‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 124 sur 239 · VI. — Bruits artériels · texte numérisé non relu

VI. — Bruits artériels

Dans les grosses artères rapprochées du cœur, la colonne sanguine peut propager le bruit systolique et le bruit des valvules sigmoîdes. Mais, en outre, les artères volumineuses sont le point de départ de bruits propres très-légers, qui s'exagèrent et se modifient dans les maladies. Ils consistent en un murmure léger, sourd, tantôt bref et semblable à un bruit de choc, tantôt prolongé, doux comme un souffle.

Ces bruits ou ces souffles s'entendent peu à l'état normal, et ils ne sont guère perceptibles qu'à l'aide du sthétoscope. Ils sont assez forts dans la carotide plus sourds et plus doux dans la crurale, plus brefs et moins intenses dans les petites artères. Ils prennent de la force chez les jeunes animaux et les sujets maigres, s'exagèrent, d'après la remarque de Beau, chez les individus dont le pouls est fort et bref, surtout dans le cas de pléthore excessive, chez les anémiques, les chloro-

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tiqoes« les fébricitaïUs, les individus très-nerveox, dans le cas de rétrécissement de rorifice aortique, d'insuflBsance des valvules sigmoîdes, etc.

Le souiBe artériel est bref, intermittent ; il coïncide avec le premier bruit du cœur, par conséquent avec le choc de cet organe et la diastole de Taorte, il cesse avant le second bruit. Les mouvements respiratoires n'en allèrent nullement les caractères.

On les voit se modifier quant à leur intensité, à leur timbre, et alors, suivant leur analogie avec des bruits connus, ils reçoivent des dénominations qui font croire à des bruits nouveaux anrajoutés : bruit de râpe, bruit sibilant, bruits musicaux, etc.

On les a attribués an choc du sang sur les parois artérielles, aux frottements de ce liquide sur leur membrane interne, frottements qui seraient accrus par le rétrécissement, la contraction des artères, par certaines modifications dans Tétat de leurs surfaces. Quelques physiologistes les ont rapportés à un volume excessif des ondées lancées par le cœur, et à d'autres causes encore dont Faction est peu intelligible. Leur mécanisme n'est pas clairement établi. Weber les a vus se produire dans des tubes à parois élastiques que la compression rétrécissait dans quelques points, et depuis on les a donnés comme le résultat du passage du liquide d'un point comprimé ou rétréci dans une partie dilatée où la tension devient moindre. MM. Marey et Ghauveau ont défendu la thèse de Weber, d'après leurs observations sur des appareils de caoutchouc ; mais il reste à démontrer que le mode de production des bruits artériels dans l'organisme ne diffère pas de ce mode dans des tubes de gomme élastique. De ce qu'un souffle se produit dans un tube de caoutchouc à l'endroit où une compression est exercée, de ce que ce souffle même naît dans l'artère que l'on déprime à l'aide d'un corps étranger, on n'est point autorisé à conclure que les souffles physiologiques et pathologiques dérivent de la même cause, car ce bruit, comme tout autre, peut dépendre de causes très-différentes. On ne voit pas, en effet, comment la pléthore, la fièvre, l'anémie, les insuffisances valvulaires créent des conditions identiques^ ni même comment aucun de ces états réalise celle qui, dans le tube de caoutchouc, engendre le souffle, à savoir le rétré-^ cissement suivi d'une brusque dilatation.

VIL — iNlfLUENGE DES DIVERS MODES DE DIVISION DES ARTÈRES ET DES ANASTOMOSES SUR LA CIRCULATION ARTÉRIELLE.

Il est des dispositions anatomiques qui paraissent sans influence sur le couh> du sang artériel. Ainsi la division d'une carotide en deux branches au lieu de (rois, la présence de deux artères rénales au lieu d*une, la naissance de la thyroïdienne par un tronc commun avec la laryngienne. Il est aussi à peu près indifférent que chez les solipèdes, par exemple, l'artère bronchique naisse séparée de l'œsophagienne ou réunie avec elle, que celle-ci parte de l'aorte directement ou d'une intercostale, que la gastrique naisse seule ou réunie à la splénique, la spermatique en avant ou en arrière de la petite mésentérique, l'ovarienne de l'aorte ou de la mésenlérique supérieure, la petite testiculaire de l'aorte, du tronc crural on de la circonflexe iliaque, l'artère utérine du tronc aortique ou du tronc crural, la prépubienne de

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t'ilîaqae externe oa d*nne musculaire de la cuisse. Mais beaucoup d'autres dispositions ont sur le cours du sang une influence incontestable.

