‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 103 sur 239 · III. — DU RHYTH.\IE DES MOUVEMENTS DU COBUR · texte numérisé non relu

III. — DU RHYTH.\IE DES MOUVEMENTS DU COBUR

L'immortel Harvey a le premier reconnu l'ordre admirable qui préside à l'accomplissement et à la succession des mouvements du cœur : il a vu qu'il y a simultanéité d'action entre les deux oreillettes, simultanéité d'action entre les deux ventricules, et enfin antagonisme constant entre la première et la seconde; en d'autres termes, il a observé que les oreillettes se contractent ensemble, les ventricules ensemble ; que les premières se resserrent pendant que les seconds se dilatent. Depuis ces observations, faites par Harvey sur divers animaux ouverts vivants et sur un jeune homme dont le cœur avait été mis à nu par la perte d'une partie du sternum, les physiologistes en ont généralement reconnu la justesse; leur exactitude n'a été contestée que par ceux qui n'ont pu parvenir à étudier les mouvements du cœur avant que leur rhythme eût été modifié soub l'influence des vivisections.

En réfléchissant à la facilité avec laquelle l'expérimentateur peut se donner le spectacle des mouvements du cœur sur les animaux à sang froid, sur les mammifères nouveau-nés et les animaux de grande taille, on s'explique mal comment des hommes habiles, Boerhaave, Lancisi et d'autres, aient pu se méprendre au point de croire que la systole des oreillettes coïncidait, sinon en totalité, do moins en trèsgrande partie, avec la systole des ventricules; on s'étonne surtout d'entendre dire, e nos jours, que dans un cas d'ectopie du cœur, sur un enfant, on a vu, au lieu de la succession reconnue par Harvey, la diastole s'opérer à la fois dans les ven tricules et les oreillettes, puis la systole s'effectuer aussi en même temps sur toutes ces cavités.

Pour bien saisir la succession des mouvements du cœur, il est indispensable de mettre cet organe complètement à découvert, en enlevant rapidement (sur uii animal vivant ou sur un animal dont on vient de couper la nkoelle allongée) les quatrième, cinquième, sixième côtes gauches, la moitié correspondante du péri-

/iOO DE TA CIRCULATION.

carde^ après avoir préalablement détaché le membre antérieur gauche, et lié en masse les vaisseaux aiillaires de ce côté; alors le cœur continue à battre pendant cinq ou dix minutes avec régularité, bien que ses mouvements s'effectuent, surtout au début de l'expérience, avec plus de rapidité qu'à l'état normal. Par ce moyen j'ai pu^ sur un poulain qui venait d'être tiré du sein de sa mère, sur des ânes, des moutons et un très-grand nombre de chevaux et de jeunes carnivores, m'assurer de l'exactitude des observations de Harvey, déjà confirmées, en ce qui concerne l'espèce humaine, par MM. Gruveilhier et Follin dans des cas d'ectopie du cœur.

D'abord les deux oreillettes se contractent ; elles commencent et elles achèvent •ensemble leur contraction^ dont Uénergie paraît égale de part et d'autre. Dès que leur systole est accomplie avec une extrême rapidité, les deux ventricules se contractent à leur tour avec une rapidité un peu moindre que celle de la niasse auriculaire. Ces deux systoles se succèdent à un intervalle si court, que celle des oreillettes est à peine achevée à l'instant où celle des ventricules commence. Aussi divers auteurs estimables, en examinant le cœ'Jir, dont les mouvements avaient été accélérés par le fait des vivisections, n'ont pu saisir le temps très-court qui sépare ces deux contractions. Mais la simultanéité qu'ils ont cru observer entre la systole auriculaire et la systole ventriculaire n'a jamais lieu à l'état normal : toujours celle des oreillettes précède immédiatement celle des ventricules; du moins je n'ai pas eu l'occasion d'observer d'exception à cet ordre, dans les circonstances très-diverses où se trouvaient les animaux que j'ai pu étudier.

