DES VARIATIONS DE LA TEMPÉRATURE ANIMALE ET DE LEURS GAUSES
Quoique la température des animaux paraisse à peu près constante, elle éprouve^ des variations nombreuses, assez étendues, qui dépendent de Tâge, de Tespèce, du 6. xOLm. — Physiol. comp, 2« édit, n. — 58
^iU DE LA CHàLBUR ANIMALE.
sexe, des conditions physiologiques, telles que la digestion, le mode d'alimentation, Tabstinence, rbibernation, le repos ou l'exercice, la veille ouïe sommeil, comme aussi des^ conditions pathologiques, et, enfin, d'une foule de circonstances extérieures, telles que la saison et le climat, etc. Il importe de voir dans quelles limites chacune de ces causes ou de ces conditions peut modifier l'état thermique de l'organisme.
L'aptitude à produire de la chaleur n'appartient pas au même degré à tous les âges de la vie. Au moment de la naissance, l'organisme ne possède pas encore, dans toute sa plénitude, la puissance calorifique qu'il acquiert plus tard. Les trèsjeunes animaux produisent moins de chaleur que les animaux un peu plus âgés. Bien qu'après la naissance les petits des solipèdes, des ruminants, une fois essuyés et desséchés, paraissent avoir à peu près la température de la mère, ils ont un demi-degré à 1 degré de moins qu'elle, d'après quelques observations personnelles; le chien, 1 à 2 degrés, d'après celles de W. Edwards; elle est bien pea au-dessous de celle de la mère chez les enfants, d'après Vf. Edwards, Despretz, H. Roger, soit de 1 à 2 degrés suivant les cas. Mais ce sont surtout les animaux naissant les yeux fermés, comme les carnassiers, ou nus comme les lapins et d'autres rongeurs, qui ne possèdent pas à un si haut degré la puissance de calorification; aussi leur mère les tient rassemblés sous elle, dans un nid, ou encore les prot^e par des. lits et des couvertures de duvet. Dès que ces derniers animaux sont éloignés de la mère, ils se refroidissent très-vite si la température ambiante est un peu basse : en quelques heures, comme W. Edwards (1) l'a démontré, leur chaleur propre s'abaisse dans une proportion considérable. liO jeune chien d'un jour peut, à une température de 13 degrés, perdre 2 degrés dix minutes après avoir été séparé de sa mère; 12 degrés après (rois heures; 18 en quatre heures et 22 en treize heures. Les chats, les lapins non encore couverts de poils, se refroidissent beaucoup plus vite encore, et en quelques heures, s'ils sont tirés de leur nid garni de duvet, surtout lors des grands froids. Dans ce cas, ils ne tardent pas à se mettre au degré de la température ambiante. Je les ai trouvés froids au bout d'un quart ou d'une demi-journée, lorsque la mère malade ou mue par une perversion de l'instinct, les avait éparpillés loin d'elle. Les moineaux, les fauvettes, les rossignols tirés du nid, se sont également refroidis avec une extrême rapidité. C'est à cause de cette particularité que les jeunes animaux, éloignés de leur mère, mal nourris, el soumis à un allaitement artificiel, périssent en si grand nombre pendant les saisons froides ou humides. Les enfants, les ânons, les faisans, les dindons, les petits poulets même se trouvent dans ce cas, et ils périssent de la diarrhée, des bronchites, de la pleuro-pneumonie, de rhématurie ou d'autres affections se développant facilement dans ces circonstances.
Les animaux très-âgés retombent presque, jusqu'à un certain point, dans le cas des très-jeunes : ils produisent peu de chaleur par suite de l'imperfection des fonctions digestives, de la réduction du chiffre des produits absorbés, qui peuvent scnir aux combustions intei^titiclles, et aussi par le fait de la moindre consommation d'oxygène. Le ralentissement de leurs actions nutritives et de leurs mouvements ne doit pas être étranger à cette différence.
Toutes les espèces sont loin de posséder la même puissance de calorification on
(1) W. Edwards, De rinfluence des agents physiques sur In vie, p. 613-616.