Il est clair aussi que la ramification successive, Tatténuation des artères destinées à des organes ou à des tissus délicats a pour but et pour résultat un ralentissement considérable des courants sanguins, car la division successive élargit considérable-* ment les voies que le liquide traverse. Ainsi à Pestomac et à l'intestin les artères se bifurquent déjà avant d'arriver aux courbures par lesquelles elles abordent ces viscères; puis elles se divisent à leur surface, traversent leur tunique contractile et forment un réseau serré à la face externe de la muqueuse avant de pénétrer dans son épaisseur. Les artères cérébrales et rachidiennes se disposent en un magnifique réseau dans la pie -mère avant d'envoyer des ramifications fines dans la pulpe des centres nerveux; la carotide interne forme souvent des réseaux admirables entre les parois du crâne et les méninges ; l'artère spermatique décrit un grand nombre de flexuosités avant d'arriver au parenchyme du testicule. Enfin, les artères, avant de devenir capillaires, se subdivisent toujours de la même manière dans un même organe; ce sont des arborisations régulières pour l'intestin grêle, des arborisations à. branches sinueuses pour le côlon replié, des treillages dans la pituitaire, des boucles au testicule, des étoiles dans le tissu du foie, etc.

Les flexuosités des artères apparaissent partout où ces organes doivent éprouver des déplacements étendus ou des changements considérables de volume : à la linguale, pour se prêter au mouvement de protraction de la langue; aux labiales, pour se mettre en rapport avec les divers degrés d'ouverture de la bouche; à l'abdominale antérieure, à l'abdominale postérieure, à la circonflexe, pour se mettre en harmonie avec les changements de volume du ventre ; à la spermatique, |)our permettre les migrations du testicule; à l'ovarienne, à l'utérine, pour rendre ifaciles l'ampliation de l'utérus, l'élongation des ligaments larges de ce viscère, aux artères gastriques des ruminants, des solipèdes et de la plupart, des animaux^ dans un but analogue. De plus, les flexuosités, les courbures, en multipliant l'étendue des surfaces élastiques, transforment plus complètement le mouvement saccadé dû à l'action du cœur en mouvement uniforme et régulier. Elles sont extrêmement utiles, sous ce rapport, aux centres nerveux qui doivent être à l'abri des chocs et des secousses.

Les anastomoses ou les communications établies entre diverses artères provenant soit d'un même tronc, soit de troncs plus ou moins éloignés, ont une influence très-remarquable sur la circulation artérielle; elles permettent à un organe de recevoir encore du sang lorsque le vaisseau qui lui apporte ce fluide est comprimé ou oblitéré ; elles établissent des voies de dérivation qui rendent son cours plus régulier^ plus uniforme^ et facilitent son abord dans les parties où le système vasculaire est moins rempli, et dans celles où la pression de la masse sanguine est diminuée.

Les anastomoses les plus multipliées ont lieu par des divisions collatérales plus ou moins considérables émanées d'artères voisines. Elles sont en nombre presque infini dans les artères destinées aux muscles des différentes parties du corps, entre les deux carotides, entre la thoracique externe et l'interne, entre les deux grandes anères du côlon replié^ les deux gastriques, entre l'artère oesophagienne et les

artères de Testomac. On en voit un très-grand nombre dans les membres au niveau des arliculalions, qu'elles entourent de manière à assurer un libre passage au sang dans toutes les situations où les rayons peuvent se trouver.

