I. — LMBIBÏTION, capillarité, osmose, DIFFUSION
Au premier abord, il semble que la pénétration des fluides à travers les tissus soit un simple phénomène d'imbibition. Tous les tissus animaux sont plus ou moins perméables; ils absorbent l'humidité, se gonflent d'eau, même sans avoir été dessé*
LMBIBITION, CilPILLARlTÉ, OSMOSE, DIFFUSION. 3
chés; ea un mot, ils se comportent comme les substances hygrométriques et les substances poreuses.
Le fait de la perméabilité des tissus, qui est rendu manifeste par divers phénomènes de transsudation , est mis en évidence par les expériences de Lebkuchner. Des lambeaux de peau pris sur Thomnie ou sur divers animaux, et arrosés d'une solution de prussiate de potasse, ont été traversés plus ou moins vite suivant leur épaisseur et en quelques heures. Des anses intestinales de lapin remplies de cette solution ont eu leurs trois toniques traversées par le sel en huit ou dix minutes. Les membranes séreuses dans la cavité desquelles elle était versée bleuissaient à la surface externe, par le sulfate de fer, après un temps de même durée. De même, en lotionnant la peau de l'animal vivant avec cette solution, on la fait passer dans le tissu cellulaire sous-cutané ; en appliquant des sels divers, des poisons, sur les parois des artères ou des veines, on les fait parvenir dans le sang. La pénétration s'effectue indifféremment dans le tissu vivant et dans le tissu mort.
Magendie, dans une série d'expériences qui ont paru très-concluantes, s'était attaché à démontrer que celte pénétration est une imbibition, et que l'absorption n'est rien de plus que ce phénomène physique. Il a vu qu'elle s'opérait sur le tissu vivant comme sur le tissu privé de vie.
D'abord, dans les tissus privés de vie, l'imbibition est incontestable. Magendie (1)^ ayant fixé un tube de verre à chaque extrémité d'un segment de jugulaire dépourvu de branches collatérales, fit passer dans l'intérieur de cette portion de veine un courant d'eau tiède pendant qu'elle plongeait à l'extérieur dans un liquide légèrement acide. Au bout de cinq à six minutes, l'eau du courant, qui passait dans la veine, avait acquis une acidité très-sensible. L'acide avait donc pénétré par imbibidon k travers les parois de la veine pour venir se mêler au liquide que celle-ci contenait.
La même expérience fut faite avec un segment de la carotide d'un chien. L'imbibition eut lieu également à travers les parois artérielles ; mais elle fut beaucoup plus lente que celle des veines, dont les parois, plus minces, jouissent conséquemment d'une plus grande perméabilité.
L'imbibition eut lieu aussi sur l'animal vivant. Magendie mil à découvert, sur toute sa longueur, la jugulaire d'un jeune chien, et après l'avoir complètement isolée des parties voisines et dépouillée des petits vaisseaux qui rampaient sur ses parois, il glissa une carie au-dessous d'elle et étendit à la surface de la veine dénudée une dissolution concentrée d'extrait alcoolique de noix vomique. Quatre minutes s'étaient à peine écoulées depuis l'application de la substance vénéneuse, que les premiers effets de rempoisonncment se manifestèrent. Le même résultat fut obtenu, mais seulement au bout de dix minutes, sur un gros chien, dont les parois veineuses étaient beaucoup plus épaisses. Enfin l'imbibition eut encore lieu à travers les parois d%^ grosses artères. La noix vomique, appliquée sur la carotide d'un lapin , produisit des effets d'intoxication au bout d'un quart d'heure , et le sang qui se trouvait en contact avec la face interne de l'artère avait acquis l'amertume caractéristique de la noix vomique.
(1) Magendie, ouv, cit,^ t. II, p. 277.
h DE L*ABSORPTION.
Fodera, ayant injecté sur Tanimal vivant de ia noix vomique dans un sèment de la carotide compris entre deux ligatures, a vu l'empoisonnement se produire à la suite d'une imbibition de rintérieur vers l'extérieur du vaisseau» 11 a constaté que le cyanure de fer et de potassium déposé dans les plèvres venait colorer en bleu le sulfate de fer injecté dans le péritoine, et réciproquejnenL Le même résultat a été obtenu à travers les parois de la vessie, lorsque l'un de ces sels avait été injecté dans ce réservoir et l'autre dans la cavité péritonéale. L'encre introduite dans la plèvre a bientôt teint en noir le tissu de cette séreuse, celui du péricarde, des lames fibreuses intercostales. Les substances employées en frictions se retrouvent en plus fortes proportions dans le tissu cellulaire sous-cutané que dans le sang. La flèche de Java, enfoncée dans les chairs, a bientôt communiqué à toutes les parties molles entourant la blessure, sur une épaisseur de plusieurs ligues , la teinte jaune brunâtre et la saveur amère du poison.
Les tissus vivants ou morts sont également susceptibles d'être traversés par les gaz. A la longue, l'oxygène rougit le sang enfermé dans une mince vessie et l'acide carbonique le noircit. C'est, comme nous le verrons, à travers les minces vaisseaux du poumon et les membranes des vésicules pulmonaires, que^ dans la respiration, l'oxygène atmosphérique vient agir sur le sang noir.
Après leur dessiccation les tissus animaux jouissent également de la faculté de s'imprégner, de s'imbiber de liquides et de gaz. Les recherches de MM. Ghevreul et Liebig le prouvent. Les cartilages, les tendons, le tissu jaune élastique desséchés absorbent 1,2,3 fois leur poids d'eau, un peu moins de solution saline, d'alcool, etc. , et cela avec une rapidité variable suivant la nature du tissa et celle du liquide.
La pénétralion des liquides, des gaz à travers les tissus animaux est donc un fait incontestable. Mais en quoi consiste cette pénétration ? Est-ce un phénomène de capillarité, d'endosmose, de diffusion? ou une résultante de ces divers phénomènes associés 7 C'est ce qu'il importe d'examiner.
D'abord y a t-il des actions capillaires dans l'absorption?
On sait que tous les corps poreux, ou ceux dont les particules sont séparées par des espaces étroits, laissent, comme le font les tubes très-fins, l'eau s'élever dans leur intérieur. Ce liquide monte dans le sucre, dans le tissu de l'éponge, dans l'argile sèche ; l'huile s'élève dans la mèche de coton par capillarité. L'ascension dans le tube est en raison de son étroitesse ou en raison inverse du diamètre. Pendant que l'eau ne monte qu'à 30 centimètres dans un tube de i/10^ de millimètre, elle pourrait s'élever à 3 mètres dans un tube de 1 centième de millimètre, c'est-à-dire franchir le plus grand trajet qui existe entre les deux extrémités du corps, sur un animal de la stature du cheval ou du bœuf.
La capillarité est favorisée par certains sels, diminuée par d'autres. L'eau chargée, par exemple, de chlorhydrate d'ammoniaque, de sulfhydrate de potasse, monte plus que l*eau pure. L'action capillaire décroît en général avec le degré de concentration des solutions salines : les solutions faibles de chlorure de sodium s'élèvent moins que Teau distillée, les solutions concentrées du même sel moins que les solutions faibles. Tous les liquides capables de mouiller les tubes ne s'élèvent pas également, l'alcool monte moins que l'eau, l'éther sulfurique moins que l'alcool. Cette action est influencée par la température. Ainsi, à une chaleur un peu