‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 116 sur 239 · INFLUENCE OU SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU COEUR · texte numérisé non relu

INFLUENCE OU SYSTÈME NERVEUX SUR LES MOUVEMENTS DU COEUR

que sur les auimàux décapités et très-jeunes les battements du C4£ur persistent avec leur rhytbme très-régulier pendant un quart d*beure, une demi-heure ou plus, suivant les espèces? Gomment se fait-il aussi que sur les adultes décapités^ dont la respiration est entretenue artificiellement, l'action du cœur se continue pendant plusieurs heures, même une demi-journée.

D*autre part, si la moelle allongée produit le relâchement, comment se fait-il qu'après la section des nerfs qui supprime les rapports de cet organe avec le cœur, les mouvements persistent pendant plusieurs jours, et même une semaine? Gomme, dans tous ces cas, le rhytbme est conservé, bien que l'action de la moelle allongée ait cessé ou qu'elle ne soit plus transmise par les vagues, on ne peut admettre qu'elle ait pour effet de faire succéder le relâchement à la contraction. '

Sans doute, il reste à expliquer comment la galvanisation de la moelle allongée ou celle des vagues an-ête les battements du cœur. Mais il faut se rappeler, comme nous l'avons dit en traitant de la respiration, que la galvanisation de la moelle ou des vagues arrête aussi les mouvements respiratoires le plus souvent dans l'expiration due au relâchement des inspirateurs, que cette excitation finit aussi par arrêter les mouvements généraux, et qu'enfin elle les laisse se rétablir tous au bout d'un certain temps quoiqu'elle soit continuée. Or, il ne vient à l'idée de personne d'attribuer la suspension des mouvements respiratoires, des mouvements généraux à une action négative de la moelle allongée.

L'action négative de la moelle allongée sur le cœur est donc inadmissible. Son action modératrice se conçoit mieux, puisque, après la décapitation ou la section des vagues, les mouvements sont fréquents ; mais elle n'est pas encore très-claire, puisque ces mouvements sont alors moins énergiques. Si on admettait l'action modératrice, il faudrait la restreindre au nombre des mouvements et la supposer étrangère à leur énergie. Il vaut mieux convenir que nous ne savons pas si la moelle allongée agit sur le cœur, ni en quoi consiste l'influence des vagues sur cet organe, ni enfin comment cette influence s'exerce.

Maintenant quelle est l'influence de la moelle épinière sur le cœur ? Est-ce de ce centre nerveux qu'émane, par l'intermédiaire des nerfs ganglionnaires, le principe de l'activité du moteur du sang? Legallois (1) le croyait, d'après le résultat d'expériences devenues célèbres. Ge physiologiste ayant observé : l"* que fa destruction d'une portion de la moelle affaiblit beaucoup la circulation ; 2** qu'elle ne tarde pas à devenir mortelle et enfin que la destruction de la totalité de celte moelle est subitement et constamment mortelle, quels que soient l'espèce et l'âge des animaux, conclut que le cœur emprunte ses forces de tous les points de la moelle épinière, sans exception, et cela par l'intermédiaire des filets du grand sympathique. D'après lui, la destruction complète de la moelle épinière arrête subitement la circulation à tous les âges et chez tous les animaux. Les contractions cardiaques qui subsistent après cette opération sont pour lui des mouvements sans force, analogues à ceux des autres muscles après la mort. Or, Legallois se trompe. Au lieu de détruire tout d'abord la moelle - épinière sur toute sa Ion» gueur, il la coupe à l'occipnt, étudie les effets de cette première opération, puis

(1) Legallois, Expériences sur ie principe de la vie, p. 48 à 150,

il décapite ses lapins âgés de un jour, de dix jours, de vingt joui-s, el enfin ce n'est qu'après \ingt, irenle, cinquanie minulcs niOme, qu'il délruil le cordon rachidien sur les animaux dont les mouvenienls du cœur sont d6jh cxiremcmcnl affîiiblis. Sa méthode iros-défeclueuse, à mon sens, le conduit à dçs déduciious erronées et illusoires.

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D'une part, il est inexact que la destruction totale de la moelle épinièrc détermine subitement la mort et arrête sur-le-champ la circulation. Wilson l'hilipp a constaté qu'après cette mutilation les carotides restaient pleines de sang et battaient avec ibrce pendant un temps assez long. M. Flourcns (i) a observé qu'à la suite de cette destruction totale de la moelle, soit seule, soit combinée avec celle de l'encéphale, la circulation s'entretient sur des mammifères el des oiseaux pendant un temps pins ou moins long, suivant l'âge des animaux et suivant qu'on établit ou non une respiration artificielle. Ainsi sur un lapin adulte, la moelle épinière, la moelle allongée et la masse cérébrale furent successivement détruites d'arrière en avant et Tinsufflation établie ; les carotides battaient encore avec force au bout d'une heure^ et l'artère crurale ouverte laissait échapper par jets un sang vermeil. Sur un petit chien de sept à huit jours, les lobes cérébraux, le cervelet, la moelle allongée furent enlevés et la moelle épinière détruite à l'aide d'un stylet d'acier, et la circulation persista pendant quarante minutes après cette opération. Sur de petits

(1) Flourens, Hecherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système ner* veux, 2« édiU l'aris, 1842^ p. 214.

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