‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 224 sur 239 · BL · texte numérisé non relu

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ALLAITEM€NT. 897

Dès que le jeune animal est sorti du sein de sa mère, la respiration s'est éUblie« et a?ec elle la circulation s'est modifiée. Le cours du fluide nutritif s'est tiauié tout d'un coup au fœtus : le sang qui allait se vivifier dans le placenta est perté^ dans le même but, au poumon pour s'y mettre en rapport avec l'air atmosphérique; ce même fluide qui, jusqu'alors^ avait emprunté des matériaux à la mère, par l'intermédiaire du placenta, va les puiser dans l'intestin où le premier aliment se digère avec une extrême facilité.

Par suite de ces premières modifications, les dispositions anatomiques que réglaient le cours du sang pendant la vie intra-utérine s'effacent : le trou de Botal s'oblitère peu à peu, ainsi que le canal artériel» le canal veineux, la veine et les artères ombilicales. Le trou de Botal se ferme aux dépens de la valvule qui le circonscrivait en grande partie ; son oblitération est complète, d'après les observatioBS de M. Flourens, au bout de douze jours sur le cochon d'Inde, de seize sur le lapin, de vingt-trois sur le chien ; mais elle ne l'est que de un à deux ans dans l'espèce bovine. Le canal artériel s'oblitère en moins d'un mois, et dès les premiers joins sa cavité est si rétrécie et ses parois sont si épaisses, qu'il cesse à peu près complètement de donner passage an sang. La veine ombilicale et le canal veîneox s'affaissent très-vite; dès les premiers moments, le sang ne coule plus dans la première, bien que sa cavité puisse encore persister longtemps, même pendant six mois, comme je l'ai vu sur le lion. Les artères ombilicales cessent aussi d'être parcourues par un courant sanguin, bien qu'elles restent encore un peu perméables au sang, surtout k leur partie supérieure, quelquefois pendant toute la vie, comme les injections le font voir souvent sur le cheval. Les vaisseaux omphalo-mésentériques, Tartère et la veine qui, déjà, avant la naissance, n'avaient plus de lumière, disparaissent totalement. Néanmoins on les voit encore très-bien sur les cUens de un à deux mois.

La rapidité de l'accroissement est bien moindre chez les jeunes animaux qui, au lieu de recevoir le lait de la mère, sont soumis à une alimentation peu en rapport avec les forces de l'appareil digestif. On a remarqué que les eniiaints sevrés prématurément deviennent chétifs, qu'ils prennent un abdomen volumineux, et donnent des signes de rachitisme (J. Guérin). D'après les statistiques, la mortalité des nourrissons sevrés hâtivement est quelquefois de 20, 50, 60 pour 100^ tandis qu'elle n'est que de moitié et souvent moins parmi les enfants élevés par leur mère. Les animaux sont à peu près dans le môme cas : les agneaux, les veaux, les chiens qui ont reçu trop tôt, au lieu de lait, Talimentatlon des âges ultérieurs, prennent un aspect misérable, un ventre énorme; leurs muscles demeurent mous et grêles, etc.

La durée de l'accroissement, qui doit s'étendre bien au delà du sevrage, n'est pas, quoi qu'on en dise, proportionnelle à celle de la vie fœtale, puisque, chez rhomme, l'accroissement dure vingt-deux à vingt-trois fois la vie utérine, et cinq fois seulement chez le cheval. Mais cette durée se proportionne mieux avec celle de la vie totale; car, suivant Buffoo, la vie des mammifères est égale à six ou sept fois la durée de l'accroissement, et à cinq fois, d'après les calcub de M. Flourens (1]«

(i) Floaraas, De la longévité humaine, Parb, 1856. G. COLIN. — Physiol. comp., 2* édit. ii# — 57

898 DE LA GÊNÊBATION.

qui a pris pour mesure ie temps écoulé entre la naissance et la soudure des épiphyses. Or, d'après ce principe, la durée de la \ie humaine doit être de cent ans; celle du chameau, de quarante; du cheval, de vingt-cinq. La règle pourrait être vérifiée si Ton connaissait exactement, d'une part, l'âge auquel a lieu la soudure des épiphyses, et, d'autre part, la limite de la vie. Or, ces deux termes sont à peine connus pour les animaux que nous avons constamment sous les yeux.

