EXHALATION DE LA SÉROSITÉ CELLULAIRE
Les aréoles que laissent entre elles les fibnlles et les lamelles du tissu cellulaire contiennent une très-pelilc quantité de sérosité liquide, suflBsante pour humecter les éléments de ce tissu, faciliter leurs déplacements réciproques et ceux des parties qu'ils réunissent, mais trop peu considérable pour devenir libre et s'accumuler dans les régions déclives.
Celte sérosité, qui se réduit en vapeur lorsqu'on vient à mettre à nu le tissu cellulaire sur l'animal vivant, est légèrement jaunâtre, sans viscosité sensible; néanmoins, elle est susceptible de mousser par l'agitation. Sa réaction c^l alcaline. Sa densité variable est le plus souvent de 1002 à 1012. Elle contient de 5 à 7 millièmes d'albumine; aussi donne-t-elle un précipité blanc par l'alcool, l'acide azotique et un coagulum par l'action de ^la chaleur, quelquefois des traces de fibrine, du chlorure de sodium, du carbonate de soude, des phosphates sodique, calcique, et dans quelques cas de l'urée, des urates. La plupart des données que l'on possède sur sa composition se rapportent à la sérosité des œdèmes. Dans tous les cas elle est moins riche en matières animales et en sels que le plasma du sang.
La sécrétion de ce fluide devient très-abondante à la. partie inférieure des membres chez les chevaux à complexion molle, des pays humides, chez ceux qui séjournent longtemps dans les écuries sans prendre d'exercice; elle le devient également dans la région sous-glossienne des bétes ovines aflectées de la cachexie aqueuse. C'est elle qui constitue les oedèmes au voisinage des contusions ou des plaies, sous la peau rubéfiée, au fourreau à la suite de la castration, sous le ventre lors de certaines affections chroniques. C'est elle enfin qui détermine l'infiltration générale connue sous le nom d'anasarqiie^ qui se manifeste dans les maladies du cœur, des vaisseaux, où la circulation est languissante.
Le tissu cellulaire sous-arachnoïdien sécrète abondamment, comme l'ont appris Us recherches de AI. Magendie, un fluide séreux, Kmpide, non visqueux, qui remplit les mailles de |a pie-mère et baigne la surface extérieure des centres nerveux, notamment de la moelle épinière. M. Lassaignc loi a trouvé, pour le cheval, une densité de 1,005, et la composition suivante sur 100 parties : eau, 98,180; osmazome, 1,10/t; albumine, 0,035; chlorure de sodium^ 0,610; souscarbonate de soude, 0,060; phosphate de chaux et traces de carbonate delà même base, 0,009. On y a trouvé encore des lactates de soude. Dans mes observations il a offert constamment du sucre et des traces de fibrine, quoiqu'il parût très-pur.
Le liquide ventrîculaire, à Tétat normal et dans le cas d'hydrocéphalie, a présenté une composition analogue.
La quantité de ce fluide paraît varier d^une manière sensible, surtout dans les maladies de la moelle épinière. D'après M. Renault, elle est^ chez le cheval, de 160 à 630 grammes. J'en ai trouvé, tant pour la pie- mère encéphalique, qui en contient fort peu, que pour la pie-mère rachidienne, 336 grammes sur un cheval de taille moyenne ouvert immédiatement après la mort par effusion du sang; 305 grammes sur un second; 295 grammes sur un troisième.
Le fluide si limpide des chambres de l'œil, ou Thumeur aqueuse, et celui qui, sous le nom de coi^ps vitré, remplit les cellules de la membrane byaloîde, ont une faible densité et renferment beaucoup moins de matières organiques que la sérosité du tissu cellulaire. D'après fierzelius, le premier est formé de: eau, 98,10; traces d'albumine; chlorure de sodium et lactate, 1,15; soude et matière animale soluble dans l'eau, 0,75. Le second contient : eau, 98,40; albumine, 0,16; chlorure de sodium et lactate, 1,42; soude et matière atlimale, 0,02. Il tient en suspension, dans quelques cas, des corpuscules ou des filaments capables de troubler la vision. Ces deux fluides, s'accumulant dans la cavité de l'œil en plus grande quantité qu'à l'état normal, augmentent la tension des membranes de cet oi^gane ; elles y deviennent souvent troubles et le siège d*un dépôt particulier à la fin des accès de l'ophlbalmie périodique des solipèdes. Leur régénération se fait assez promptement à la sui(e des ponctions de la cornée. D'après Haller, il se forma 23 grains d'humeur aqueuse en 12 minutes chez un chien dont les cavités oculaires avaient été vidées.
