BATE
La rate, dont nous avons déjà examiné le rôle comme diverticulum du système de la veine porte^ est une glande vasculaire sans canal excréteur, analogue aux deux précédentes.
Klle existe chez tous les vertébrés, ù part peut-êti*e les cyclostomes et les myxi*l'.oidcs parmi les poissons. Sous le rapport de sa forme, de son volume, de sa consistance et.de ses connexions avec l'ostoinac, elle offre beaucoup de variétés .chez ces animaux. D'après Cuvier, son volume serait en général pro|)ortionné à celui do
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730 DBS SÊGBÊTIONS.
des glandes lymphatiques et des glandes de Peyer. Ils y ressemblenl encore en itque des capillaires sanguins les pénètrent quelquefois. Leur contenu doit être considéré comme un produit de sécrétion.
La pulpe splénique, disséminée dans les interstices laissés entre les vaisseaux el les prolongements trabéculaires, est constituée par des cellules spéciales mêlées à des globules de sang, à des filaments et à des capillaires microscopiques. Ces ceUoles de la pulpe sont, d*après Kolliker, pour la plupart, tout à fait semblables à celle» que contiennent les vésicules de Nalpighi ; quelques-unes sont très>grosses, à deux noyaux, et pourvues de granulations graisseuses. Entre les cellules existent des noyaux libres et des globules sanguins diversement modifiés. Cette pulpe a donof à Scherer une substance cristallisable azotée qu'il a appelée liAiine, une matière albuminoîdc associée à du fer, une matière pigmentaire, de rhypoxanthine, des acides lactique, acétique^ formique, butyrique et urique. D'autres y ont signala on outre la leucine, la tyrosine, Toxyde xanthique, qui sont aussi des dérivés âes matières protéiques, et évidemment des produits de désassimilation.
Le système vasculaire de la rate semble constitué habituellement comme celui des autres organes. Il ne paraît pas y avoir entre les artères et les veines de ùnm ofi le sang pourrait stagner. Néanmoins, suivant Kolliker, les veines seraient pourvues d*un certain nombre 'de petits orifices qui, par places, transformeraient leurs parois en une sorte de crible. En outre^ chez le cheval, le bœuf et le mouton, les petites veines^ suivant le même micrograpbe (i), n'ont pas de parois; elles ferment de simples trajets creusés dans la pulpe et tapissés de cellules épilhéliales. Aossi, sous l'influence d'une pression sanguine un peu forte, le sang peut-il s'épancher dans les aréoles de l'organe et se mêler à la pulpe.
D'après tout ce qui a été observé jusqu'à ce jour, on peut considérer la rate à deux points de vue : i^ comme un diverticulum plus ou moins érectile ; 2'' comniK* une glande vasculaire sanguine.
La rate est certainement^ dans des limites plus ou moins étendues, un organe érectile qui se gonfle ou s'affaisse suivant les quantités de sang qui y stagnent On la voit se tuméfier rapidement quand la respiration est gênée ou quand, par le fait d'une cause quelconque, le retour du sang veineux au poumon est entravé. Elle grandit dans les congestions pulmonaires, les pneumonies, se tuméfie plus encore pendant les accès de fièvre intermittente et dans les maladies charbonneuses; puis, après s'être gonflée, elle revient même très-vite sur elle-même, soit par suite de sa œntractilité, soit par la disparition des obstacles à la dispersion générale du sang. On a cru, non sans quelque raison, qu'elle servait particulièrement de diverticulum pour le sang des organes digestifs. Il resterait, sous ce rapport, à faire la part des exagérations et à déterminer dans quelles limites elle fonctionne comme corps érectile.
D'autre part, la rate doit être envisagée comme une glande vasculaire sanguine, comme un organe bématopoïétique dont les fonctions se rattachent à la production, aux transformations et à la destruction des globules. Pour juger de ses fonctions sous ce rapport, les physiologistes ont été très-bien inspirés en cherchant à comparer le sang afférent et le sang efférenl, car les différences entre les denx doivent
(1) K6\\\ker^Histohg te humaine, p. 503.
BATE. IIH
résulter du travail intime de l*orgaue. Mais, si la méthode est excellente en principe, SOS résultats peuvent être faussés par une application défectueuse. Néanmoins voici, à titre provisoire, ceux qu'elle a donnés et desquels on a déduit les fonctions spléniques.
Déjà, en examinant la pulpe spléuique et les modifications que ses globules ont éprouvées, on peut entrevoir le résultat des élaborations accomplies dans la rate. Les globules sanguins de cette pulpe sont rapetisses^ jaunes, bruns ou noirs, rassemblés par petits groupes qui se recouvrent d'une enveloppe membraneuse ou d'une véritable paroi cellulaire commune. Ces amas se convertissent, dit-on, en cellules pigmenlaires. D'après KOlliker, ces modifications tendent à prouver une desiruction des globules dans la rate, destruction qui d'ailleurs serait plutôt un phénomène anormal qu'un acte physiologique. Au contraire, d'après Funke, Ëcker, elles indiqueraient une formation nouvelle de globules hématiquos.
