant les nerfs cardiaques en rapport avec un courant galvanique, a vu, après la mort, les mouvements du cœur reparaître. Burdach a accéléré la vitesse des contractions de cet organe, sur un lapin qu'on venait de tuer, en arrosant ses nerfs avec de la potasse ou de l'ammoniaque; enlin, Millier et Longet ont constaté que les mouvements de l'intestin, ralentis ou à peu près éteints, reprenaient une grande vivacité dès qu'on touchait le ganglion semilunaire avec de la ])otasse caustique. J'ai observé aussi que le côlon replié du ciieval,dont les mouvements sont peu apparents dans les circonstances ordinaires, se contracte énergiqueraent, quand on vient à pincer ou à ii-riter, avec de l'acide azotique, les gros cordons nerveux qui hjiigent ses artèfes. Dans tous les cas, on remarque que r(;iretde l'irritation n'est point instantané, comme celui qui résulte de l'irritation des nerfs rachidiens. C'est seulement après quelques secondes que la contraction se produit, et elle persiste encore un certain temps a|»rcs que sa cause a cessé d'agir. Du reste, on ne sait si le principe excitateur des mouvements développés dans ces circonstances, sous l'inlUience des nerfs ganglionnaires,

FiG. 3U. — Al Ici e '-j>ki]ii]ue liu cheval, à son origuie, entourée de filets ganglionaires.

FONCTIONS DU GRAND SVMPATllIOLi;. 'l-ll

vient de la moelle, des ganglions du sympathique ou de ses lilets : le lait de la [)ersistance des mouvements du cœur et de l'intestin, avec leur rliythme normal, après que ces organes ont été sé|>arés du corps ainsi que des ganglions et des plexus nerveux, semble indiquer qu'il vient, au moins en partie, des lilcls euxmêmes ou de leurs ganglions microscopiques.

Le grand sympathique est donc doué, à la fois, d'une sensibilité spéciale et de la faculté d'exciter des mouvements, deux propriétés dont l'exislence s'exiilique l>ar les (ibres sensitives et les fibres motrices qu'il reçoit du système cérébrospinal, à la tète, au cou, dans le thorax et l'abdomen, libres que l'on peut suivre jusque dans l'intérieur des ganglions où elles se mêlent avec celles qui lui sont propres.

Fouet i4»ii.««* — Les fondions du grand sympathique résultent de ses j»ropriétés. Elles se l'attachent : l^à la sensibilité ; 2° au mouvement; 8" aux actions organiques des parties dans lesquelles il se distribue. Avant de les envisager sous ce triple point de vue, il faut voir si elles tiennent à l'activité propre du nerf, à celle du système cérébro-spinal, ou enfin, à la fois, à l'une et à l'autre.

Bicliat |)ensait que le système ganglionnaire jouissait d'un(; activité spéciale, indépendante, qu'il tenait de soi et pouvait exercer seul. Cette activité n'aurait point, suivant lui, un centre unique, mais procéderait d'autant de centres qu'il va de renllciiients ou de ganglions faisant, chacun, l'office d'un petit cerveau indépendant de l'encéphale et de tous les autres ganglions semblables. Et, non seulement, dans son opinion, ces cerveaux seraient, par eux-mêmes, les instiiiinents de l'activité de ce système, mais ils seraient encore les agents chargés d(> l'isoler de celle du système cérébro-spinal, soit en arrêtant les imju-essions qui tendent à se propager à la moelle et à l'encéphale, soit en empêchant les volitions d'arriver aux muscles dont les mouvements doivent être indépendants de la volonté; ils recevraient eux-mêmes ce; im[)rcssions, sans qu'elles fussent senties et réagiraient ensuite pour provoquer les mouvements involontaires : par là ils deviendraient, chacun, la cause d'une action réilexe, comparable à celle de la moelle, d'autant mieux que les ganglions reçoivent des impressions qui n'ont pas besoin d'être senties de l'encéphale pour provoquer des mouvements plus ou moins involontaires. Dans certaines circonstances, néanmoins, les ganglions cesseraient d'être isolants, les impressions les traverseraient pour arriver aux centres cérébio-spin;iux, et ils hiisseraieiit i)asser les excitations de ceux-ci, qui inlluenceraicnt ainsi directement les mouvements de la vie organique, La sphère d'activité du système ganglionnaire serait donc, comme le disait Reil. une sphère distincte à laquelle al)outiraient les impressions, et de laquelle partiraient des excitations motrices, sans (|ue ni les unes ni les autres pussent en sortir, du moins à l'état normal. Quoiqu'il y ait une part d'exagération dans cette manière de voir, il est hors de doute (|ue la sphère de la vie organique est séparée, jusqu'à un certain l»oint, de celle de la vie animale, que, dans la première, les mouvements sont automatiques, involontaires et les impressions obscures, inconscientes, tandis que dans la seconde, les mouvements doivent être dirigés par la volonté et les impressions vivement senties. Mais, l'isolement des deux sphères a des limites; il n'exclut ni la suliordiiiation de l'une à l'autre, ni les inlluences réciprotjues.

