RÉGÉNÉRATION DES TISSUS
nerf, il y a rcgén^'ratloii des fibres nerveuses. Après la section, le nerf, qui est deveuu le siège d'une alléraliou profonde, appelée dégénéralion, revient à sa constitution primitive et le tissu de nouvelle formation, qui réunit les deux bouts, prend tous les caractères et acquiert toutes les propriétés des fibres nerveuses; il se forme dans le tissu cicatriciel des tubes nerveux, grêles au début, variqueux plus tard, qui se continuent avec ceux des bouts du nerf. A ce moment, le nerf redevient apte à transmettre de la périphérie aux centres les impressions sensitives et de ceux-ci aux muscles les incitations motrices ; en un mot, sa fonction est rétablie par suite de la régénération de son tissu. Nous nous sommes déjà expliqués sur ce point en traitant des fonctions nerveuses.
La régénération des organes entiers, ou des parties à éléments plus ou moins complexes, ne s*observe que dans les animaux inférieurs^
On a annoncé il y .a quelques années le fait de la reproduction de la rate sur les rongeurs à la suite de son extirpation complète, mais le fait n'est point exact. Peyrani Ta nié avec raison, d'après des expériences sur le mulot et le lapin, et plusieurs années avant lui j'avais reconnu que, sur les chiens dératés, sous les yeux du professeur Bérard, même dans les premières semaines de la vie, l'ensemble des vaisseaux et des nerfs demeurant attaché à l'épiploon, il n'y avait aucune régénéralion de l'organe. Ce résultat m'a paru si naturel et si prévu que je n'ai pas jugé utile de le publier. Après l'ablation partielle, quoiqu'on en dise, la. portion restante ne régénère pas le tout. Ce qui fait croire à une régénération dans ce cas, c'est que la partie non extirpée, remise dans l'abdomen, recevant encore la plupart des vaisseaux spléniques, se gonfle un peu plus qu'elle ne l'aurait fait dans la rate intacte; et cela se conçoit bien dans une partie qui jouit des propriétés des tissus érecliles. D'ailleurs, l'augmentation de volume de la partie non extirpée est souvent l'effet de l'irritation et en même temps de l'accroissement, si Ton a opéré sur un jeune animal. En somme, ce que j'ai vu dans mes expériences inédites me porte à nier formellement toute régénération totale ou partielle de la rate.
Mais chez les animaux inférieurs, même chez les vertébrés ovipares, des parties d'une certaine étendue et fort hétérogènes peuvent se reproduire en bloc, après leur destruction. La nageoire coupée du poisson se régénère souvent; la queue du jeune lézard ou de la salamandre se reconstitue avec ses os, ses muscles, ses nerfs après son excision comme un grand nombre d'expérimentateurs l'ont noté ; les pattes des salamandres se reproduisent avec leurs rayons distincts, leurs articulations, leurs doigts, ainsi que Spailanzani Ta constaté dans de nombreuses expériences, non point avec une régularité parfaite, mais sous une forme qui rappelle la normale. M. Philippeaux (1), répétant ces expériences, a vu que la régénération du membre antérieur cesse de s'opérer si le rayon scapulaire se trouve compris dans la résection.
Les greffes animales, les restaurations du nez, des paupières, des oreilles donnent encore des exemples curieux de la régénération des parties osseuses, vasculaires et tierveuses. Lorsqu'un lambeau de peau détaché du front ou du bras vient combler tme bt'èche du nez on des paupières^ les vaisseaux de ce lambeau ne se mettent en
(i) Phillppeaui, Comptés rendus de VAcadi des sciences ^ 11 nlars 1867*
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communication avec ceux de la partie que par rintcrmédiaire de tissus de nonvelie forroaHon, et une fois ia communication établie on peut détruire la coutinoité entre le lambeau et la partie qui Ta fournie. Lorsque Tergot d'un coq est greffé sur la crête du même animal, lorsque le testicule d*un oiseau pendant la castration tombe dans le péritoine, il s'établit des connexions vasculaires dans les points de contact, cl la partie déplacée continue à vivre indéfiniment, absolument comme le rameau ou Tœil dans les greffes végétales.
Ce qu'il y a de très-remai*quable dans ces greffes dont la nature donne des exemples quand le fœtus et ses annexes tombent dans la cavité péritonéale, c*est que les parties ainsi déplacées ne continuent pas seulement à vivre par les vaisseaux qui les mettent en rapport avec de nouvelles régions; elles suivent leur évolution commencée, si elle n'est pas achevée : l'os rudimentairc prend sa forme typique, le périoste produit des couches osseuses, les épiphyses se soudent comme si les parties conservaient leur situation et leurs connexions normales. C'est ce que M. Bert a reconnu dans ses recherches sur les greffes animales; notamment celles de la queue du rat.
Tous ces faits prouvent que les éléments jouissent d'une existence individuelle, d'une activité propre, qui se maintient et donne toute la série de ses effets à la condition que, par des connexions vasculaires quelconques, ces éléments reçoivent les matériaux nécessaires aux actions vitales qu'ils sont aptes à accomplir