La sérosité du tissu cellulaire et celle de la pie- mère paraissent être plutôt un produit de la pcrspiralion des vaisseaux qui travei^ent ce tissu, qu'un résultat d'un travail sécrétoire opéré par les éléments conjonclifs; mais les fluides des cavités oculaires sont probablement sécrétés par les membranes qui les renferment.
La graisse, l'un des produits les plus abondants de l'organisme, est déposée dans de petites vésicules sphéroïdales, devenant polyédriques par suite de leurs pressions réciproques, et entourées de réseaux capillaires.
Les vésicules adipeuses, dont le diamètre s'élève tout au plus à 6 centièmes de millimètre, sont groupées en masses plus ou moins considérables dans le tissu cellulaire de la plupart des régions du corps ; tantôt sous la forme de couches continues, comme au-dessous de la peau et des séreuses; tantôt sous celle de réseaux ou de rubans, comme dans l'épaisseur de l'épiploon et des mésentères; quelquefois en pelotes ou en coussinets bien circonscrits, comme à l'orbite, à la fosse' temporale et autour de certaines articulations ; enfin, souvent en amas irréguliers dans les espaces intermusculaires ou viscéraux.
Le tissu adipeux ({ui résulte de l'agglomération des cellules graisseuses se trouve réparti dans un grand nombre de points, et en général sous la peau, dans les interstices musculaires, en dehors des membranes séreuses, dans l'épaisseur de leurs replis, dans le canal vertébral, autour des reins, dans les scissures du cœur, au pourtour des capsules articulaires. Il existe toujours, quel que soit le degi*é de mai-
«<; J^*^|fi|'ï^itinii|^j§^l|^fl!. dans la
rosse icmiwralc, ï la base conque, dans les scissures du asuT, amour de la duremère rachidienne et dans le canal médullaire des os. Au contraire, il manque dans l'uucéphale et la moelle épiniÈre, dans le tissu du foie, de la raie, (les reins, des testicules, des corps (liyroîdcs, des capsules su n'en aies, dans l'œil, dans l'épaisseur des parois cardiaques, dans Ips tendons, les parois vasculaires. Il manque aussi à peu près complète m eut aux lèvres, aux paupiërcs, aus tinscaui, au scrotum et au
^*Ê**^'4Î^^^^ "»•'*•''*' .spliincter de l'anus, dans l'é-
""■'-' "^ ;•; ^jj^ ,)]t, »,,ft. iwisseur de l'utérus et de la
"|sData|^£;(iJijKi>^eaux qui rampent entre les tnni-
' ^^*^^^^ '^^ sotipËdes et les ruminants
A.ir.i!&^Va,& d'élection où elle s'accumule en
a toujours beaucoup sous le ster-
iÂ^*Sci:otale, i la base de la queue, au
dans ces régions, chez les sujels
is, des dép6(s considérables, sail-
masses énormes autour des reins,
parois inférieures de l'abdomen.
t^de Bonne-Espérance et de la Tur-
extraordinaire et un poids de 6 i
mt à do tissu fibreux, la bosse des
du chameau, l'épaisse couche de
______ ius de la tête du cachalot et do la
^^nileur, une consistance, une odeur
li^ii^Mective de chacun de ses éléments,
^^ijUjC^nature des principes avec lesqueb
[Hgt|t^r^%ez les poissons, les cétacés; très-
ISIj^^tre chei les solipi'dcs, blanche
tticore chez les ruminants, où elle
Néanmoins, quelque épaisse que
lurâ molle et souple pendant
Toid, est iacfdore, fluide h !■
centigrades, et susceptible
qui existe dans la graisse des
•ibie que la stéarine, dont elle
vfiêiUSj^B'Mw'S*'^ des stéarates, margarates,
'SÛitS tSfbilité dans l'échcr. Elles sont
iquantité d'acides palmilique, composition suivante :
de mouton.
i?€^iS^^M)les de nature protéique qni
" '^«'^ lacis réguliers de vaisseaui
it des aliments, puis celle qui
de certaines substances, et
içl^^c la graisNG dans les vésicules
~ ;a^t dans les parois mêmes des
!ur épaisseur; ils le versent i
Il et s'en remplissent ï divers
it3&^Ê£^^M^>arai8sent entlèrenoent pleines
sQâ^^^J«^«||tfent, à défaut d'une suffisante
t||f ^S^^^ti^KUleg adipMiMi ïau«-cuUn£M (*).