Aussitôt que les oreillettes se sont contractées, elles se relâchent, et leur relâchement s'opère avec la même rapidité que leur contraction ; de sorte que leur diastole coïncide avec le moment où les deux ventricules effectuent leur systole. Enûn la contraction des deux ventricules une fois accomplie, ceux-ci se dilatent, et demeurent, avec les oreillettes, dilatés pendant un instant très-court, après lequel la révolution du cœur recommence par une nouvelle contraction des oreillettes, suivie d'une nouvelle contraction des ventricules.

Il y a donc trois temps successiGs distincts dans une révolution complète du cœur. Dans le prenfier, il y a systole des oreillettes, diastole des ventricules; dans le second, systole des ventricules, diastole des oreillettes ; dans le troisième, diastole, ou relâchement des oreillettes et des ventricules, c'est-à-dire de la totalité du cœur. Ce dernier est la pause, le temps de repos, signalé par divers auteurs, M. Beau entre autres, qui sont arrivés à le reconnaître en examinant les mouvements du cœur, ralentis sur les reptiles ou sur les animaux dont le thorax était ouvert depuis quelques instants.

Mais ces temps ne sont pas exactement ceux que l'auscultation permet de reconnaître, car ici celui de la systole des oreillettes n'est pas compté, le premier est le temps de la systole des ventricules suivie d'une courte pause, le second est celui du second bruit produit par la vibration des valvules sigmoîdes qui referment les orifices artériels; il correspond par conséquent à la première moitié de la grande pause qui sépare une révolution de la révolution suivante.

Cette succession des mouvements du cœur est constante. Elle comprend toujours trois temps, et non pas tantôt deux ou tantôt trois, comme on l'a prétendu, faute d'avoir, dans toutes les conditions, saisi le temps de repos qui devient d'une briè-

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veté extrême, pour peu que les battements du cœur se précipitent. Toutefois ces trois temps n'ont pas une égale durée : celui de la systole auriculaire, coïncidant avec la dilatation des ventricules, paraît le plus court; celui de la systole venlriculaire, répondant à la dilatation des oreillettes, est un peu plus prolongé; enfin le temps de la diastole auriculo-ventriculaire ou du relâchement de la masse entière du cœur a une durée variable, suivant que les mouvements de Torgane sont plus ou moins précipités, c'est-à-dire suivant que le nombre des battements cardiaques est plus ou moins considérable dans une période donnée ; il est évidemment plus long chez l'éléphant, dont le cœur bat de vingt- cinq à trente fois par minute, que chez les petits animaux, dont le nombre des batte*nenls, dans le même espace, dépasse une centaine. De même il devient de plus en plus long sur le cheval ou sur le chien décapité, à mesure que le nombre des battements du cœur se rapproche du chiffre normal et qu'il se réduit insensiblement à une fraction de ce chiffre. • Ce mode de succession des mouvements du cœur marque donc trois phases distinctes dans une révolution complète de l'organe. Dans la première, il y a activité des oreillettes; dans la seconde, activité des ventricules; et dans la troisième, il n'y a activité nulle part, le cœur tout entier est dans le relâchement. Pendant cette dernière période, la diastole auriculaire s'achève et la diastole ventriculaire commence. Conséquemment alors, le sang passe déjà de l'oreillette dans le ventricule relâché, dont l'orifice supérieur est béant et dont les valvules sont abaissées. Dès qu'une révolution nouvelle succède à celle qui finit, les oreillettes, par leur systole, achèvent de remplir les ventricules déjà relâchés. Laennec s'était trompé en admettant qu'après la période de repos, la contraction des ventricules signale le début d'une révolution nouvelle. L'observation rend cette erreur manifeste, et le raisonnement la démontre, car les ventricules ne doivent se contracter qu'après que les oreillettes, par leur systole, les ont remplis de sang.

Le rhythme que flarvey a reconnu aux mouvements du cœur est donc exact. En premier lieu, il y a coïncidence entre la systole des oreillettes et la diastole des ventricules; en second lieu, il y a coïncidence entre la systole des ventricules et la diastole des oreillettes. De plus, en troisième lieu, il y a coïncidence momentanée entre la dilatation des oreillettes et la dilatation des ventricules. Ainsi s'accomplit la révolution entière des mouvements cardiaques. Il ne reste plus aucune incertitude à cet égard pour l'observateur qui considère attentivement le cœur mis à découvert, sur un jeune, animal dont on a coupé la moelle épinière au niveau de l'occipital, avant d'ouvrir le thorax.

