V. — De lk pulsation artérielle ou du pouls
Lorsque le doigt vient à comprimer légèrement une artère qui repose sur une partie suflBsamment résistante, comme un os, un cartilage ou une articulation, il perçoit la sensation d*un choc plus ou moins fort qui se répète à chaque battement du cœur. Le pouls est donc la secousse, le choc que Tartère pressée fait éprouver au doigt à Tinstant où elle reçoit Fondée sanguine lancée par le cœur. Il est dû,
comme nous le verrons tout à Theure, à TefTort que le vaisseau fait pour revenir à sa forme cylindrique, et à l'accroissement de pression qui résulte de l'entrée d'une nouvelle quantité de sang dans le système artériel.
Le pouls se produit incontestablement à toutes les artères , indépendamment de toute compression ou déformation, puisqu'à chaque battement le vaisseau se dilate, mais sa dilatation est si faible qu'elle n'est perçue dans la plupart des cas ni à la vue ni au toucher : les artères dans les plaies, les artères mises à nu n'ont pas de battement bien sensible. Les sinueuses* seulement dont les courbures s'agrandissent ont un pools perceptible, la tibiale postérieure près de la malléole interne de l'homme et quelques autres chez les animaux.
Il faut, pour que le pouls se fasse sentir, que l'artère soit suffisamment comprimée par le doigt, sur une partie résistante, comme la face interne du radius de l'homme et des carnassiers, le contour du maxillaire chez les grands animaux, l'extrémité supérieure de l'humérus chez le bœuf, ou sur des masses musculaires tendues et rapprochées des os, comme à la fémorale des petits animaux, ou encore sur des cartilages comme à l'auriculaire postérieure des mammifères, même de l'éléphant où toutes les artères, sauf celle-là, se soustraient à l'exploration.
Sur les artères mises à nu, dans les conditions expérimentales ou accidentelles, le pouls peut ne pas être visible dans une foule de cas. Arlhaud en a fait la remarque sur les artères du mésentère de divers animaux, et Parry sur la carotide du bélier ; les battements apparaissent dès que l'encolure Inclinée donne de l'incurvation à la carotide et dès que le mésentère, abandonné à lui-même ou légèrement replié, rend aux divisions de la mésentérique leurs inflexions normales. L'exactitude de cette observation se vérifie aisément sur la carotide du cheval dont l'encolure est longue, et sur les deux grandes artères du côlon replié du même animal. Dans toutes ces circonstances cependant l'artère se dilate et se resserre aller-
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nativement ; mais sa dilatation et son resserrement alternatifs ne sont pas assez étendus pour devenir toujours appréciables à la vue.
Les anciens, <}ui ne connaissaient pas la circulation, ne pouvaient se fa re d'idées justes sur la cause et le mécanisme du pouls. Rufus d'Éphèse (1) avait noté la coïncidence entre le battement de l'artère et le battement du cœur; il avait même remarqué que l'artère bat quand elle se remplit et le cœur quand il se vide. Galien avait attribué la pulsation à une force pulsiûque imaginaire propre au cœur, et transmise par les tuniques artérielles; il appuyait son opinion sur ce que les parois de l'aorte étant liées autour d'un tuyau de plume introduit dans cette artère, les battements cessaient en arrière de la ligature et dans tous les points placés bien au delà, la circulation n'y fût point interrompue ; mais l'expérience de Galien répétée par Vieussens, par M. Flourens, par M. Magendie, n'a point donné le même résultat; les pulsations ont continué 5 se faire sentir dans les parties situées au delà de la ligature, pourvu que le* sang pût y arriver à travers le tuyau. Quoique Harvey reconnut le premier que l'impulsion éprouvée par le sang sous l'influence des contractions du cœur est la cause réelle des battements; il vit que la ligature appliquée sur une artère peut, en y interrompant le cours du sang, faire cesser le battement dans les parties an delà du lieu ; enfin il eut l'occasion d'observer que, dans un cas d'ossification de l'aorte, les pulsations n'en continuaient pas moins dans les artères nées au-dessous de la région ossifiée. L'illustre physiologiste ne s'était donc point trompé sur la nature du battement artériel.
