‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 102 sur 239 · ET CEUX DU COEUR DE L'HOMME · texte numérisé non relu

ET CEUX DU COEUR DE L'HOMME

Quoique la locomotion du cœur ait les mêmes caractères généraux dans tous les mammifères, elle offre des variations assez grandes dépendant de la configuration du thorax, de la forme et de la direction de Torgane moteur du sang.

En thèse générale la forme de la poitrine, en changeant, modifie la forme et la direction du cœur. Chez les solipèdes dont le thorax est déprimé d'un côté à l'autre

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attaches supétieures du

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cœur, s'est étendue aux vaisseaux. Chez les animaux, la crosse de l'aorte et celle de l'artère pulmonaire sont parallèles au plan médian de la poitrine, et leur concavité regarde en arrière ; chez l'homme, ces crosses croisent la direction du plan médian, elles regardent à gauche en même temps qu'en bas vers la face supérieure du diaphragme; la crosse pulmonaire semble même comme déprimée d'avant en arrière.

En outre le cœur de l'homme, au lieu d'être placé presque dans le plan médian du thorax, avec une légère déviation de la pointe, comme chez les mammifères, est très-fortement déjeté à gauche^ de telle sorte que si on tire une ligne dans l'axe du sternum elle ne laisse à droite qu'un tiers tout au plus de la masse du cœur^ les deux autres tiers restant L gauche de cette ligne et la pointe à environ un décimètre au moins du plan médian. En d'autres termes, le grand axe de l'organe, du centre de la base à la pointe qui est presque dans le plan médian, sur les quadrupèdes, le croise de manière à former avec lui un angle très-ouvert chez Tbomme.

Le cœur de l'homme, relativement à celui des grands mammifères, est donc déplacé ; il tend à se mettre en travers de la poitrine : sa base à droite, sa pointe à gauche; et si on voulait par la pensée le mettre dans la situation de celui des animaux, il faudrait ramener sa pointe du niveau du mamelou gauche à la face postérieure du sternum, reporter sa base du côté du dos, ramener à gauche sa lace et sa scissure antérieure^ à droite sa face et sa scissure postérieure, et de cette manière on effacerait la torsion latérale des crosses aortique et pulmonaire, ce qui, vu l'exiguïté du diamètre antéro-postérieur du haut de la poitrine et sur le plan médian, comblerait, nonobstant le peu d'allongement du cœur, tout l'espace compris entre le sternum et le corps de la troisième vertèbre dorsale. Mais dans cette hypothèse il ne resterait plus de place ni pour les cix)sses v^sculaires, ni pour la trachée et l'cesophage. La disposition commune aux mammifères n'était donc pas possible chez l'homme sans un changement dans la disposition du thorax.

Il doit résulte." de ces différences anatomiques deux différences physiologiques très-notables. La première est que la locomotion générale du cœur a, par le fait des mouvements respiratoires, beaucoup plus d'étendue chez l'homme que chez les animaux. Dans l'expiration, la partie inférieure qui repose sur le centre phrénique du diaphragme remonte légèrement, et elle redescend d'autant dans Tiuspiraiion, tandis que chez les solipèdes la pointe correspondant au niveau de l'insertion sternale du diaphragme est à peine influencée par les oscillations aniéro-postérieures de ce muscle. La seconde différence qui dérive des dispositions anatomiques est que le cœur de l'homme bat par sa pointe et par une très-petite partie de sa face antérieure au niveau de la cinquième côte sous le mamelon gauche, tandis que c*est par lejtiers inférieur de la face gauche, à l'exclusion de la pointe, que le cœur du cheval et des grands animaux bat sur les parois costales, très-près du sternum. Chez l'homme, !a pointe percute les parois en un seul point, tandis que chez les solipèdes (1) la face gauche les frappe sur une étendue considérable dont le centre, très-rapproché du sternum, correspond à l'espace compris entre le cinquième et le sixième cartilagr.

(1) Chez le cheval, bien que le sommet du cœur soit dévié à gauche, la pointe de Torgane ne peut, lors des battements les plus violents, percuter à gauche, car elle forme un bec qui regarde à droite.

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quadrupèdes : son cœur bal par la pointe et par une petite partie de la face gauche sur une lamelle amincie du bord inférieur du poumon.

Ce n*est pas ici le lieu de chercher la raison de ces différences ; mais il me paraît évident que la disposition des parties contenues dans le thorax s*est modifiée pour se subordonner à des exigences d'un autre ordre, celles qui se rapportent à des conditions de mécanique animale, de locomotion et déformes extérieures.