iii^Cg3ides séreux constituant une " ""^owman, est mâinefjuelquepar l'élaïue, et une centrale, yi* ;b; ;^ ;st; ;^
éloiiée, foithée par la stéarine. Il peut arriver que dans le marasme, comme Tont vu Gurlt et Kôlliker, les cellules, ne recevant plus de graisse, se remplissent de sérosité, et deviennent de véritables cellules séreuses. On sait, en ciïet, que ia moelle des os, chez les animaux émaciés, est en grande partie constituée par un liquide jaunâtre, visqueux. On sait de même que le lard des porcs mal nourris ou entretenus avec des aliments peu nutritifs est mou, comme infiltré. Mais il n*est f>as parfaitement démontré qu'une partie des vésicules adipeuses ne disparaissent pas en même temps que leur contenu, lors de Tamaigrissemeut, pour être remplacées par des cellules de nouvelle formation au retour de Tcmbonpoint : cette disparîiion semble s*opérer manifestement en beaucoup de points.
Cette sécrétion graisseuse ne présente pas, chez tous les animaux et dans toutes les parties de l'organisme, les mêmes caractères. Chez un certain nombre d'entre eux, les ruminants, par exemple, la quantité de stéarine qui se dépose dans les vésicules adipeuses est très-considérable; aussi la graisse y devient-elle très-coasîstante et fusible seulement de 65 à 50 degrés centigrades. Chez les sôlipèdes, Téiaîne étant prédominante, la graisse se maintient fluide à la température ordinaire. Ënlin, chez les poissons, les cétacés, et en général chez les animaux aquatiques, la proportion d'élaîne est encore plus grande, et par suite la graisse plus fluide. Dans certaines régions, comme autour des reins dans les épipioons, le tissu adipeux contient plus de stéarine que sous la peau et dans les espiices intermusculaires, d'après les analyses de M. Lassaigne faites tout récemment sur le mouton. Trèsprobablement aussi le travail de formation du tissu adipeux éprouve quelques autres variantes, suivant les âges, les espèces, la nature de l'alimentation, car la saveur, la couleur, l'odeur des graisses, changent d'une manière sensible dans ces différentes conditions.
La sécrétion de la graisse, qui commence à s'eflectuer vers ia fin de la première moitié de la vie fœtale, pren^ peu d'activité avant la naissance, si ce n'est à Torbite, à la fosse temporale, dans le canal vertébral et dans l'épiploon, sur le trajet des vaisseaux où il s'en développe déjà des quantités notables. Pendant la durée de l'allaitement, elle augmente d'une manière sensible, mais depuis la naissance jusqu*k l'époque où l'accroissement du corps est achevé, elle met le tissu adipeux dans une juste proi)ortion de développement avec les autres parties de l'organisme. Néanmoins, grâce à une alimentation abondante, les animaux domestiques peuvent, bien avant l'âge adulte, arriver à un embonpoint des plus remarquables, puisque, à trois ans, les bœufs Durham et ceux de nos belles races françaises pures ou croisées peuvent peser de 900 à 1000 kilogrammes, et les porcs de race normande atteindre, à un an, un poids de 300 à 350 kilogrammes. A un âge avancé, l'engraissement devient difficile, surtout chez les animaux qui ont beaucoup travaillé, et chez ceux qui ont, les moutons notamment, éprouvé des alternatives de maigreur et d'embonpoint. Il est à remarquer que, chez les jeunes sujets, la graisse se dépose en plus forte proportion à l'extérieur du corps que dans l'abdomen, comme si alors la nature réservait aux viscères le plus d'espace possible, tandis que, chez les vieux animaux, elle se concentre davantage sous le péritoine, autour des reins et dans les cavités médullaires des os. D'ailleurs cela varie beaucoup suivant les races, car, d'après M. Yvart, il y a un contraste frappant entre les races ovines
SÉCRÉTrON DE LA GRATSSE. 665
anglaises qui, dès les premières années, amassent sous la ))eau une couche ila graisse aussi épaisse que le lard des porcs, et les mérinos soyeux qui ne s'engraissent guère qu*à partir de (rois ans, et chez lesquels le tissu adipeux s'accumule surtout dans l'abdomen.
