IV. — GÉNÉRATION OYIPARE
Ce mode, propre à la généralité des animaux, est celui qui s opère à l'aide d'œufs vivi6és sous l'influence d'un fluide chargé de spermatozoïdes. Il se montre avec une foule de variétés chez les radiaires, les articulés, les mollusques et les vertébrés. Les organes qui concourent à son accomplissemen sont de deux ordres : les uns mâles, destinés à la formation et à l'excrétion du fluide fécondant; les autres femelles, préposés à la] production et à l'expulsion de œufs.
Les organes mâles, réduits à leur plus grand état de simplicité, se présentent sous la forme de cellules ou de petites capsules plus ou moins nombreuses, remplies d'un liquide dans lequel nagent les spermatozoïdes. Chez les polypes, ces cellules, analogues à celles des œufs près desquels elles sont situées, se trouvent àla base des tentacules. Les glandes spermagènes constituent déjà, dans quelques échinodermes et certains acalèphes, des canaux plus on moins longs et flexueux. Elles prennent, dans les helminthes et dans la généralité des articulés, la forme de longs tubes simples ou ramifiés, plus ou moins flexueux. Elles revêtent l'aspect de glandes compactes dans beaucoup de mollus les et dans tons les vertébrés, bien qu'elles continuent à n'être que des canaux repliés sur eux-mêmes. A ces glandes qui sécrètent le sperme, s'ajoutent, à mesure que l'organisation se complique, des réservoirs dans lesquels ce fluide se met en dépôt, des cryptes, dont le produit facilite l'émission de la liqueur séminale, et un organe résistant, souvent érectile, qui peut projeter celle-ci dans les cavités génitales de la femelle. Mais dans tous les cas, l'appareil sexuel du mâle reste essentiellement le même ; il produit un fluide variable quant à ses propriétés physiques, et dont le caractère constant est de renfermer des spermatozoïdes, fluide qui doit se mettre en rapport avec les œufs et en opérer la vivification, soit dans les cavités génitales de la femelle, soit en dehors de ces cavités.
L'appareil génital femelle, dans beaucoup d'animaux inférieurs, ne diffère pas sensiblement pour la forme de l'appareil spermagène. Comme ce dernier, il est constitué par des cellules, des groupes de capsules, des tubes plus on moins longs et repliés, dans lesquels se produisent des œufs qui se reconnaissent par un certain nombre d'éléments essentiels, la membrane vitelline, le vitellus et la vésioule germinative. Lorsque cet appareil est arrivé à son dernier terme de complication, ses différentes parties se caractérisent très-nettement. L^ovaire se montre sous l'aspect d'un groupe d'œnfs inégalement volumineux, simplement accolés entre eux ou réunis par une 'gangue intermédiaire. A sa suite, un canal, l!oviducte, est destiné à transmettre l'œuf au dehors, ou dans une cavité spéciale, l'utérus, dans lequel il doit contracter des adhérences vasculaires et suivre toutes les phases de son développement. Enfin, à la suite de cet utérus, un canal sert à la fois à l'expulsion du fœtus et à la réception du fluide séminal fourni par le mâle.
Les organes mâles et les organes femelles, toujours distincts les uns des autres, se trouvent tantôt réunis sur le même sujet, tantôt portés par deux individus, dont le rapprocbement devient nécessaire à la ftcondaiion.
La réunion des organes sexuels mâles et lémeHes sur le même iodividn» o« llwr-
744 DK tA GÉNÉRATION.
maphrodîsme, s'observe dans les înfosoires, les rotîfèrcs, les polypes, les échinodermes, les helminlhes cestoîdes, les mollusques et même dans quelques vertébrés. La fécondation peut alors être ou individuelle, ou réciproque, ou sérîale.
La première variété de l'hermaphrodisme s'observe chez les rotatoires, les polypes, les distomes et certains échinodermes, les synaptes, par exemple. Chaque animal porte à la fois des organes mâles et des organes femelles. Les œufs et le sperme se mettent en contact dans les voies de leur élimination, ou tout à fait en dehors de l'animal. Quelquefois, comme on l'a vu pour le taenia, l'animal se féconde en s'accouplant avec lui-même.
La seconde variété appartient à un certain nombre de mollusques, notamment parmi les acéphales et les gastéropodes, et à divers helminthes. L'animal, quoique pourvu à la fois d'organes mâles et d'organes femelles^ ne peut être fécondé sans s*unir à un autre animal de son espèce. Mais, lors de l'accouplement, il y a réciprocité entre les deui individus, qui jouent en même temps chacun le rôle demâle et celui de femelle : chacun reçoit et fournit du sperme, féconde et se trouve fécondé. Néanmoins, quelquefois, dans cet accouplement récipro(|ue, l'un des deux seulement serait fécondé, et l'autre ne le serait que plus tard, par suite d'un rapprochement ultérieur. Cette exception paraîtrait résulter de ce que, h certains moments ou à une certaine époque de la vie, les organes mftles d'un individu seraient seuls aptes à fonctionner, tandis qu'à un autre moment ou à une autre époque de la vie les oi^anes femelles acquerraient ce privilège.
La troisième variété, la moins commune, a lieu chez les lymnées, qui s'accouplent en longues chaînes, de telle sorte que le dernier de la série féconde l'avantdernier, celui-ci l'antépénultième, et ainsi de suite.
L'hermaphrodisme^ quel qu'en soit le mode, n'implique pas une organisation plus simple dans le règne animal que. la distinction des sexes ; car, en exceptant les espèces les plus inférieures, on le voit exister dans un même embranchement, dans une même classe, sur des espèces voisines de celles dont les sexes sont distincts. Néanmoins il est à remarquer que l'hermaphrodisme est plus rare parmi les articulés que parmi les mollusques. Il n'existe que par une exception fort curieuse, signalée par plusieurs naturalistes et étudiée récemment par M. Desfossé, chez quelques poissons du genre Serranus de Cuvier. Dan» ces poissons, les organes mâles communiquent avec l'oviducte et y versent le sperme sur les œufs.
La réunion des deux sexes sur le même animal ne parait pas avoir été observée ni sur les mammifères, ni sur l^espèce humaine. L'hermaphrodisme par monstruosité n'est ordinairement qu'apparent. Chez le mâle, les testicules peuvent rester dans l'abdomen ou demeurer cachés dans le trajet inguinal, le prépuce peut être imperforé, le pénis recourbé en arrière et terminé sous Tanus, dans une sorte de vulve, le canal de l'urèthre offrir une fente vulvaire à la région pcrinéale, les mamelles s'hypertrophier et donner du lait. La coexistence de ces particularités anormales suffit pour donner au mâle des apparences féminines. Quelques-unes d'entre elles seulement peuvent simuler, à première vuer, un sexe équivoque ou deux sexes réunis sur le jnême individu.
L'hermaphrodisme vrai se concevrait dans les monstres doubles résultant de la coàlescence d'un mâle et d'une femelle.