Le pouls perçu aux grosses artères coïncide exactement avec la systole ventriculaire, par conséquent avec le choc ou le battement du cœur. On s'en assure en appliquant un doigt sur la région du cœur, ou directement sur cet organe par une ouverture faite à un espace intercostal et un- doigt de l'autre main sur la carotide. A l'aide des appareils enregistreurs, le synchronisme de ces deux battements, est constaté avec plus de précision encore.
Le pouls se produit-il simultanément dans toutes les parties du système artériel ou, en d'autres termes, coîncide-t-il avec la systole venlriculaire dans les artères les plus éloignées comme dans les plus rapproché)es du cœur?
Au toucher et sans le secours d'instruments on croit constater un isochronisme parfait, par exemple, entre les pulsations de la carotide et celle de la radiale, entre la pulsation de la glosso-faciale et celle de la fémorale, et s'il y a un retard pour les artères éloignées il n'est point perceptible. Ce retard est admis par beaucoup de physiologistes comme un fait probable et non comme un fait démontré. Yeitbrecht l'a indiqué, et Weber croit avoir trouvé qu'entre la systole du cœur et le pouls de la pédieuse il est égal à un septième de seconde. M. Marey ne croit pas pouvoir l'admettre. S'il existe réellement, il est trop peu considérable pour qu*il y ait utilité à en tenir compte.
Le pouls s'affaiblit nécessairement à mesure qu'on s'éloigne du centre, proportionnellement à la réduction du volume de l'artère. Haller dit qu'il n'est plus appréciable lorsque le vaisseau se réduit à un diamètre de un tiers de millimètre. Mais dans la pratique il cesse d'être perceptible bien avant que les artères soient arrivées à un tel degré d'atténuation.
(1) Ruftit d'Éphèse, Traité sur le pouit, trad. de M. Daremberg. Paris, 1846.
Il peut offrir un grand tiombre de modifications quant à sa fréquence, à sa force, à son rhytlime. Les unes dépendent seulement du cœur, d'autres tiennent à la fois au mode des contractions cardiaques et à Tétat des artères; un certain nombre se lient à divers états de Fensemble du système vasculaire.
Sa fréquence et sa rareté dépendent évidemment du nombre des systoles veotri* culaires en un temps donné; sa vitesse et sa lenteur, qui sont choses différentes des premières, résultent du temps plus ou moins considérable que chacune des systoles met à s'effectuer ou, en d'autres termes, de leur brièveté ou de leur longueur. La fréquence du pouls est dans un certain rapport avec la tension artérielle. Lorsque celle-ci descend beaucoup au-dessous de son chiffre normal, comme après les émissions sanguines très-abondantes, le pouls devient fréquent, mais faible. Haller en avait fait la remat^que dans ses expériences, et tous les jours on constate la même particularité en sacrifiant les animaux par hémorrhagie. Il prend le même caractère sur les sujets très-affaiblis, vers la fin des maladies^ alors que la tension artérielle est très-diminuée.
La force et la faiblesse du pouls ne tiennent pas seulement à l'énergie plus ou moins grande développée par le cœur à chaque contraction. Le pouls est ou paraît fort lorsqu'une ondée sanguine lancée vigoureusement entre dans les artères modérément pleines et capables d'éprouver vne ample dilatation qui soulève fortement le doigt 11 est faible lorsque les systoles manquent d'énergie, chassent de petites ondées, et aussi quand le système artériel ne contient plus qu'une minime quantité de sang, comme dans les derniers moments de la vie, et sur les animaux épuisés par d'abondantes évacuations sanguines.