Les recherches de MM. Budge et Waller^ tendent à démontrer que le grand sympathique tire le principe de son activité de la moelle épinière. Ces expérimentateurs ayant noté, d'une part, que la section du filet cervical de ce nerf détermine un resserrement de la pupille, ainsi que Pourtour du Petit en avait déjà fait la remarque, et d'autre part, que la galvanisation du même lilet produit, au contraire, une dilatation considérable de cette ouverture, ont voulu trouver le point de départ de l'influence motrice exercée sur l'iris par le sympathique. Ils ont cru le voir dans un segment de la moelle épinière compris entre la deuxième vertèbre cervicale et la sixième dorsale. En effet, si l'on galvanise ce segment, les pupilles se dilatent des deux côtés, comme dans le cas où l'irritation est appliquée aux filets cervicaux ; la dilatation ne s'opère plus que d'un seul côté si l'un des nerfs est coupé, et elle n'a lieu ni de l'un ni de l'autre dès que les deux nerfs sont divisés. La galvanisation des autres parties de la moelle reste sans aucune action sur les mouvements de l'iris. M. Budge croit prouver, par des expériences fort simples, que l'influence motrice exercée par les filets du sympathique sur l'œil provient directement de la moelle et non des ganglions spinaux. Après avoir mis à découvert la première et la deuxième paire des nerfs dorsaux, il irrite la racine postérieure de la première paire, et bientôt la pupille se dilate du côté de la paire irritée; mais dès que la racine est coupée en travers, l'irritation appliquée sur elle reste sans effet, puisque le pouvoir réflexe de la moelle ne peut plus se transmettre. Il est évident que si, dans cette circonstance, le ganglion était l'organe de l'action réflexe, l'irritation de la racine postérieure contribuerait à produire la dilatation de la pupille comme avant la section. Les ganglions sont, dans certaines limites, des foyers d'activité propre, des centres excito-moteurs autonomes, dont l'action peut être activée ou ralentie, mais non suspendue par le système cérébro-spinal. Ce sont de petits cerveaux, comme le disait Bichat, mais des cerveaux inconscients, de petites moelles épinières douées d'un pouvoir réflexe incontestable.

D'autres faits semblent également montrer que le point de départ de l'activité du sympathique est, en partie au moins, dans la moelle. On sait que l'irritation de ce centre, par le galvanisme, active les contractions intestinales et, en général, celle des vaisseaux de l'abdomen : les troubles qui surviennent dans la nutrition et les sécrétions de l'œil, après la section intracrâniénne de la cinquième paire, montrent aussi que l'encéphale est une des sources de cette activité.

Tout en admettant que l'activité du sympathique est empruntée à celle du système cérébro-spinal, il faut bien se garder de croire que cette dernière passe tout simplement dans les nerfs ganglionnaires, bien (ja'une telle manière d'envisager les phénouiènes convienne parfaitement à l'idée de l'unité foncLionnelledu système nerveux. En eflet, si l'activité du sympathique n'était autre qu(; celle des nerfs do la vie animale, il devrait se comporter de la môme manière que ces derniers; ses ganglions seraient connne ceux qu'on trouve sur le trajet ou à l'origine des nerfs rachidiens, ils n'auraient aucune propriété isolante; ses filets agiraient à la façon de tous les autres nerfs; ils transmettraient aux centres les

1. Budge et Waller, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 18r>l, t. XXXIII, p. 370: 1852, I. XXXV, p. 2r,5.

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impressions venues de tous les points d'où ils partent, et ces impressions seraient senties ; ils porteraient, des centres à la circonférence, le principe incitateur des niouvoments qui, alors, deviendraient volontaires. En un mot, tout se passerait dans la vie organique comme dans la vie animale ; partout les impressions seraient senties, partout les mouvements seraient volontaires. Le but serait manqué, car c'est précisément cette uniformité qui doit être détruite pour mettre, jusqu'à un certain point, toute une série de fonctions en dehors des influences qui régissent les autres.