Ce rhythme peut éprouver, sous l'influence de causes diverses, certaines modifia cations qu'il importe de bien distinguer de l'état normal, afin d'éviter les erreurs si multipliées commises par les auteurs.

D'abord les mouvements du cœur peuvent se succéder avec une rapidité trèsgrande, au point de doubler et même de tripler, dans un temps donné, leur nombre habituel, comme cela s'observe sur les animaux vivants, dont on ouvre la cavité thoracique; mais alors ils conservent leurs caractères ; seulement leur rapidité empêche de bien saisir l'ordre suivant lequel ils s'opèrent : elle donne lieu, mémo pour un œil exercé, à des illusions qui ont fait croire à une simultanéité d'action entre des parties dont le jeu est isole.

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Ces mêmes mouvements peuvent être ralentis à divers degrés, sdns rien perdre de leur régularité normale. Alors on voit très-bien la contraction des oreillettes précéder celle des ventricules, on saisit le temps de repos qui sépare les révolutions de l'organe. L'œil doit d*abord se familiariser avec ces mouvements ralentis, avant de chercher à démêler la succession de ceux qui parviennent à leur maximum de précipitation.

Il arrive, dans les conditions expérimentales, un moment où les mouvements du cœur, très-ralentis, perdent en partie leurs caractères normaux; et, dans ce cas, la perturbation porte sur les oreillettes» qui, au lieu.d'efTectaer un nombre de contractions égal à celui des ventricules, se contractent deux, trois fois avant que les ventricules eiïetluent une seule systole; mais cette irrégularité alterne souvent avec la régularité habituelle, qu'elle finit toujours par remplacer dans les derniers moments de Texistence^ pendant lesquels il semble qu'une seule contraction des oreillettes ne su£Bse plus à remplir les ventricules. J'ai observé cette particularité sur un jeune cheval tiré du ventre de sa mère, sur un très-grand nombre de solipèdes et de carnassiers, ouverts, les uns tout vivants, les autres après la décapi* tation ou simplement après la section de la moelle au niveau du trou occipital; M. Magendie Ta depuis longtemps constatée dans ses expériences.

Quelquefois, au contraire, les contractions de l'oreillette sont si faibles, qu'elles paraissent manquer à certains moments. M, Magendie affirme même qu'alors « la contraction n*a pas lieu, et que la cavité de l'oreillette reste constamment distendue par le sang ; seulement, au moment où le ventricule droit se dilate pour recevoir le liquide, il se fait un léger resserrement de l'oreillette, resserrement qui est dû, non à sa contractilité, mais à son élasticité. » Je dois avouer que, dans mon opinion, ce défaut de contraction des oreillettes est un fait anormal qui s'observe rarement, si ce n'est aux approches de la mort, sur les animaux dont la circulation est très-gênée, par suite de l'aflaissement du poumon et des troubles de l'action du cœur.

Le rhyihme des mouvements du cœur se modifie sur les animaux expirants, soit que les contractions de cet organe deviennent rares et intermittentes, soit qu'elles acquièrent une précipitation extrême, comme on peut le voir ou le sentir, si le thorax est ouvert ou si la main y est engagée à travers une ouverture du diaphragme. Les contractions deviennent alors inégales, tumultueuses, c^ peu près simultanées dans les oreillettes et les ventricules. Enfin ces contractions aiîaiblics ne s'accompagnent plus d'un mouvement de la totalité de la masse du cœur et ne peuvent plus lancer le sang dans les artères ; elles constituent une sorte de ti*emblement fibrillaire qui s'éteint au bout de quelques minutes. Les oreillettes pleines de sang continuent à segorger de ce fluide sans pouvoir le chasser dans les ventricules; elles se contractent encore faiblement en certains points de leur étendue, et quand la gauche, toujours moins distendue que l'autre, a cessé ses mouvements, la droite continue à effectuer encore quelques légères contractions.

