‹ Traité de physiologie comparée des animaux; considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie, et l'économie rurale (volume 3)Chapitre 31 sur 239 · ABSORPTION DANS LES VOIES AÉRIENNES · texte numérisé non relu

ABSORPTION DANS LES VOIES AÉRIENNES

la muqueuse. Aussi, en quelques secondes, l'oxygène change la teinte du sang de ranimai asphyxié; en deux ou trois inspirations de vapeur d*acide cyanhydrique, un petit mammifère est foudroyé; en quelques inspirations, le chimiste exposé à rinhalalion de l'hydrogène arsénié peut en absorber une dose toxique. On sait, par des accidents nombreux, avec quelle promptitude Tacide sulfbydriquc, le sulfhydrate d*ammoniaquc, les gaz méphitiques des puits et des égouts, tuent les personnes qui les respirent.

Toutes les vapeurs se comportent à peu près comme les gaz. Celles de Téther, du chloroforme, produisent Tancsthésie en quelques minutes; celles des essences, des parfums de fleurs, témoignent, par la promptitude de leurs effets sur le système nerveux, de la rapidité de leur introduction dans le sang. L^s vapeurs alcooliques dégagées du marc de raisin ou du vin transvasé peuvent produire une ivresse momentanée; celles du sulfure de carbone déterminent des troubles digestifs et communiquent leur odeur aux déjections.

Les substances volatilisables s'absorbent aussi de la même manière par les voies aériennes. L'iode, employé sous forme de teinture, dans le traitement des plaies ou des tumeurs, entre autant avec Fair inspiré que par la peau des régions où il est appliqué. Panizza l'a retrouvé dans le sang et Turine des chevreaux qui en respiraient les vapeurs. Le phosphore est souvent absorbé par les ouvriers qui le manipulent, au point de rendre leur haleine lumineuse dans Tobscurité. Le mercure, volatilisable à toutes les températures, détermine sur les mineurs qui le recueillent les accidents caractéristiques de Tintoxication mercurielle. On a vu les marins et les animaux (moulons, porcs, chats; d'un vaisseau anglais, chargé de mercure, qui s'échappa de ses barils, être atteints de piyalisme, d'ulcérations buccales, de convulsions et de paralysies partielles. Les anciens, qui connaissaient une partie de ces faits, proposaient, comme moyen thérapeutique, l'inspiration des vapeurs de mercure projeté sur le charbon, ou de cinabre, dans les maladies vénériennes. Tous les Jours on emploie des fumigations .diverses en vue d'indications variées.

Les liquides, quoiqu'ils ne doivent pas normalement pénétrer dans les voies pulmonaires, y sont aussi très-prompteinent absorbés. Les mouvements respiratoires les soumettent à un flux et à un reflux favorables à leur dispersion et à leur mélange avec les produits de sécrétion de la muqueuse; d'ailleurs, leur volatilisation rapide et partielle dans l'ensemble des cavités aériennes en fait absorber une partie sous forme de vapeurs.

Goodwin a vu que deux onces d'eau injectées dans la trachée d'un chien y étaient promptement absorbées. S^*galas et Mayeront fait des observations analogues, l'un sur le chien, l'autre sur des lapius. Les élèves vétérinaires de Lyon, au rapport de Gohier, ne purent tuer un cheval qu'en lui injectant trente litres d'eau par la trachée, et ils en versèrent quarante dans celle d'un autre animal de cette espèce avant de déterminer la mort par suffocation. J'ai aussi tenté quelques expériences de ce genre, qui démontrent l'activité étonnante de l'absorption dans les voies aériennes.

Après avoir ûxé à la trachée d'un cheval, par une ouverture au centre de l'un des cerceaux, un tube de 1 centimètre de diamètre, j'ai versé dans ce conduit de l'eau tiède (de 30 h 35 degrés) : il en arrivait six litres par heure» L'animal eut le

HO DE l'absorption.

flâne agité, la réspifc'tition )>it)lbt)de pendant les •trois heures et demie que dura l'expérience. Il fut tué alors; la trachée et les bronches étaient vides, tout le liquide injecté avait disparu.

Je versai de \a même manière, dans les voies aériennes d*un second cheval, Î5 litres d'eau en six heures, et je fis de deux en dcut heuies trois saignées qui enlevèrent 6 Icilogrammes dé sang. La muqueuse respiratoire absorba toute cette quantité de liquide sans que l'animal en parût très-inconimodé. *

Lorsque l'introduction de l>'eau se fait plus rapidement, il se produit des troubles respiratoires et des modifications dans l'état du sang qui ne tardent pas h déterminer la mort. Ainsi, sur un gros cheval vigoureux, debout, je versai directement dans la trachée, par une ouverture aesez large pour admettre le goulot d'une bouteille, de l'eau froide sortant du pnits. Les bouteilles de la capacité de 75 cen* tilitres se succédèrent sans interruption. Jusqu'à la vingt-quatrième, il ne s'échappa rien, ni par la plaie, ni par les naseaux ou la bouche; le flanc était agité comme sur dn cheval qui vient de courir, 55 h 60 respirations par minute. A la quarantième, l'animal commença à chanceler; à la quarante- deuxième, il tomba, laissant échopper par l'ouverture trachéale, la l)ouche et les naseaux, une grande quantité de liquide spumeux et roussâtre, et il mourut deux minutes après. A Touverturè du thorax, le poumon ne subit aucune réduction de volume; mais il n'était qu'emphysémateux à un extrême degré ; il présentait un peu d'infiltration seule^ ment dans les parties les plus déclives; les bronches ne contenaient plus que de l'écume roussâtre et pas de liquide libre. Les quarante-deux bouteilles représentaient trente et un litres et demi.

L'absorption de l'eau dans ces conditions se ralentit suivant une proportion que l'on peut déterminer.

Ainsi, sur un cheval du poids de l\50 kilogrammes, un ajutage étant adapté à la trachée, je versai dans ce conduit 16 litres d'eau froide qui furent absorbés pendant les vingt-deux premières minutes; mais il ne me fut possible pendant^ les soixante- trois minutes suivantes d'en faire absorber que 12 litres, total 28 litres en deux heures, y compris les cinq minutes d'intervalle entre l'administration de la première fraction et celle de la seconde. A la suite de cette opération qui donne lien k une agitation considérable du flanc et à une exagération du murmure respiratoire, il se développe une hydroliémie traduite par l'extrême pâleur des muqueuses.

Les autic's liquicU's, tetsque rahcol faible, l'êihcr, l'essence de térébenthine^ le vinaigre, disparaissent très-vite des voies respiratoires. J'ai Injecté deux litres d'aN cooi à 50 degrés centésimaux dans la trachée d'un chenal. Aussitôt l'animal eut des battements de flancs, sa marche devint chancelante, et il tomba sur le sol. L'essence de térébenthine, injectée en petite quantité par la trachée, donne rapidement aux urines l'odeur qui caractérise l'élimination de cette substance.

Il y a une exception pour les huiles grasses dont l'absorption n'est, comme on te sait, guère possible que dans rinicslin. J'ai vu une vache tomber subitement et comme prise d'accidents aspbyxiques à la suite de la chute dans les voies aériennes par le larynx d'une très-notable quantité d'huile, et j'ai pensé que cet effet tenait il ce que le liquide, en s'étalant sur la muqueuse, mettait obstacle à TabBorptioa

Page 1