Si donc l'activité que déploie le sympathique ne paraît pas lui appartenir en propre, et si elle ne paraît pas non plus être seulement celle du système céréluospinal, il faut qu'elle soit une activité mixte, combinée, résultant de l'association des deux. C'est aussi ce qu'une analyse rigoureuse tend à démontrer; et c'est par cette dépendance, cette liaison des deux activités que se trouve fondée l'unité fonctionnelle du système nerveux, comme c'est par leur séparation, jusqu'à un certain degré, que se trouve établie la dualité dont Bichat s'était exagéré l'im- ])ortance. Il n'est pas diflicile de donner la preuve de ce double fait, autant du moins que le permettent le vague et l'obscurité qui régnent sur ce sujet. Kt d'abord, à quoi serviraient toutes ces communications, toutes ces anastomoses au niveau de l'origine de chaque paire racbidienne avec tant de nerfs, si les deux systèmes avaient une activité indépendante, et s'ils ne devaient pas s'influencer réciproquement ? Leur existence, leur nombre, ne sont-ils pas déjà des preuves de cette subordination de l'un par rapport à l'autre? Ensuite, n'y a-t-il pas des organes sur lesquels les nerfs de l'encéphale ne peuvent agir que par l'intermédiaire des nerfs ganglionnaires? Le cteur, que Legallois plaçait sous l'inlluence de la moelle, bat encore longtemps après la destruction de ce centre nerveux et après celle de l'encéphale lui-même, parce qu'il tire une partie de son activité du sympathique; mais, alors, ses mouvements s'affaiblissent, pai-ce (pi'il la tire aussi en partie de la moelle, et surtout de la moelle allongée, par l'intermédiaire des pneumogastriques.

On voit clairement, pour beaucoup d'organes, que l'influence exercée par le nerf sympathique est le résultat de l'association de son action propre avec celle de l'autre système. La frayeur, une émotion vive, accélèrent les battements du cœur, les contractions et les sécrétions intestinales ; la paralysie de la moelle entraîne bientôt une diminution dans la contractilité des tuniques de l'intestin ; la destruction de ce centre amène un affaiblissement dans les mouvements du cœur, etc. Dans ces diverses circonstances, on voit se manifester la double inlluence nerveuse. La preuve que les mouvements du comme tiennent pas seulement à l'action cérébro-spinale, c'est qu'ils ne cessent point quand cette action vient à s'éteindre; c'est qu'après la section des pneumogastriques et la destruclion de la moellt>, ils continuent ; c'est qu'enlin ils persistent même, alors que le cœur et l'intestin sont complètement isolés des plexus d'où ils tirent leurs ramifications nerveuses.

Ainsi, l'action exercée sur ces organes est double, c'est à la fois celle des nerfs cérébro-spinaux et des nerfs ganglionnaires. La première n'a lieu que par l'intermédiaire de la seconde; ces deux actions se combinent, se complètent par leur

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association ; mais elles peuvent être, en quelque sorte, dissociées et analysées, soit par la maladie, soit par les artifices de l'expérimentation, de telle sorte que l'une étant détruite, l'autre subsiste affaiblie, tronquée, insuffisante. Ceci posé, il reste à rechercher comment et suivant quelles lois l'action propre du sympathique s'exerce, et quels effets elle produit. Tout ce qui précède ne fût-il qu'une fiction, que la démonstration qui reste à faire n"y perdrait rien ; car on peut très bien étudier les phénomènes sans connaître la nature des forces dont ils dérivent.

Actiou seiisîtîve.— Le sympathique ne donne aux parties dans lesquelles il se distribue qu'une sensibilité assez obscure et cela se conçoit, puisque celle qu'il possède lui-même est assez faible. Cette sensibilité, qui est, du reste, assez variable suivant les organes, n'est jamais très prononcée, même dans ceux qui reçoivent, avec des nerfs ganglionnaires, d'autres nerfs cérébraux ou rachidiens. Ainsi, j'ai pu piquer le cœur par une petite ouverture faite à la poitrine, sans produire de douleur bien manifeste; j'ai pu également faire parvenir dans son intérieur de petites sphères de plomb et l'extrémité d'une sonde d'osier sans causer une forte souffrance; néanmoins il y avait dans ces deux cas des marques non équivoques de sensibilité. D'autre part, j'ai vu des dissolutions d'émétique, de sublimé corrosif, de sulfate de zinc, et d'autres substances, injectées dans la jugulaire, déterminer, dès qu'elles arrivaient dans les cavités cardiaques, une sensation traduite par des mouvements brusques de l'animal. Mais, toutes les fois que j'ai fait de petites taillades au foie, des piqûres au rein, à la rate, des incisions à l'estomac, des ligatures sur l'intestin, il ne s'est pas produit, dans le moment, de douleur bien évidente, comme Haller et d'autres l'avaient constaté.