La comparaison du sang sortant de la rate avec le sang artériel afférent, me paraît plus significative que l'examen de la pulpe, si elle est faite dans des conditions qui ne troublent point la circulation. Or, d'après les divere observateurs qui se sont occupés de ce parallèle, il y a entre les deux sangs des différences considérables qui portent sur les quantités de fibrine^ de globules rouges et blancs et sur les caractèn^s de ces globules.
D'une part, suivant M. Béclard et suivant Gray, le sang de la veine spléniqne contient plus de fibrine et moins de globules que le sang artériel, ce qui, à leurs yeux, prouve une destruction des globules rouges dans le parenchyme splénique. Mais ces différences sont contestées par Funke qui, au lieu de trouver une augmen> tation de fibrine, a constaté des traces seulement de ce principe dans le sang de la veine splénique.
D'autre part, le sang de la veine splénique a paru très-riche en globules blancs d'un énorme volume. HirtI en a trouvé 1 sur 60 rouges ou 30 fois plus que dans le sang afférent; d'autres en ont compté même 1 sur 4 ou 5. Depuis longtemps Donné, Kolliker, Vircbow avaient signalé l'énorme quantité de globules blancs dans le sang de la rate et, dans la pulpe splénique, la présence de globules à tous les degrés de développement et en voie de multiplication fissipare. Aussi pour beaucoup de ces observateurs la rate est un foyer producteur de globules blancs. Mais les faits observés à cet égard sont si contradictoires, si équivoques que, pour les uns, la rate détruit les globules rouges et forme des globules blancs, tandis que, pour d'autres, elle pix>duit et détruit en même temps ou alternativement ces globules; et qu'enfin, suivant quelques-uns, Remak par exemple, elle n'a ni Tun ni l'autre de ces oflGces. Dans tous les cas, les données de la pathologie et les analyses chimiques jettent peu de lumière sur la question. On sait que la rate se Uiméfie dans les fièvres intermittentes, les maladies charbonneuses, les empoisonnements miasmatiques et paludéens, dans la leucémie et d'autres états où les [{landes lymphatiques s'hypertrophient.
Quant aux effets de l'exlirpation de la rate, ils n'ont encore jusqu'ici jeté aucune lumière sur le rôle de cet organe. La rate a pu être enlevée sur l'homme et les animaux sans inconvénients graves : elle l'a été maintes fois sur le chien par divers expérimentateurs qui ont signalé quelques troubles fonctionnels à la suite de l'opé-
ration, troubles qui, pour la plupart, résultent des délabrements nécessités par l'extirpation. Les animaux privés de raie deviennent, dit-on, plus Toraces; ih ont le chyle plus clair, moins coagulable, la bile plus épaisse, plus sédimenteuse; ils sont plus portés à la reproduction, mais moins féconds; ils ressentent da malaise quelques heures après les repas; les glandes lymphatiques augmentent de volume. les thyroïdes se tuméOent, la sécrétion urinaire devient plus abondante. Mais loot cela est loin d'être établi. Bardeleben, qui a enlevé la rate à plusieurs chiens, a reconnu que les corps thyroïdes, les capsules surrénales, les ganglions lymphatiques, n'éprouvaient pas de changements de volume, et qu'à la suite de Fextirpalion simultanée de la rate et des thyroïdes, « les globules du sang et la quantité » du caillot étaient absolument les mêmes qu'à l'ordinaire n.
Il y a pourtant quelques effets de l'extirpation de la rate qui me paraissent signt- Hcatifs. Denis (1) a noté que des chiens privés de rate prenaient un grand appétii, une grande tendance à Tengraissement. Van Deen et Strinstra ont aussi loot récemment constaté cette tendance à l'obésité, qui résulte soit d'une plus grande activité digestîve, soit d'une moindre somme de dépei*ditions. Ludwig a cru voir que l'ablation de la rate donnait lieu à l'hypertrophie des ganglions mésentériques; -^ Maggiorani qu'elle diminuait l'intensité de la couleur du sang et la proportion de fer dans ce liquide; — Moleschott qu'elle rendait, au contraire, Tanimal pléthorique. Mes expériences, très-multipliées à compter de 1856, montrent simplement que cette extirpation ne ralentit point la croissance des jeunes sujets, qu'elle leur laisse une grande activité digestive, et enfin favorise d'une manière marquée l'engraissement. C'est grâce au procédé de ratissage des vaisseaux sais ligature que j'ai pu constater nettement ces résultats, car les animaux souffraient peu de l'opération et guérissaient parfaitement en quelques jours. Les chats opérés par ce procédé dès l'âge de quinze jours et remis sous la mère ne maigrissaient point, leur plaie se cicatrisait en moins d'une semaine; ils avaient bon appétit, ec se développaient régulièrement après le sevrage. Les chiens dératés à l'âge d'nn mois paraissaient remis dès le troisième jour, et mangeaient comme ceux de la portée laissés pour terme de comparaison. Dix jours après l'opération ils avaient augmenté de près d'un tiers de leur poids initial, et dans les décades suivantes, ils égalaient et même distançaient leurs frères. Le tableau ci-dessous montre ces résultats dans une des expériences, où ils ont été constatés comparativement à l'aide de la balance.
