ABSORPTIONS DIVERSES EPFEGTOÉES PAR LES LYMPHATIQUES
d*organe« la quantité des vaisseaux sanguins, et, par conséquent, l'étendue de leurs surfaces est de beaucoup supérieure au nombre et à la suriace des lymphatiques; 2* dans cet organe aussi^ le sang, emporté plus vite, est remplacé immédiatement par de nou?elles quantités dont le pouvoir osmogène se trouve maiutenu intact. Aussi, dans les expériences de Magendie et dans les miennes, si du poison est injecté dans l'intestin, ses effets sont très-prompts et très-intenses, les veines demeurant libres, et les lymphatiques interceptés ou le canal thoracique lié, tandis que ces mêmes effets sont peu marqués et se fout attendre plusieurs heures si les lymphatiques restent seuls libres, les veines étant liées ou ouvertes, ou encore à contenu immobile, comme dans le cas de ligature de l'aorte. Alors l'upas, la noix vomique, empoisonnent très-lentement, comme l'ont vu Bischoff, Ludwig, etc. En d'autres termes, lorsque les veines seules prennent le poison, elles en recueillent, dans un temps très-court^ assez pour tuer, tandis que les lymphatiques ne peuvent recueillir l'équivalent qu'en nn temps beaucoup plus considérable. Il est vrai, toutefois, que la différence est très-exagérée dans les expériences où le cours de la lymphe se ralentit par le fait de l'interruption du cours du sang.
En somme, l'inégalité dans la participation des lymphatiques et des vaines à l'absorption est probablement, comme le dit M. Milne Edwards (1), plus le résultat de la différence de rapidité entre la circulation sanguine et la lymphatique que celui de différences dans la perméabilité et dans les propriétés osmotiques des deux ordres de vaisseaux.
Vue dans son ensemble, la participation des lymphatiques à l'absorption que, depuis Magendie, on s'était habitué à compter presque pour rien, et que M. Milne Edivards dit encore très-secondaire, est réellement fort étendue en raison de la masse liquide versée par le système des vaisseaux blancs dans le torrent de la circuladon, masse dont chaque partie est, à un moment donné, beaucoup plus chargée , de la substance à absorber que ne l'est une partie égaie du sang lui-même.
On peut se demander encore si les deux systèmes qui agissent parallèlement prennent les mêmes substances, ou si l'un n'absorbe pas particulièrement certaines d'entre elles, en laissant les autres à son congénère. Sans doute, il ne serait pas impossible que certaines substances entrassent plus facilement dans un des ordres de vaisseaux que dans l'autre, si les conditions de perméabilité des parois n'étaient pas identiques; mais comme, suivant toutes les apparences, ces conditions ne sont pas sensiblement différentes de part et d'autre, rien n'autorise à admettre un choix, une élection, comme on le suppose dans lé système de Bichat. Mes expériences assez variées, d'après la méthode des fistules, prouvent que ce que l'un prend l'autre le prend aussi et au même moment, que nul n'a de privilège, et que, conséquem* ment, le système des affinités électives est, dans son expression générale, une pure fiction. En effet, par les fistules aux lymphatiques, j'ai recueilli des liquides chargés d'un ou deux sels à la fois, de ferrocyanure, d'iodure de potassium, de sul-
• locyanure de potassium, d'arséniate de soude ou de potasse, de matières colorantes, etc.
Nous devons nous demander ici comment les ganglions se comportent à l'égard
* (1) Milne Edwards, Leçons de physiol. et cTanatn comp.f t. V, p. 106.
des matières autres que la lymphe, et notamment des matières insolubles ou des éléments erganiques figurés, qui peuvent éyentuellement entrer dans les courants lymphatiques.
Le premier effet de ces matières, quelles qu'elles soient, dès Tinstant qu'elles sont étrangères, est de provoquer une stimulation qui se traduit par la tuméfaction du ganglion, par une plus grande sensibilité à la pression, un peu plus d*iujection sanguine, et par une hypergenèse des éléments globulaires ou nucléaires de la substance corticale. Il paraît dû à ce que la matière étrangère s*est arrêtée en certaine proportion dans le ganglion, notamment dans sa substance périphérique. La masse granuleuse, accumulée dans les alvéoles, semble agir, comme on l'a fort bien dit, à la manière des filtres composés de substances pulvérulentes : elle retient ainsi les corpuscules de cinabre du tatouage, quoique plus fins que les globules lymphatiques; elle arrête, à plus forte raison, les particules de charbon qui sont plus volumineuses, et les débris, les détritus emboliques qui peuvent provenir des plaies, des tissus malades; elle arrête aussi, dit-on^ au moins momentanément et partiellement, les fines particules de graisse, et les globules purulents (i).
Mais sur ce dernier point il y a des doutes. Les particules de graisse qui peuvent être en suspension dans la lymphe, comme elles le sont si abondamment dans le chyle, ne s'arrêtent ou ne stagnent momentanément dans le ganglion que parce que la lymphe s'y accumule en grande quantité, leur marche est ralentie et non suspendue; les globules de pus, qui ne sont pas plus grands que ceux de la lymphe, ne me semblent pas devoir être arrêtés quand ils se trouvent libres au milieu des courants lymphatiques, à moins que, par instants, en raison d'une adhésion temporaire aux éléments du ganglion, comparable à celle des globules blancs dans les capillaires sanguins; et, d'ailleurs, je crois avoir reconnu, dans mes expériences sur le mécanisme de la tuberculisation consécutive à la résorption locale de la matière tuberculeuse, que l'arrêt n'est que partiel et momentané. C'est parce que la quantité sortante de ces globules, dans un temps donné, est moindre que la quantité importée, qu'il y a augmentation de volume; celle-ci peut plus tard dériver aussi de i'hypergenèse globulaire, et quelquefois de la suppuration diffuse ou de la formation de petits foyers purulents dans la substance du ganglion.
L'arrêt des globules sanguins a les mêmes caractères : il tient à ce que l'exportation ne fait pas équilibre à l'importation; les globules passent néanmoins en grande quantité, puisque au delà du ganglion la lymphe est colorée.
Les venins, les virus, lès matières putrides infectieuses provenant des plaies, des inoculations, des résorptions internes spontanées, paraissent s'y arrêter aussi, et d'autant mieux qu'ils sont chargés d'éléments figurés.
Les matières colorantes, les sels, se comportent encore de la même manière; aussi les ganglions^ comparables à de petits foies, peuvent- ils être médicamentés par les agents venus de loin : les sous-glossiens par les substances injectées dans les cavités nasales du cheval morveux ; les ganglions superficiels par les préparations déposées sur la peau.
(1) D'après Yirchow, PatJioL cellul,, p. 152, le pus ne pourrait pas traverser les ganglions.