Cependant, quoique la substance de plusieurs viscères soit à peu près insensible aux stimulations mécaniques, les nerfs ganglionnaires qui s'y rendent sont sensibles à ces mêmes excitations et donnent une sensibilité assez vive aux artères qu'ils enlacent. J'ai démontré, en effet \ que toutes les artères viscérales, notamment les gastriques, la splénique, l'hépatique, les intestinales, se distinguent des autres par une sensibilité très marquée ; qu'ainsi les pincements, les tiraillements, laconstriction, exercés sur elles, sont immédiatement très douloureux; néanmoins les impressions produites à l'état normal sur les viscères ne sont pas ordinairement senties : les aliments acres, irritants, les égagropiles, les cnlculs, même très volumineux, n'éveillent pas habituellement la sensibilité du tube intestinal ; l'estomac se vide, le chyme circule dans l'intestin, le travail digestif s'accomplit sans que l'animal en ait conscience. Ceux d'entre ces organes qui reçoivent des nerfs crâniens ou rachidiens, en même temps que des nerfs ganglionnaires, sont plus sensibles : le contact des tenettes avec la muqueuse de la vessie est vivement senti ; celui des substances très irritantes avec la tunique interne de l'estomac paraît l'être aussi, si l'on en juge par les vomissements qu'il provoque chez certains animaux. Ces diverses impressions paraissent, même quand elles ne sont pas senties, sortir de la sphère du sympathique et arriver jusqu'à la moelle où

i. ft. Colin, Sw la scnst/nl/Uc dus urLcrcs vincèralca {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1" septembre 1862).

FONCTIONS DU CiltA.ND SYMPATHIOIK. 'iMl

ollt's provoquent des mouvements réllexes. Ainsi Miiller, en iiritant avec la pointe d'une aiguille le nerf splanclniique, a observé des contractions eonvulsives dans les muscles abdominaux. Volkmann, en piquant l'intestin d'une grenouille décapitée, a vu survenir des mouvements dans le tronc. De pareils cflets ne peuvent se produire que par une action réilexe de la moelle, consécutive à une impression qui lui est communiquée, et l'impression ne saurait être transmise sans traverser les ganglions et airiver aux lilets par lesquels le sympatbique se met en relation avec les nerl's raeiiidiens, d'où résulte cette conséquence que les ganglions ne sont point des organes isolateurs parfaits. Il reste à savoir comment il se fait que ces impressions, arrivant à la moelle, ne sont pas toujours senties ou converties en sensations, Miiller et Longet disent que c'est parce qu'elles s'évanouissent dans cet organe. Dans les cas où elles sont senties, il est évident qu'elles viennent usqu'à l'encéphale, et elles y arrivent toutes les fois qu'elles sont très vives, surtout dans les maladies.

Action inoti>icc. — Le rôle du grand sympatbique, relativement à la motricité des parties dans lesquelles il se distribue, offre un très grand nombre de particularités remarquables.

Les mouvements que ce nerf détermine sont involontaires, non seulement dans les organes qu'il anime seul, mais encore dans ceux qui reçoivent, en même temps, comme le cœur, l'œsophage, l'estomac. la vessie, des nerfs cérébraux ou rachidiens. Ils sont ordinairement faibles, lents, comme dans les intestins, les estomacs membraneux ; d'autres fois plus énergiques, comme ceux du col de l'utérus, des canaux excréteurs des glandes salivaires, du gésier des oiseaux granivores ; enfin, par exception, très rapides, comme ceux du cœur nous en donnent un exemple. Presque tous s'effectuent suivant un ordre régulier, rhythmique, plus ou moins bien caractérisé : l'intestin a ses contractions péristaltiques ou dirigées des parties antérieures vers les postérieures; l'œsophage, l'estomac, en ont d'analogues; le cœur se contracte même aussi dans ce sens, chez le fœtus, d'après Haller; plus tard, son rliythme est différent et tout particulier. Le caractère de ce mouvement rhythmique, quoique subordonné en partie à la forme des organes et au mode général de la contraction musculaire, a en lui quelque chose de spécial, comme l'alternative de la contraction des oreillettes et des ventricules pour le cœui', le sens des ondulations pour l'intestin. Dans ce dernier organe, une simple inversion donne lieu aux mouvements antipéristaltiques.