Panni les nombreuses conditions qui favorisent la formation de la graisse, il fiuit placer en première ligne une alimentation abondante, riche en matières grasses et en principes féculents, le repos, le calme intérieur, une température douce et humide, l'extinction des désirs vénériens, par suite de l'état de plénitude chez les femelles et de la castration pour les deux sexes : aussi les animaux que l'on veut engraisser sont-ils préalablement châtrés et les femelles fécondées. Ces animaux, enfermés dans des élables sombres, étroites et humides, condamnés à un repos absolu, reçoivent en abondance des aliments peu excitants, très- nutritifs, de digestion facile. En queU|ues mois^ les ruminants, déjà en bon état, ac(|uièrent un embonpoint considérable, dont on peut juger par les masses de graisse formées dans l'abdomen, et s'élevant à elles seules jusqu'au dixième du poids de l'animal vivant. Le porc prend très-vite de 30 h UO pour 100 dégraisse; le bélier anglais peut, d'après les observations de M. Yvart, donner un poids de graisse égal à celui de sa chair, et l'oie maigre, après un engraissement d'un mois, fournir une masse de ce produit représentant la moitié du poids du corps, et même quelquefois plus.
La quantité totale de matière grasse qui peut s'accumuler dans l'organisme est éuorme. D'après Lawes et Gilbert, il y a déjà dans le mouton maigre, sur 39 cen* tièmcs de matière sèche, 20 centièmes de graisse. Dans le mouton gras, sur les 5^ centièmes de matière sèche qui forment le corps, 37 sont représentés par la graisse. Sur les 57 centièmes de matière sèche du porc, il n'y en a pas moins de UU en graisse, de telle sorte que chez cet animal presque la moitié du poids du corps est donné par la graisse. Il est facile d'ailleurs, au premier coup d'œil jeté sur un bœuf gras de concours, de juger de l'énorme proportion de graisse ajoutée aux autres parties. Indépendamment des masses qui entourent les muscles ou qui sont disséminées dans leurs intervalles, il se trouve encore à la région lombaire et dans le mésentère, 7, 8, 10, 12 et même jusqu'à 16 pour 100 de suif, soit par exemple 118 kilogrammes pour un bœuf de 850 kilogrammes, et 159 kilogrammes pour un autre du poids de 1085. Des proportions analogues ont été constatées souvent sur les animaux primés au concours de Poissy.
Les animaux sauvages, ayant à passer alternativement de la disette à une nourri"lure abondante, passent aussi périodiquement de la maigreur à l'embonpoint. Les herbivores et les insectivores s^engraissent en été ; les granivores et les frugivores en automne. Ceux qui, comme les hérissons, les marmoitcs, les loirs, les serpents, doivent s'engourdir pendant la saison froide, sont chargés de graisse aux approches de l'hiver; ceux qui ont une subsistance assurée pendant toute l'année, comme beaucoup d'oiseaux et de mammifères aquatiques, les phoques<, les cétacés, l'hippopotame, conservent un certain embonpoint dans toutes les saisons. Il en est qui, soit à cause de leur subsistance précaire, comme les carnassiers^ soit en raison de leur constitution particulière, comme les lièvres^ les lapins, les cerfs, demeurent toujours maigres, ou prennent proportionnellement moins de graisse que les autres.
Dans tous les cas, ceux qui sont susceptibles de s'engraisser le font aussi très-Tîte, comme les cailles, les grives, les rouges-gorges, nous en donnent des exemples dans les temps humides.
La graisse déposée dans les tissus provient en partie des matières grasses diverses contenues dans les aliments, et en partie d'autres principes alimentaires métamorphosée dans l'organisme. Aussi les aliments coaviennent^ls d'aataat mieux k l'engraissement qu'ils contiennent plus de matières grasses et de principes susceptibles de se transformer en graisse; cela, toutefois, dans des proportions mises en harmonie avec les forces digestives et avec la puissance d'assimilation.
Les matières grasses apportées en nature dans l'organisme par l'alimentation sont, pour le& herbivores, la cire, les huiles qui existent dans les tiges, les feuilles et les graines des plantes; pour les carnassiers., la substance adipeuse associée à la chair et les divers principes gras contenus dans le sang dont celle-ci est imprégnée. Elles se trouvent en proportion notable dans la généralité des aliments végétaux. Les foins des prairies naturelles ou artificielles en renferment, lermo moyen, de 3à 4 centièmes; les pailles, l'avoine^ le son, de 2 à 5 centièmes; le maïs, 7 centièmes; les tourteaux de colza et d'oeillette, si utilement employés, de 8 à 10 cen* tièmes. Or ces graisses, tant végétales qu'animales^ parvenues dans les voies digestives, sont divisées et émulsionnées par le suc pancréatique et les fluides intestinaux; elles passent dans le chyle^ qu'elles rendent plus ou moins trouble et lactescent, ainsi que dans la veine porte; de là elles sont disséminées dans le torrent circulatoire, enfin déposées dans les vésicules adipeuses. Celles des aliments végétaux éprouveraient dans le corps des herbivores, d'après d'habiles chimistes (1), sous l'influence de l'oxygène, un commencement d'oxydation qui les transformerait en acides stéarique et oléique. En passant plus tard dans l'organisme des carnivores, elles seraient oxydées de nouveau, et donneraient de l'acide margarique qu'on trouve dans leur tissu adipeux, puis par une oxydation' plus complète encore, elles passeraient à l'état d'acides gras volatils connus sous les noms de cuprique^ hircique et butyrique.