D'autres anastomoses sont disposées en arcades comme celles de l'artère duodénale avec la première division que la grande mésentérique envoie à l'intestin grêle, celles des divisions de llntestin grêle entre elles, de la colique droite avec la colique gauche. Les branches plus ou moins volumineuses qui les forment marchent l'une vers l'autre en décrivant une courbe dont la partie convexe donne naissance à un grand nombre de divisions. Elles font communiquer dans les parois intestinales la cœliaque avec la grande mésentérique, celle-ci avec la petite ; olles établissent une communication entre la circulation du foie, de la rate, de Testopaac et celle de l'intestin, puis entre celle de l'intestin grêle et celle du caecum et du côlon. Leur importance est ici de premier ordre pour régulariser le cours du sang dans des parties successivement vides ou pleines, distendues à divers degrés, inégalement actives, parties dont les éléments sont susceptibles de devenir, sous l'influence de causes nombreuses, le siège de congestions actives, d'inflammations, etc. Par leur intermédiaire, des parties fort éloignées les unes des autres pourraient recevoir du sang si un certain nombre de ces artères venaient à s'oblitérer. Ainsi, ce fluide arriverait encore à l'iléon, qui est à 20 ou 30 mètres du pylore, |}ourvu que l'artère duodénale restât libre, toutes les autres étant oblitérées.

Les anastomoses par inosculation ou celles des artères qui, marchant en sens inverse^ viennent s'ouvrir à plein canal l'une dans l'autre, difl'èrent peu des précédentes et ne sont pas moins nombreuses. L'atloîdienne rétrograde dans laquelle le sang circule de la partie supérieure de l'encolure vers l'inférieure et la vertébrale dans laquelle il marche de bas en haut; l'abdominale antérieure qui charrie ce fluide d'avant en arrière et l'abdominale postérieure qui le transporte d'arrière en avant; les intercostales où il va de haut en bas et les branches de l'asternale où il va de bas en haut; les collatérales internes du coude avec une division de la radiale postérieure, la communicante de ^illis avec la cérébrale postérieure, l'épiploîque gauche avec l'épiploïque droite, une branche de la fémoro-ppplitée avec une division rétrograde de la tibiale postérieure, nous en donnent des exemples.

Les anastomoses par convergence dans lesquelles deux artères qui portent le sang suivant la même direction, viennent à se réunir en une seule, sont plus rares. Les deux artères palatines se joignent ainsi pour franchir le trou incisif et se séparent ensuite, les cérébrales antérieures pour former la mésolobaire, les divisions de l'occipitale, pour donner naissance à l'artère impaire de la moelle épinière.

£nûn, las artères forment quelquefois entre elles des anastomoses fort compliquées comme aux réseaux admirables des artères cérébrales des ruminants, à ceux des artères de l'orbite des ruminants et des carnassiers^ réseaux que Duverney a décrits avec une grande précision. Chez le bœuf, les artères qui forment ces réseaux se divisent en une infmité de branches entrelacées au pourtour de la fossette pituitaire du sphénoïde. Leurs divisions, fréquemmeiit anastomosées entre elles, constituent une sorte de couronne qui, en avant, touche aux denx trous optiques, et se prolonge en arrière à la face supérieure de l'apophyse basilairc de l'occipital sur une longueur totale de 6 à 7 centimètres. Elles se trouvent toutes en dehors de la

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méninge, baignées par le sang du sinus coronaire ou sphénoîdal, dans la cavité duquel elles sont étalées : aussi y présentent-elles l'aspect de brides fibreuses, lisses, tapissées extérieurement par la membrane interne des veines et tout h fait semblables aux brides fibreuses des tissus érectiles. Ce réseau, signalé déjà par Galien, manque dans beaucoup d'animaux, mais chez ceux où il n'existe pas, les flexuosités et les nombreuses anastomoses des artères cérébrales en tiennent lieu : elles modèrent, comme on l'a dit depuis longtemps, l'impulsion du sang qui aborde à Tencépiiale : leur présence me parait être la raison principale de la rareté des hémorrhagies cérébrales chez les quadrupèdes. Des réseaux analogues, dont la connaissance est due à Dnverney, se Voient dans l'orbite du chat et du bœut Dans ce dernier, le réseau orbitaire proviendrait de l'artère sourciiière.

