III. — De l'olfaction
L'odorat et le goût, dit Cuvier, sont les sens qui se rapprochent le plus du toucher : ils ne sont même que des touchers exaltés. L'odorat est donc le tact des odeurs, c'est-à-dire des substances volatiles que l'air apporte à la surface de la pituitaire.
L'organe de ce sens ne diffère pas essentiellement du toucher; il ne s'en distingue que par une plus exquise sensibilité et une sensibilité de nature spéciale, car il est évident que les nerfs de l'odorat ne sont pas plus susceptibles d'être impressionnés par les saveurs que ceux du goût par les odeurs. La sensibilité propre de chacun d'eux ne peut être mise en jeu que par une seule espèce d'excitants.
Jetons un coup d'œil sur les parties préposées à l'olfaction, sur les agents qui les impressionnent, avant de rechercher les caractères de la sensation.
De rappareil de rolfa,ctiou. — Il consiste, chez les grands animaux, en une cavité plus ou moins spacieuse tapissée par une membrane d'une étendue souvent très considérable, cavité que l'air traverse avant d'arriver à l'organe de la sanguification, et il est ainsi placé parce que ses fonctions sont principalement relatives à la respiration, comme celles du goût le sont à la digestion.
Le nez constitue la partie antérieure, l'ouverture de cette cavité ; il est plus ou moins proéminent suivant les animaux. Très peu détaché chez les herbivores en général, tels que les solipèdes, les ruminants, il prend de plus grandes proportions dans quelques espèces ; il s'allonge en une sorte de groin chez le porc, le sanglier, la taupe, la musaraigne; forme uue trompe plus ou moins développée dans les tapirs, les éléphants, et jouit, dans les deux cas, d'une mobilité qui lui permet de se tourner ou de se porter dans la direction des odeurs. Les cavités nasales qui continuent cette partie sont anfractueuses, séparées l'une de l'autre par une cloison osseuse en haut, cartilagineuse dans le reste de son étendue. Leur paroi externe, irrégulière, porte des cornets, et leur extrémité supérieure, des volutes plus ou moins déliées sur lesquelles se déploie la pituitaire. Elles communiquent par d'étroits pertuis avec les diverticules connus sous le nom de sinus : toutes ces parties n'ont point une disposition identique chez les divers animaux. Mais, toujours, elles simulent des échafaudages sur lesquels sont étalées
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comme dos tapisseries les muqueuses (!(''Iicates qui doivent (Mic iiiii>ressionnées par les particules odorantes tenues en suspension dans l'air.
Les cavités nasales sont très amples chez ceux qui sont destinés à des allures rapides et qui ne peuvent i-espirer par la bouche. Ainsi, elles sont très larges chez le cheval, moins chez l'ilne, le mulet, le bœuf et le mouton. Les cornets qui se trouvent sur leur paroi externe sont très grands chez les solipèdes. Le supérieur, dépendance du sus-nasal, est formé d'une lame papyracée roulée sur ellemême de haut en bas ; l'inférieure, par une lame l'oulée en sens inverse. Par en haut, ils concourent à la formation des sinus. Chez les ruminants, il n'y a qu'un seul cornet isolé portant une lame longitudinale au-dessus de laquelle il se roide en un sens, tandis qu'au-dessous il se roule en sens opposé. Ce qui paraît correspondre au cornet supérieur n'est qu'une grande volute ethmoïdale. Ces cornets, bien qu'ils soient très étendus, n'ont cependant pas une grande surface, parce que la lame simple qui les constitue ne décrit qu'un petit nombre de tours. Ceux de quelques animaux, tels que le chien et divers rongeurs, présentent une disposition fort remarquable qui multiplie leur surface dans des proportions considérables ; chacun d'eux forme un laisceau de cornets secondaires plus petits, plus déliés, représentant isolément ]de petits cônes ou des tubes semblables aux tuyaux des dentelles plissées. Par suite d'une telle conformation, la pituitaire qui les tapisse acquiert une délicatesse et une ténuité dont il est difficile de se faire une idée exacte. Aussi, la plupart des animaux où ces particularités s'observent ont-ils l'odorat très lin. Les volutes ethmoïdales sont d'autres cornets encore plus nombreux et plus déliés qui occupent la région supérieure des fosses nasales : leur nombre et leur finesse sont encore en raison directe de l'excellence de l'olfaction. Il suffit de jeter les yeux sur une coupe de la tète du cheval et du chien (fig. 42 et 43) pour juger des grandes différences qui existent à cet égard entre les deux espèces. La comparaison que l'on peut établir entre les animaux et l'homme montre, de son côté, une infériorité frappante, surtout à l'ethmoïde dont les volutes sont à peu près atrophiées.
