‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 117 sur 239 · INFLUËNCI^ DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU CŒUR · texte numérisé non relu

INFLUËNCI^ DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU CŒUR

chiens et de petits chats qui venaient de naître, la destruction conoplète du système cérébro-spinal laissa persister la circulation de une heure à une heure et demie ; . enfin les mêmes résultats furent obtenus sur des cochons d'Inde, des poules, des canards et des pigeons, avec quelques légères variations relatives à l'âge et à l'espèce des animaux.

Les expériences que j'ai faites sur déjeunes animaux m'ont conduit à des résultats semblables aux précédents. La destruction de la moelle épiniérc seule ou la destruction de cette moelle avec celle de l'encéphale a laissé persister la circulation pendant un temps assez considérable; les artères ont continué abattre très-sensiblement, et à laisser écouler du sang par jets saccadés dès qu'elles étaient ouvertes ; enfin lorsque le coeur cessait d'entretenir le cours du sang dans les vaisseaux, il exécutait encore des contractions dont la durée a été souvent de plusieurs heur^. Un petit chien âgé de trois jours fut décapité après ligature préalable des carotides afin de prévenir une al)ondante hémorrhagie, puis la inoelle.épintère fut aussitôt détruite avec un long stylet d'acier. Les artères continuèrent à battre ; la poitrine ouverte au bout d'un quart d'heure laissa voir les battements du cœur qui conservèrent assez de force jusque vers la trentième minute. A ce moment les contractions des ventricules cessèrent, mais celles des oreillettes persistèrent pendant tn)is heures vingt et une minutes. Sur un chien de un jour dont la moelle épinièrc fut détruite de même après la décapitation, les mouvements du cœur durèrent deux heures vingt minutes. Sur un chat de même âge ils ne cessèrent qu'après deox heures neuf minutes, et sur un dernier ils ne s'éteignirent qu'à la fin de la troisième heure.

Ainsi, ce n'est donc ni de l'encéphale, ni de la moelle allongée (qui règle les mouvements respiratoires et donne naissance aux pneumogastriques) , ni enfin de la moelle épinière, que dépendent immédiatement les mouvements du cœur; cet organe continue ù se contracter, avec son rhythme i)ormal,«et avec assez de force pour entretenir la circulation, bien longtemps après la destruction de toutes ces parties centrales du système nerveux. Dès l'instant que les mouvements du cœur subsistent avec leur rhythme après que l'organe a cessé d'être en rapport avec les centres nerveux^ il faut que le système ganglionnaire joue un rôle important dans l'innervation de cet organe. Ses nerfs ne sont pas de simples conducteurs d'une influence excitatrice; ils doivent être aussi des centres d'une action propre, analogue à celle que les nerfs du grand sympathique exercent sur l'intestin, l'utérus et sur la plupart des muscles de la vie organique.

L'irritation de ces nerfs, qui n'avait semblé produire aucun effet sur le cœur dans les expériences de Haller, de Fontana et de Bichat^ a déterminé cependant, aux yeux de plusieurs observateurs, des changements sensibles dans les mouvements cardiaques. De Humboldt ayant fixé des armatures aux nerfs du cœur du chien et du renard, immédiatement après que l'organe venait d'être retiré de la poitrine, a vu, à chaque contact des métaux, les battements devenir plus rapides et plus forts. Burdach, en louchant ces mêmes nerfs avec de la potasse caustique sur des lapins qu'on venait de tuer, a vu de même les battements cardiaques s'accélérer , d'une manière sensible; enfin d'autres ont constaté des résultau analogues; mais il ne faut pas y attacher une grande importance, d'autant qu'après la mort, ces

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contractions (rès-irrégulières et de courte durée augmentent ou diminuent de force, s'accélèrent ou se ralentissent souvent sans cause appréciable.

La destruction des ganglions cer\'icaux inférieurs, desquek émanent les principaux Clets des plexus cardiaques, ne détermine pas de troubles graves dans l'action du cœur. Je Tai faite sur des chevaux, en établissant des fistules au canal thoracique, sans qu'il en soit résulté, du moins dans les premiers moments, d'autres troubles dans la circulalion, que ceux qui se manifestent à la suite des souffrances ordinaires de l'opération. Si M. Brachet (1), après avoir excisé ces ganglions et les filets qui en émanent^ a vu les mouvements du cœur s'arrêter sur-le-champ, c'est que, très-probablement, il n'avait pas pris les précautions nécessaires pour respecter les pneumogastriques, laisser les plèvres intactes et prévenir l'afTai&sement du poumon, et par conséquent une mort brusque par asphyxie; tous accidents faciles à éviter en expérimentant sur les animaux solipèdes. D'ailleurs, sur un âne décapité et dont la poitrine était ouverte^ l'ablation de ces ganglions et par suite la section de tous les filets cardiaques qui en émanent a laissé subsister les contractions des oreillettes pendant plus d'une demi-heure.

La destruction du ganglion cardiaque, lorsqu'il existe, ne suspend pas plus les battements du cœur. M. Brachet qui les a vus s'arêter subitement, aussitôt après l'excision de ce ganglion, dont l'existence est d'ailleurs fort contestable, ne s'est point aperçu qu'il tuait ses chiens par le fait de l'affaissement du poumon qui suit l'enlèvement d'une côte et l'ouverture de la plèvre. Mais son erreur n'a trompé que ceux qui, en matière d'expériences, se contentent des résultats bruts^ sans s'inquiéter ni de leur appréciation, ni des moyens par lesquels ils ont été obtenus.