Le thymus ne tarde pas à diminuer de volume relativement au reste du corps, mais il ne disparaît cependant pas très-vite ; car sur les chiens et les chats de deux à trois mois il offre encore un développement considérable, et l'on en trouve, du reste, sur le bœuf et le cheval jusque dans le cours de la deuxième année. La peau, chez les animaux nus au moment de la naissance, se couvre de poils. Les paupières des chats commencent à se décoller et à s'écarter l'une de l'autre à l'angle nasal le huitième ou ie neuvième jour ; celles des chiens, le onzième ou le douzième, et quelquefois seulement le vingtième. Mais les yeux ne s'ouvrent pas tout d'un coup : en général^ fe premier jour il ne se fait qu'une petite fente; le second, le décollement est à demi effectué; et le troisième, il l'est entièrement; du reste, dans la même portée, il est des petits qui sont deux ou trois jours en retard sur les antres. Sons ce rapport, il y a un contraste remarquable entre ces animaux si longtemps aveugles et les petits des solipèdes et des ruminants qui voient si bien et jugent des distances avec tant de précision tout en sortant du sein de la mère.

Peu à peu, les jeunes animaux prennent de la vivacité. Les petits carnassiers qui, d'abord, ne faisaient que ramper, commencent au bout de quinze à vingt jours à marcher^ puis à se tenir assez bien debout Alors la mère n'est plus obligée de les emporter avec ses dents quand elle veut les faire changer de place. Mais, dès les premiers jours^ les petits solipèdes et ruminants se tiennent bien debout et sont capables de suivre leur mère.

A mesure que les jeunes animaux grandissent, leurs oif ânes digestifs se préparent à élaborer une nourriture autre que le lait maternel dont la proportion n'est bientôt plus en harmonie avec les besoins de la nutrition ; ils cherchent à manger, tout en continuant à teter ; et pour obéir à cette modification des instincts de conservation, ils commencent à s'éloigner dé la mère à des intervalles de plus en plus prolongés. Celle-ci semble leur prodiguer moins de soins : sa sollicitude pour eux s'affiiiblit; parfois, elle cherche à s'éloigner quand ses petits viennent s'attacher k ses mamelles; plus tard, elle fuit à leur approche, murmure dès qu'ils saisissent les mamelons. La chienne semble alors les menacer de quelques coups de dents» et la vache de coups de pied. Enfin, arrive le moment où la sécrétion mammaire tarit, et on les mamelons deviennent sensibles à la pression des mâchoires qui s'arment de dents aiguës, surtout chez les carnassiers. A compter de cette époque, l'animal est forcé de se sevrer^ vers six semaines à deux mois chez le chien, le chat, et probablement chez d'autres carnassiers, vers cinq à six mois seulement chez les solipèdes et les ruminants que Ton ne sépare point de leur mère.

Dès lors, les relations entre la mère et ses petits changent considérablement. Aussitôt que ceux-ci cherchent à partager la proie qu'on lui jette à la première, elle les menace, les repousse même, et ne les laisse entrer en partage que de guerre lasse et pour ne pas perdre sa part. Enfin, les liens de famille se rompent pat Timpé-

rieuse nécessité de la conservation individuelle. La femelle^ parmi les carnassiers, force sa progéniture à s'éloigner ; elle ne veut plus rien avoir de commun avec ses petits, pas même la circonscription dans laquelle elle les a élevés ; ceux-ci ne voient plus en elle qu'une inconnue, ils s'en séparent et se séparent les uns des autres. Au contraire, parmi les herbivores, les liens de la famille ne se rompent point pour une pâture que chaque individu trouve en abondance et dont il jouit paisiblement; loin de là, ils s'étendent à une espèce de société qui devient pour tous une famille commune.

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