Mais les matières grasses contenues dans les aliments ne sont pas toujours en quantité suffisante pour subvenir aux besoins de l'engraissement et à la sécrétion du lait; de plus, ces matières, surtout la cire verte et la cire blanche des plantes herbacées, ne s'y trouvent pas sous une forme qui en permette, à beaucoup près, Tabsorption intégrale dans les voies digestives; car M. Liebig dit même, ce qui est du reste fort contestable, qu'une vache nourrie avec du foin et des pommes de terre peut fournir une grande quantité de lait, tout en rendant avec les excréments à peu près la totalité des principes gras contenus dans les aliments. Aussi est-il nécessaire que des graisses se forment dans Torgauisme aux dépens des autres principes de l'alimentation.
En efl'et, Huber, et plus tard Gundlach, ont vu les abeilles nourries exclusive* ment soit avec du sucre, soit avec du miel^ donner pendant longtemps de la cire. M. Boussingault a constaté, par des expériences analytiques habilement exécutées,
(1) Dumas, Boussing^auU et Payen, Comptes rendus des séances de P Académie des sciences, 1843, i. XVI, p. 348.
que des porcs fixaient dans leurs tjssus une grantité de graisse presque double de celle qu'ails prennent dans leurs aliments. Enfin iM. Persoz, par des expériences analogues faites sur les oies, a démontré également que la quantité de graisse acquise dans un temps donné, par ces palmipèdes, était très-supérieure à celle que le travail digestif puisait dans leurs aliments.
Or, cette graisse nouvelle, de formation animale, provient indubitablement des métamorphoses des autres principes introduits dans l'économie par les aliments. D'après M. Liebig elle dériverait de la fécule, du sucre et des gommes qui se transforment en graisse, en perdant une certaine proportion de leur oxygène, lequel serait éliminé de l'économie après avoir servi à la formation du sucre et de l'acide carbonique. L'engraissement serait la conséquence de la disproportion entre la masse des substances ingérées riches en carbone et celle de l'oxygène absorbé par la respiration. Enfin^ d'après M. Boussingault, ces matières grasses pourraient en outre provenir des substances azotées, telles que l'albumine, la fibrine, lecaséum, la légumine, puisqu'il est démontré qu'en dehors de l'organisme ces substances peuvent, dans certaines conditions, donner naissance à des acides gras. Toutefois, quelle que puisse être la nature des changements par lesquels ces divers principes se convertissent en graisse, k fait de celte conversion est incontestable, et c'est là le point capital de la question.
Il ne faudrait pas croire que la faculté que possède l'organisme de former de la graisse aux dépens de divers principes alimentaires soit illimitée. L'observation démontre clairement que celte puissance a des bornes qu'elle ne peut dépasser. Ainsi, les animaux nourris exclusivement avec des racines ou des tubercules trèspauvres en graisse, n'acquièrent de l'embonpoint qu'avec une extrême lenteur et n'arrivent jamais à un engraissement avancé. Dans ce cas, les femelles donnent un lait peu buiyreux et maigrissent |)endant la durée de la lactation, car une partie de leur graisse paraît être employée à la formation du fluide sécrété par les mamelles. C'est peut-être en vue de cette utilisation possible de la graisse à la sécrétion lactée que la nature, toujours si intelligente, prédispose à l'engraissement les femelles pen< dant le cours de la gestation.