Enfin l'anéantissement de toutes les connexions du cœur avec les centres nerveux, les ganglions et les nerfs étrangers à sa substance, n'arrête point ses mouvements et ne modifie pas leur rhythme. Le cœur isolé, séparé même des gros vaisseaux et de ses oreillettes, bat encore pendant un certain temps, ainsi que le savaient déjà les anciens, et comme s'il recelait en lui le principe de son activité si remarquable : il agit alors à la manière de l'intestin privé de son mésentère, de l'utérus, extrait de l'abdomen. Les nerfs ramifiés à sa surface, et disséminés dans son tissu, suffisent à entretenir encore ce reste de contractilité.

Il y a, en effet, dans le tissu du cœur de nombreux filets nerveux qui présentent à leurs extrémités de petits ganglions dits de Remak. Ces ganglions situés principalement dans la cloison des oreillettes et à la base des ventricules paraissent jouer le rôle de centres d'innervation et de coordination, de telle sorte que le rhythme des mouvements du cœur pourrait persister tant que l'activité de ces petits centres ne serait point épuisée. Sur le cœur détaché il subsisterait dans les parties en communication avec les ganglions, et il perdrait sa régularité dans les parties détachées de ces petits organes.

On est allé plus loin. Dans cet ensemble de nerfs et de petits ganglions cardiaques on a cru trouver un système excitateur et un système modérateur des mouvements. Et cela, dit-on, serait prouvé par l'expérience suivante : Un lien placé sur le sinus nerveux (J'une grenouille arrête les contractions dans la totalité du copur. Si alors

(1) Braobel, Becherches nxpéiimf>nWfs nur hs fimcfions du Êffstim^ wert/etfT (/angtiof^w

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on détache le ventricule da reste de l'organe, il se remet à battre pendant que Toreillelte, demenrée adhérente au sinus, reste dans Tinaction. Le prétendu système modérateur aurait pour centre les ganglions de Toreillette ; mais c'est là une hypothèse mal assise qui ne peut encore prendre place dans la science.

Ainsi donc les mouvements du cœur survivent à la destruction de chacune des parties de l'encéphale et de l'encéphale en entier; ils survivent à la destruction de chacune des régions et de la totalité de la moelle épinière, comme à la destrnc« tion simultanée de tout le système cérébro-spinal, à la section des nerfs vagues, à l'ablation des ganglions d*où émanent les nerfs cardiaques, et à celle de ces nerfs eux-mêmes en dehors de la substance du cœur. Mais ce serait s'abuser étrangement que de tirer de ces faits extrêmement remarquables la conclusion que le cœur n'emprunte pas au système nerveux le principe de son activité.

£n pesant une à une les données de l'expérimentation, puis en les appréciant collectivement et dans leurs rapports intimes; enfin, en tenant compte des modifia cations que les mouvements du cœur éprouvent par Tintermédiaire du système nerveux, dans une foule de circonstances normales ou morbides, on arrive à recon* naître que l'action du cœur, comme celle de tous les organes musculaires, est subor* donnée à l'influence nerveuse.

D'abord elle dépend de l'encéphale, et en particulier de la moelle allongée, puisque, d'une part, les impressions morales modifient la force et la vitesse de ces mouvements, et que, d'autre part, l'irritation ou la destruction de ces parties les aBaiblit d'une manière sensible.

En second lieu, elle dépend de la moelle épinière, comme le prouve leur affai» blissement lors de la destruction de cette partie du système cérébro^pinal.

Enfin elle dépend des pneumogastriques qui transmettent au cœur l'influence de l'encéphale, de la moelle allongée et des nerfs ganglionnaires qui, à la fois, lui transmettent l'influence de la moelle épinière, et leur dispensent celle qui peut dériver de leur propre activité.

Cette dépendance est évidente, quoiqu'elle ne soit pas immédiate comme celle du mécanisme respiratoire, parrap|)ort à la moelle allongée et celle des muscles du squelette relativement à la moelle épinière. A mesure qu'elle s'éteint par la des*» truction successive des centres nerveux et des cordons qui transmettent au cœur l'influence de ceux-ci, les mouvements cardiaques perdent graduellement de leur énergie, la circulation devient de plus en plus languissante, et finit par se suspendre.

Les moyens d'innervation du cœur sont donc multiples et ils paraissent l'être, comme le dit M. Longet, à' cause de l'importance de la fonction que l'organe remplit et des rapports nombreux qui lient celle-ci aux autres.

La raison de l'admirable rhythme cardiaque est, à ce qu'il semble, dans les nerfs et les ganglions qui enlacent et pénètrent de toutes parts l'organe, nerfs et ganglions qui jouissent d'une sorte d'autonomie, puisque dans le fœtus le cœur fonctionne régulièrement avant que ses connexions se soient établies avec les centres, et que sur l'adulte son action se continue, bien que ses relations avec les centres soient détruites. Toutefois, il est clair que l'activité de son petit systèipe nerveux est emprunte 9a système gén^ril et que ç*e8t par m^ dernière ({u'elle s^nireiieot et se ravive,

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