1^' juin, jour de l'opération.
10 jours après l'opération..
20 jours après
30 jo\irs après.
âO jours après
&0 jours après
Poids total
des
dératés.
Poids moyen
des non dératés.
Poids moyen
des
dératés.
Aur.vE!rrATi
des Qoo dérnlés
rOS TOTALS
des dératés.
(1) Denis, Journn/ des savnntXy août 1672.
CAPSULES SUnilÉNAUS. 733
CAPSULES SURRÉNALES.
Les corps sarréiiaux, qac les anciens appelaient capsules alrabilaires, existent dans la généralité des animaax vertébrés avec un développement plus ou moins considérable, mais toujours inférieur à celui des reins pendant la vie cxtraulcrine.
Ils semblent composés de deux substances : une extérieure corticale plus brune, Tautrc intérieure jaunâtre et assez molle. Les vaisseaux sanguins, trèsnombreux, y affecient une disposition très*remarquable, et les veines y présentent des dilatations ou des sinus assez marqués dans quelques animaux. • •
La substance corticale des capsules est formée de cellules qui contiennent des granulations graisseuses et une matière azotée. La médullaire est granuleuse et parsemée de cellules pdies qui ont beaucoup d*analogie avec les cellules nerveuses; elle est pénétrée d'une prodigieuse quantité de filets nerveux ganglionnaires. D'après la structiire de ces deux substances, Kôlliker est porté à regarder Texterne comme glandulaire et l'interne comme un appareil dépendant du système nerveux.
liCS capsules surrénales paraissent être des glandes qui produisent ou sécrètent une matière colorante. Dès 1855, j'ai indiqué (1) que le pei^ulfate de fer colore en bleu la substance médullaire de la capsule surrénale et le suc qui l'imprègne, comme s'il s'y trouvait un cyanure. Ce fait significatif a été reproduit l'année suivante, et plus lard sans mention de son origine.' Les observations d'Addison sur la maladie bronzée ont rendu ce rôle très-probable. Âddison a constaté que les individus aiïectés d'anémie avec coloration brune de la peau, avaient le tissu des capsules surrénales dégénéré, imprégné de graisse, de matière tuberculeuse ou cancéreuse. A compter de ce moment furent entreprises d'assez nombreuses expériences, desquelles on crut pouvoir conclure que les capsules surrénales sont indispensables 5 l'entretien de la vie. Malheureusement^ ces expériences ont été interprétées d'une façon singulière, et elles n'ont en aucune façon l'importance et i:i signification qu'on leur a attribuée.
M. Broivn-Séquard, qui a expérimenté sur les lapins, les cochons d'Inde, a vu les animaux noourir en moyenne au bout de neuf heures, même après l'extirpation d'une seule capsule. Gratiolet ne les a vus mourir qu'en partie, et seulement après quarante-huit heures, mHamment à la suite de l'ablation de la capsule droite; et les adultes sont morts plus vite que les jeunes. Dans les vivisections de M. Philipeaux, les rats opérés ainsi ont vécu plus longtemps, mais ils sont morts aussi (K)ur la plupart après quelques semaines. Dans toutes ces expériences, la mort des petits animaux n'a dû être qu'un simple résultat des délabrements que nécessite l'opération, de la péritonite, de l'hépatite, de la néphrite, de la dégénérescence du rein, et enfin des lésions éprouvées par le plexus solaire où se fait un épanchement sanguin plus ou moins considérable. Ces complications sont presque inévitables, même sur des animaux de grande taille, et elles entraînent assez souvent la mort aussi
(1) Première édition de ce livre, t. II, p. ^83.
bien sur ie chien, comme je Tai observé dans mes |>ro|)r€s ex{)ùrienccSj que sur les petites espèces.
Quoi qu*il en soit^ après l'extirpation des capsules ou dir avoir trouvé du pigment dans le saut;, et Ton a \iensé que dans la maladie d'Addison ce pigment, dérive d'une matière que les capsules n'étaient plus en état de modifier, allait se déposer dans le tissu de la peau.
J*ai plusieurs fois trouvé sur ie cheval l'Iiyperlrophie, la dégénérescence ée» capsules, la compression de leur tissu par des tumeurs sanguines intra-glaDdalaires, sans qu'il y eût une modification dans la coloration de la peau. Elles iic m*ODt offert, en général, rien de particulier chez les chevaux à mélanose généralisée, sauf quelques petits dépôts qui se forment dans leur lissu^ comme dans b |)lupart des organes.