Les artères des membres de quelques animaux fournissent dans certains points de leur étendue des branches nombreuses rassemblées en faisceaux et plus ou moins anastomosées entre elles. Ainsi, chez les paresseux, l'axillaire est entourée sur le trajet du bras par un faisceau plexiforme d'artères plus petites desquelles se détachent les divisions musculaires. Ce plexus se continue même, chez le fourmilier didactyle, autour des artères radiale et cubitale. Chez le lamantin, il tient lieu d'une artère de l'avant-bras et descend jusqu'au niveau du carpe. De même, l'artère fémorale est entourée de semblables plexus chez ces animaux, remarquables par la lenteur des mouvements, et de plus, dans les fourmiliers, elle serait entièrement remplacée par le plexus lui-même qui descend très-bas sur le trajet de la jambe.

I^s artères intercostales des cétacés offrent un développement considérable, entre la plèvre et les muscles intercostaux, sur les côtés de la colonne vertébrale; elles décrivent un grand nombre de flexuosités et se pelotonnent sur elles-mêmes. Les divisions qu'elles envoient dans le canal rachidien, par les trous de. conjugaison, propagent ces flexuosités dans toute l'étendue de la face supérieure de la moelle I^pinière. Les artères caudales des mêmes animaux constituent également un remarquable plexus sons la queue.. Enfin, les artères des viscères digestifs et de la vessie natatoire de divers poissons forment aussi des réseaux ou des plexus plus ou moins compliqués (1).

Ces diverses dispositions des artères ne sont point un luxe anatomique sans utilité ; elles jouent un rôle important dans les phénomènes de la circulation artérielle.

Les anastomoses entre les artères voisines et entre les artères éloignéeSi (juelqae soient leur nombre et leur diamètre, ont pour premier résultat d'établir une solidarité intime entre toutes les parties du système, qui se convertit ainsi en un immense réseau dans lequel le sang est apporté à un même point par des voies différentes, par suite de communications nombreuses. La circulation artérielle se régularise et la tension du sang tend à devenir uniforme, car si son afflux trouve des obstacles en certaines divisions artérielles, il revient à celles-ci et aux parties auxquelles elles se rendent, par des voies anastomotiques. Si, par exemple, l'arrivée du sang est gênée dans les artères gastriques, il afflue à l'estomac en plus grande quantité par l'artère cesophagienne, par la pylorique et la duodénale; de même si

(1) Voyez à ce sujet G. Cuvier et Duvcrnoy, Leçons (Tanatomic comparée ^ 2« édit., t. VI, p. 122, 131, 137, 140, 143, 167. — mwèr, Ma/iuei de physiologie, 2« édil., Paris, 1851, t. !«', p. 183.

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un cerlaiii nombre de divisions de l'iniestiu grêle sont compiimées, l'anse sur laquelle elles vont se distribuer reçoit par d'autres divisions ce que ne lui apportent pas les premières. Si les deux artères carotides sont liées, le sang aborde encore à la tête et au cerveau par les vertébrales et les anastomoses que celles-ci contractent au niveau des deux premières vertèbres avec Tatloïdieniiie rétrograde. Valsalva a eiïectivement pratiqué cette double opération sur le chien sans qu'elle ait déterminé la mort. Lorsque l'artère principale d'un membre, I/hùmérale, la fémorale, sont oblitérées par des caillots adhérents, la circulation, qjioique affaiblie, n'eu persiste pas moins dans les parties inférieures de ce membre. Enfin, quand l'aorte postérieure elle-même présente, en un point de son éiendue, un coaguluni très-dense qui en ferme la lumière, comme on le voit fréquemment sur le cheval, en avant de la naissance des troncs iliaques, le bassin et les membres postérieurs reçoivent encore du sang, et toutes les divisions aortiques placées en arrière du point intercepté restent constamment pleines de ce fluide. Évidemment il faut alors que les voies auastomotiques apportent ce que ne fournit pas le vaisseau principal. L'abdominale antérieure conduit le sang à l'abdominale postérieure, de celle-ci à la prépubienne et au tronc crural ; Tasternale, les lombah*es le versent dans la circonflexe iliaque et dans les artères postérieures qui communiquent avec les antérieures. Ces petites artères, sans même se dilater beaucoup, peuvent laisser passer une quantité de sang bien supérieure à celle qui les traverse normalement ; car la tension sanguine étant moindre dans les parties postérieures, le sang des artères dont nous parlons y aiDue avec une grande vitesse. Ces artères, de même que celles qui sont ou vertes,. donnent passage, en une unité de temps, à une masse de liquide incomparablement plus grande que dans les circonstances ordinaires. iMais il ne faudrait pourtant pas s'exagérer le rôle des petites artères auastomotiques appelées à remplacer accidentellement les artères volumineuses; on ne saurait admettre que l'abdominale antérieure, l'asternale elles lombaires, par exemple, puissent fournir au train postérieur assez de sang pour l'entretien de la nutrition et de la contractillté des masses musculaires énormes des membres abdominaux. Les oblitérations apparentes de l'aorte sont ordinairement incomplètes ; le caillot, très-dense, est en contact immédiat avec la face interne du vaisseau revenu sur lui-même après la mort, mais il s'en éloigne quand le vaisseau se dilate, et le sang passe autour de la masse ûbrineuse à surface lisse et sans adhérence avec la tunique interne de l'artère, du moins dans la plus grande partie de son étendue. Les oblitérations complètes, en avant des troncs iliaques, ne s'observent peut-être jamais, ou^ si elles ont lieu, elles doivent entraîner la mort des extrémités postérieures comme les ligatures de l'aorte déterminent leur paralysie.