Les usages de la graisse sont assez variés. Le premier et le plus intéressant d'entre eux est relatif à l'utilisation de cette substance dans les phénomènes respiratoires. Autrefois on regardait cette matière comme un aliment mis en réserve dans l'organisme, pour subvenir aux besoins de la reconstitution du sang et du renouvellement des tissus lorsque l'alimentation devient insuffisante; mais comme la graisse est dépourvue d'azote, elle ne saurait se métamorphoser «ni en albumine, ni en fibrine, ni en aucune autre matière protéique, même en admettant que les vésicules, qui sont de nature alburainoîde, soient résorbées en même temps que leur contenu. A défaut de cet office, la graisse en remplit un autre qui est incontestable, celui de servir à la respiration et à l'entretien de la chaleur animale. Toutes les fois que la quantité d'oxygène introduite dans l'économie est trop considérable^ relativement à la proportion des matières carbonées et hydrogénées fournies par Talimentation, ce gaz brûle la graisse, s'empare de son carbone et de son hydrogène pour en former de l'acide carbonique et de l'eau. Celte combustion paraît s'cOectuer au moins en partie sans que la graisse soit préalablement résorbée et
668 njLS SÉCRÉTIONS.
amenée avec le sang dans les oi^anes respiratoires. Elle peut s\)péror sur placs d'abord, un peu partout indislinctement, puis plus tard avec activité dans certains points, très-lentement dans d'autres; finalement, clic fait disparaître complètement la graisse sous-cutanée, inlermusculaire, souspéritonéale, en respectant cdie de l'œil, de la fosse temporale, du canal vertébral, des scissures cardiaques dont la conservation est importante; néanmoins celle de ces derniers points éprouve aussi une diminution notable et un changement d'aspect. La substance médullaire dci» os longs devient plus (luide, et une partie de la matière grasse y est remplacée par de la sérosité; le coussinet de la fosse temporale, dans les solipèdes, prend une teinte rougeâire et laisse voir plus distinctement ses vaisseaux; la graisse des scissures du cœur est comme infdtrée. Dans tous les cas, il n'est pas facile d'expliquer pourquoi ces quelques ()ariie8 du système adipeux jouissent d'un privilège que ne patiagent pas les autres.
La graisse accumulée dans l'organisme, sous l'influence d'une alimentation abondante, est ainsi peu à peu brûlée, pendant la saison rigoureuse, chez les herbivores qui ne trouvent plus qu'une chétive nourriture, chez tous les mammifères hibernants, les reptiles, ainsi que chez les animaux inanitiés. Dans ces conditions, \i% animaux peuvent arriver souvent h un état voisin du marasme. La bosse du dromadaire, si volumineuse à l'état normal, se réduit alors au ()oids de 1500 grammes; mais les couleuvres et les vipères, après cinq à six mois d'abstinence, conservent encore dans la cavité abdominale des masses de graisse assez volumineuses. On ne saurait trop admirer ces heureuses combinaisons par suite desquelles ce produit surabondant de la digestion est mis en réserve dans les points où il facilite le mouvement, embellit les formes, et dans ceux oik sa présence ne peut nuire, pour être utilisé plus tard, une fois que l'économie vient à souffrir du défaut d'aliments ou d'une alimentation insuffisante.
Les graisses sont donc des combustibles précieux, puisqu'elles peuvejit préserver les matières azotées d'une destruction qui, sans elles, serait inévitable et prompte. Celles qu'apporte la digestion, dès Icin* entrée, sont aptes h œmplîr le même office : ce qui le prouve, c'est qu'en donnant une certaine quantité de celte matière à un animal soumis à l'abslinencc, on voit diminuer immédiatement dans l'urine la proportion de l'urée ou du principe qui résulte de la combustion des matières protéiques.
La graisse parait^ en outre, jouer un rôle im|)ortant dans le travail chimique de la nutrition. Elle existe dans tous les liquides qui concourent à celte fonction, et dans la plupart, sinon dans tous les produits nouveaux. On suppose, avec fondement, qu'elle concourt à la formation des cellules et à la plupart des mutations des tissus. Peut-êti*e ses granules, si abondants dans le sang, le chyle, la lymplie, sonlils, comme on l'a dit, les premiets élémenls du noyau cellulaire.
Indépendamment de ces offices de premier ordre, la graisse a encore d'autres usages accessoires et la plupart mécaniques. £lle comble le vide des cavités médullaires et des spongiosités des os, régularise et embellit les formes, concourt à la formation des coussinets élastiques du pied, constitue des pelote:» souples et molles autour des articulations, à la base de l'oreille, dans l'orbite, etc.
A titre de corps mauvais conducteur du calorique, la graisse, sous forme de pan-
SÊGBÊTION DES SÉREUSES. 669
nicuie, d'expansions épiploîques, de doublure péritonéale, conserve la chaleur des viscères, si utile au travail digestif^ et atténue, pour ces organes, les effets des brusques changements de température.