Les irritations ap[)li(piées, soit aux organes, soit à leurs nerfs ou à leurs ganglions, soit à la moelle épinière ou à l'encéphale, accélèrent et modi tient les mouvements dépendants de rinlluence nerveuse ganglionnaire ; elles changent leur énergie, leur rhythme, mais elles n'agissent pas avec la même intensité et la même rapidité sur toutes les parties. Le cœur est peut-être de tous les organes celui qui en est le plus vivement et le plus promptement affecté ; la moindre irritation des centres "préci|»ite sur-le-champ ses battements: une piqûre légère faite à sa substance produit le même effet, ainsi que les liquides irritants injectés dans sa cavité, par l'intermédiaire des veines. L'intestin ne ressent ces impressions qu'au bout d'un temps plus long et sa réaction n'est jamais instantanée. Il se montre, l)ar exemple, toujours un intervalle appréciable entre la stimulation du ganglion

semi-lunaire ou le pincement des nerfs qui entourent les artères intestinales, et la contraction qui en résulte. C'est à cause de cela que Millier a cru le mouvement du principe nerveux, dans le sympathique, susceptible d'être mesuré. Toutefois la vitesse de ce mouvement n'est pas la même dans toutes les circonstances. Ainsi, on voit le pincement des nerfs des artères coliques donner un résultat presque instantané, si Ton expérimente sur le cadavre palpitant, tandis que la même cause ne produit cette réaction qu'après quelques secondes, si l'on attend une heure après la mort. Ces mouvements ont encore ceci de très remarquable, qu'ils survivent plusieurs minutes à la cause qui les a provoqués, tout en conservant leur type normal. Du reste, ce ne sont pas seulement les irritations vives, qui accélèrent les mouvements dans les organes soumis à l'influence des nerfs ganglionnaires : les plus légères peuvent produire ce résultat : ainsi le simple contact de l'air suffit, comme on sait, pour faire resserrer les vaisseaux chylifères, à tel point, que bientôt, de pleins qu'ils étaient, ils s'affaissent et deviennent presque imperceptibles. De même, l'action de l'air rend les contractions de l'intestin si vives et si énergiques, qu'après les expériences où l'on a ouvert largement l'abdomen, on voit se produire, dès que la plaie est fermée, d'abondantes évacuations alvines souvent renouvelées ; du moins, c'est ce que j'ai eu l'occasion d'observer maintes lois sur le cheval.

La volonté n'a pas d'influence notable sur les organes dont les mouvements dépendent des nerfs ganglionnaires, lors même que ces organes reçoivent aussi des nerf crâniens ou spinaux; cela est certain pour l'œsophage, l'estomac et le cœur. Elle paraît cependant en avoir une très faible sur le rectum et la vessie. L'obstacle à l'intervention de la volonté dans ces mouvements tient-il aux ganglions, ainsi qu'on le croit généralement? Une telle hypothèse serait admissible si ces organes isolaient l'influence motrice, mais comme ils la laissent passer, on ne voit pas pourquoi ils arrêteraient celle de la volonté. On sait, en effet, que les impressions un peu vives, l'émotion, la frayeur, réagissent presque instantanément sur les mouvements du cœur, de l'intestin, de l'utérus. Dans ces cas, évidemment, les influences motrices émanées des centres nerveux passent à travers les ganglions du sympathique.

Oi"i est le point de départ de l'action motrice du grand sympathique? D'abord il ne peut être que partiellement dans l'encéphale, puisque, après la destruction de cet organe ou après la décapitation, les vaisseaux, le cœur, l'estomac, l'intestin, tous les viscères à tunique musculeuse continuent à se contracter. Mais, il semble y être en partie puisque les commotions cérébrales violentes, l'excitation du bulbe provoquent d'énergiques contractions de l'intestin, de la vessie, des vésicules séminal(!S, des canaux éjaculateurs. Est-il dans la moelle épinière? Un peu plus, sans y être entièrement, car la galvanisation de la moelle dans la région dite cilio-spinale produit les mêmes effets que celle du sympathique dans la région du cou et que la galvanisation de la moelle dans la région lombaire, à diverses hauteurs, dans les points considérés comme le centre génital, le centre érecteur : elle provoque des mouvements dans l'intestin, la vessie, les organes génitaux. Ce point de départ est aussi, en partie, dans les gros ganglions qui fonctionnent si souvent comme des centres d'actions réflexes, dans les plexus, même dans les

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