Il arrive sur les jeunes animaux, après la section du bulbe, que les contractions des oreillettes n'alternent pas toujours régulièrement avec celles des ventricules et qu'elles ne s'effectuent plus eu nombre égal à ces dernières dans un temps donné. Ainsi j'ai cx)mpté, par exemple, sur le chat, dans ces conditions, en une minutée

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55 systoles auricnlaires pour 80 systoles ventriculaires, et une autre fois 80 des premières pour 96 des secondes. Je ne sais si ce défaut d*tiaraK>nie peut avoir lieu sur ranimai vivant.

Tel est Tordre suivant lequel se succèdent les mouvements de contraction et de dilatation des différentes parties du cœur; il faut maintenant porter notre attention sur une autre espèce de mouvements qui coïncident avec les premiers, et déplacent, d'une manière continuelle, le cœur dans la cavité où il est enfermé.

La locomotion du cœur ou les changements de situation qu'il éprouve, relativement aux parois thoraciques^ ne peuvent être mis en doute. L'auscultation, l'inspection de l'organe à travers le péricarde, ou entièrement découvert, l'application de la main à ^a surface, alors que les parois costales sont intactes, démontrent incontestablement que la masse du cœur se déplace en totalité dans le thorax, et qu'elle change de rapports avec les points de cette cavité. Un coup d'œil jeté sur les connexions de cet organe peut faire reconnaître la possibilité, les limites, et jusqu'à un certain point le sens de ces déplacements.

Le cœur placé à la partie moyenne de la cavité thoracique, entre les deux poumons qui se moulent à sa périphérie^ n'est ûxé que par sa base à la naissance de Taorte, de l'artère pulmonaire, et à l'extrémité des veines qui se terminent dans les oreillettes ; il reste parfaitement libre dans toute son étendue, mais un sac conique, fibro-séreux, uni supérieurement aux gros vaisseaux et à la colonne vertébrale, inférieurement au sternum, le maintient entre les deux lames médiastines, et assigne les limites du déplacement qu'il exécute, à la manière d'un battant de cloche.

Le cœur remplit toujours assez exactement la cavité du péricarde, soit lors de sa dilatation^ soit au moment de sa contraction, car la pression atmosphérique s'exerce sur ce sac par l'intermédiaire du poumon, et s'oppose à ce qu'il reste, entre sa face interne et la face externe du cœur, un espace autre que celui nécessaire pour contenir un peu de sérosité. Ainsi le péricarde se resserre pendant la systole, se dilate pendant la diastole, de manière à rester constamment appliqué à la surface de l'organe qu'il enveloppe; mais dès qu'on vient, sur l'animal vivant comme sur le cadavre, à y faire une petite ouverture, l'air s'y engouffre, en agrandit , la cavité» et produit un espace libre autour du cœur.

Le péricarde est séparé des parois costales, dans la plus grande partie de son étendue/ par le poumon qui est excavé de chaque côté au niveau du cœur, mais inférieurement il est en contact immédiat avec ces parois, et plus à gauche qu'à droite. En effet, à gauche le |M>umon échancré au niveau des quatrième, cinquième et sixième côtes, laisse la partie inférieure de la face correspondante du péricarde en contact avec leur extrémité, et leur cartilage de prolongement recouvert par le triangulaire du sternum. Il en est de même à droite, dans une étendue beaucoup plus petite, ce qui permet au cœur de frapper directement les parois thoraciques.

Les rapports du cœur avec les vaisseaux qui en émanent ou qui viennent s'y terminer, et avec le péricarde permettent, sans aucun doute, à cet organe des mouvements de totalité assez étendus, mais ces mouvements, qu'il effectue de concert avec son enveloppe flbro-»séreuse> bien plus que relativement à celte enveloppe,

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ont une ampleur très-variable suivant les animaux, suivant les conditions physiologiques ou' pathologiques, et notamment suivant que la circulation est ralentie ou surexcitée sous l'inQuence d'une cause quelconque. Il y a à cet égard des difîérenées considérables que l'auscultation indique et que rex|)érimentatit}n peut mettre en évidence.

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