Le pouls peut devenir, dit-on, fort par places, par exemple lorsque l'artère est stimulée. Hastings a cru voir celui de la carotide du cheval plus énergique à la suite de.rapplication de l'ammoniaque sur ce vaisseau. Il peut s'affaiblir dans les parties situées au-dessous des poches anévrysmales, et même y disparaître si les parois de l'anévrysme sont très-él?stiqnes.
Le pouls est dur, sans ampleur, quand la tension artérielle est très-augiuentée et que, par conséquent, la distension des artères approche de ses dernières limites, par exemple dans l'effort violent ou lorsque des obstacles considérables e?:istent au passage du sang daiis les capillaires* de quelques organes volumineux et irèsvasculaires. Il faut évidemment que, dans ce cas, les contractions du cœur soient très-énergiques pour faire entrer les ondées sanguines dans l'aorte arrivée k son maximum de réplétion. Si le manomètre de Haies est alors adapté à la carotide, La colonne sanguine s'y élève k une grande hauteur, mais ses oscillations ont peu d'amplitude. C'est là une particularité que M. Bernard a notée et que j'ai maintes fois observée sur le cheval. Mais dès qu'une abondante saignée affaiblit la tension artérielle, le pouls perd de sa dureté, devient ample et parait plus fort par suite de l'étendue plus grande de la dilatation de l'artère. De même, le pouls devient plus large et l'artère plus souple une fois que les capillaires des parties malades repi^ennent leur perméabilité. ^
Le pouls large et ample coexiste avec une tension artérielle moyenne. L'artère est alors dépressible, et k chaque pulsation le doigt est soulevé avec force.
Le pouls rebondissant ou dicrote, caractérisé par deux chocs successifs ou deux
pulsations inégales pour une seule systole cardiaque, est fort commun. Déjà dans les conditions ordinaires ou sous Tinfluenco de Texercice, on voit souvent la pulsation devenir légèrement rebondissante. Mais c'est surtout lorsque la tension artérielle diminue qu'elle acquiert netlementce caractère. M. Marey Tallribue à ce que les systoles cardiaques, effectuées avec rapidité, lancent une ondée qui dilate une première fois Tarière en y pénétrant et une seconde fois en revenant sur ses pas, par suite de la difficulté qu'elle éprouve à conserver sa vitesse initiale près des capillaires où la résistance est considérable. Quoique le dicrotisme s'' produise ainsi dans les appareils de M. Marey, il ne me paraît pas sûr qu'il soit dû à la même cause dans le système artériel. M. Milne Edwards pense qu'il peut tenir à la réaction élastique des parois artérielles, le premier battement étant l'effet de la systole du coeur et coïncidant avec elle, le second serait produit par la réaction du vaisseau et répondrait au début de la diastole ventriculaire. Quelques faits observés dans les conditions ex)>érimentàles me portent à suppos.r qu'il pourrait tenir à une systole s'opérant par saccades.
Il importe beaucoup au praticien d'apprécier ces diverses modifications du pouls dont les principales seulement viennent d'être énumérées, et surtout de recrnnaltre leur valeur séméiologique qui est du ressort de la patliologie. Plusieurs d'entre elles peuvent être mises en évidence et enregistrées au moyen des sphygmographes.
Celui de Vierordt consiste en un levier que les battements de l'artère mettent en mouvement et qui va, par son extrémité libre^ inscrire des courbes sur un cylindre tournant en vertu d'un mécanisme quelconque. Il a servi de modèle à une foule d'autres, tous remarquables par leur prix élevé, leur complication et la dif- Gculté de les adapter à d'autres artères que la radiale de l'homme. M. Marey en a construit un trèsysensible, qui comprime la radiale au moyen d'un ressort; son levier est d'une extrême légèreté. Tous ces instruments donnent des tracés qui |)crmettent de juger de la régularité, de l'étendue des pulsations et de leurs divers caractères. Alalheureusement ils ne sont pas d'un emploi facile dans la pra» tique, et leurs indications n'ont de valeur qu'autant qu'on sait parfaitement s'en servir. Le praticien qui a le tact exercé n'en a nul besoin.