Le cheval est donc Tanimal qui donne Tidée la moin$ exacte de la locomotion du coeur humain. Aussi y a-t-il lieu de s*étonner que les physiologistes, dans ces dernières années, aient appliqué simplement à notre espèce ce qui est propre à ce quadrupède. Le lapin, le cochon d'fnde, le chat auraient mieux seni à cet usage. C'est sur, ces petits animaux que j'ai cherché à reconnaître les différences qu'impliquent nécessairement les dispositions analomiqucs sus-indiquées et, pour mieux me rapprocher des conditions offertes par l'homme, j'ai^ après l'incision du sternum, suspendu les animaux dans l'altitude bipédale et aplati leur thorax du sternum vers la colonne vertébrale. Cet aplatissement, qui tendait fortement le diaphragme en travers et approchait sa face supérieure de l'entrée de la ()oitrine, amenait le cœur dans une situation presque semblable à celle qu'il a chez l'homme.

Voici ce que j'ai constaté de plus saillant dans ces conditions. Sur les chiens dont la moelle épinière est coupée et la respiration entretenue artificiellement, si l'on pratique une fenêtre au thorax en regard du cœur, ou voit, l'animal étant suspendu par les pattes de devant dans l'attitude de l'homme at;bout, que la situation du cœur est beaucoup moins déviée que dans l'homme ; que la pointe est fort peu éloignée de la ligne médiane et qu'enfin la moitié du cœur, située à gauche du plan médian du thorax, n'est guère plus grande que celle qui est adroite de ce plan. Néanmoins, à chaque systole la pointe du cœur, en s'élevant légèrement vers Ja base, s'éloigne de la face interne du sternum. La masse ventriculaire en s'élevant un peu se rapproche des parois costales par la partie voisine du sommet; si les parois costales sont cnlev'ées à l'endroit où s'effectue le choc, le cœur se rapproche d'une règle qui les remplace et il la heurte si elle en est suffisamment rapprochée.

Sur l'animal, dans ces conditions, si on remonte le diaphragme vers l'entrée de la poitrine et si on refoule le sternum vers les vertèbres, le cœur prend à peu près la situation qu'il a dans l'homme. L'organe se rapproche de la colonne vertébrale ; sa face antérieure devient presque parallèle au sternum ; sa pointe se met en contact avec le diaphragme, ainsi qu'une partie de sa face droite; cette pointe touche aussi aux côtes bien plus loin du sternum que dans les conditions ordinaires. Sous l'influence de cet accroissement de déviation, le choc, sur les parois costales, loin d'être affaibli augmente plutôt d'intensité. £n somme, à chaque systole la pointe du cœur se porte en haut, en avant et à gauche, la face gauche se rapproche des parois costales et devient plus bombée dans le tiers inférieur qui frappiî ces parois; toute la moitié droite du cœur se porte vers la moitié gauche pendant que celle-ci se rapproche à peine de l'axe de l'organe. £n d'autres termes, à chaque systole le cœur se meut de bas en haut, d'arrière en avant, de gauche à droite.

Si, dans cet état de choses, on examine avec attention les fibres du cœur et les

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scissures vers la pointe, on reconnaît sans peine que l'organe en se déplaçant, comme il vient d'être dit, éprouve un mouvement spiroîde ou de torsion autour de son axe, mouvement nul à la base, déjà sensible vers le milieu et assez prononcé au sommet. Il est tel que la partie droite semble se porter d'abord en arrière pour revenir en avant. Évidemment cette torsion spiroîde se lie au mouvement général qui donne lieu au choc systolique sur les parois gauches du thorax.

£n résumé, le cœur, suivant sa forme et sa direction, coiume suivant la configuration du thorax, bat tantôt tout près du sternum, presque sur la ligne médiane, tantôt très-loin de cette ligne sur les parois costales ; il bat dans certains cas par une grande partie de sa face gauche, dans d'autres seulement par sa pointe, directement sur les parois ihoraciqoes ou sur une portion amincie du poumon. En l'étudiant des solipèdes aux carnassiers, aux rongeura, aux singes et h Thomme, on peut constater les particularités intermédiaires qui lient les extrêmes. De plus, en le déplaçant sur certains animaux, on donne à sa locomotion à peu près les caractères qu'elle a dans lespèce humaine.

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