Quant aux plexus et aux réseaux admirables, ils ont pour double efl'et de ralentir la vitesse du sang, en augmentant le calibre de toutes les divisions émanées d'une même artère, et ensuite d'affaiblir l'impulsion de ce fluide^ en l'employant à modifier les nombreuses flexuosités des vaisseaux. Ils paraissent, comme le dit M. Milne Edwards (1), soustraire les parties aux chocs que les battements du cœur produisent dans les grosses artères, car chez les poissons, dès que le réseau respiratoire

(1) Milnc Edwards, ouvr, cité, t. IV, p. 260.

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est développé, le pouls cesse de se faire sentir sur tous les points du système artériel situés au delà de ce réseau. Une grande vitesse et une forte impulsion du sang pourraient nuire surtout à Tintégrité des fonctions cérébrales, notamment chez les animaux qui, comme beaucoup de ruminants et la plupart des carnassiers, ont Tencolure très-courte : aussi ces animaux sont-ils souvent pourvus de réseaux admirables à la partie inférieure de Tencéphalc. Comme ces réseaux |)ossèdent beaucoup de nerfs, ils doivent, suivant la remarcjue du savant naturaliste, jouir d'une contractilité très-prononcée et servir de régulateur à la circulation cérébrale.

La direction des courants sanguins est nécessairement modifiée par les anastomoses. Ainsi^ dans celle de l'atloidienne rétrograde avec la vertébrale, il y a un courant qui marche de la tête vers la partie inférieure de l'encolure, et un autre de l'encolure vers la tête ; dans l'anastomose de l'abdominale antérieure avec la postérieure, il y a un courant du thorax vers le bassin, et un second du bassin vers le thorax. Â l'anastomose d'une division de la fémoro-poplitée avec une branche de la tibiale postérieure, 11 y a un courant descendant et un courant ascendant^ etc. Pourtant, il n'y a pas de choc au point où les deux courants se joignent , cette jonction n'a pas même de siège précis : les artères toujours pleines reçoivent une nouvelle quantité de ce fluide à chaque contraction du cœur, et une quantité égale à celle-là s'échappe par les divisions qu'elles donnent en divers points de leur étendue.

La marche du sang, qui normalement a lieu, dans les artères, des grosses branches vers les petites, ou du centre vers la circonférence, s'y fait souvent en sens inverse sous l'influence des anastoifioses. Quand on coupe une artère quelconque, le sang s'échappe par ses deux extrémités divisées. A la fémorale, par exemple, le sang dans le segment inférieur, progresse du pied vers le bassin, et dans le segment supérieur du bassin vers le pied. Â la carotide divisée, un courant s'établit du cœur vers la tête et un autre de la tête vers le cœur; mais toujours, comme on le sait, le courant centrifuge prédomine, et de beaucoup, sur le courant centripète. L'absence des valvules dans le système artériel permet alors à ces courants des petites divisions vers les grandes^ de s'établir aussi facilement que les courants normaux des grandes artères vers les capillaires.

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