Vulpian, Leçons sur le sysU'mie nerveux, p
FONCTIONS DU GRAND SYiMPATHIQUE. 237
nerf peut évidemment modifier son action suivant l'intensité et le caractère des excitations qu'il transmet aux organes. Il fait l'office de constricteur quand il agit, de dilatateur quand il se paralyse; il est accélérateur si son excitation est \ive, modéiateur si elle l'est moins; il devient arrestateur si elle se suspend. On ne com|)rend pas un nerf d'arrèl pour le cœin-, c'est-à-dire pour un organe dont laction ne peut jamais, sans péril, être suspendue un seul instant. L'arrêt des mouvements du cœur comme ceux de la respiration, lors des fortes commotions (:érél)rales s'explique très bien d'ailleurs, par une excitation du bulbe dépassant les limites ordinaires' : que cette excitation soit transmise à l'organe par le |)neumo-gastnque directement, ou indirectement, comme le pense Wœber, par les filets anastomotiques que le spinal donne à ce nerf. Au reste l'excitation galvanique des nerfs splanclmicjuos paralyse l'intestin comme celle des vagues paralyse le cœur.
L'influence, exercée par le sympathique sur la circulation, dérive de celle (|u'il exerce sur la contractilité des muscles lisses ou involontaires. Comme les vaisseaux, notamment les artères, ont des libres musculaires dans leurs parois, ils se paralysent par suite de la section des nerfs ganglionnaires. Leur paralysie a pour conséquence un relâchement considérable des tuniques ; de là la dilatation outrée des artères et des veines, leur turgescence, l'injection des capillaires, en un mot les modilications qui caractérisent la congestion morbide, modifications que Pourtour du Petit, Dupuy et tous les expérimentateurs ont notées à la conjonctive, à l'oreille, aux réseaux sous-cutanés, à la suite de la section du filet cervical et que Bernard a signalées à la plèvre après la section des ganglions thoraciques, au péritoine, à l'intestin, après celle des ginglions semi-lunaires. Dans ces conditions j'ai constaté, moi-même, plusieurs fois, l'hyperhémie du péritoine et de l'intestin, mais je me suis assuré qu'elle tient, en grande partie, à l'action de l'air sur la séreuse abdominale.
Cependant, d'après quelques physiologistes, Scliiiï, Ludwig, entre autres, les nerfs moteurs des vaisseaux dériveraient non point des ganglions du sympathique, mais directement de la moelle. Ils se fondent, d'une part, sur ce que la section de la moelle, dans la région cervicale, a pour résultat la dilatation ou la [laralysie apparente des vaisseaux dans tout l'organisme, et, d'autre part, sur la contraction des vaisseaux par le fait de la galvanisation du segment caudal de la moelle. Mais cela ne nie parait [)as une très bonne démonstration, car la section (le la moelle doit aussi bien alfaiblii' l'action des nerfs sympalhi(|ues que celle des vaso-moteurs que l'on suppose étrangers à ces derniers. D'ailleurs, si les artères du système musculaire et, en général, des organes de la vie animale ont (les nerfs moteurs ajoutés à ceux du sympathique, les vaisseaux des organes de la vie végétative n'en ont guère besoin, tant les nerfs ganglionnaires qui les enlacent sont nombreux et d'un grand volume. 'Fig. 30.)
En même temps que la section du lilet cervical du sympathique paralyse les vaisseaux d'une moitié de la tête et du cou, en leur permettant d'arriver à une distension outrée, hyperhémique, elle donne lieu à une élévation considérable de
. Vulpian, Lenjns sur la phi/sioluf/ie du si/stèrm; ncneux, p. 850.
la température dans toutes les parties où se distribuent les vaisseaux dilatés. Cet effet se produit très rapidement à la peau, dans les parties sous-jacentes, et il peut s'étendre, d'après Cl. Bernard \ jusqu'au cerveau. Il dure, en général, assez longtemps, quelquefois deux, quatre, six semaines et même, comme l'a vu ce savant physiologiste, un an et demi après l'opération. L'accroissement de température est quelquefois de 4 à 5 degrés : on en juge en portant la boule du thermomètre, soit sous la peau, soit dans l'hiatus auditif. Il se manifeste chez tous les animaux sans exception : je l'ai constaté un grand nombre de fois sur le cheval et sur le bélier oii il a persisté, en s'affaiblissant, plusieurs semaines et plusieurs mois après la section.
Dans quelques conditions pathologiques, les phénomènes de vascularisation et de calorilication exagérée se rattachent manifestement à des lésions du sympathique. En 1877, j'ai eu l'occasion d'observer et de disséquer un cheval fort curieux à ce point de vue. II présentait, au membre antérieur gauche, une tuméfaction étendue de la partie supérieure de l'épaule à la partie inférieure de l'avant-bras, tuméfaction non douloureuse, avec élévation considérable de température. 2 degrés et demi, et dilatation des réseaux veineux sous-cutanés. Dans le thorax, de la première côte jusqu'au delà de la base du cœur, et sur le côté des premières vertèbres dorsales, le cordon sous-costal du sympathique et ses anastomoses se trouvaient fortement comprimés par une tumeur mélanique très dure, du poids de 5 kilogrammes, collée au corps de ces vertèbres. Cette tumeur comprimait visiblement les parties du sympathique qui fournissent des divisions au plexus brachial pour les vaisseaux du membre antérieur.
Il est à noter que la section du sympathique n'est pas la seule qui donne lieu à un accroissement de température. J'ai remarqué, dès 1854, que la section du pneumogastrique, faite avec précaution, pour éviter la lésion du filet cervical, produit souvent une élévation sensible de la température dans la moitié correspondante du cou et de la tête, mais elle peut tenir à quelque froissement ou traction exercée sur le filet cervical lui-même pendant l'opération. Bernard a observé que la section de la septième paire, en dehors du temporal, élève aussi la température de la tête, et M. Brown-Séquard a vu celle des nerfs mixtes, des sciatiques, par exemple, être suivie d'efléts semblables, soit par la propre action de ces derniers, soit par celle des filets ganglionnaires qui s'y trouvent annexés. D'un autre côté, Bernard a vu que la section de la cinquième paire, comme celle des racines supérieures ou des racines inférieures des nerfs spinaux la fait baisser notablement.
La galvanisation du bout supérieur du filet cervical, coupé au milieu du cou, a cela de très remarquable qu'elle ramène les choses à l'état normal. Elle lait cesser, comme l'ont démontré Brown-Séquard et Bernard ^ l'injection de la conjonctive, le resserrement d(! la pupille et la calorification exagérée. Il semble qu'alors l'inllux nerveux soit lemplacé par le lluide électrique.
Tous ces curieux effets de la section du sympathique sur la température des
1. CI. Bernard, fierons .sur la physiolof/ic el. la palholofjie du système nerveux, 1858, t. II, p. 495.