Les diverticules formés par les sinus ont une ampleur variable qui ne paraît nullement liée au perfectionnement de l'appareil olfactif. Néanmoins leurs dimensions peuvent avoir quelque influence sur l'exercice de l'olfaction.
La membrane muqueuse, qui tapisse les cavités nasales et les sinus, aune très grande étendue chez les animaux à grands cornets et à nombreuses volutes. Cette vaste expansion se divise, au point de vue physiologique, en trois parties bien distinctes, l'une, inférieure, épaisse, pourvue de follicules, de glandes en grappes et d'un épithélium vibratile stratifié, n'a guère que des divisions de la cinquième paire et ne possède qu'une sensibilité générale : l'autre, supérieure, étalée dans les sinus où elle fait les fonctions de périoste, est aussi à peu près étrangère à l'exercice de l'odorat. La partie moyenne seule qui tapisse les volutes ethmoïdales, le haut des cornets, de la cloison médiane et le fond des méats est la véritable muqueuse olfactive. Mince, déliée, d'un rose tirant sur le jaune, couverte d'un épithélium non vibratile, d'une excessive perméabilité, elle est humectée d'un li(piide propre à fixer et à dissoudre les particules odorantes, liquide provenant (les glandes tubuleuses de Bowman, et chez quelques animaux tels ((ue
les carnassiers, d'une cupule glanduleuse très épaisse dont je crois avoir le premier signalé l'existence ^
La région olfactive de la pituitaire reçoit, indépendamment des divisions de la
Fjg. 42. — Coupe des cavités nasales du cheval (*).
cinquième paire et des lilets ganglionnaires, tous les nerfs olfactifs qui s'échappent à travers les perforations de la lame criblée de Tethmoïde, nerfs à fibres granulées que Kolliker a comparées aux libres embryonnaires.
Fia. 48. — Coupe des cavités nasales du chien (**).
L'organe de l'odorat offre de grandes variétés chez les animaux. Il paraît moins développé dans les oiseaux que chez les mammifères. Chez les oiseaux, bien que les cavités nasales aient une certaine ampleur, la pituitaire a peu d'étendue; elle ne se déploie que sur des cornets simples et sur quelques volutes à peine saillantes. Cependant ils ont des lobes olfactifs très développés qui semblent indiquer une grande délicatesse de l'olfaction. Et ce n'est peut-être pas à tort que Scarpa croyait que leur volume proportionel pouvait donner la mesure de la perfection relative de ce sens. On les voit, en effet, bien plus petits parmi les gallinacés et les passereaux que chez les palmipèdes, les échassiers et les rapaces. Les reptiles n'ont également que des cavités nasales peu spcacieuses, ce qui n'empêche pas certains d'entre eux d'avoir un odorat très (in. Scarpa^ assure que, si après avoir touché à des femelles de crapauds ou de grenouilles, on plonge la main dans l'eau, on ne tarde pas à voir accourir les mâles qui se trouvent à
1. G. f.'olin, linllftins de la Socii-ti; i//ipi:r/alr ilr inéd.ermr vét&riudirc, t. VIII, 1801. 9. Dugés, Traité fh; phjisiolofiii;. Montpellier, 1838, t. 1, p. 151.
(*) A, sinus fiontuux; II, volutes clhmoïdales ; C, cornet supérieur; It, cornet inférieur. (•*) A, volutes ethoioïdaies; U, masse des cornets.